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toujours de foibles copistes des meilleurs mo- que la convenance de certaines qualités "; mais
dèles, et n'atteignent jamais leur art. Preuve les contrarietés les plus bizarres entrent dans
incontestable qu'il faut du génie pour bien imi- le même caractère, et le constituent.
ter, et même un génie étendu pour prendre. On dit d'un homme qu'il n'a point de carac-
divers caractères : tant s'en faut que l'imagina- tère, lorsque les traits de son ame sont foibles,
tion donne l'exclusion au génie.

légers, changeants ?; mais cela même fait un
J'explique ces petits détails pour rendre ce caractère ?, et l'on s'entend bien là-dessus.
chapitre plus complet, et non pour instruire Les inégalités du caractère influent sur l'es-
les gens de lettres, qui ne peuvent les ignorer. prit; un homme est pénétrant, ou pesant, ou
J'ajouterai encore une réflexion en faveur des aimable, selon son humeur.
personnes moins savantes : c'est que le premier On confond souvent dans le caractère les
avantage du génie est de sentir et de concevoir qualités de l'ame et celles de l'esprit. Un homme
plus vivement les objets de son ressort, que ces est doux et facile, on le trouve insinuant; il a
mêmes objets ne sont sentis et aperçus des au- l'humeur vive et legère, on dit qu'il a l'esprit
tres hommes.

vif; il est distrait et rêveur, on croit qu'il a
A l'égard de l'esprit, je dirai que ce mot n'a l'esprit lent et peu d'imagination. Le monde
d'abord été inventé que pour signifier en géné- ne juge des choses que par leur écorce, c'est
ral les différentes qualités que j'ai définies, la une chose qu'on dit tous les jours, mais que
justesse, la profondeur, le jugement, etc. Mais l'on ne sent pas assez. Quelques réflexions, en
parceque nul homme ne peut les rassembler passant, sur les caractères les plus généraux,
toutes , chacune de ces qualités a prétendu s'ap- nous y feront faire attention.
proprier exclusivement le nom générique: d'où
sont nées des disputes très frivoles ; car, au

XVII.
fond, il inporte peu que ce soit la vivacité ou
la justesse, ou telle autre partie de l'esprit qui

Du sérieux.
emporte l'honneur de ce titre. Le nom ne peut
rien pour les choses. La question n'est pas de

Un des caractères les plus généraux, c'est le
savoir si c'est à l'imagination ou au bon sens sérieux; mais combien de choses différentes
qu'appartient le terme d'esprit. Le ùrai intérêt, n'a-t-il pas, et combien de caractères sont com-
c'est de voir laquelle de ces qualités, ou des pris dans celui-ci? On est sérieux par tempera-
autres que j'ai nommées , doit nous inspirer plus ment , par trop ou trop peu de passions, trop
d'estime. Il n'y en a aucune qui n'ait son utilité, ou trop peu d'idées; par timidité, par habi-
et j'ose dire son agrément. Il ne seroit peut- tude, et par mille autres raisons.
être pas difficile de juger s'il y en a de plus

L'extérieur 4 distingue tous ces divers cautiles, ou de plus aimables , ou de plus gran-ractères aux yeux d'un homme attentif. des les unes que les autres. Mais les hommes

Le sérieux d'un esprit tranquille porte un sont incapables de convenir entre eux du prix air doux et serein. des moindres choses. La différence de leurs intérêts et de leurs lumières maintiendra éter- dans un art. v.

· Le génie n’exprime , etc. Le génie est l'aptitude à exceller nellement la diversité de leur's opinions et la > On dit d'un homme qu'il n'a point de caractére, lorscontrariété de leurs maximes.

que les truits de son ame , etc. Vauvenargues emploie ici figurément le mot de truits, dans le même sens où il l'emploie en

parlant des traits du visage : c'est comme s'il disoit, la physioXVI.

nomie de son ame. On dit fort bien que tel caractère a une

physionomie particulière. Ceux dont parle Vauvenargues n'ont * Du caractère.

qu'une physionomie peu marquée et qui change à chaque in.

stant. S. Tout ce qui forme l'esprit et le coeur est

3 cela même fait un caractère, etc. Voltaire a ajouté de sa

main. à la marge, comme un renvoi, avant le mot caractère. compris dans le caractère '. Le génie n'exprime le mot panvre. Un ( paurre) caractère. S.

4 Depuis ces mots, l'extérieur distingue jusqu'à ceux-ci, n'a Tout ce qui forme , etc. Il faut , je pense, ce qui compose ; presque jamais de maintien, l'édition de Voltaire est marquée mais la maxime n'est pas claire et ne peut être juste. M. d'une accolade ayec ces mots de sa main : tres bien, s.

3

Le sérieux des passions ardentes est sauvage, l'usage des affaires, et selon les différentes ocsombre et allumé.

currences, divers avantages : de la mémoire et Le sérieux d'une ame abattue donne un ex- de la sagacité dans la dispute, de la sécurité dans térieur languissant.

les périls, et dans le monde, celle liberté de Le sérieux d'un homme stérile paroit froid, cæur qui nous rend allentifs à tout ce qui s'y lâche et oisif.

passe, et nous tient en état de profiter de Le sérieux de la gravité prend un air concerté tout, etc. ".

XX. comme elle. Le sérieux de la distraction porte des dehors

De la distraction. singuliers.

Le sérieux d'un homme timide n'a presque Il y a une distraction assez semblable aux jamais de maintien.

rêves du sommeil, qui est lorsque nos pensées Personne ne rejette en gros ces vérités ; mais, flottent et se suivent d'elles-mêmes sans force faute de principes bien liés et bien conçus, la et sans direction. Le mouvement des esprits se plupart des hommes sont, dans le détail et dans ralentit peu à peu ; ils errent à l'aventure sur leurs applications particulières, opposés les uns les traces du cerveau ?, et réveillent des idées aux autres et à eux-mêmes; ils font voir la sans suite et sans vérité; enfin les organes se nécessité indispensable de bien manier les prin- ferment; nous ne formons plus que des songes, cipes les plus familiers, et de les mettre tous et c'est là proprement rêver les yeux ouverts. ensemble sous un point de vue qui en découvre Cette sorte de distraction est bien différente la fécondité et la liaison.

de celle où jelte la meditation. L'ame obsédée,

dans la méditation d'un objet qui fixe så vue XVIII.

et la remplit tout entière, agit beaucoup dans

ce repos. C'est un état tout opposé; cependant Du sang-froid.

elle y tombe ensiúte épuisée par ses réflexions. Nous prenons quelquefois pour le sang-froid

XXI. une passion sérieuse et concentrée qui fixe toutes les pensées d'un esprit ardent, et le

De l'esprit du jeu. rend insensible aux autres choses. Le véritable sang-froid vient d'un sang doux,

C'est une manière de yénie que l'esprit du tempéré, et peu fertile en esprits. S'il coule jeu , puisqu'il dépend également de l'ame et de i avec trop de lenteur, il peut rendre l'esprit l'intelligence. Un homme que la perte trouble pesant; mais lorsqu'il est reçu par des organes ou intimide, que le gain rend trop hasardeux, faciles et bien conformés, la justesse, la ré

un homme avare, ne sont pas plus faits pour flexion et une singularité aimable souyent l'ac- jouer, que ceux qui ne peuvent atteindre à compagnent; nul esprit n'est plus desirable. l'esprit de combinaison. Il faut done un certain

On parle encore d'un autre sang-froid que degré de lumière et de sentiment, l'art des donne la force d'esprit, soutenue par l'expé- combinaisons, le goût du jeu, et l'amour merience et de longues réflexions ; sans doute c'est suré du gain. là le plus rare.

On s'étonne à tort que des sols possèdent ce

foible avantage. L'habitude et l'amour du jeu, XIX.

qui tournent toute leur application et leur méDe la présence d'esprit.

moire de ce scul côté, suppléent l'esprit qui

leur manque. La présence d'esprit se pourroit définir une aptitude à profiter des occasions pour parler ou voltaire, avec ces mots

, bon , tres bon. S.

Tout cet article est marqué d'une accolade dans l'édition de pour agir. C'est un avantage qui a manque ? Sur les traces du cerveau , etc. Sur les traces imprimécs souvent aux hommes les plus éclairés, qui de

3 c'est une manière de génie, etc. Maniere , expression néinande un esprit facile , un sang-froid modéré, gligée et mal assortic. J'aimerois unieux sorte ou espèce. M.

dans le cerveau. S.

l'être est plus fort que celui de leur imperfection; LIVRE DEUXIÈME.

de là l'enjouement, la douceur, la modération

des desirs. XXII.

Il y en a d'autres en qui le sentiment de leur Des passions.

imperfection est plus vif que celui de l'être; de

là l'inquiétude, la mélancolie, etc. Toutes les passions roulent sur le plaisir et

De ces deux sentiments unis, c'est-à-dire la douleur, comme dit M. Looke : c'en est l'es- celui de nos forces et celui de notre misère, naissence et le fonds.

sent les plus grandes passions; parceque le Nous éprouvons , en naissant, ces deux états: sentiment de nos misères nous pousse à sortir le plaisir, parcequ'il est naturellement attaché de nous-mêmes , et que le sentiment de nos resà être; la douleur, parcequ'elle tient à être im

sources nous y encourage et nous porte par parfaitement

l'espérance . Mais ceux qui ne sentent que leur Si notre existence étoit parfaite, nous ne misère sans leur force, ne se passionnent jamais 'connoitrions que le plaisir. Etant imparfaite , autant, car ils n'osent rien espérer; ni ceux qui nous devons connoître le plaisir et la douleur :

ne sentent que leur force sans leur impuissance, or c'est de l'expérience de ces deux contraires car ils ont trop peu à desirer : ainsi il faut un que nous lirons l'idée du bien et du mal.

mélange de courage et de foiblesse, de tristesse Mais comme le plaisir et la douleur ne vien- et de présomption. Or, cela dépend de la chanent pas à lous les hommes par les mèmes cho- leur du sang et des esprits ; et la réflexion qui ses , ils attachent à divers objets l'idée du bien modère les velléités des gens froids encourage et du mal, chacun selon son expérience, ses l'ardeur des autres, en leur fournissant des respassions, ses opinions , etc.

sources qui nourrissent leurs illusions : d'où Il n'y a cependant que deux organes de nos vient que les passions des hommes d'un esprit biens et de nos maux : les sens et la réflexion. profond sont plus opiniàtres et plus invincibles,

Les impressions qui viennent par les sens car ils ne sont pas obligés de s'en distraire comsont immédiates et ne peuvent se définir; on me le reste des hommes, par épuisement de n'en connoit pas les ressorts ; elles sont l'effet pensées ; mais leurs réflexions, au contraire, du rapport qui est entre les choses et nous ; sont un entretien éternel à leurs desirs, qui les mais ce rapport secret ne nous est pas connu. échauffe; et cela explique encore pourquoi ceux

Les passions qui viennent par l'organe de la qui pensent peu, ou qui ne sauroient penser réflexion sont moins ignorées. Elles ont leur long-temps de suite sur la même chose, n'ont principe dans l'amour de l'ètre ou de la perfec

que l'inconstance en partage. tion de l'être, ou dans le sentiment de son imperfection et de son dépérissement.

XXIII. Nous tirons de l'expérience de notre être une idée de grandeur, de plaisir, de puissance, que De la gaieté, de la joie, de la mélancolie. nous voudrions toujours augmenter : nous pre

Le premier degré du sentiment agréable de nons dans l'imperfection de notre être une idée

notre existence est la gaieté : la joie est un sentide petitesse, de sujétion, de misère, que nous lâchons d'étouffer : voilà toutes nos passions.

ment plus pénétrant. Les hommes enjoués n'é

tant pas d'ordinaire si ardents que le reste des Il y a des hommes en qui le sentiment de

hommes, ils ne sont peut-être pas capables des Locke (Jean), mort en 1704, auteur de l'Essai sur l'en- plus vives joies ; mais les grandes joies durent tendement humuin, ouvrage excellent , traduit en françois par peu, et laissent notre ame épuisée. Coste, en 1729. F.

Lagaieté, plus proportionnée à notre foiblesse 9 Nous éprourons, elc. Je ne sais si on peut dire éprouver un état. On éprouve une impression qui passe. Etre imparfai- que la joie, nous rend confiants et hardis, tement n'explique pas ce que c'est qu'étre douloureusement. M.

Le plaisir n'est pas naturellement attaché à être, car on · Nous porte par l'espérance, etc. Il semble qu'il faudroil existe souvent sans plaisir ni douleur. Étre imparfaitement nous y porte (à sortir de nous-mêmes ). Autrement porte seroii donneroit plutôt l'idée du desir que de la douleur. S.

employé là d'une manière qui n'est pas commune. M.

.

donne un être et un intérêt aux choses les moins | être réel est une préférence bien incontestable importantes, fait que nous nous plaisons par de la gloire, et qui justifie la distinction que instinct en nous-mêmes, dans nos possessions, quelques écrivains ont mise avec sagesse entre nos entours, notre esprit , notre suffisance, l'amour-propre et l'amour de nous-mêmes. malgré d'assez grandes misères.

Ceux-ci conviennent bien que l'amour de nousCelle intime satisfaction nous conduit quel- mêmes entre dans toutes nos passions ; mais ils quefois à nous estimer nous-mêmes, par de distinguent cet amour de l'autre. Avec l'amour très frivoles endroits ; il me semble que les per- de nous-mêmes, disent-ils, on peut chercher sonnes enjouées sont ordinairement un peu plus hors de soi son bonheur ; on peut s'aimer hors de vaines que les autres.

soi davantage que son existence propre “; on D'autre part, les mélancoliques sont ardents, n'est point à soi-même son unique objet. L'atimides, inquiets, et ne se sauvent, la plupart, mour-propre, au contraire, subordonne tout à de la vanité, que par l'ambition et l'orgueil. ses commodités et à son bien-être ? ; il est à lui

même son seul objet et sa seule fin : de sorte XXIV.

qu'au lieu que les passions, qui viennent de

l'amour de nous-mêmes, nous donnent aux De l'amour-propre et de l'amour de nous-mêmes. choses, l'amour-propre veut que les choses se

donnent à nous , et se fait le centre de tout. L'amour est une complaisance dans l'objet Rien ne caractérise donc l'amour-propre, aimé. Aimer une chose, c'est se complaire dans comme la complaisance qu'on a dans soi-même sa possession, sa grâce, son accroissement; et les choses qu'on s'approprie. craindre sa privation, ses déchéances, etc. L'orgueil est un effet de cette complaisance.

Plusieurs philosophes rapportent générale- Comme on n'estime généralement les choses ment à l'amour-propre toute sorte d'allache- qu’autant qu'elles plaisent, et que nous nous ments. Ils prétendent qu'on s'approprie tout ce plaisons si souvent à nous-mêmes devant toutes que l'on aime, qu'on n'y cherche que son plai-choses; de là ces comparaisons toujours insir et sa propre satisfaction, qu'on se met soi- justes qu'on fait de soi - même à autrui, et même avant tout; jusque-là qu'ils nient que celui qui fondent tout notre orgueil. qui donne sa vie pour un autre, le préfère à | Mais les prétendus avantages pour lesquels soi. Ils passent le but en ce point: car si l'objet nous nous estimons étant grandement variés, de notre amour nous est plus cher sans l’étre, nous les désignons par les noms que nous leur que l'ètre sans l'objet de notre amour, il paroît avons rendus propres. L'orgueil qui vient d'une que c'est notre amour qui est notre passion do- confiance aveugle dans nos forces, nous l'avons minante, et non notre individu propre; puisque nommé présomption; celui qui s'attache à de tout nous échappe avec la vie, le bien que nous petites choses, vanité ; celui qui est courageux, nous étions approprié par notre amour, comme fierté. notre être véritable. Ils répondent que la passion nous fait confondre dans ce sacrifice notre

1 On peut s'aimer hors de soi davantage que son existence

propre. Cela n'est pas correct. Davuntuge est un adverbe de vie et celle de l'objet aimé; que nous croyons comparaison, mais qui s'emploie absolument, sans etre suivi de n'abandonner qu'une partie de nous-mêmes

la conjonction que. Lorsque cette conjonction est nécessaire, il

faut substituer plus à davantage. Il y a dans l'ouvrage de Vaiipour conserver l'autre : au moins ils ne peuvent venargues plusieurs autres incorrections que nous n'avons pas nier que celle que nous conservons nous pa- cru devoir relever; nous remarquons celle-ci, parce que d'assez

bons écrivains ont commis la même faule. S. roit plus considerable que celle que nous aban

2 L'amour-propre, au contraire, subordonne tout à ses donnons. Or, dès que nous nous regardons commodités et à son bien-être. Cette manière de distinguer l'acomme la moindre partie dans le tout, c'est une mour de nous-mêmes de l'amour-propre, paroit plus subtile préférence manifeste de l'objet aimé. On peut pre. seroit plutôt le caractère de ce qu'on entend par le mot

que juste ; et ce que Vauvenargues applique ici à l'amour-prodire la même chose d'un homme qui, volon- égoïsme. Ce qu'on exprime communément par le mot d'amourlairement et de sang-froid , meurt pour la gloi- propre, c'est l'amour des choses qui nous sont propres, la comTout ce qu'on ressent de plaisir en s'appro- ignoreroit que tous les hommes ne sont pas priant quelque chose, richesse, agrément, hé- égaux par le cour, il suffit de savoir qu'ils enritage, etc., et ee qu'on éprouve de peine par visagent les choses selon leurs lumières, peutla perte des mêmes biens, ou la crainte de quel- étre encore plus inégales, pour comprendre la que mal, la peur, le dépit, la colère, tout cela différence qui distingue les passions même qu'on vient de l'amour-propre.

plaisance pour nos qualités ou nos avantages personnels, plutôt re; la vie imaginaire qu'il achèle au prix de son que l'attention au bien-être de notre personne. S.

désigne du même nom. Si différemment partaL'amour-propre se mêle à presque tous nos gés par l'esprit et les sentiments, ils s'attachent sentiments, ou du moins l'amour de nous-mê- au même objel sans aller au même intérêt"; et mes; mais pour prévenir l'embarras que fe- cela n'est pas seulement vrai des ambitieux, roient naître les disputes qu'on a sur ces ter- mais aussi de toute passion. mes, j'use d'expressions synonymes, qui me semblent moins équivoques. Ainsi je rapporte

XXVI. tous nos sentiments à celui de nos perfections et

De l'amour du monde. de notre imperfection : ces deux grands principes nous portent de concert à aimer, estimer,

Que de choses sont comprises dans l'amour conserver, agrandir et défendre du mal notre du monde ! le libertinage, le desir de plaire, frèle existence. C'est la source de tous nos plai- l'envie de primer, etc. : l'amour du sensible et sirs et déplaisirs, et la cause féconde des pas- du grand ne sont nulle part si mêlés ”. sions qui viennent par l'organe de la réflexion.

Le génie et l'activité portent les hommes à la Tachons d'approfondir les principales; nous

vertu et à la gloire : les petits talents, la pasuivrons plus aisément la trace des petites , qui resse, le goût des plaisirs, la gaieté et la vanité ne sont que des dépendances et des branches de les fixent aux petites choses : mais en tout c'est celles-ci.

le même instinct ; et l'amour du monde renferme XXV.

de vives semences de presque toutes les passions. De l'ambition.

XXVII. L'instinct qui nous porte à nous agrandir n'est aucune part si sensible

Sur l'amour de la gloire. dans l'ambi

que tion"; mais il ne faut pas confondre tous les am

La gloire nous donne sur les cæurs une aubitieux. Les uns attachent la grandeur solide à torité naturelle qui nous touche sans doule l'autorité des emplois ; les autres aux grandes autant que nulle de nos sensations, et nous richesses ; les autres au faste des titres, etc.; étourdit plus sur nos misères qu'une vaine dissiplusieurs vont à leur but sans nul choix des pation : elle est donc réelle en tous sens. moyens ; quelques uns par de grandes choses,

Ceux qui parlent de son néant inevitable souet d'autres par les plus petites : ainsi telle am- tiendroient peut-être avec peine le mépris oubition est vice; telle, vertu ; telle, vigueur d'es- vert d'un seul homme. Le vide des grandes prit; telle, égarement et bassesse, etc.

passions est rempli par le grand nombre des Toutes les passions prennent le tour de notre petites : les contempteurs de la gloire se piquent caractère. Nous avons vu ailleurs que l'ame in- de bien danser, ou de quelque misère encore fluoit beaucoup sur l'esprit; l'esprit influe aussi sur l'ame. C'est de l'ame que viennent tous les Ils s'attachent au même objet sans aller au même inte sentiments; mais c'est par les organes de l'es- rét. C'est-a-dire sans voir de meme l'objet où ils s'attachent . pril que passent les objets qui les excitent. Selon lent la mème place , l'un pour l'argent et l'autre pour le crédit.

et sans y étre portés par le même interet. Deux hommes veules couleurs qu'il leur donne, selon qu'il les pé- Deux amants recherchent la méme femme, l'un pour sa figure nètre, qu'il les embellit, qu'il les déguise, l'ame et l'autre pour son esprit, etc. s.

L'amour du sensible et du grand ne sont nulle pari si les rebule ou s'y allache. Quand donc mème on mélés. C'est-à-dire, je crois, selon la manière de voir de Vauve

les penchants physiques et les sentiments moraur. 1 L'instinct qui nous porte à nous agrandir n'est aucune D'autant que dans la première édition, il ajontoil : je parle part si sensible que dans l'ambition. Aucune part pour nulle d'un grand , mesuré à l'esprit et au cour qu'il touche. Dans part, expression négligée. S.

tous les cas cela n'est pas clair. S.

nargues,

1

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