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« Le sot est comme le peuple, il se croit riche de

DISCOURS PRÉLIMINAIRE. « peu. »

* Ceux qui combattent les préjugés du peuple « croient n'être pas peuple. Un homme qui avoit fait « à Rome un argument contre les poulets sacrés, se

Toutes les bonnes maximes sont dans le monde, a regardoit peut-être comme un philosophe. »

Cette observation trouveroit bien des applications dit Pascal, il ne faut que les appliquer; mais cela est dans les temps modernes. Nous avons vu beaucoup très difficile. Ces maximes n'étant pas l'ouvrage d'un de philosophes de cette force. J'ai connu un abbé de seul homme , mais d'une infinité d'hommes difféLa Chapelle, bon géomètre, et qui avoit été jusqu'à rents qui envisageoient les choses par divers côtés, qnarante ans très bon chrétien : « Je n'avais jamais peu de gens ont l'esprit assez profond pour concilier « réfléchi sur la religion, disoit-il un jour à D'A- tant de vérités, et les dépouiller des erreurs dont elles « lembert ; mais j'ai lu la Lettre de Thrasybule et le sont mêlées". Au lieu de songer à réunir ces divers « Testament de Jean Meslier; cela m'a fait faire des points de vue, nous nous amusons à discourir des « réflexions, et je me suis fait esprit fort. »

opinions des philosophes, et nous les opposons les Après avoir fait remarquer les qualités intéressan

uns aux autres, trop foibles pour rapprocher ces maxites qui distinguent le style de Vauvenargues, nous

mes éparses et pour en former un système raisonnadevons convenir que ces qualités sont quelquefois ter-ble. Il ne paroît pas même que personne s'inquiète nies par des termes impropres et plus souvent par des beaucoup des lumières * et des connoissances qui lournures incorrectes. Il n'avoit aucun principe de

nous manquent. Les uns s'endorment sur l'autorité grammaire; il écrivoit pour ainsi dire d'instinct, el

des préjugés, et en admettent même de contradictoine devoit son talent qu'à un goût naturel, formé par trarient; et les autres passent leur vie à douter et à

res, faute d'aller jusqu'à l'endroit par lequel ils se corla lecture réfléchie de nos bons écrivains.

Vauvenargues , après avoir langui plusieurs an- disputer, sans s'embarrasser des sujets de leurs disnées dans un état de souffrance sans remède, qu'il putes et de leurs doutes. supportoit sans se plaindre, voyoit sa fin prochaine

Je me suis souvent étonné, lorsque j'ai commencé comme inévitable; il en parloit peu, et s'y préparoit à réfléchir, de voir qu'il n'y eût aucun principe sans

IL mourat en 1747, entouré de quelques amis distingués par leur esprit et leur caractère, qui n'avoient quefois en moi-même : Il n'y a point de démarche pas cessé de lui donner des preuves du plus tendre dévouement. Il les étonnoit autant par le calme inal

Dans la première édition, on lit après cette phrase un pas

quel. lérable de son ame que par les ressources inépuisa- sage que l'auteur supprima dans la seconde; le voici : « Si

a que génie plus solide se propose un si grand travail, nous bles de son esprit, et souvent par l'éloquence natu- « nous unissons contre lui. Aristote, disons-nous, a jeté toutes relle de ses discours.

« les semences des découvertes de Descartes : quoiqu'il soit maOn trouvera peut-être que je me suis trop etendu

« nifeste que Descartes ait tiré de ces vérités, connues, selon

« nous, à l'antiquité, des conséquences qui renversent toute sa sur les détails de la vie d’an homme qui a été peu

a doctrine, nous publions hardiment nos calomnies : cela me connu, et dont les écrits n'ont pas atteint au degré rappelle encore ces paroles de Pascal : Ceux qui sont cade réputation qu'ils obtiendront sans doute un jour ; " pables d'inventer sont rares ; ceux qui n'inventent pas mais c'est pour cela même qu'il m'a paru important

« sont en plus grand nombre, et par conséquent les plus

forts, et l'on voit que, pour l'ordinaire, ils refusent aut d'attirer plus particulièrement l'attention du public

« inventeurs la gloire qu'ils méritent, etc. sur un mérite méconnu et sur des talents mal ap- « Ainsi nous conservons obstinément nns préjugés, nous en -préciés. Je croirois n'avoir pas fait un travail inutile, « admeltons même de contradictoires, faute d'aller jusqu'à l'ensi les pages qu'on vient de lire pouvoient engager

a droit par lequel ils se contrarient. C'est une chose monstrueuse

a que cette confiance dans laquelle on s'endort, pour ainsi dire, quelques esprits raisonnables à rendre plus de justice

« sur l'autorité des maximes populaires, n'y ayant point de prin à un écrivain qui a donné à la morale un langage si a cipc sans contradiction, point de terme mème sur les grands noble et un ton si touchant.

« sujets dans l'idéc duquel on convienne. Je n'en citerai qu'un

a cxemple : qu'on me définisse la vertu. ) SUARD.

2 Il seroit plus exact de dire s'inquiète beaucoup du défaut des lumières ; mais c'est une locution elliptique qui peut étre justifiée. M.

3 Un terme sur les grands sujets est une expression trop vague. Convenir dans l'idée d'un terme; cette manière de s'exprimer est trop négligée. M.-La pensée de Vauvenarguesest que, dans les matières de haute spéculation, le sens de l'expression n'est pas toujours exactement déterininé. B.

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indifférente dans la vie; si nous la conduisons sans devoirs des hommes rassemblés en société, voilà la la connoissance de la vérité, quel abime!

morale; les intérêts réciproques de ces sociétés, Qui sait ce qu'il doit estimer, ou mépriser, ou voilà la politique; leurs obligations envers Dieu, voilà hair, s'il ne sait ce qui est bien ou ce qui est mal? | la religion. et quelle idée aura-t-on de soi-même, si on ignore ce Occupé de ces grandes vues , je me proposai d'aqui est estimable? elc.

bord de parcourir toutes les qualités de l'esprit, ensuite On ne prouve point les principes, me disoit-on. toutes les passions, et enfin toutes les vertus et tous les Voyons, s'il est vrai', répondois-je; car cela même vices qui, n'élant que des qualités humaines, ne peuest un principe très-fécond , et qui peut nous servir vent être connus que dans leur principe. Je méditai de fondement.

donc sur ce plan, et je posai les fondements d'un Cependant j'ignorois la route que je devois suivre long travail. Les passions inséparables de la jeunesse, pour sortir des incertitudes qui m'environnoient. Je des infirmités continuelles, la guerre survenue dans ne savois précisément ni ce que je cherchois, ni ce ces circonstances, ont interrompu cette étude. Je me qui pouvoit m'éclairer; et je connoissois peu de gens proposois de la reprendre un jour dans le repos, lorsqui fussent en état de m'instruire. Alors j'écoutai cet que de nouveaux contre-temps m'ont ôté, en quelinstinct qui excitoit ma curiosité et mes inquiétudes, que manière , l'espérance de donner plus de perfecet je dis : que veux-je savoir ? que m'importe-1-il de tion à cet ouvrage. connoître ? Les choses qui ont avec moi les rapports Je me suis attaché, autant que j'ai pu, dans cette les plus nécessaires ? sans doute. Et où trouverai-je seconde édition, à corriger les fautes de langage ces rapports, sinon dans l'étude de moi-même et la qu'on m'a fait remarquer dans la première. J'ai reconnoissance des hommes, qui sont l'unique fin de touché le style en beaucoup d'endroits. On trouvera mes actions, et l'objet de toute ma vie ? Mes plaisirs, quelques chapitres plus développés et plus étendus mes chagrins, mes passions, mes affaires, tout roule qu'ils n'étoient d'abord : tel est celui du Génie. On sur eux. Si j'existois seul sur la terre, sa possession pourra remarquer aussi les augmentations que j'ai entière seroit peu pour moi : je n'aurois plus ni soins, faites dans les Conseils à un jeune homme , et dans ni plaisirs, ni desirs; la fortune et la gloire même les Réflerions critiques sur les poëtes, auxquels j'ai ne seroient pour moi que des noms ; car il ne faut joint Rousseau et Quinault, auteurs célèbres dont pas s'y méprendre : nous ne jouissons que des hom- je n'avois pas encore parlé. Enfin on verra que j'ai mes, le reste n'est rien 4. Mais, continuai-je, éclairé fait des changements encore plus considérables dans par une nouvelle lumière; qu'est-ce que l'on ne les Maximes. J'ai supprimé plus de deux cents pentrouve pas dans la connoissance de l'homme ? Les sées, ou trop obscures, ou trop communes, ou inu

tiles. J'ai changé l'ordre des maximes que j'ai conPour si cela est vrai; locution familière, mais peu exacte.M. servées ; j'en ai expliqué quelques unes , et j'en ai · On trouve encore ici dans la première édition un passage ajouté quelques autres, que j'ai répandues indifféque nous rétablissons, et qui fut supprimé dans la seconde : « Nous nous appliquons à la chimie, à l'astronomie, ou à ce

remment parmi les anciennes. Si j'avois pu profiter « qu'on appelle érudition, comme si nous n'avions rien à con- de toutes les observations que mes amis ont daigné « noitre de plus important. Nous ne manquons pas de prétexte faire sur mes fautes, j'aurois rendu peut-être ce pe« pour justifier ces études. Il n'y a point de science qui n'ait · quelque côté utile. Ceux qui passent toute leur vie à l'étude tit ouvrage moins indigne d'eux. Mais ma mauvaise « des coquillages, disent qu'ils contemplent la nature. O de- santé ne m'a pas permis de leur témoigner par ce « mence aveugle! la gloire est-elle un nom, la vertu une er- travail le desir que j'ai de leur plaire. e reur, la foi un fantôme ? Nous nions ou nous recevons ces e opinions que nons n'avons jamais approfondies, et nous nous < occupons tranquillement de sciences purement curieuses. « Croyons-nous connoître les choses dont nous ignorons les prin

cipes?

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« Pénétré de ces réflexions dès mon enfance, et blessé des « contradictions trop manifestes de nos opinions, je cherchai « au travers de tant d'erreurs les sentiers délaissés du vrai , et « je dis, que veux-je savoir, etc. »

3 Fortune , pris dans le sens de richesse, peut procurer à l'homme vivant dans la solitude la plus absolue, quelques jouissances matérielles ; mais quelle peut être la gloire pour un être isolé? elle n'existe pas hors de l'état de société. B.

4 Cela est au moins obscur ; nous jouissons aussi des choses. M.-L'auteur a voulu dire que nous ne jouissons que par le sentiment d'opinion que nous inspirons à ceux qui nous entourent, et que nos plaisirs sont au moral le résultat de l'amour-propre et de la vanite flattés. B.

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réussissoit dans cet ouvrage à développer les INTRODUCTION

effets dont ils étudioient les principes.

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DE L'ESPRIT HUMAIN.

Imagination, réflexion , mémoire.
Il y a trois principes remarquables dans l'es-

prit : l'imagination, la réflexion et la mémoire. LIVRE PREMIER.

J'appelle imagination le don de concevoir

les choses d'une manière figurée, et de rendre I.

ses pensées par des images ?. Ainsi l'imagina

tion parle toujours à nos sens; elle est l'invenDe l'esprit en général.

trice des arts et l'ornement de l'esprit.

La réflexion est la puissance de se replier sur Ceux qui ne peuvent rendre raison des va- ses idées, de les examiner, de les modifier, ou riétés de l'esprit humain, y supposent des con- de les combiner de diverses manières. Elle est trariétés inexplicables. Ils s'étonnent qu'un le grand principe du raisonnement, du jugehomme qui est vif, ne soit pas pénétrant; que ment, etc. celui qui raisonne avec justesse, manque de La mémoire conserve le précieux dépôt de jugement dans sa conduite ; qu'un autre qui l'imagination et de la réflexion. Il seroit superparle nettement, ait l'esprit faux, etc. Ce qui flu de s'arrêter à peindre son utilité non confait qu'ils ont tant de peine à concilier ces pré- testée. Nous n'employons dans la plupart de tendues bizarreries, c'est qu'ils confondent les nos raisonnements que des reminiscences; c'est qualités du caractère avec celles de l'esprit, et sur elles que nous bâtissons ; elles sont le fonqu'ils rapportent au raisonnement des effets dement et la matière de tous nos discours. L'esqui appartiennent aux passions. Ils ne remar- prit que la mémoire cesse de nourrir, s'éteint quent pas qu'un esprit juste, qui fait une faute, dans les efforts laborieux de ses recherches. ne la fait quelquefois que pour satisfaire une s'il y a un ancien préjugé contre les gens d'une passion, et non par défaut de lumière ; et, lors- heureuse mémoire, c'est parcequ’on suppose qu'il arrive à un homme vif de manquer de pé- qu'ils ne peuvent embrasser et mettre en ordre nétration, ils ne savent pas que pénétration et tous leurs souvenirs, parcequ'on présume que vivacité sont deux choses assez différentes, leur esprit, ouvert à toute sorte d'impressions, quoique ressemblantes, et qu'elles peuvent être est vide, et ne se charge de tant d'idées emséparées. Je ne prétends pas découvrir toutes pruntées, qu'autant qu'il en a peu de propres : les sources de nos erreurs sur une matière sans mais l'expérience a contredit ces conjectures par bornes; lorsque nous croyons tenir la vérité de grands exemples. Et tout ce qu'on peut en par un endroit, elle nous échappe par mille conclure avec raison, est qu'il faut avoir de la autres. Maisj'espère qu'en parcourant les prin- mémoire dans la proportion de son esprit, sans cipales parties de l'esprit, je pourrai observer quoi on se trouve nécessairement dans un de ces les différences essentielles, et faire évanouir un deux vices, le défaut ou l'excès. très grand nombre de ces contradictions imaginaires qu’admet l'ignorance. L'objet de ce

II. premier livre est de faire connoître, par des

Fécondité. definitions et des réflexions, fondées sur l'expérience, toutes ces différentes qualités des Imaginer, réfléchir, se souvenir, voilà les hommes qui sont comprises sous le nom d'es- trois principales facultés de notre esprit. C'est prit. Ceux qui recherchent les causes physiques de ces mêmes qualités , en pourroient peut

· La mémoire est la première. Pourquoi? v.

» L'imagination est ici considérée relativement a la littéraèire parler avec moins d'incertitude , si on

ture. M.

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là tout le don de penser', qui précède et fonde , bagatelles qui soutiennent la conversation, étant les autres. Après vient la fécondité, puis la leur passion dominante, elles excitent toute justesse, etc.

leur vivacité, leur fournissent une occasion conLes esprits stériles laissent échapper bean- tinuelle de paroître. Ceux qui ont des passions coup de choses ?, et n'en voient pas tous les plus sérieuses, étant froids sur ces puerilités, côtés; mais l'esprit fécond sans justesse, se toute la vivacité de leur esprit demeure concenconfond dans son abondance, et la chaleur du trée. sentiment qui l'accompagne est un principe

V. d'illusion très à craindre; de sorte qu'il n'est

Pénétration. pas étrange de penser beaucoup et peu juste. Personne ne pense, je crois, que tous les

La pénétration est une facilité à concevoir !, esprits soient féconds, ou pénétrants, ou élo- à remonter au principe des choses, ou à prévequents, ou justes, dans les mêmes choses. Les nir : leurs effets par une suite d'inductions. uns abondentenimages, les autres en réflexions,

C'est une qualité qui est attachée comme les les autres en citations, etc., chacun selon son autres à notre organisation, mais que nos habicaractère, ses inclinations, ses habitudes, sa tudes et nos connoissances perfectionnent : nos force ou sa foiblesse.

connoissances, parcequ'elles forment un amas

d'idées qu'il n'y a plus qu'à réveiller; nos habiIV.

tudes, parcequ'elles ouvrent nos organes, et Vivacité.

donnent aux esprits un cours facile et prompt.

Un esprit extrêmement vif peut être faux, La vivacité consiste dans la promptitude des et laisser échapper beaucoup de choses par viopérations de l'esprit. Elle n'est pas toujours vacité ou par impuissance de réfléchir, et n'ètre unie à la fécondité. Il y a des esprits lents, fer- pas pénétrant. Mais l'esprit pénétrant ne peut tiles ; il y en a de vifs, stériles. La lenteur des être lent; son vrai caractère est la vivacité et la premiers vient quelquefois de la foiblesse de justesse unies à la réflexion. leur mémoire, ou de la confusion de leurs idées, Lorsqu'on est trop préoccupé de certains ou enfin de quelque défaut dans leurs organes, principes sur une science, on a plus de peine qui empêche leurs esprits de se répandre avec à recevoir d'autres idées dans la même science vitesse. La stérilité des esprits vifs, dont les et une nouvelle méthode; mais c'est là encore organes sont bien disposés, vient de ce qu'ils une preuve que la pénétration est dépendante, manquent de force pour suivre une idée, ou comme je l'ai dit, de nos habitudes. Ceux qui de ce qu'ils sont sans passions ; car les passions font une étude puérile des énigmes, en pénė· fertilisent l'esprit sur les choses qui leur sont trent plus tôt le sens que les plus subtils phipropres, et cela pourroit expliquer de certai- losophes. nes bizarreries : un esprit vif dans la conversa

VI. tion, qui s'éteint dans le cabinet; un genie perçant dans l'intrigue, qui s'appesantit dans De la justesse, de la nelteté, du jugement. les sciences, etc. C'est aussi par cette raison que les personnes

La netteté est l'ornement de la justesse 3; mais enjouées, que les objets frivoles intéressent,

elle n'en est pas inséparable. Tous ceux qui ont paroissent les plus vives dans le monde. Les l'esprit net ne l'ont pas juste. Il y a des hom

mes qui conçoivent très distinctement, et qui i On ne pense que par mémoire. v. Ne seroit-il pas plus ne raisonnent pas conséquemment. Leur esprit, exact de dire : On ne pense qu'au moyen de la mémoire? S.

2 L'esprit stérile est celui en qui l'idée qu'on lui présente ne 1 Conceroir, veut dire ici se former, d'après ce qu'on voit, fait pas naitre d'idées accessoires; au lien que l'esprit fécond des idées de ce qu'on ne voit pas, et par là pénétrer plus loin produit sur le sujet qui l'occupe , toutes les idées qui appar que la simple apparence. S. tiennent à ce sujet. De même que dans une oreille exercée et 2 Au lieu de prévenir, il faut, ce me semble, préroir les sensible, un son produit le sentiment des sons harmoniques, et effets pur induction, après quoi on les prévient. S. qu'elle entend un accord où les autres n'entendent qu'un son. S. : La netteté nait de l'ordre des idées. V.

VII.

trop foible ou trop prompt, ne peut suivre la nes ignorent : on trouve quelquefois dans l'esliaison des choses , et laisse échapper leurs rap- prit des hommes les plus sages, des idées par ports. Ceux-ci ne peuvent assembler beaucoup leur nature inalliables, que l'éducation, la coude vues, attribuent quelquefois à tout un objet tụme, ou quelque impression violente , ont ce qui convient au peu qu'ils en connoissent. liées irrevocablement dans leur mémoire. Ces La netteté de leurs idées empêche qu'ils ne s'en idées sont tellement jointes, et se présentent défient. Eux-mêmes se laissent éblouir par l'é- avec tant de force, que rien ne peut les sépaclat des images qui les préoccupent; et la lu- rer!; ces ressentiments de folie sont sans conmière de leurs expressions les attache à l'erreur séquence, et prouvent seulement, d'une made leurs pensées :

nière incontestable, l'invincible pouvoir de la La justesse vient du sentiment du vrai formé coutume. dans l'ame, accompagné du don de rapprocher les conséquences des principes, et de combiner

Du bon sens. leurs rapports. Un homme médiocre peut avoir de la justesse à son degré, un petit ouvrage de

Le bon sens n'exige pas un jugement bien même ?. C'est sans doute un grand avantage, profond ; il semble consister plutôt à n'apercede quelque sens qu'on le considère : toutes cho- voir les objets que dans la proportion exacte ses en divers genres ne tendent à la perfection qu'ils ont avec notre nature, ou avec notre conqu'autant qu'elles ont de justesse 3.

dition. Le bon sens n'est donc pas à penser sur Ceux qui veulent tout définir ne confondent les choses avec trop de sagacité, mais à les pas le jugement et l'esprit juste ; ils rapportent concevoir d'une manière utile, à les prendre à ce dernier 4 l'exactitude dans le raisonnement, dans le bon sens. dans la composition, dans toutes les choses de

Celui qui voit avec un microscope, aperçoit pure speculation ; la justesse dans la conduite sans doute dans les choses plus de qualités ; de la vie, ils l'attachent au jugement 5.

mais il ne les aperçoit point dans leur proportion Je dois ajouter qu'il y a une justesse et une naturelle avec la nature de l'homme, comme netteté d'imagination"; une justesse et une net- celui qui ne se sert que de ses yeux. Image des teté de réflexion, de mémoire, de sentiment, esprits subtils, il pénètre souvent trop loin : cede raisonnement, d'éloquence, etc. Le tempé- lui qui regarde naturellement les choses a le bon rament et la coutume mettent des différences infinies entre les hommes, et resserrent ordi

Le bon sens se forme d'un goût naturel pour nairement beaucoup leurs qualités. Il faut ap- la justesse et la médiocrité ; c'est une qualité du pliquer ce principe à chaque partie de l'esprit; caractère, plutôt encore que de l'esprit. Pour il est très facile à comprendre.

avoir beaucoup de bon sens, il faut être fait de Je dirai encore une chose que peu de person- manière que la raison domine sur le sentiment,

sens.

l'expérience sur le raisonnement. Bien écrit. V.

Le jugement va plus loin que le bon sens : ? A son degré, de méme, expressions trop négligées. M.

3 Je dirois n ont de perfection ; et même comment dit-on mais ses principes sont plus variables.
qu'une chose a plus ou moins de justesse? M. – Justesse ici
n'est pas le mot propre; cela veut dire sans doute ici, juste

VIII.
proportion de parties, exacte combinaison de rapports. Sans
cela, vaudroit-il la peine de dire, comme le fait Vauvenargues
deux lignes plus haut, qu'un petit ouvrage peut avoir de la

De la profondeur. justesse? Sans doute, puisqu'une pensée, qui est assurément le plus petit ouvrage possible, n'a pas de mérite sans la jus- La profondeur est le terme de la réflexion ?. 4 1ls rapportent à ce dernier. C'est qu'il me semble que

Quiconque a l'esprit veritablement profond, l'esprit juste consiste seulement à raisonner juste sur ce qu'on connoit, et que le jugement suppose des connoissances qui · Ces idées sont, etc. C'est-à-dire qu'il y a de la folie dans les mettent en état de juger ce qu'on rencontre, et la vie en géné- sages. V. ral est composée de rencontres. S.

a celui qui voit, etc. Fin et vrai. V. s La justesse, etc. Justesse est ici sagesse. V.

3 La profondeur, etc. ; c'est-à-dire ce qui suppose le plus de o Jo dois ajouter, etc. Un peu confus. V.

force à la réflexion, S.

tesse. S.

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