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les au

personne qui voulût s'intéresser aux affaires

CHAPITRE XXX. publiques, si nous abandonnions ces hom« mes (5). » Il aime à se déclarer patron des gens

Du gain sordide. les plus méprisables (6), et à se rendre aux tribunaux pour y soutenir de mauvaises affai L'homme qui aime le gain sordide emploie res (7). S'il juge un procès, il prend dans un les moyens les plus vils pour gagner ou pour mauvais sens tout ce que disent les parties. En épargner de l'argent (1). Il est capable d'épargénéral (8) l'affection pour les scélérats est sour gner le pain dans ses repas; d'emprunter de de la scéléralesse même, et rien n'est plus vrai l'argent à un étranger descendu chez lui (2); de que le proverbe : « On recherche toujours son dire, en servant à table, qu'il est juste que celui « semblable. »

qui distribue reçoive une portion double , et de

se la donner sur-le-champ. S'il vend du vin, il NOTES.

у mêlera de l'eau, même pour son ami. Il ne va (1) Ce chapitre et le suivant n'ont été découverts que au spectacle avec ses enfants que lorsqu'il y a dans le siècle dernier. On en connoissoit cependant les une représentation gratuite. S'il est membre titres du temps de Casaubon et de La Bruyère; et j'ai d'une ambassade, il laisse chez lui la somme que conservé la traduction que ce dernier en a donnée dans

la ville lui a assignée pour les frais du voyage, et son Discours sur Théophraste.

emprunte de l'argent à ses collègues : en chemin (2) Je pense qu'il fant sous-entendre, « Et qui ont eu il charge son esclave d'un fardeau au-dessus de a l'adresse de se soustraire à l'effet des lois. » ( Voyez le ses forces, et le nourrit moins bien

que chapitre xvhı du Voyage du jeune Anacharsis.)

tres : arrivé au lieu de sa destination, il se fait (3) J'ai cherché à remplir par ces mots une lacune qui donner sa part des présents d'hospitalité pour se trouve dans le manuscrit; il me paroit qu'il est ques la vendre. Pour se frotter d'huile au bain, il dira tion d'un homme auquel on veut confier quelques fonc à son esclave : Celle que tu m'as achetée est tions politiques.

rance; et il se servira de celle d'un autre, Si (4) J'ai traduit comme si le participe grec étoit au passif; quelqu'un de sa maison trouve une petite monsans cette correction, le sens seroit : « Car je surveille

noie de cuivre dans la rue, il en demandera sa « ceux qui veulent lui faire du tort. » Le changement part, en disant : Mercure est commun. Quand il que je propose est nécessaire pour faire une transition à

donne son habit à blanchir, il en emprunte un la phrase suivante. *

autre d'un ami, et le porte jusqu'à ce qu'on le (5) M. Coray a observé que ces traits ont un rapport lui redemande, etc. Il distribuie lui-même les particulier avec l'orateur Aristogiton et son protecteur provisions aux gens de sa maison avec une mePbilocrate. (Voyez le plaidoyer de Démosthène contre le

sure trop petite (3), et dont le fond est bombé premier. ) Mais je n'ai point pu adopter toutes les con

en dedans; encore a-t-il soin d'égaliser le dessus. séquences que cet éditeur en tire pour le sens de notre

Il se fait céder par ses amis, et comme si c'étoit auteur.

pour lui, des choses qu'il revend ensuite avec (6) Les simples domiciliés d'Athènes , non citoyens , profit. S'il a une dette de trente mines à payer, avoient besoin d'un patron, parmi les citoyens , qui ré-'il manquera toujours quelques drachmes à la pondit de leur conduite. (Voyez le Voyage du jeune Ana

somme. Si ses enfants ont été indisposés et ont charsis, chap. VI. )

passé quelques jours du mois sans aller à l'école, (7) Tous les citoyens d'Athènes pouvoient être appelés il diminue le salaire du maitre à proportion ; et à la fonction de juges par le sort; et ils devoient étre pendant le mois d'anthestérion il ne les y envoie souvent dans ce cas, puisque le nombre des juges des différents tribunaux s'élevoit à six mille. (Voyez Ana- pas du tout, pour ne pas être obligé de payer

un mois dont une grande partie se passe en speccharsis , chap. xvi. )

tacles (4). S'il retire une contribution d'un es(8) Cette dernière phrase me paroit avoir été ajoutée clave (5), il en exige un dédommagement pour par un glossateur.

la perte qu'éprouve la monnoie de cuivre. Quand son chargé d'affaires lui rend ses comptes 6)... Quand il donne un repas à sa curie, il demande,

sur le service commun, une portion pour ses tres de cet ouvrage, à la suite du chapitre 11 , où on les

trouvera traduits par La Bruyère, et éclaircis par des notes enfants, et note les moitiés des raves qui sont restées sur la table, afin que les esclaves qui les qu'il seroit inutile de répéter ici. desservent ne puissent pas les prendre. S'il voya Par droit d'hospitalité. (Voyez chap. Is, note7.) ge avec des personnes de sa connoissance, il se sert de leurs esclaves, et loue pendant ce temps

(5) J'ai traduit ici d'après la leçon du manuscrit du Va

tican; mais, d'après les règles de la critique, il faut préle sien , sans mettre en commun le prix qu'il en

férer celle des autres manuscrits dans le chapitre xl: car reçoit. Bien plus, si l'on arrange un pique-nique ce sont les mots ou les tournures les plus vulgaires qui s'indans sa maison, il soustrait une partie du bois, troduisent dans le texte par l'erreur des copistes. des lentilles, du vinaigre, du sel, et de l'huile

(4) Les anthestéries, qui avoient donné le nom à ce mois, pour la lampe, qu'on a déposés chez lui (7). Si

étoient des fêtes consacrées à Bacchus. quelqu'un de ses amis se marie ou marie sa fille, il quitte la ville pour quelque temps, afin de

pou (5) Auquel il a permis de travailler pour son propre voir se dispenser d'envoyer un présent de noces. compte , ou qu'il a loué, ainsi qu'il étoit d'usage à Athènes, Il aime beaucoup aussi à emprunter aux person

comme on le voit entre autres par la suite même de ce

chapitre. nes de sa connoissance des objets qu'on ne redemande point, ou qu'on ne recevroit même pas (6) Cette phrase est défectueuse dans l'original; MM. Bes'ils étoient rendus (8),

lin de Ballu et Coray l'ont jointe à la précédente par lei

mots : « en fait autant, etc. » NOTES.

(7) C'est ainsi que ce passage difficile a été entendu par (1) J'ai été obligé de paraphraser cette définition, qui, M. Coray : d'après M. Schneider, il faudroit traduire : 1 dans l'original, répète les mots dont le nom que Théo « met en compte le bois , les raves, etc., qu'il a fournis. » phraste a donné à ce Caractère est composé, et qui est cer (Voyez la note 7 du chap. X.) tainement altéré par les copistes.

Plusieurs traits de ce caractère ont été placés , par l'a (8) J'ai traduit cette dernière phrase d'après les correebréviateur qui nous a transmis les quinze premiers chapi- | tions des deux savants éditeurs Coray et Schneider.

FIN DES CARACTÈRES DE THÉOPHRASTE.

OE U VRES

COMPLÈTES

DE VAUVENARGUES,

ACCOMPAGNÉES DES NOTES

DE VOLTAIRE, MORELLET, FORTIA, SUARD, BRIÉRE.

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OEUVRES

COMPLÈTES

DE VAUVENARGUES.

NOTICE

éclairés du dix-huitième siècle que le dix-septième

a reçu le complément de sa gloire. SUR LA VIE ET LES ÉCRITS

Il est dans la nature des choses qu'une époque de

goût succède à une époque de génie , et malheureuDE VAUVENARGUES.

sement cela n'arrive pas toujours. Ce qui est plus rare encore, c'est que le même âge réunisse au perfectionnement du goût les créations du génie. Cette

réunion caractérisera le mérite du dix-huitième Luc de Clapiers, marquis de Vauvenargues, issu siècle aux yeux de la postérité, lorsqu’un misérable d'une noble et ancienne famille de Provence, na- esprit de parti, né de circonstances extraordinaires, quit à Aix le 6 août 1745, époque de la mort de et soutenu par les plus vils motifs, aura cessé de réLouis XIV.

pandre des nuages sur une vérité incontestable pour Le beau siècle qui venoit de finir avoit produit, lous les bons esprits. dans presque tous les genres de littérature, des mo Quelques écrivains restreignent beaucoup trop le dèles qui n'ont point été égalés; mais il avoit ré sens du mot génie , quoiqu'ils n'y aient aucune prépandu en même temps, dans les esprits, des germes tention, ou plutôt parcequ'ils n'y ont aucun droit. de goût et d'émulation qui n'ont pas été stériles. Pour moi, je pense que toute production de l'esprit

La destinée des hommes de génie qui ouvrent une qui offre des idées nouvelles sous une forme intécarrière, est d'y entrer sans guide et de laisser loin ressante; tout ce qui porte, dans la pensée comme derrière eux ceux qui tentent de suivre leurs traces : dans l'expression, un caractère de force et d'origiet telle fut la gloire de Corneille, de Molière, de nalité , est l'æuvre du génie; et, sous ce rapport, je Racine, de La Fontaine, de Bossuet, de La Bruyère; ne crains pas de regarder Vauvenargues comme un mais le siècle qui a produit Fontenelle, Voltaire, homme de génie , quoiqu'il ne puisse pas être mis Montesquieu , Buffon, Rousseau, le siècle qui a per au premier rang des génies créateurs et des talents fectionné et assuré la marche de la langue françoise, originaux. qui a répandu la lumière sur tous les objets des con Il est bien certain qu'il ne dut qu'à la nature le noissances humaines, n'a rien à envier aux plus talent qu'il a montré dans ses ouvrages. L'emploi belles époques de la littérature; ce siècle même se- qu'il fit de ses premières années sembloit plus propre roit digne de s'associer à la célébrité de celui qui l'a à l'éloigner des études littéraires qu’à y préparer son précédé, par le seul avantage d'avoir su mieux sen- esprit et son goût. Une constitution foible et une tir et mieux apprécier toute la supériorité des grands santé souvent altérée nuisirent au succès des preécrivains auxquels il n'a pu donner de rivaux. Ra- mières instructions qu'il reçut. Elevé dans un colcine, Molière, La Fontaine, souvent méconnus par lége, il y montra peu d'ardeur pour l'étude, et n'en leurs contemporains , ont trouvé dans la génération remporta qu'une connoissance très superficielle de suivante des appréciateurs plus sensibles et plus jus- la langue latine. Appelé de bonne heure au service les; et c'est dans l'admiration réfléchie des hommes par sa naissance et le væu de ses parents, les goûts

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