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« une dot considérable; » et continue : « Mais il lone une grande cherté de vivres, il a distribué aux paua jeune fille pour la suivre d

dans ses sorties ; » car je crois vres citoyens d'Athènes jusqu'à la somme de que c'est ainsi qu'il faut corriger et entendre ce texte. Le passage de Pollux, que j'ai cité au chap. 11, note 6, s'op- einq talents (7); et, s'il parle à des gens qu'il ne pose à la manière dont M. Schneider a voulu y suppléer : connoit point, et dont il n'est pas mieux conna, il est bien plus simple de lire, èx rão querexeim Feld'iwy, et il leur fait prendre des jetons, compter le nomc'est un trait d'avarice de plus de ne louer qu'une femme. bre de ceux à qui il a fait ces largesses; et, Cette eonjecture ingénieuse est de M. Visconti. Le manus- quoiqu'il monte à plus de six cents personnes , crit du Vatican ajoute encore : « Il porte des souliers raca commodés et à double semelle , et s'en vante en disant il leur donne à tous des noms convenables ; et, « qu'ils sont aussi durs que de la corne. » (Voyez chap. iv, après avoir supputé les sommes particulières note 2.)

qu'il a données à chacun d'eux, il se trouve qu'il (10) Ce dernier trait est tout-à-fait altéré par cette tra- en résulte le double de ce qu'il pensoit , et que duetion, et il me semble qu'aucun éditeur n'en a encore dix talents y sont employés, sans compter, saisi le véritable sens. Le grec dit : « Pour s'asseoir, il roule poursuit-il, les galères que j'ai armées à mes « le yieux manteau qu'il porte lui-même ; » c'est-à-dire, dépens, et les charges publiques que j'ai exerau lieu de se faire suivre par un esclave qui porte un pliant, cées à mes frais et sans récompense (8). Cet comme c'étoit l'usage des riches (voyez Aristophane in Equit., v. 1381 et suiv., et Hesych., in Oklad.), il épar- homme fastueux va chez un fameux marchand gne cette dépense en s'asseyant sur son vieux manteau. de chevaux, fait sortir de l'écurie les plus beaux

et les meilleurs, fait ses offres, comme s'il vouCHAPITRE XXIII.

loit les acheter. De même il visite les foires les

plus célèbres (9), entre sous les tentes des marDe l'ostentalion.

chands, se fait déployer une riche robe, et qui

vaut jusqu'à deux talents; et il sort en querelJe n'estime pas que l'on puisse donner une lant son valet de ce qu'il ose le suivre sans poridée plus juste de l'ostentation, qu'en disant ter de l'or sur lui pour les besoins où l'on se que c'est dans l'homme une passion de faire trouve (10). Enfin, s'il habite une maison dont montre d'un bien ou des avantages qu'il n'a pas. il paie le loyer, il dit hardiment à quelqu'un Celui en qui elle domine s'arrête dans l'endroit qui l'ignore que c'est une maison de famille, et du Pirée (1) où les marchands étalent, et où se qu'il a héritée de son père; mais qu'il veut s'en trouve un plus grand nombre d'étrangers; il défaire, seulement parcequ'elle est trop petite entre en matière avec eux, il leur dit qu'il pour le grand nombre d'étrangers qu'il retire a beaucoup d'argent sur la mer; il discourt chez lui (11). avec eux des avantages de ce commerce, des

NOTES. gains immenses qu'il y a à espérer pour ceux qui (1) Port à Athènes, fort célèbre. (La Bruyère.) Le tray entrent, et de ceux sur-tout que lui qui leur ducteur a exprimé par cette phrase une correction de Caparle y a faits (2). Il aborde dans un voyage le saubon que peut-être le texte n'exigeoit point; le mot que premier qu'il trouve sur son chemin, lui fait donnent les manuscrits signifie la langue de terre qui joint

la péninsule du Pirée au continent, et qui servoit de procompagnie, et lui dit bientôt qu'il a servi sous menade aus Athéniens. Alexandre (3), quels beaux vases et tout enrichis de pierreries il a rapportés de l'Asie, quels excel

(2) Le manuscrit du Vatican ajoute , « Et des pertes ; » lents ouvriers s'y rencontrent , et combien ceux

et continue, « Et en se vantant ainsi, il envoie son esclave

« à un comptoir où il n'a qu'une drachme à toucher. » de l'Europe leur sont inférieurs (4). Il se vante dans une autre occasion d'une lettre qu'il a (5) Tous les manuscrits portent Évandre, nom que l'on reçue d’Antipater (5), qui apprend que lui troi- ne trouve point dans l'histoire de ce temps

. Le manuscrit sième est entré dans la Macédoine. Il dit une

du Vatican ajoute, « Et comment il étoit avec lui. » autre fois que, bien que les magistrats lui aient (6) C'étoit contre l'opinion commune de toute la Grèce. permis tels transports de bois (6) qu'il lui plai- (La Bruyère.) Cependant on faisoit venir de l'Asie pluroit sans payer de tribul, pour éviter néan- sieurs articles de manufactures (voyez le Voyage du jeune

Anacharsis , chap. xx et lv); et ce n'est que dans les moins l'envie du peuple, il n'a point voulu beaux-arts que les Grecs paroissent avoir eu une supériouser de ce privilége. Il ajoute que, pendant une rité exclusive.

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(5) L'un des capitaines d'Alexandre-le-Grand, et dont de quelque affaire; mais, sans s'arrêter, et se la famille régna quelque temps dans la Macédoine. (La faisant suivre quelque temps, il lui dit enfin Bruyère.) (Voyez chap. viii, note 6.) Dans le reste de la phrase il faut, je crois, adopter la correction d'Auber, et qu'on peut le voir après son souper (1). Si l'on Iraduire : « Qu'il est arrivé dans la Macédoine en trois a reçu de lui le moindre bienfait, il ne veut pas « jours, » ou peut-être, « depuis trois jours. :)

qu'on en perde jamais le souvenir ; il le repro

chera en pleine rue, à la vue de tout le mon(6) Parceque les pins , les sapins, les cyprès , et tout au- de (2). N'attendez pas de lui qu'en quelque entre bois propre à construire des vaisseaux, étoient rares dans le pays attique, l'on n'en permettoit le transport en droit qu'il vous rencontre il s'approche de vous, d'autres pays qu'en payant un fort gros tribut.(La Bruyère.) et qu'il vous parle le premier : de même, au Je crois, avec M. Coray , que ce trait a rapport à celui qui lieu d'expédier sur-le-champ des marchands ou précede, et qu'il faut traduire : « Et que, ce prince lui des ouvriers, il ne feint point de les renvoyer au & ayant voulu permettre d'exporter des bois de construc- lendemain matin, et à l'heure de son lever. « tion sans payer de droits, il l'avoit refusé pour éviter les « calomnies. » C'est de la Macédoine qu'on faisoit venir Vous le voyez marcher dans les rưes de la ville ordinairement ces bois. Le manuscrit du Vatican ajonte, la tête baissée, sans daigner parler à personne d'après l'interprétation de M. Schneider, « Car il falloit de ceux qui vont et viennent (3). S'il se familia« bien être plus raisonnable que les Macédoniens. » Cette rise quelquefois jusqu'à inviter ses amis à un faveur d'un roi étranger auroit pu compromettre un Athénien, ou du moins lui attirer l'envie et la haine d'une par repas, il prétexte des raisons (4) pour ne pas tie de ses concitoyens.

se mettre à table et manger avec eux, et il charge

ses principaux domestiques du soin de les réga(7) Un talent attique dont il s'agit valoit soixante mines ler. Il ne lui arrive point de rendre visite à pei attiques ; une mine, cent drachmes; une drachme, six

sonne sans prendre la précaution d'envoyer oboles. Le talent attique valoit quelque six cents écus de notre monnoie. (La Bruyère.) D'après l'évaluation de quelqu'un des siens pour avertir qu'il va veM. Barthélemy, le talent, que La Bruyère n'estime qu'en-nir (5). On ne le voit point chez lui lorsqu'il viron 1800 livres, en valoit 5400. Le manuscrit du Vatican mange ou qu'il se parfume (6). Il ne se donne ajoute, « Car je ne sais ce que c'est que de refuser. » Le grec ne joint pas le trait suivant à celui-ci, et y parle mais il dit négligemment à un valet de les cal

pas la peine de régler lui

même des parties; de ce genre de collectes nommées eranes, dont il a été question au chap. 1, note 3.

culer, de les arrêter et les passer à compte. Il

ne sait point écrire dans une lettre : « Je vous (8) On peut consulter, sur les charges onéreuses d'A

prie de me faire ce plaisir, » ou, « de me thènes, le Voyage du jeune Anacharsis, chap. xxiv et

< rendre ce service; » mais, « J'entends que chap. Lvi. Elles consistoient en repas à donner, en cheurs

« cela soit ainsi : j'envoie un homme vers vous à fournir pour les jeux, en contributions pour l'entretien des gymnases, etc., etc.

« pour

recevoir une telle chose; je ne veux pas

« que l'affaire se passe autrement; faites ce que (9) Le grec dit : « Il se rend aux boutiques des mar

« je vous dis promptement et sans différer. » & chands, et y demande des étoffes précieuses jusqu'à la

Voilà son style. « valeur de deux talents, etc. » On peut substituer à la correction de Casaubon celle de xdesias, proposée par M. Vis

NOTES. conti.

(1) Littéralement : « L'orgueilleux est capable de dire (10) Coutume des anciens. (La Bruyère.)

« à celui qui est pressé de le voir immédiatement après le

a dîner, que cela ne peut se faire qu'à la promenade. » (11) Par droit d'hospitalité. (La Bruyère.)

(2) D'après le manuscrit du Vatican: «S'il fait du bien

« à quelqu'un , il lui recommande de s'en souvenir : si on CHAPITRE XXIV.

« le choisit pour arbitre, il juge la cause en marchant dans « les rues : s'il est élu pour quelque magistrature, il la re

« fuse en allirmant par serment qu'il n'a pas le temps de De l'orgueil.

« s'en charger. » Je corrige le verbe qui commence la se

conde phrase, en gadiçay Il faut définir l'orgueil une passion qui fait que de lout ce qui est au monde l'on n'estime (3) Le manuscrit du Vatican ajoute, « Ou bien portant

« la tête haute, quand bon lui semble. » que soi. Un homme fier et superbe n'écoute pas celui qui l'aborde dans la place pour lui parler (4) C'est le traducteur qui a ajouté cet adoucissement.

(5) Voyez le chapitre II, de la Flatterie. ( La Bruyère.) | va, par ses ordres, savoir des nouvelles des (6) Avec des huiles de senteur. (La Bruyère

. ) ( Voyez ennemis, observe quelle route ils ont prise, et chap. v, note 4.) Le manuscrit du Vatican ajoute, « On où en sont les affaires ; et, dès qu'il voit appora lorsqu'il se lave. »

ter au camp quelqu'un tout sanglant d'une bles

sure qu'il a reçue, il accourt vers lui, le console CHAPITRE XXV.

et l'encourage (7), étanche le sang qui coule de

sa plaie, chasse les mouches qui l'importunent, De la peur, ou du défaut de courage. ne lui refuse aucun secours, et se mêle de tout,

excepté de combattre. Si, pendant le temps Cette crainte est un mouvement de l'ame qui qu'il est dans la chambre du malade, qu'il ne s'ébranle , ou qui cède en vue d'un péril vrai ou perd pas de vue, il entend la trompette qui imaginaire; et l'homme timide est celui dont je sonne la charge : Ah! dit-il avec imprecation, vais faire la peinture. S'il lui arrive d'être sur la puisses-tu être pendu (8), maudit sonneur qui mer, et s'il aperçoit de loin des dunes ou des cornes incessamment, et fais un bruit enragé qui promontoires, la peur lui fait croire que c'est le empèche ce pauvre homme de dormir ! Il arrive débris de quelques vaisseaux qui ont fait nau- même que, tout plein d'un sang qui n'est pas frage sur cette côte (1): aussi tremble-t-il au le sien, mais qui a rejailli sur lui de la plaie du moindre flot qui s'élève, et il s'informe avec blessé, il fait accroire (9) à ceux qui reviennent soin si tous ceux qui naviguent avec lui sont du combat qu'il a couru un grand risque de sa initiés (2) ; s'il vient à remarquer que le pilote vie pour sauver celle de son ami : il conduit fait une nouvelle mancuvre, ou semblese détour- vers lui ceux qui y prennent intérèt , ou comme ner comme pour éviter un écueil, il l'interroge, il ses parents, ou parcequ'ils sont d'un même lui demande avec inquiétude s'il ne croit pas pays (10); et là il ne rougit pas de leur raconter s'être écarté de sa route, s'il tient toujours la quand et de quelle manière il a tiré cet homme baute mer, et si les dieux sont propices (3) : après des ennemis, et l'a apporté dans sa tente, cela il se met à raconter une vision qu'il a eue

NOTES, pendant la nuit, dont il est encore tout épouvanté, et qu'il prend pour un mauvais présage.

(1) Le grec dit : « Sur mer, il prend des promontoires Ensuite, ses frayeurs venant à croitre, il se

« pour des galères de pirates. » déshabille et ôle jusqu'à sa chemise, pour pou

(2) Les anciens naviguoient rarement avec ceux qui pasvoir mieux se sauver à la nage; et après celle

soient pour impies ; et ils se faisoient initier avant de parprécaution il ne laisse pas de prier les nautonniers tir, c'est-à-dire instruire des mystères de quelque divinité, de le mettre à terre (4). Que si cet homme foible, pour se la rendre propice dans leurs voyages. ( Voyez le dans une expédition militaire où il s'est engagé, chap. XVI, de la Superstition. La Bruyère.) entend dire que les ennemis sont proches, il

Les mystères dont il s'agit ici sont ou ceux d'Éleusis,

dans lesquels, d'après la religion populaire des Grecs, tout appelle ses compagnons de guerre, observe leur le monde devoit être initié; ou bien ceux de Samothrace , contenance sur ce bruit qui court, leur dit qu'il qui étoient censés avoir la vertu particulière de préserver est sans fondement, et que les coureurs n'ont leurs initiés des nausrages. pu discerner si ce qu'ils ont découvert à la cam

(5) Ils consultoient les dieux par les sacrifices, ou par pagne sont amis ou ennemis (5) : mais si l'on les augures, c'est-à-dire par le vol, le chant et le manger n'en peut plus douter par les clameurs que l'on des oiseaux, et encore par les entrailles des bétes. ( La entend, et s'il a vu lui-même de loin le commen

Bruyère.) Le grec porte, « Il lui demande ce qu'il pense

« du dicu ; » et je crois, avec Fischer et Coray, que cela cement du combat, et que quelques hommes

veut dire « ce qu'il présume de l'état du ciel. » Jupiter, ou aient paru. tomber à ses yeux, alors, feignant le dieu par excellence , présidoit sur-tout aux résolutions que la précipitation et le tumulte lui ont fait de l'atmospbère. On peut mème observer en général que oublier ses armes (6), il court les querir dans la météorologie paroit avoir été la base primitive ou du sa tente, où il cache son épée sous le chevet de moins la première occasion de la religion des Grecs. C'est

ce qui devoit arriver dans un pays entrecoupé par des son lit, et emploie beaucoup de temps à la cher- montagnes et entouré de la mer. Les religions antiques cher, pendant que, d'un autre côté, son valet | des grands continents ouverts et plats devoient au contraire ètre fondées principalement sur l'astronomie. Des point la domination de plusieurs (4); et de tous traditions historiques se sont ensuite confondues avec les les vers d'Homère il n'a retenu que celui-ci : sentiments vagues de crainte, de reconnoissance et d'admiration que produisoient les révolutions de la nature.

Les peuples sont heureux quand un seul les gouverne. Des allégories et des idées morales y ont été jointes dès les commencements de la civilisalion; mais la suite des siè

Son langage le plus ordinaire est tel ; Reticles, et sur-tout les temps de malheurs et d'oppression, ont plongé les peuples dans les superstitions les plus grossières, rons - nous de cette multitude qui nous envitandis qu'un petit nombre de sages s'élevoit à des senti- ronne; tenons ensemble un conseil particulier ments plus purs, et à des conceptions plus vastes et plus où le peuple ne soit point admis; essayons même lumineuses.

de lui fermer le chemin à la magistrature (5). Et

s'il se laisse prévenir contre une personne d'une (4) Le grec porte : « Il se déshabille , donne sa tunique « à son esclave, et prie qu'on l'approche de la terre, pour condition privée, de qui il croit avoir reçu quela la gagner à la page, et se mettre ainsi en sûreté. » que injure, « Cela, dit-il, ne se peut souffrir,

« et il faut que lui ou moi abandonnions la ville.» (5) D'après le manuscrit du Vatican, il faut traduire ce

Vous le voyez se promener dans la place, sur

il appassage : « S'il fait une campagne dans l'infanterie,

pelle à soi ceux qui courent aux armes pour commencer le milieu du jour, avec des ongles propres, la « l'attaque, et leur dit de s'arrêter d'abord , et de regarder barbe et les cheveux en bon ordre (6); repous« autour d'eux; car il est difficile de discerner si ce sont ser fièrement ceux qui se trouvent sur ses pas; « les ennemis. »

dire avec chagrin aux premiers qu'il rencontre (6) Plus littéralement : « Mais quand il entend le bruit que la ville est un lieu où il n'y a plus moyen « du combat, quand il voit des hommes tomber, alors il vivre (7); qu'il ne peut plus lenir contre l'hor« dit à ceux qui l'entourent, qu'à force d'empressement il rible foule des plaideurs, ni supporter plus « a oublié son épée, etc. »

long-temps les longueurs, les crieries et les (7) Le manuscrit du Vatican ajoute : « Essaie de le por- mensonges des avocats (8); qu'il commence à « ter, et puis s'assied à côté de lui, etc.)

avoir honte de se trouver assis dans une assem(8) Le grec dit : « Puisses-tu devenir la pâture des con- d'un homme mal habillé, sale et qui dégoûte ;

blée publique, ou sur les tribunaux, auprès a beaux ! »

et qu'il n'y a pas un seul de ces orateurs dévoués (9) Le texte porte : « Il va à la rencontre de ceux qui au peuple qui ne lui soit insupportable (9). Il a reviennent du combat, et leur dit, etc. »

ajoute que c'est Thésée qu'on peut appeler le (10) D'après le manuscrit du Vatican : « Il conduit vers premier auteur de tous ces maux (10); et il fait « lui ceux de sa bourgade ou de sa tribu. »

de pareils discours aux étrangers qui arrivent

dans la ville, comme à ceux (11) avec qui il symCHAPITRE XXVI.

pathise de mours et de sentiments.

de

Des grands d'une république (1).

NOTES.

(1) J'aurois intitulé ce chapitre, de l'Ambition oligarLa plus grande passion de ceux qui ont les

chique. premières places dans un état populaire n'est

(2) D'après les différentes corrections dont ce passage pas le desir du gainou de l'accroissement de leurs

est susceptible , il faut traduire, ou « L'oligarchie est une revenus, mais une impatience de s'agrandir, et

« ambition qui desire un pouvoir fixe, » ou bien « qui de se fonder, s'il se pouvoit , une souveraine « desire vivement de s'enrichir. » Les deux versions prépuissance sur la ruine de celle du peuple (2). sentent une opposition à l'ambition des démagogues, qui S'il s'est assemblé pour délibérer à qui des ci

ne briguent qu'une autorité passagère, et qui recherchent toyens il donnera la commission d'aider de ses chie est une aristocratie dégénérée par le vice des gou

plutôt l'autorité que les richesses. Selon Aristote, l'oligarsoins le premier magistrat dans la conduite vernants , qui administrent mal, et s'approprient injusted'une fèie ou d'un spectacle, cet homme ambi- ment la plupart des droits et des biens de l'état, conservent tieux, et tel que je viens de le définir, se lève, toujours les mêmes personnes dans les places, et s'occudemande cet emploi, et proteste que nul autre

pent sur-tout à s'enrichir. ne peut si bien s'en acquitter (3). Il n'approuve (3) La fin de cette phrase étoit très mutilée dans l'ancien « exercices qui ne conviennent pas à l'âge où l'on se « des charges onéreuses qu'il faut supporter,

v. 204.

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texte, et La Bruyère l'a traduite d'après les conjectures de Casaubon. Le manuscrit du Vatican, en y faisant une

CHAPITRE XXVII. légère correction que le sens exige impérieusement, porte: « Le partisan de l'oligarchie s'y oppose, et dit qu'il faut

D'une tardive instruction. « donner à l'archonte un pouvoir illimité; et si l'on proa posoit d'adjoindre à ce magistrat dix citoyens, il persis- Il s'agit de décrire quelques inconvénients où a teroit à dire qu'un seul suffit. On peut voir dans le tombent ceux qui, ayant méprisé dans leur jeuchap. xxxiv du Voyage du jeune Anacharsis les formalités

nesse les sciences et les exercices, veulent répaordinaires de la direction des cérémonies publiques.

rer cette négligence, dans un âge avancé, par (6) Le traducteur a ajouté ces mots : Théophraste n'in- un travail souvent inutile (1). Ainsi un vieillard dique cette opinion que par le vers d'Homère, dont la de soixante ans s'avise d'apprendre des vers par traduction littérale est : « La multiplicité des chefs ne

caur, et de les réciter à table dans un festin (2), « vaut rien; il faut qu'un seul gouverne. » Iliad., il,

où, la mémoire venant à lui manquer, il a la

confusion de demeurer court. Une autre fois, (5) Le grec dit : « Cessons de fréquenter les gens en il apprend de son propre fils les évolutions qu'il a place. » Et d'après le manuscrit du Vatican la phrase faut faire dans les rangs à droite ou à gauche, continue, « Et, s'il en a été offensé ou mortifié person« nellement, il dit : Il faut qu'eux ou nous abandonnion le maniement des armes (3), et quel est l'usage « la ville. » On se rappelle que, du temps méme de Théo- à la guerre de la lance et du bouclier. Ş'il monie phraste , le gouvernement d'Athènes fut changé deux fois un cheval (4) que l'on lui a prêté, il le presse de par des chefs macédoniens. L'exil des chefs du parti l'éperon, veut le manier ; et, lui faisant faire vaincu étoit une suite ordinaire des révolutions de ce

des voltes ou des caracoles, il tombe lourdegenre.

ment et se casse la tête (5). On le voit tantôt (6) Le grec dit : « D'une coupe moyenne. » ( Voyez pour s'exercer au javelot le lancer tout un jour chap. 17, note 9.) Le manuscrit du Vatican ajoute : « Re- contre l'homme de bois (6), tantôt tirer de l'arc, « levant élégamment son manteau. » ( Voyez la note 10 du Discours sur Théophraste. )

et disputer avec son valet lequel des deux don

nera mieux dans un blanc avec des flèches; vou(7) Le manuscrit du Vatican ajoute : « A cause des dé- loir d'abord apprendre de lui, se mettre en« lateurs. »

suite à l'instruire et à le corriger, comme sit (8) Le méme manuscrit ajoute ici : « Qu'il ne sait ce

étoit le plus habile. Enfin, se voyant tout nu au a que pensent les hommes qui se mêlent des affaires de sortir d'un bain , il imite les postures d'un lui« l'état , tandis que les fonctions publiques sont si désa- teur; et, par le défaut d'habitude, il les fait de a gréables à cause de l'espèce de gens qui les confère et mauvaise grace; et il s'agite d'une manière ria en dispose. » C'est ainsi du moins que je crois que l'on

dicule (7). peut expliquer la fin de cette phrase, très obscure dans le grec.

NOTES. (9) Nous trouvons encore dans la même source l'addi

(1) Le texte définit ce caractère , a un goût pour des tion suivante : « Quand cesserons-nous d'être ruinés par

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« trouve. » « lères qu'il faut équiper ? »

(2) Voyez le chapitre de la Brutalité. ( La Bruyère. ) (10) Thésée avoit jeté les fondements de la république Chapitre xv, note 5. d'Athènes , en établissant l'égalité entre les citoyens. ( La Bruyère.) Le manuscrit du Vatican ajoute au texte : « Car (3) Au lieu de la fin de cette phrase que La Bruyère a ajou« c'est lui qui a réuni les douze villes, et qui a aboli la tée au texte , le manuscrit du Vatican ajoute , d'après une « royauté; mais aussi , par une juste punition, il en fut conjecture ingénieuse de M. Coray : « Et en arrière. » Ce a la première victime. » Mais ces traditions appartien- manuscrit continue : « Il se joint à des jeunes gens pour nent plutôt à la fable qu'à l'histoire. (Voyez Pausanias, in « faire une course avec des flambeaux en l'honneur de Atticis, chap. III.)

« quelque héros. S'il est invité à un sacrifice fait à Her

a cule, il jette son manteau, et saisit le taureau pour (11) « De ses concitoyens. » - M. Barthélemy a imité « le terrasser; et puis il entre dans la palestre pour s'y ce caractère presque en entier dans son chap. XXVHI, et y « livrer encore à d'autres exercices. Dans ces petits theåa inséré fort ingénieusement plusieurs traits semblables « tres des places publiques, où l'on répète plusieurs fois pris dans d'autres auteurs anciens.

« de suite le même spectacle , il assiste à trois ou quatre « représentations consécutives pour apprendre les airs

des ga

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