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chapitre x ou au chapitre x1 : « Quand il donne un re<< pas, il fait connoître son parasite à ses convives; et, les « provoquant à boire, il dit que celle qui doit amuser la << compagnie est toute prête, et que, dès qu'on voudra, << il la fera chercher chez l'entrepreneur, pour faire de la << musique et pour égayer tout le monde. » (Voyez chap. ix, note 4, et chap. xi, note 5.) Ces nombreuses transpositions favorisent l'opinion de ceux qui croient que l'ouvrage de Théophraste, d'où ces caractères sont extraits, avoit une forme toute différente de celle de ces fragments.

(8) Mot grec qui signifie celui qui ne mange que chez autrui. (La Bruyère.)

CHAPITRE XXI.

De la sotte vanité (1).

La sotte vanité semble être une passion inquiète de se faire valoir par les plus petites choses, ou de chercher dans les sujets les plus frivoles du nom et de la distinction. Ainsi un homme vain, s'il se trouve à un repas, affecte toujours de s'asseoir proche de celui qui l'a convié ; il consacre à Apollon la chevelure d'un fils qui lui vient de naître ; et, dès qu'il est parvenu à l'âge de puberté, il le conduit lui-même à Delphes, lui coupe les cheveux, et les dépose dans le temple comme un monument d'un vœu solennel qu'il a accompli (2). Il aime à se faire suivre par un More (5). S'il fait un paiement, il affecte que ce soit dans une monnoie toute neuve, et qui ne vienne que d'être frappée (4). Après qu'il a immolé un bœuf devant quelque autel, il se fait réserver la peau du front de cet animal, il l'orne de rubans et de fleurs, et l'attache à l'endroit de sa maison le plus exposé à la vue de ceux qui passent (5), afin que personne du peuple n'ignore qu'il a sacrifié un boeuf. Une autre fois, au retour d'une cavalcade (6) qu'il aura faite avec d'autres citoyens, il renvoie chez soi par un valet tout son équipage, et ne garde qu'une riche robe dont il est habillé, et qu'il traîne le reste du jour dans la il publique. S'il lui meurt un petit chien, l'enterre, lui dresse une épitaphe avec ces mots : Il étoit de race de Malte (7). Il consacre un anneau à Esculape, qu'il use à force d'y pendre des couronnes de fleurs. Il se parfume tous les jours (8). Il remplit avec un grand faste tout le temps de sa magistrature (9); et, sortant de charge, il rend compte au peuple avec ostenta

(6) Le manuscrit du Vatican ajoute ici une phrase très obscure, et vraisemblablement altérée par les copistes. II me paroît que Théophraste fait dire à ce mauvais plaisant, au sujet des douleurs de sa mère : « Un moment bien doux « a dû précéder celui-là; et sans ces deux choses il est

<< impossible de produire un homme. »

(7) Cette transition est de La Bruyère les traits qui
suivent me paroissent appartenir au caractère suivant ou
au chap. xxш. D'après les additions du manuscrit du Va-place
tican, il faut les traduire : « Il se vante d'avoir chez lui
a d'excellente eau de citerne, et de posséder un jardin qui lui
« donne les légumes les plus tendres en grande abondance.
<< Il dit aussi qu'il a un cuisinier d'un rare talent, et que sa
<< maison est comme une hôtellerie, parcequ'elle est tou-
« jours pleine d'étrangers, et que ses amis ressemblent au

« tonneau percé de la fable, puisqu'il ne peut les satisfaire
« en les comblant de bienfaits. » Les traits suivants sont
encore d'un genre différent, et conviendroient micux au

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tion des sacrifices qu'il a faits, comme du nombre et de la qualité des victimes qu'il a immolées. Alors, revêtu d'une robe blanche et couronné de fleurs, il paroît dans l'assemblée du *peuple : « Nous pouvons, dit-il, vous assurer, <ô Athéniens! que pendant le temps de notre ‹ gouvernement nous avons sacrifié à Cybèle, <et que nous lui avons rendu des honneurs < tels que les mérite de nous la mère des dieux: ‹ espérez donc toutes choses heureuses de cette ‹ déesse.› Après avoir parlé ainsi, il se retire dans sa maison, où il fait un long récit à sa femme de la manière dont tout lui a réussi audelà même de ses souhaits.

NOTES.

des citoyens les plus riches et les plus puissants. C'est pour faire voir à tout le monde qu'il sert dans cette élite, que

ce vaniteux se promène dans la place publique en gardant son habit de cérémonie, que, selon le véritable sens du texte, il retrousse élégamment. Le manuscrit du Vatican ajoute, «Et ses éperons. » On voit encore aujourd'hui une pompe ou procession de ce genre, sculptée par Phidias, ou sur ses dessins, dans la grande frise du temple de Minerve à Athènes : elle est représentée dans Stuart, au commencement du volume II.

(7) Cette île portoit de petits chiens fort estimés. (La Bruyère.) Le grec dit : « Il lui dresse un monument et un

<< cippe sur lequel il fait graver, etc. »

(8) La Bruyère et tous ceux qui ont séparé ce trait du précédent n'ont pas fait attention que le grec ne parle pas de parfums extraordinaires, et que se frotter d'huile tous les jours n'étoit pas un effet de la vanité à Athènes, mais un usage ordinaire. (Voyez chap. v, note 4.) Par cette rai

(4) Le mot employé par Théophraste signifle littérale- son, et d'après le manuscrit du Vatican, il faut traduire : ment l'ambition des petites choses.

(2) Le peuple d'Athènes, ou les personnes plus modestes, se contentoient d'assembler leurs parents, de couper en leur présence les cheveux de leur fils parvenu à l'âge de puberté, et de les consacrer ensuite à Hercule, ou à quelque autre divinité qui avoit un temple dans la ville. (La Bruyère.) Le grec dit seulement : « Il conduit son fils à << Delphes pour lui faire couper les cheveux. » C'étoit, selon Plutarque dans la Vie de Thésée, l'antique usage d'Athènes lorsqu'un enfant étoit parvenu à l'âge de puberté. Il me paroit que cette coupe de cheveux étoit différente de celle qui avoit lieu lors de l'inscription dans la curie, et dont il a été parlé au chapitre x, note 4. On peut consulter, sur les différentes formalités par lesquelles les enfants passoient successivement pour arriver enfin au rang de citoyen, le Voyage du jeune Anacharsis, chapitre xxvi.

(3) Anciennement ces nègres étoient fort chers (voyez Térence, Eunuch., acte Ier, scène 11, v. 85); au lieu que sous les empereurs romains ils étoient moins estimés que d'autres esclaves. (Voyez Visconti, in Mus. Pio Clement., III, planche 55. Voyez aussi le caractère du Glorieux, tiré des Rhétoriques ad Herennium. )

(4) Le manuscrit du Vatican insère ici : « Il achète une << petite échelle pour le geai qu'il nourrit chez lui, et fait << faire un petit bouclier de cuivre que l'oiseau doit porter << lorsqu'il sautille sur cette échelle. »

(5) Le grec ne parle pas de la peau du front seulement, mais de toute la partie antérieure de la tête; et cet usage paroît avoir donné lieu à l'ornement des frises des entablements anciens, composé d'une suite de crânes de taureaux liés par des festons de laine.

(6) Le grec parle d'une parade du corps de la cavalerie d'Athènes; ce corps, de douze cents hommes, étoit composé

<< Il suspend un anneau dans le temple d'Esculape, et l'use << à force d'y suspendre des fleurs et d'y verser de l'huile.» D'après M. Schneider, cet anneau étoit apparemment de la classe de ceux auxquels on attribuoit des vertus médicales, et c'est par reconnoissance de quelque guérison que le vaniteux le suspend. Les couronnes de fleurs renouve lées souvent rappellent ce vers de Virgile, Æneid., I, 416:

Thure calent aræ, sertisque recentibus halant.

(9) La Bruyère a beaucoup altéré ce trait. Le grec porte: << Il intrigue auprès des prytanes pour que ce soit lui que << l'on charge d'annoncer au peuple le résultat des sacri<< fices; alors, revêtu d'un habit magnifique, et portant << une couronne sur la tête, il dit avec emphase : O ci<< toyens d'Athènes! nous, les prytanes, avons sacrifié à la « mère des dieux ; le sacrifice a été bien reçu, et il est d'un << heureux présage; recevez-en les fruits, etc.» (Voyez sur les prytanes la table н, ajoutée au Voyage d'Anacharsis, et le chap. xiv du corps de l'ouvrage.) Les sacrifices que les présidents des prytanes faisoient trois ou quatre fois par mois s'adressoient à différentes divinités; il se peut que l'abréviateur ou les copistes aient omis quelques noms; peut-être aussi s'agit-il d'un sacrifice à Vesta, dont le culte étoit confié particulièrement à ces magistrats, et qui a été confondue plusieurs fois par les anciens avec Cybèle. Voyez la Dissertation de Spanheim dans le cinquième volume du Trésor de Grævius.

CHAPITRE XXII.

De l'avarice.

Ce vice est dans l'homme un oubli de l'honneur et de la gloire, quand il s'agit d'éviter la moindre dépense (1). Si un tel homme a remporté le prix de la tragédie (2), il consacre à

Bacchus des guirlandes ou des bandelettes fai- | à la place où on la trouve à présent dans les manuscrits, tes d'écorce de bois (5), et il fait graver son nom et où elle ne forme qu'un barbarisme.

sur un présent si magnifique. Quelquefois, dans les temps difficiles, le peuple est obligé de s'assembler pour régler une contribution capable de subvenir aux besoins de la république; alors il se lève et garde le silence (4), ou le plus souvent il fend la presse et se retire. Lorsqu'il marie sa fille, et qu'il sacrifie, selon la coutume, il n'abandonne de la victime que les parties seules qui doivent être brûlées sur l'autel (5); il réserve les autres pour les vendre ; et comme il manque de domestiques pour servir à table et être chargé du soin des noces (6), il loue des gens pour tout le temps de la fête, qui se nourrissent à leurs dépens, et à qui il donne une certaine somme. S'il est capitaine de galère, voulant ménager son lit, il se contente de coucher indifféremment avec les autres sur de la natte qu'il emprunte de son pilote (7). Vous verrez une autre fois cet homme sordide acheter en plein marché des viandes cuites, toutes sortes d'herbes, et les porter hardiment dans son sein et sous sa robe: s'il l'a un jour envoyée chez le teinturier pour la détacher, comme il n'en a pas une seconde pour sortir, il est obligé de garder la chambre. Il sait éviter dans la place la rencontre d'un ami pauvre qui pourroit lui demander, comme aux autres, quelque secours (8); il se détourne de lui, et reprend le chemin de sa maison. Il ne donne point de servantes à sa femme (9), content de lui en louer quelques unes pour l'accompagner à la ville toutes les fois qu'elle sort. Enfin ne pensez pas que ce soit un autre que lui qui balaie le matin sa chambre, qui fasse son lit et le nettoie. Il faut ajouter qu'il porte un manteau usé, sale et tout couvert de taches; qu'en ayant honte lui-même, il le retourne quand il est obligé d'aller tenir sa place dans quelque assemblée (10).

NOTES.

(1) La définition de cette nouvelle nuance d'avarice est certainement altérée dans le grec; je crois qu'il faut corriger arousia pc. d. dyourns: le sens alors est celui que La Bruyère a exprimé, et nul autre ne peut convenir à ce caractère. La préposition &ò peut avoir été exprimée par une ligature qu'un copiste a prise pour repì: un correcteur a mis la véritable à la marge; et on l'a insérée par erreur

(2) Qu'il a faite ou récitée. (La Bruyère. ) Ou plutôt qu'il a fait jouer par des comédiens nourris et instruits à ses frais. Voyez le caractère de la Magnificence, selon Aristote, que j'ai placé à la suite des Caractères de Théophraste, et qu'il sera intéressant de comparer avec ce chapitre.

(3) Le texte dit simplement : « Il consacre à Bacchus << une couronne de bois, sur laquelle il fait graver son

« nom. »

(4) Ceux qui vouloient donner se levoient et offroient une somme ceux qui ne vouloient rien donner se levoient et se taisoient. ( La Bruyère. ) Voyez le chap. Lvi du jeune Anacharsis.

(5) C'étoient les cuisses et les intestins. (La Bruyère.) On partageoit la victime entre les dieux, les prètres et ceux qui l'avoient présentée. La portion des dieux étoit brûlée, sième servoit à un festin ou à des présents donnés par celle des prêtres faisoit partie de leur revenu, et la troicelui qui avoit sacrifié. ( Voyage du jeune Anacharsis, chap. xxi.)

(6) Cette raison est ajoutée par le traducteur. Le grec dit seulement : « Il oblige les gens qu'il loue, pour servir << pendant les noces, à se nourrir chez eux.» Les noces des Athéniens étoient des fêtes très magnifiques; et on ne

pouvoit pas reprocher à un homme de n'avoir pas assez de domestiques pour servir dans cette occasion; mais c'étoit

une lésinerie que de ne pas nourrir ceux qu'on louoit.

(7) Le grec dit : «S'il commande une galère qu'il a << fournie à l'état, il fait étendre les couvertures du pilote « sous le pont, et met les siennes en réserve. » Les ci

toyens d'Athènes étoient obligés d'équiper un nombre de galères proportionné à l'état de leur fortune. (Voyez le Voyage du jeune Anacharsis, chap. LVI. ) Les triérarques, avoient un cabinet particulier nommé la tente; mais cet

avare aime mieux coucher avec l'équipage, sous ce morceau de tillac qui se trouvoit entre les deux tours. V. Pol

lux, 1, 90. Dans les galères modernes, les chevaliers de Malte avoient, comme les triérarques d'Athènes, un tendelet; et le capitaine couchoit, comme ici le pilote, sous un bout de pont ou de tillac qui s'appeloit la teuque.

Le manuscrit du Vatican ajoute : « Il est capable de ne << pas envoyer ses enfants à l'école vers le temps où il est << d'usage de faire des présents au maitre; mais de dire << qu'ils sont malades, afin de s'épargner cette dépense, »

(8) Par forme de contribution. (Voyez les chapitres de la Dissimulation et de l'Esprit chagrin. La Bruyère.) (Voyez chap. 1, note 3, et chap. xví, note 6. ) Le manuscrit du Vatican ajoute au commencement de cette phrase: « S'il est prévenu que cet ami fait une collecte; » et à la fin, « Et rentre chez lui par un grand détour.»

(9) Le manuscrit du Vatican ajoute : « Qui lui a porté

« une dot considérable; » et continue: « Mais il loue une << jeune fille pour la suivre dans ses sorties; » car je crois que c'est ainsi qu'il faut corriger et entendre ce texte. Le

passage de Pollux, que j'ai cité au chap. 11, note 6, s'oppose à la manière dont M. Schneider a voulu y suppléer: il est bien plus simple de lire, èx two yʊzizziwy div, et c'est un trait d'avarice de plus de ne louer qu'une femme. Cette conjecture ingénieuse est de M. Visconti. Le manuscrit du Vatican ajoute encore : « Il porte des souliers rac

« commodés et à double semelle, et s'en vante en disant « qu'ils sont aussi durs que de la corne. » (Voyez chap. iv, note 2.).

(10) Ce dernier trait est tout-à-fait altéré par cette tra

duction, et il me semble qu'aucun éditeur n'en a encore
saisi le véritable sens. Le grec dit : « Pour s'asseoir, il roule
« le vieux manteau qu'il porte lui-même ; » c'est-à-dire,
au lieu de se faire suivre par un esclave qui porte un pliant,
comme c'étoit l'usage des riches (voyez Aristophane in
Equit., v. 1381 et suiv., et Hésych., in Oklad.),
il épar-
gne cette dépense en s'asseyant sur son vieux manteau.

CHAPITRE XXIII.

De l'ostentation.

grande cherté de vivres, il a distribué aux pauvres citoyens d'Athènes jusqu'à la somme de einq talents (7); et, s'il parle à des gens qu'il ne connoît point, et dont il n'est pas mieux connu, il leur fait prendre des jetons, compter le nombre de ceux à qui il a fait ces largesses; et, quoiqu'il monte à plus de six cents personnes, il leur donne à tous des noms convenables; et, après avoir supputé les sommes particulières qu'il a données à chacun d'eux, il se trouve qu'il en résulte le double de ce qu'il pensoit, et que dix talents y sont employés, sans compter, poursuit-il, les galères que j'ai armées à mes dépens, et les charges publiques que j'ai exercées à mes frais et sans récompense (8). Cet homme fastueux va chez un fameux marchand de chevaux, fait sortir de l'écurie les plus beaux et les meilleurs, fait ses offres, comme s'il vouloit les acheter. De même il visite les foires les plus célèbres (9), entre sous les tentes des marchands, se fait déployer une riche robe, et qui vaut jusqu'à deux talents; et il sort en querellant son valet de ce qu'il ose le suivre sans porter de l'or sur lui pour les besoins où l'on se trouve (10). Enfin, s'il habite une maison dont il paie le loyer, il dit hardiment à quelqu'un qui l'ignore que c'est une maison de famille, et qu'il a héritée de son père; mais qu'il veut s'en défaire, seulement parcequ'elle est trop petite pour le grand nombre d'étrangers qu'il retire chez lui (11).

NOTES.

(1) Port à Athènes, fort célèbre. (La Bruyère. ) Le traducteur a exprimé par cette phrase une correction de Casaubon que peut-être le texte n'exigeoit point; le mot que donnent les manuscrits signifie la langue de terre qui joint la péninsule du Pirée au continent, et qui servoit de promenade aux Athéniens.

Je n'estime pas que l'on puisse donner une idée plus juste de l'ostentation, qu'en disant que c'est dans l'homme une passion de faire montre d'un bien ou des avantages qu'il n'a pas. Celui en qui elle domine s'arrête dans l'endroit du Pirée (1) où les marchands étalent, et où se trouve un plus grand nombre d'étrangers; il entre en matière avec eux, il leur dit qu'il a beaucoup d'argent sur la mer; il discourt avec eux des avantages de ce commerce, des gains immenses qu'il y a à espérer pour ceux qui y entrent, et de ceux sur-tout que lui qui leur parle y a faits (2). Il aborde dans un voyage le premier qu'il trouve sur son chemin, lui fait compagnie, et lui dit bientôt qu'il a servi sous Alexandre (3), quels beaux vases et tout enrichis de pierreries il a rapportés de l'Asie, quels excellents ouvriers s'y rencontrent, et combien ceux de l'Europe leur sont inférieurs (4). Il se vante dans une autre occasion d'une lettre qu'il a reçue d'Antipater (5), qui apprend que lui troisième est entré dans la Macédoine. Il dit une autre fois que, bien que les magistrats lui aient permis tels transports de bois (6) qu'il lui plai-La Bruyère.) Cependant on faisoit venir de l'Asie pluroit sans payer de tribut, pour éviter néan-sieurs articles de manufactures (voyez le Voyage du jeune Anacharsis, chap. xx et Lv); et ce n'est que dans les moins l'envie du peuple, il n'a point voulu beaux-arts que les Grecs paroissent avoir eu une supériouser de ce privilége. Il ajoute que, pendant une rité exclusive.

(2) Le manuscrit du Vatican ajoute, « Et des pertes; » et continue, « Et en se vantant ainsi, il envoie son esclave << à un comptoir où il n'a qu'une drachme à toucher. »

(5) Tous les manuscrits portent Évandre, nom que l'on ne trouve point dans l'histoire de ce temps. Le manuscrit

du Vatican ajoute, « Et comment il étoit avec lui. »

(4) C'étoit contre l'opinion commune de toute la Grèce.

<< jours,» ou peut-être, « depuis trois jours. >>

(6) Parceque les pins, les sapins, les cyprès, et tout autre bois propre à construire des vaisseaux, étoient rares dans le pays attique, l'on n'en permettoit le transport en d'autres pays qu'en payant un fort gros tribut. (La Bruyère.) Je crois, avec M. Coray, que ce trait a rapport à celui qui précède, et qu'il faut traduire : « Et que, ce prince lui ayant voulu permettre d'exporter des bois de construc<<tion sans payer de droits, il l'avoit refusé pour éviter les << calomnies. » C'est de la Macédoine qu'on faisoit venir ordinairement ces bois. Le manuscrit du Vatican ajoute, d'après l'interprétation de M. Schneider, « Car il falloit « bien être plus raisonnable que les Macédoniens. »> Cette

faveur d'un roi étranger auroit pu compromettre un Athé

nien, ou du moins lui attirer l'envie et la haine d'une par

(5) L'un des capitaines d'Alexandre-le-Grand, et dont | de quelque affaire; mais, sans s'arrêter, et se la famille régna quelque temps dans la Macédoine. (La faisant suivre quelque temps, il lui dit enfin Bruyère.) (Voyez chap. vIII, note 6.) Dans le reste de la phrase il faut, je crois, adopter la correction d'Auber, et qu'on peut le voir après son souper (1). Si l'on traduire : « Qu'il est arrivé dans la Macédoine en trois a reçu de lui le moindre bienfait, il ne veut pas qu'on en perde jamais le souvenir; il le reprochera en pleine rue, à la vue de tout le monde (2). N'attendez pas de lui qu'en quelque endroit qu'il vous rencontre il s'approche de vous, et qu'il vous parle le premier : de même, au lieu d'expédier sur-le-champ des marchands ou des ouvriers, il ne feint point de les renvoyer au lendemain matin, et à l'heure de son lever. Vous le voyez marcher dans les rues de la ville la tète baissée, sans daigner parler à personne de ceux qui vont et viennent (3). S'il se familiarise quelquefois jusqu'à inviter ses amis à un repas, il prétexte des raisons (4) pour ne pas se mettre à table et manger avec eux, et il charge ses principaux domestiques du soin de les régaler. Il ne lui arrive point de rendre visite à personne sans prendre la précaution d'envoyer quelqu'un des siens pour avertir qu'il va venir (5). On ne le voit point chez lui lorsqu'il mange ou qu'il se parfume (6). Il ne se donne mais il dit négligemment à un valet de les calpas la peine de régler lui-même des parties; culer, de les arrêter et les passer à compte. Il ne sait point écrire dans une lettre : « Je vous prie de me faire ce plaisir, ou, de me rendre ce service; mais, J'entends que <cela soit ainsi : j'envoie un homme vers vous < pour recevoir une telle chose; je ne veux pas <que l'affaire se passe autrement; faites ce que je vous dis promptement et sans différer. › Voilà son style.

tie de ses concitoyens.

(7) Un talent attique dont il s'agit valoit soixante mines attiques; une mine, cent drachmes; une drachme, six oboles. Le talent attique valoit quelque six cents écus de notre monnoie. (La Bruyère.) D'après l'évaluation de M. Barthélemy, le talent, que La Bruyère n'estime qu'environ 1800 livres, en valoit 5400. Le manuscrit du Vatican ajoute, « Car je ne sais ce que c'est que de refuser. »

Le grec ne joint pas le trait suivant à celui-ci, et y parle

de ce genre de collectes nommées éranes, dont il a été question au chap. 1, note 5.

(8) On peut consulter, sur les charges onéreuses d'Athènes, le Voyage du jeune Anacharsis, chap. xxiv et chap. LVI. Elles consistoient en repas à donner, en chœurs à fournir pour les jeux, en contributions pour l'entretien des gymnases, etc., etc.

(9) Le grec dit : « Il se rend aux boutiques des mar<< chands, et y demande des étoffes précieuses jusqu'à la valeur de deux talents, etc. » On peut substituer à la correction de Casaubon celle de xλizias, proposée par M. Visconti.

(10) Coutume des anciens. (La Bruyère.) (11) Par droit d'hospitalité. (La Bruyère.)

CHAPITRE XXIV.

De l'orgueil.

Il faut définir l'orgueil une passion qui fait que de tout ce qui est au monde l'on n'estime que soi. Un homme fier et superbe n'écoute pas celui qui l'aborde dans la place pour lui parler

NOTES.

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(1) Littéralement : « L'orgueilleux est capable de dire « à celui qui est pressé de le voir immédiatement après le a dîner, que cela ne peut se faire qu'à la promenade. »

(2) D'après le manuscrit du Vatican : « S'il fait du bien << à quelqu'un, il lui recommande de s'en souvenir : si on << le choisit pour arbitre, il juge la cause en marchant dans << les rues s'il est élu pour quelque magistrature, il la re<< fuse en affirmant par serment qu'il n'a pas le temps de « s'en charger. » Je corrige le verbe qui commence la seconde phrase, en padiswv.

(3) Le manuscrit du Vatican ajoute, « Ou bien portant << la tête haute, quand bon lui semble. »

(4) C'est le traducteur qui a ajouté cet adoucissement.

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