Page images
PDF
EPUB

permet pas à un homme de se taire (2). Vous ne gue se remue dans son palais comme le poisson contez pas la chose comme elle est, dira quel dans l'eau ; et que, quand on l'accuseroit d'être qu'un de ces grands parleurs à quiconque veut plus babillard qu'une hirondelle, il faut qu'il l'entretenir de quelque affaire que ce soit : j'ai parle : aussi écoute-t-il froidement toutes les tout su; et, si vous vous donnez la patience de railleries que l'on fait de lui sur ce sujet; et jusm'écouter, je vous apprendrai tout. Et si cet qu'à ses propres enfants, s'ils commencent à autre continue de parler : Vous avez déja dil s'abandonner au sommeil : Faites-nous, lui dicela (3); songez, poursuit-il, à ne rien oublier. sent-ils, un conte qui achève de nous endorFort bien ; cela est ainsi , car vous m'avez heu- mir (9). reusement remis dans le fait; voyez ce que c'est que de s'entendre les uns les autres. Et ensuite:

NOTES. Mais que veux-je dire ? Ah! j'oubliois une chose:

(1) Ou du Babil. (La Bruyère.) On pourroit intituler Õui, c'est cela même, et je voulois voir si vous

ce Caractère, de la Loquacité. Il se distingue du Caractomberiez juste dans tout ce que j'en ai appris. tère in par un babil moins insignifiant, mais plus imporC'est par de telles ou semblables interruptions tun. M. Barthélemy a inséré ce Caractère à la suite de qu'il ne donne pas le loisir à celui qui lui parle l'autre dans son chap. xxvil du Voyage d'Anacharsis. de respirer; et , lorsqu'il a comme assassiné de

(2) Littéralement, « La loquacité, si l'on vouloit la son babil chacun de ceux qui ont voulu lier avec « définir, pourroit être appelée une intempérance de lui quelque entretien, il va se jeter dans un cer « paroles. » cle de personnes graves qui traitent ensemble de choses sérieuses, et les met en fuite. De là

Je crois qu'il faut traduire, a Avez-vous fini? n'ou

a bliez pas votre propos, etc. » M. Barthélemy rend ainsi il entre dans les écoles publiques et dans les

ce passage : « Oui, je sais de quoi il s'agit; je pourrois lieux des exercices (4), où il amuse les maîtres « vous le raconter au long. Continuez, n'omettez aucune par de vains discours, et empêche la jeunesse

« circonstance. Fort bien, vous y étes; c'est cela même. de profiter de leurs leçons. S'il échappe à quel

« Voyez combien il étoit nécessaire d'en conférer en

a semble. » qu’un de dire: Je m'en vais, celui-ci se met à le suivre, et il ne l'abandonne point qu'il ne l'ait (4) C'étoit un crime puni de mort à Athènes par une remis jusque dans sa maison (5). Si par hasard loi de Solon, à laquelle on avoit un peu dérogé du temps il a appris ce qui aura été dit dans une assem

de Théophraste. (La Bruyère.) Il paroit que cette loi

n'étoit relative qu'au temps où l'on célébroit dans ces gymblée de ville, il court dans le même temps le di

nases une fête à Mercure, pendant laquelle la jeunesse vulguer. Il s'étend merveilleusement sur la fa- étoit moins surveillée qu'à l'ordinaire. (Voyez le Voyage meuse bataille qui s'est donnée sous le gouver- du jeune Anacharsis , chap. VIII, et le chap. v de ces Canement de l'orateur Aristophon (6), comme sur

ractères, note 6.) le combat célèbre que ceux de Lacédémone ont

...Misere cupis , inquit , abire, livré aux Athéniens sous la conduite de Lysan Jamdudum video : sed nil agis ; usque tenebo , dre (7). Il raconte une autre fois quels applau Persequar. dissements a eus un discours qu'il a fait dans Nil habeo quod agam, et non sum piger ; usque le public, en répète une grande partie, mêle

sequar te, dans ce récit ennuyeux des invectives contre le dit l'Importun d'Horace dans la neuvième satire du prepeuple; pendant que de ceux qui l'écoutent, mier livre, qui mérite d'être comparée avec ce Caractère. les uns s'endorment, les autres le quittent, et nul ne se ressouvient d'un seul mot qu'il aura

(6) C'est-à-dire sur la bataille d'Arbelles et la victoire dit. Un grand causeur, en un mot , s'il est sur

d'Alexandre, suivies de la mort de Darius, dont les noules tribunaux, ne laisse pas la liberté de juger; teur, étoit premier magistrat. (La Bruyère.) Ce n'étoit

velles vinrent à Athènes lorsque Aristophon, célèbre orail ne permet pas que l'on mange à table; et, s'il pas une raison suffisante pour dire que cette bataille avoit se trouve au théâtre, il empèche non seulement été livrée sous l'archontat d'Aristophon. Paulmier de Grend'entendre, mais même de voir les acteurs (8). temesnil a cru qu'il étoit question de la bataille des LacéOn lui fait avouer ingénument qu'il ne lui est

démoniens , sous Agis, contre les Macédoniens commandés

par Antipater; mais il n'a pas fait attention que dans ce pas possible de se taire, qu'il faut que sa lan-1 cas Théophraste n'auroit pas ajouté les mots de ceux de

que

[graphic]

Lacédémone au trait suivant seulement. Je crois , avec par toute la ville, que tous s'accordent à dire Corsini, qu'il faut traduire « sur le combat de l'orateur, la même chose , que c'est tout ce qui se raconte « c'est-à-dire de Démosthène, arrivé sous Aristophon. »

du combat (9), et qu'il y a eu un grand carnaC'est la fameuse discussion sur la couronne que Démosthène croyoit mériter, et qu'Eschine lui disputoit. Ce ge. Il ajoute qu'il a lu cet évènement sur le vicombat, qui rassembla toute la Grèce à Athènes, étoit un sage de ceux qui gouvernent (10); qu'il y a un sujet de conversation au moins aussi intéressant pour un homme caché chez l'un de ces magistrals dehabitant de cette ville, que la bataille d'Arbelles, et il fut puis cinq jours entiers , qui revient de la Macélivré précisément sous l'archontat d’Aristopbon.

doine, qui a tout vu, et qui lui a tout dit. En(7) Il étoit plus ancien que la bataille d'Arbelles, mais suite , interrompant le fil de sa narration : Que trivial et su de tout le peuple. (La Bruyère.) C'est la ba- pensez-vous de ce succès ? demande-t-il à ceux taille qui finit par la prise d'Athènes, et qui termina la qui l'écoutent (11). Pauvre Cassandrel malheuguerre du Péloponèse , l'an 4 de la quatre-vingt-treizième reux prince! s'écrie-t-il d'une manière touolympiade.

chante : voyez ce que c'est que la fortune; car (8) Le grec dit simplement, « Il vous empêche de jouir enfin Cassandre étoit puissant, et il avoit avec lui « du spectacle. »

de grandes forces (12). Ce que je vous dis, pour(9) Le texte porte, « Et il permet que ses enfants l'em-suit-il, est un secret qu'il faut garder pour vous « pêchent de se livrer au sommeil, en le priant de leur seul, pendant qu'il court par toute la ville le « raconter quelque chose pour les endormir. )

débiter à qui le veut entendre. Je vous avoue

que ces diseurs de nouvelles me donnent de l'adCHAPITRE VIII.

miration (13), et que je ne conçois pas quelle

est la fin qu'ils se proposent : car, pour ne rien Du débit des nouvelles (1).

dire de la bassesse qu'il y a à toujours mentir,

je ne vois pas qu'ils puissent recueillir le moinUn nouvelliste, ou un conteur de fables, est dre fruit de cette pratique; au contraire, il est un homme qui arrange, selon son caprice, des arrivé à quelques uns de se laisser voler leurs discours et des faits remplis de fausseté ; qui, habits dans un bain public, pendant qu'ils ne sonlorsqu'il rencontre l'un de ses amis, compose geoient qu'à rassembler autour d'eux une foule son visage, et lui souriant : D'où venez-vous de peuple, et à lui conter des nouvelles. Quelques ainsi? lui dit-il; que nous direz-vous de bon ? autres, après avoir vaincu sur mer et sur terre n'y a-t-il rien de nouveau ? Et continuant de dans le Portique (14), ont payé l'amende pour l'interroger : Quoi donc! n'y a-t-il aucune nou- n'avoir pas comparu à une cause appelée. Enfin velle (2)? cependant il y a des choses étonnantes il s'en est trouvé qui, le jour même qu'ils ont à raconter. Et sans lui donner le loisir de lui pris une ville, du moins par leurs beaux disrépondre : Que dites - vous donc? poursuit-il ; cours, ont manqué de dîner (15). Je ne crois pas n'avez-vous rien entendu par la ville ? Je vois qu'il y ait rien de si misérable que la condition bien que vous ne savez rien, et que je vais vous de ces personnes : car quelle est la boutique, régaler de grandes nouveautés. Alors, ou c'est quel est le portique, quel est l'endroit d'un un soldat, ou le fils d'Astée le joueur de flûte(3), marché public où ils ne passent tout le jour à ou Lycon l'ingénieur, tous gens qui arrivent rendre sourds ceux qui les écoutent, ou à les fraichement de l'armée (4), de qui il sait toutes fatiguer par leurs mensonges ? choses; car il allègue pour témoins de ce qu'il avance des hommes obscurs qu'on ne peut trou

NOTES. ver pour le convaincre de fausseté (5): il assure donc que ces personnes lui ont dit que le roi (6) (1) Théophraste désigne ici par un seul mot l'habitude et Polysperchon (7) ont gagné la bataille, et de forger de fausses nouvelles. M. Barthélemy a imité une que Cassandre, leur ennemi , est tombé vif en- partie de ce Caractère à la suite de ceux sur lesquels j'ai tre leurs mains (8). Et, lorsque quelqu'un lui déja fait la même remarque. dit : Mais en vérité cela est-il croyable? il lui

(2) Littéralement : « Et il l'interrompra en lui demanréplique que cette nouvelle se crie et se répand a dant : Comment! on ne dit donc rien de plus nouveau ? »

[graphic]

avant que

(3) L'usage de la flûte, très ancien dans les troupes. (La Bruyère.)

CHAPITRE IX. (4) Le grec porte : « Qui arrivent de la bataille même. » De l'effronterie causée par l'avarice (1)..

(5) Je crois avec M. Coray qu'il faut traduire : a Car Pour faire connoître ce vice, il faut dire que « il a soin de choisir des autorités que personne ne puisse c'est un mépris de l'honneur dans la vue d'un « récuser. »

vil intérêt. Un homme que l'avarice rend ef(6) Arrhidée, frère d'Alexandre-le-Grand. (La Bruyère.) fronté ose emprunter une somme d'argent à

celui à qui il en doit déja, et qu'il lui retient (7) Capitaine du même Alexandre. (La Bruyère.) avec injustice (2). Le jour même qu'il aura sa

crifié aux dieux, au lieu de manger religieuse(8) C'étoit un faux bruit; et Cassandre, fils d'Antipater,

ment chez soi une partie des viandes consadisputant à Arrhidée et à Polysperchon la tutèle des enfants d'Alexandre, avoit eu de l'avantage sur eux. (La crées (3), il les fait saler pour lui servir dans Bruyère.) D'après le titre et l'esprit de ce Caractère, il plusieurs repas, et va souper chez l'un de ses n'y est pas question de faux bruits, mais de nouvelles fa- amis; et là, à table, à la vue de tout le monde, briquées à plaisir par celui qui les debite.

il appelle son valet, qu'il veut encore nourrir (9) Plus littéralement : « Que le bruit s'en est répandu aux dépens de son hôte ; et lui coupant un mor« dans toute la ville, qu'il prend de la consistance, que

ceau de viande qu'il met sur un quartier de « tout s'accorde, et que tout le monde donne les mêmes pain : Tenez, mon ami, lui dit-il, faites bonne « détails sur le combat. »

chère (4). Il va lui-même au marché acheter des viandes cuites (5), et,

de convenir du (10) Le texte ajoute : a Qui en sont tout changés. » Cassandre favorisoit le gouvernement aristocratique établi prix, pour avoir une meilleure composition du à Athènes par son père ; Polysperchon protégeoit le parti marchand, il le fait ressouvenir qu'il lui a audémocralique. (Voyez la note 17 du Discours sur Théo-trefois rendu service. Il fait ensuite peser ces phraste. )

viandes, et il en entasse le plus qu'il peut : s'il (11) Au lieu de, « Ensuite, etc., » le grec porte, « Et, en est empêché par celui qui les lui vend , il jette « ce qui est à peine croyable , en racontant tout cela, il du moins quelques os dans la balance : si elle « fait les lamentations les plus naturelles et les plus per- peut tout contenir, il est satisfait; sinon, il ra« suasives. »

masse sur la table des morceaux de rebut, (12) La réflexion, a car enfin, etc., » est tirée de quel comme pour se dédommager, sourit, et s'en va. ques mots grecs dont on n'a pas encore donne une expli- Une autre fois, sur l'argent qu'il aura reçu de cation satisfaisante , et qui me paroissent signifier tout quelques étrangers pour leur louer des places au autre chose. Le nouvelliste a débité jusqu'à présent son théâtre, il trouve le secret d'avoir sa part franconte comme un bruit public, et dans la phrase suivante che du spectacle, et d'y envoyer (6) le lende il en fait un secret : cette variation a besoin d'une transition ; et il me paroit que ce passage , qui signifie littérale- main ses enfants et leur précepteur (7). Tout ment « mais alors étant devenu fort, » est relatif au con lui fait envie ; il veut profiter des bons marchés, teur, et veut dire, a mais ayant fini par se faire croire. » et demande hardiment au premier venu une On sait qu'en grec le verbe dérivé de l'adjectif qu'emploie chose qu'il ne vient que d'acheter. Se trouveici Théopbraste signifie au propre je m'efforce, et au

t-il dans une maison étrangère, il emprunte figuré j'assure , j'atteste.

jusqu'à l'orge et à la paille (8); encore faut-il (13) « M'étonnent. »

que celui qui les lui prête fasse les frais de les

faire porter jusque chez lui. Cet effronté, en un (14) Voyez le chapitre de la Flatterie. (La Bruyère,

mot, entre sans payer dans un bain public, et chap. II, note 1.)

là, en présence du baigneur, qui crie inutile(15) Plus littéralement, a Qui ont manqué leur diner ment contre lui, prenant le premier vase qu'il « en prenant quelques villes d'assaut, » c'est-à-dire qui, rencontre, il le plonge dans une cuve d'airain qui pour avoir fait de ces contes , sont venus trop tard au dîner est remplie d'eau, se la répand sur tout le auquel ils devoient se rendre.

corps (9): Me voilà lavé, ajoute-t-il, autant

que j'en ai besoin, et sans en avoir obligation

[ocr errors]
[graphic]

9

à personne; ” remet sa robe, et disparoît. (9) Les plus pauyres se lavoient ainsi pour payer moins.

(La Bruyère.) NOTES.

CHAPITRE X. (1) Le mot grec ne signifie proprement que l'impudence, et Aristote ne lui donne pas d'autre sens; mais Platon le définit comme Théophraste. (Voyez les notes de

De l'épargne sordide. Casaubon.)

Cette espèce d'avarice est dans les hommes (2) On pourroit traduire plus exactement « à celui au

une passion de vouloir ménager les plus petites a quel il en a déja fait perdre, » ou , d'après la traduction choses sans aucune fin honnête (1). C'est dans de M. Levesque, a à celui qu'il a déja trompé. »

cet esprit que quelques uns, recevant tous les

mois le loyer de leur maison, ne négligent pas C'étoit la coutume des Grecs. Voyez le chapitre du Contre-temps. (La Bruyère.) On verra dans le chapitre xii,

d'aller eux-mêmes demander la moitié d'une note 4, que non seulement « on mangeoit chez soi une obole qui manquoit au dernier paiement qu'on a partie des viandes consacrées , » mots que La Bruyère leur a fait (2); que d'autres , faisant l'effort de a insérés dans le texte, mais qu'il étoit mème d'usage d'in- donner à manger chez eux (3), ne sont occupés, viter ce jour-là ses amis, ou de leur envoyer une portion pendant le repas, qu'à compter le nombre de de la victime.

fois que chacun des conviés demande à boire. Ce (1) Dans le temps du luxe excessif de Rome , la conduite sont eux encore dont la portion des prémices (4) que Théophraste traite ici d'impudence auroit été très des viandes que l'on envoie sur l'autel de Diane modeste; car alors, dans les grands diners, on faisoit em

est toujours la plus petite. Ils apprécient les porter beaucoup de choses par son dave, soit sur les

de instances du maitre , soit aussi sans en étre prié. Mais les choses au-dessous de ce qu'elles valent; et, savants qui ont cru voir cette coutume dans notre auteur quelque bon marché qu'un autre, en leur renme paroissent avoir confondu les temps et les lieux. Du dant compte, veuille se prévaloir, ils lui soutientemps d'Aristophane, c'est-à-dire environ un siècle avant nent toujours qu'il a acheté trop cher. ImplaThéophraste, c'étoient même les convives qui apportoient la plus grande partie des mets avec eux ; et celui qui don cables à l'égard d'un valet qui aura laissé tomber noit le repas ne fournissoit que le local, les ornements et un pot de terre, ou cassé par malheur quelque les hors-d'æuvres, et faisoit venir des courtisanes. (Voyez vase d'argile, ils lui déduisent cette perte sur Aristoph,, Acharn., v. 1085 et suiv., et le Scol.)

sa nourriture; mais si leurs femmes ont perdu

seulement un denier (5), il faut alors renverser (5) Comme le menu peuple , qui achetoit son souper chez le charcutier. (La Bruyère.) Le grec ne dit pas des toute une maison, déranger les lits, transporter viandes cuites, et la satire ne porte que sur la conduite des coffres, et chercher dans les recoins les ridicule que tient cet homme envers son boucher. plus cachés. Lorsqu'ils vendent, ils n'ont que

cette unique chose en vue, qu'il n'y ait qu'à (6) Le grec dit, d'y conduire.

perdre pour celui qui achète. Il n'est permis (7) Leur pédagogue. C'étoit, comme dit M. Barthé- à personne de cueillir une figue dans leur lemy, chapitre xxvi, un esclave de confiance charge de jardin, de passer au travers de leur champ, de suivre l'enfant en tous lieux, et sur-tout chez ses différents

ramasser une petite branche de palmier (6), maitres. On peut voir aussi à ce sujet le bas-relief repré- ou quelques olives qui seront tombées de l'arsentant la mort de Niobe et de ses enfants au Musée Pio bre. Ils vont tous les jours se promener sur leurs Clementino, tome iv, planche 17, et l'explication que M. Visconti en a donnée.

terres, en remarquent les bornes, voient si l'on Les spectacles n'avoient lieu à Athènes qu'aux trois fêtes n'y a rien changé, et si elles sont toujours les de Bacchus, et sur-tout aux grandes Dionysiaques, où des mêmes. Ils tirent intérêt de l'intérêt même, et curieux de toute la Grèce affluoient à Athènes ; et l'on sait qu'anciennement les étrangers logeoient ordinairement ce n'est qu'à celle condition qu'ils donnent du chez des particuliers avec lesquels ils avoient quelque liai-temps à leurs créanciers. S'ils ont invité à diner son d'affaires ou d'amitié.

quelques uns de leurs amis, et qui ne sont que

des personnes du peuple (7), ils ne feignent (8) Plus littéralement : «Il va dans une maison étran* gère pour emprunter de l'orge ou de la paille , et force point de leur faire servir un simple hachis; et « encore ceux qui lui prétent ces objets à les porter chez. on les a vus souvent aller eux-mêmes au marché « lui. »

pour ce repas, y trouver tout trop cher, et en

[graphic]
[graphic]

revenir sans rien acheter. Ne prenez pas l'habi- | lemy me paroit avoir fait une application trop générale de tude, disent-ils à leurs femmes, de prêter votre

ce passage dans son chap. xx du Voyage du jeune Ana

charsis. sel, votre orge, votre farine, ni même du cumin (8), de la marjolaine (9), des gâteaux (5) Je crois qu'il faut préférer la leçon suivie par Polipour l'autei (10), du coton (11), de la laine (12); lien, qui traduit, « Un peigne. » Voyez Suidas, cité par

Needham. car ces petits détails ne laissent pas de monter, à la fin d'une année, à une grosse somme. Ces (6) « Une datte. » avares, en un mot, ont des trousseaux de clefs rouillées dont ils ne se servent point, des cas- Il faut traduire : « S'il traite les citoyens de sa bourgade ,

(7) La Bruyère a rendu ce passage fort inexactement. settes où leur argent est en dépôt , qu'ils n'ou

« il coupera par petits morceaux les viandes qu'il leur vrent jamais, et qu'ils laissent moisir dans un a sert. » Les bourgades étoient une autre division de l'Atcoin de leur cabinet ; ils portent des habits qui tique que celle en tribus ; il y en avoit cent soixante-qualeur sont trop courts et trop étroits ; les plus étoient d'obligation, et les collectes pour en faire les frais

torze. Les repas communs de ces différentes associations petites fioles contiennent plus d'huile qu'il n'en étoient ordonnées par les lois. Il paroit, par ce passage et faut pour les oindre (13) : ils ont la tête rasée par le chapitre suivant, note 14, que, dans ces festins, jusqu'au cuir (14), se déchaussent vers le milieu celui chez lequel ou au nom duquel ils se donnoient étoit du jour (15) pour épargner leurs souliers ; vont chargé de l'achat et de la distribution des aliments , mais

qu'il étoit surveillé de près par les convives. trouver les foulons pour obtenir d'eux de ne pas épargner la craie dans la laine qu'ils leur ont (8) Une sorte d'herbe. (La Bruyère.) donnée à préparer, afin, disent-ils, que leur

(9) Elle empêche les viandes de se corrompre, ainsi que étoffe se tache moins (16).

le thym et le laurier. (La Bruyère.)

[graphic]

NOTES.

(10) Faits de farine et de miel, et qui servoient aux sa

crifices. (La Bruyère.) (1) Le texte grec porte simplement, « La lésine est une « épargne outrée, ou déplacée, de la dépense. »

(11) Des bandelettes pour la victime, faites de fils de laine non tissus, et réunis seulement par des næuds de

distance en distance. (2) Littéralement, « Un avare est capable d'aller chez a quelqu'un au bout d'un mois pour réclamer une demi

(12) Au lieu de laine, Théophraste nomme ici encore « obole. » Théophraste n'ajoute pas quelle étoit la cause et la nature de cette créance, dont le peu d'importance crifices ; et plus haut il parle de mèches, mot que La

une espèce de gâteaux ou de farine qui servoient aux safait précisément le sel de ce trait ; elle n'est que de six Bruyère a omis, ou qu'il a voulu exprimer ici. liards,

(13) Voyez sur l'usage de se frotter d'huile, le Caractère v, (3) Dans le texte il n'est point question d'un repas que note 4. donne l'avare, mais d'un festin auquel il assiste; et le mot grec s'applique particulièrement à ces repas de confrérie (14) « Ils se font raser jusqu'à la peau. » Voyez Caracque les membres d'une même curie, c'est-à-dire de la tère iv, note 7. troisième partie de l'une des dix tribus, faisoient régulièrement ensemble, soit chez un des membres de cette as (15) Parceque dans cette partie du jour le froid en toute sociation, soit dans des maisons publiques destinées à cet saison étoit supportable. (La Bruyère.) Il me semble que, usage. (Voyez la note de M. Coray sur le chap. 1 de cet lorsqu'il s'agit d'Athènes, il faut penser plutôt aux inconouvrage; Pollux, liv. VI, segm. 7 et 8, et Anacharsis, vénients de la chaleur qu'à ceux du froid : c'est afin que la chap. xxvi et lvi.)

sueur n'use pas ses souliers.

(4) Les Grecs commençoient par ces offrandes leurs (16) C'étoit aussi parceque cet apprêt avec de la craie, repas publics. (La Bruyère.) Les anciens regardoient en comme le pire de tous, et qui rendoit les étoffes dures et général comme une impiété de manger ou de boire sans grossières, étoit celui qui coûtoit le moins. (La Bruyère. avoir offert des prémices ou des libations à Cérès ou à Il n'est question dans le grec ni de craie ni de laine, mais Bacchus. Mais il doit y avoir quelque raison particulière de terre à foulon, et d'un babit à faire blanchir. (Voyez pour laquelle ici les prémices sont adressées à Diane ; et les notes de M. Coray.) M. Barthélemy observe, dans son c'étoit peut-être l'usage des repas de curies, puisqu'on sa- chap. xx, que le bas peuple d'Athènes étoit vêtu d'un drap crisoit aussi à cette déesse en inscrivant les enfants dans qui n'avoit reçu aucune teinture , et qu'on pouvoit rece corps, et cela au moment où on leur coupoit les che- blanchir, tandis que les riches préféroient des draps de veux. (Voyez Hesychius, in voce Kureotis.) M. Barthé- couleur.

« PreviousContinue »