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importants étoient l'Académie, le Lycée et le Cynosarge. ( Voyez chap. vil du Voyage du jeune Anacharsis.)

CHAPITRE VI.

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(7) Le texte grec dit : « Des stratéges , » ou généraux.

De l'image d'un coquin (1). C'étoient dix magistrats, dont l'un devoit commander les armées en temps de guerre; mais il paroit que déja, du. Un coquin est celui à qui les choses les plus temps de Demosthène, ils n'avoient presque plus d'autres honteuses ne coûtent rien à dire ou à faire, qui fonctions que de représenter dans les cérémonies publiques. (Voyez l'ouvrage que je viens de citer, chap. x.)

jure volontiers et fait des serments en justice

autant qu'on lui en demande : qui est perdu de (8) D'après Aristote, cette race des meilleurs chiens de réputation ; que l'on outrage impunément , qui chasse de la Grèce provenoit de l'accouplement de cet est un chicaneur (2) de profession, un effronté, animal et du renard. Byzance, devenue depuis Constantinople, étoit déja une ville importante du temps de Théo

et qui se mêle de toutes sortes d'affaires. Un phraste. Cyzique étoit un port de la Mysie, sur la Pro homme de ce caractère entre sans masque dans pontide.

une danse comique (3), et même sans être ivre; (9) Une espèce de singes. (La Bruyère.) Des singes a la plus obscène (4) par les postures les plus in

mais de sang-froid il se distingue dans la danse courte queue , disent les scoliastes de ce passage.

décentes : c'est lui qui, dans ces lieux où l'on (10) Vraisemblablement d'os de gazelles de Libye, comme voit des prestiges (5), s'ingère de recueillir l’arceux dont parle Lucien. ( In amorib., lib. I.) Des des d’os gent de chacun des spectateurs, et qui fait quede chèvre ne vaudroient pas la peine d'être cités.

relle à ceux qui, étant entrés par billets, croient (11) Littéralement: « Des flacons bombés de Thurium,»

ne devoir rien payer (6). Il est d'ailleurs de tous ou d'après une autre leçon, « de Tyr, » ou plutôt a de métiers; tantôt il tient une taverne, tantôt il est « sable tyrien, » c'est-à-dire de verre, pour la fabrication suppôt de quelque lieu infame , une autre fois duquel on se servoit alors de ce sable exclusivement, ce partisan (7): il n'y a point de si sale commerce qui donnoit une très grande valeur à cette matière. On ne connoit aucune fabrique célèbre de vases dans les diffé

où il ne soit capable d'entrer. Vous le verrez rentes villes qui portèrent le nom de Thurium. Ce ne fut aujourd'hui crieur public, demain cuisinier ou que du temps des Romains que les ustensiles de verre ces- brelandier (8) : tout lui est propre. S'il a une sèrent d'être chers, et qu'on put les avoir à un prix très mère, il la laisse mourir de faim (9) : il est sujet bas. (Voyez Strab., liv. XVI, suivant la correction certaine de Casaubon. Cette note m'a été communiquée par

au larcin, et à se voir traîner par la ville dans M. Visconti.)

une prison, sa demeure ordinaire, et où il passe

une partie de sa vie. Ce sont ces sortes de gens (12) Le grec dit : a Ils ont chez eux une petite cour en que l'on voit se faire entourer du peuple, appe« forme de palestre, renfermant une arène et un jeu de ler ceux qui passent , et se plaindre à eux avec « paume. » Les palestres étoient en petit ce que les gym

une voix forte et enrouée , insulter ceux qui les nases étoient en grand.

contredisent. Les uns fendent la presse pour (13) Une sorte de philosophes vains et intéressés. (La les voir, pendant que les autres, contents de Bruyère.) A la fois philosophes et rheteurs , ils instruisoient les avoir vus, se dégagent et poursuivent leur les jeunes gens par leurs leçons chèrement payées, et amu- chemin sans vouloir les écouter; mais ces efsoient le public par des déclamations et des dissertations frontés continuent de parler : ils disent à celuisolennelles.

ci le commencement d'un fait, quelque mot à (14) Leur palestre.

cet autre; à peine peut-on tirer d'eux la moin

dre partie de ce dont il s'agit (10); et vous re(15) Chaque interprète a sa conjecture particulière sur se passage altéré ou elliptique. Je propose de mettre sim- marquerez qu'ils choisissent pour cela des jours plement le dernier pronom au pluriel, et de traduire, au

d'assemblée publique, où il y a un grand conlieu de « ils se trouvent présents, etc.,) « ensuite dans les cours de monde, qui se trouve le témoin de « représentations ils disent à leur voisin, en parlant des leur insolence. Toujours accablés de procès que « spectateurs, la palestre est à eux. » De cette manière, l'on intente contre eux, ou qu'ils ont intentés à ce trait rentre entièrement dans le caractère du complai- d'autres , de ceux dont ils se délivrent

par

de sant, tel qu'il est défini par Aristote.

faux serments, comme de ceux qui les obligent
de comparoître, ils n'oublient jamais de porter

leur boile (11) dans leur sein , et une liasse de , et dont, par conséquent , sans la précaution de distribuer papiers entre leurs mains ; vous les voyez do- des billets à ceux qui ont payé, et d'employer quelqu'un à miner parmi les vils praticiens (12), à qui ils quereller ceux qui n'en ont pas,

tout le monde peut jouir.

Cette observation, qui n'avoit pas encore été faite, conprêtent à usure, retirant chaque jour une obole

retirant chaque jour une obole tredit l'induction que le savant auteur du Voyage du jeune et demie de chaque drachme (13) ; ensuite fré- Anacharsis a tirée de ce passage dans le chapitre lui de quenter les tavernes, parcourir les lieux où l'on

cet ouvrage. débite le poisson frais ou salé, et consumer

(7) La Bruyère désigne ordinairement par ce mot les ainsi en bonne chère tout le profit qu'ils tirent riches financiers; ici il n'est question que d'un simple comde cette espèce de trafic. En un mot, ils sont mis au port, ou de quelque autre employé subalterne de querelleurs et difficiles , ont sans cesse la bou- la ferme d'Athènes. che ouverte à la calomnie, ont une voix étour

(8) Joueur de dés. Aristote donne une raison assez dédissante, et qu'ils font retentir dans les mar-licate du mal qu'il trouve dans un jeu intéressé : « On y ehés et dans les boutiques.

« gagne, dit-il, l'argent de ses amis, envers lesquels on

« doit au contraire se conduire avec générosité. » NOTES.

(9) La loi de Solon, qui n'étoit en cela que la sanction (1) De l'Effronterie.

de la loi de la nature et du serment, ordonnoit de nourrir

ses parents , sous peine d'infamie. (2) Le mot grec employé ici, et qui se retrouve encore à la fin du chapitre, signifie un bomme qui se tient tou- (10) Cette circonstance est ajoutée par La Bruyère; jours sur le marché, et qui cherche à gagner de l'argent, Théophraste ne parle que de l'impudence qu'il y a à consoit par des dénonciations ou de faux témoignages dans destinuer une harangue dans les rues , quoique personne n'y tribunaux, soit en achetant des denrées pour les revendre; fasse attention, et que chaque phrase s'adresse à un public métier odieux chez les anciens. (Voyez les notes de Du- différent. port sur ce passage.)

(11) Une petite boite de cuivre fort légère, où les plai(3) Sur le theatre avec des farceurs. ( La Bruyère.) deurs mettoient leurs titres et les pièces de leurs procès.

(La Bruyère.) C'étoit au contraire un grand vase de cui(4) Cette danse , la plus déréglée de toutes, s'appeloit vre ou de terre cuite, placé sur la table des juges pour y en grec cordax , parceque l'on s'y servoit d'une corde pour déposer les pièces qu'on leur soumettoit; et Théophraste faire des postures. (La Bruyère.) Cette étymologie est ne se sert ici de ce terme que pour plaisanter sur l'énorme inadmissible, car le termne grec d'où nous vient le mot de quantité de papiers dont se chargent ces chicaneurs. corde commence par une autre lettre que le mot cordax, Voyez le scol. d'Aristophane, Vesp., 1427, et la scolie et ne s'emploie que pour des cordes de boyau, telles que sur ce passage de Théophraste donnée par Fischer.) celles de la lyre et de l'arc. Casaubon n'a cru que le cordar se dansoit avec une corde, que parceque Aristophane (12) Ici le mot grec dont j'ai parlé dans la note 2 ne dit quelque part cordacem trahere, et peut-être parcequ'il peut avoir d'autre signification que celle des petits marse rappeloit que, dans les Adelphes de Térence, acte IV, chands de comestibles auxquels l'esfronté prête de l'argent, scène vii, Demea demande : Tu inter eas restim ductans et chez lesquels il va ensuite en retirer les intérêts, en saltabis? Mais, quoique dans cette phrase la corde soit mettant cet argent dans la bouche, comme c'étoit l'usage expressément nommée, Donatus pense qu'il n'y est ques- parmi le bas peuple d'Athènes. Casaubon avoit fait sur ce tion que de se donner la main; et c'est aussi tout ce qu'on dernier point une note aussi juste qu'érudite, et La peut conclure de l'expression d’Aristophane au sujet du Bruyère n'auroit pas dû s'écarter de l'explication de ce cordax. M. Visconti, auquel je dois cette observation , s'en savant. sert dans un Mémoire inédit sur le bas-relief des danseuses de la villa Borghèse pour éclaircir le passage célèbre de (13) Une obole étoit la sixième partie d'une drachme. Tite-Live, liv. XVII, chap. XXXVII, où, en parlant d'une (La Bruyère.) L'effronté prend donc un quart du capital danse sacrée, cet auteur se sert de l'expression restim par jour. (Voyez sur l'usure d'Athènes le Voyage du jeune dare.

Anacharsis, chap. lv.)

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(5) Choses fort extraordinaires, telles qu'on en voit dans

CHAPITRE VII. nos foires. (La Bruyère.) (6) Le savant Coray a observé avec raison qu'il faut

Du grand parleur (1). ajouter une négation à cette phrase. Je traduis : « A ceux « qui n'ont point de billet, et veulent jouir du spectacle

Ce que quelques uns appellent babil est pro« gratis. » Il est question ici de farces jouées en pleine rue, 'prement une intempérance de langue qui ne

par

permet pas à un homme de se taire (2). Vous ne | gue se remue dans son palais comme le poisson contez pas la chose comme elle est, dira quel dans l'eau ; et que, quand on l'accuseroit d'être qu'un de ces grands parleurs à quiconque veut plus babillard qu'une hirondelle, il faut qu'il l'entretenir de quelque affaire que ce soit : j'ai parle : aussi écoute-t-il froidement toutes tout su; et, si vous vous donnez la patience de railleries que l'on fait de lui sur ce sujet ; et jusm'écouter, je vous apprendrai tout. Et si cet qu'à ses propres enfants, s'ils commencent à autre continue de parler : Vous avez déja dil s'abandonner au sommeil: Faites-nous, lui dicela (3); songez, poursuit-il, à ne rien oublier. sent-ils, un conte qui achève de nous endorFort bien ; cela est ainsi , car vous m'avez heu- mir (9). reusement remis dans le fait; voyez ce que c'est que de s'entendre les uns les autres. Et ensuite:

NOTES. Mais que veux-je dire ? Ah! j'oubliois une chose:

(1) Ou du Babil. (La Bruyère.) On pourroit intituler oui, c'est cela même, et je voulois voir si vous ce Caractère, de la Loq

ce Caractère, de la Loquacité. Il se distingue du Caractomberiez juste dans tout ce que j'en ai appris. tère in par un babil moins insignifiant, mais plus imporC'est

de telles ou semblables interruptions tun. M. Barthélemy a inséré ce Caractère à la suite de qu'il ne donne pas le loisir à celui qui lui parle l'autre dans son chap. xxvui du Voyage d'Anacharsis. de respirer ; et, lorsqu'il a comme assassine de

(2) Littéralement, « La loquacité, si l'on vouloit la son babil chacun de ceux qui ont voulu lier avec a définir , pourroit être appelée une intempérance de lui quelque entretien, il va se jeter dans un cer- « paroles. » cle de personnes graves qui traitent ensemble de choses sérieuses , et les met en fuite. De là

(3) Je crois qu'il faut traduire, a Avez-vous fini? n'ou

« bliez pas votre propos, etc. » M. Barthélemy rend ainsi il entre dans les écoles publiques et dans les

ce passage : « Oui, je sais de quoi il s'agit; je pourrois lieux des exercices (4), où il amuse les maîtres « vous le raconter au long. Continuez, n'omettez aucune par de vains discours, et empêche la jeunesse

« circonstance. Fort bien, vous y êtes; c'est cela même. de profiter de leurs leçons. S'il échappe à quel

« Voyez combien il étoit nécessaire d'en conférer en

« semble. » qu'un de dire: Je m'en vais, celui-ci se met à le suivre, et il ne l'abandonne point qu'il ne l'ait (4) C'étoit un crime puni de mort à Athènes par une remis jusque dans sa maison (5). Si par hasard loi de Solon, à laquelle on avoit un peu dérogé du temps il a appris ce qui aura été dit dans une assem

de Théophraste. (La Bruyère.) Il paroit que cette loi blée de ville , il court dans le même temps le di- n'étoit relative qu'au temps où l'on célébroit dans ces gym

nases une fête à Mercure, pendant laquelle la jeunesse vulguer. Il s'étend merveilleusement sur la fa- étoit moins surveillée qu'à l'ordinaire. (Voyez le Voyage meuse bataille qui s'est donnée sous le gouver- du jeune Anacharsis , chap. vill, et le chap. v de ces Canement de l'orateur Aristophon 6), comme sur

ractères, note 6.) le combat célèbre que ceux de Lacédémone ont

(5)

Misere cupis , inquit , abire, livré aux Atheniens sous la conduite de Lysan

Jamdudum video : sed nil agis ; usque tenebo, dre (7). Il raconte une autre fois quels applau- Persequar. . dissements a eus un discours qu'il a fait dans Nil habeo quod agam, et non suon piger; usque le public, en répète une grande partie, mêle

sequar te, dans ce récit ennuyeux des invectives contre le

dit l'Importun d'Horace dans la neuvième satire du prepeuple; pendant que de ceux qui l'écoutent, mier livre, qui mérite d'être comparée avec ce Caractère. les uns s'endorment, les autres le quittent, et

aura dit. Un grand causeur, en un mot, s'il est sur

d'Alexandre, suivies de la mort de Darius, dont les noules tribunaux, ne laisse pas la liberté de juger; teur, étoit premier magistrat. (La Bruyère.) Ce n'étoit

velles vinrent à Athènes lorsque Aristophon, célèbre orail ne permet pas que l'on mange à table; et, s'il pas une raison suffisante pour dire que cette bataille avoit se trouve au théàtre, il empèche non seulement été livrée sous l'archontat d'Aristophon. Paulmier de Grend'entendre, mais même de voir les acteurs (8). temesnil a cru qu'il étoit question de la bataille des LacéOn lui fait avouer ingénument qu'il ne lui est

démoniens , sous Agis, contre les Macédoniens commandés

par Antipater; mais il n'a pas fait attention que dans ce pas possible de se taire , qu'il faut que sa lan- 1 cas Théophraste n'auroit pas ajouté les mots de ceux de Lacédémone au trait suivant seulement. Je crois , avec par toute la ville, que tous s'accordent à dire Corsini, qu'il faut traduire « sur le combat de l'orateur, la même chose, que c'est tout ce qui se raconte « c'est-à-dire de Démosthène, arrivé sous Aristopbon. » C'est la famense discussion sur la couronne que Démos- du combat (9), et qu'il y a eu un grand carnathène croyoit mériter, et qu'Eschine lui disputoit. Ce ge. Il ajoute qu'il a lu cet évènement sur le vicombat, qui rassembla toute la Grèce à Athènes, étoit un sage de ceux qui gouvernent (10); qu'il y a un sujet de conversation au moins aussi interessant pour un homme caché chez l'un de ces magistrats dehabitant de cette ville, que la bataille d'Arbelles , et il fut puis cinq jours entiers , qui revient de la Macélivré précisément sous l'archontat d'Aristophon.

doine, qui a tout vu, et qui lui a tout dit. En(7) Il étoit plus ancien que la bataille d'Arbelles , mais suite , interrompant le fil de sa narration : Que trivial et su de tout le peuple. (La Bruyère.) C'est la ba- pensez-vous de ce succès ? demande-t-il à ceux taille qui finit par la prise d'Athènes , et qui termina la qui l'écoutent (11). Pauvre Cassandrel malheuguerre du Péloponèse, l'an 4 de la quatre-vingt-treizième olympiade.

reux prince! s'écrie-t-il d'une manière tou

chante : voyez ce que c'est que la fortune; car (8) Le grec dit simplement, a Il vous empêche de jouir enfin Cassandre étoit puissant, et il avoit avec lui ( du spectacle. »

de grandes forces (12. Ce que je vous dis, pour(9) Le texte porte, « Et il permet que ses enfants l'em-suit-il, est un secret qu'il faut garder pour vous « pèchent de se livrer au sommeil, en le priant de leur seul, pendant qu'il court par toute la ville le « raconter quelque chose pour les endormir. )

debiter à qui le veut entendre. Je vous avoue

que ces diseurs de nouvelles me donnent de l'adCHAPITRE VIII.

miration (13), et que je ne conçois pas quelle

est la fin qu'ils se proposent : car, pour ne rien Du débil des nouvelles (1).

dire de la bassesse qu'il y a à loujours mentir,

je ne vois pas qu'ils puissent recueillir le moinUn nouvelliste, ou un conteur de fables, est dre fruit de cette pratique; au contraire, il est un homme qui arrange, selon son caprice, des arrivé à quelques uns de se laisser voler leurs discours et des faits remplis de fausseté ; qui, habits dans un bain public, pendant qu'ils ne sonlorsqu'il rencontre l'un de ses amis, compose geoient qu'à rassembler autour d'eux une foule son visage, et lui souriant : D'où venez-vous de peuple, et à lui conter des nouvelles. Quelques ainsi? lui dit-il; que nous direz-vous de bon? autres, après avoir vaincu sur mer et sur terre n'y a-t-il rien de nouveau ? Et continuant de dans le Portique (14), ont payé l'amende pour l'interroger : Quoi donc ! n'y a-t-il aucune nou- n'avoir pas comparu à une cause appelée. Enfin velle 2 ? cependant il y a des choses étonnantes il s'en est trouvé qui, le jour même qu'ils ont à raconter. Et sans lui donner le loisir de lui

pris une ville, du moins par leurs beaux disrépondre : Que dites-vous donc? poursuit-il; cours, ont manqué de diner (15).Je ne crois pas n'avez-vous rien entendu par la ville ? Je vois qu'il y ait rien de si misérable que la condition bien que vous ne savez rien, et que je vais vous

de ces personnes : car quelle est la boutique, régaler de grandes nouveautés. Alors, ou c'est quel esi le portique, quel est l'endroit d'un un soldat, ou le fils d'Astée le joueur de flûte(3), marché public où ils ne passent tout le jour à ou Lycon l'ingénieur, tous gens qui arrivent rendre sourds ceux qui les écoutent, ou à les fraichement de l'armée (4), de qui il sait toutes fatiguer par leurs mensonges? choses; car il allègue pour témoins de ce qu'il avance des hommes obscurs qu'on ne peut trou

NOTES. ver pour le convaincre de fausseté (5): il assure donc que ces personnes lui ont dit que le roi (6) (1) Théophraste désigne ici par un seul mot l'habitude et Polysperchon (7) ont gagné la bataille, et de forger de fausses nouvelles. M. Barthélemy a imité une que Cassandre, leur ennemi, est tombé vif en partie de ce Caractère à la suite de ceux sur lesquels j'ai tre leurs mains (8). Et, lorsque quelqu'un lui déja fait la même remarque. dit : Mais en vérité cela est-il croyable? il lui

(2) Littéralement : « Et il l'interrompra en lui demanréplique que cette nouvelle se crie et se répand a dant: Comment! on ne dit donc rien de plus nouveau ? »

(3) L'usage de la flûte, très ancien dans les troupes. (La Bruyère.)

CHAPITRE IX.

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(4) Le grec porte : « Qui arrivent de la bataille même.» De l'effronterie causée par l'avarice (1)

(5) Je crois avec M. Coray qu'il faut traduire : « Car Pour faire connoître ce vice, il faut dire que « il a soin de choisir des autorités que personne ne puisse c'est un mépris de l'honneur dans la vue d'un « récuser. »

vil intérêt. Un homme que l'avarice rend cf(6) Arrhidée, frère d'Alexandre-le-Grand. (La Bruyère.) fronté ose emprunter une somme d'argent à

celui à qui il en doit déja, et qu'il lui retient (7) Capitaine du même Alexandre. (La Bruyère.) avec injustice (2). Le jour même qu'il aura sa

crifié aux dieux, au lieu de manger religieuse(8) C'étoit un faux bruit; et Cassandre, fils d’Antipater, disputant à Arrhidée et à Polysperchon la tutèle des en

ment chez soi une partie des viandes consafants d'Alexandre, avoit eu de l'avantage sur eux. (La crées (3), il les fait saler pour lui servir dans Bruyère.) D'après le titre et l'esprit de ce Caractère, il plusieurs repas, et va souper chez l'un de ses n'y est pas question de faux bruits , mais de nouvelles fa- amis ; et là, à table, à la vue de tout le monde, briquées à plaisir par celui qui les débite.

il appelle son valet, qu'il veut encore nourrir (9) Plus littéralement : « Que le bruit s'en est répandu aux dépens de son hôte; et lui coupant un mor« dans toute la ville, qu'il prend de la consistance, que ceau de viande qu'il met sur un quartier de « tout s'accorde, et que tout le monde donne les mêmes pain : Tenez, mon ami, lui dit-il, faites bonne « détails sur le combat. )

chère (4). Il va lui-même au marché acheter des

viandes cuites (5), et, avant que de convenir du (10) Le texte ajoute : « Qui en sont tout changés. » Cassandre favorisoit le gouvernement aristocratique établi prix, pour avoir une meilleure composition du à Athènes par son père; Polysperchon protégeoit le parti marchand, il le fait ressouvenir qu'il lui a audémocralique. (Voyez la note 17 du Discours sur Théu trefois rendu service. Il fait ensuite peser ces phraste. )

viandes, et il en entasse le plus qu'il peut : s'il (11) Au lieu de, « Ensuite, etc., » le grec porte, « Et,

en est empêché par celui qui les lui vend , il jette « ce qui est à peine croyable, en racontant tout cela, il du moins quelques os dans la balance : si elle « fait les lamentations les plus naturelles et les plus per- peut tout contenir, il est satisfait; sinon, « suasives. »

masse sur la table des morceaux de rebut, (12) La réflexion, a car enfin, etc., » est tirée de quel comme pour se dédommager, sourit, et s'en va. ques mots grecs dont on n'a pas encore donné une expli- Une autre fois, sur l'argent qu'il aura reçu de cation satisfaisante , et qui me paroissent signifier tout quelques étrangers pour leur louer des places au autre chose. Le nouvelliste a debité jusqu'à présent son théâtre, il trouve le secret d'avoir sa part franconte comme un bruit public, et dans la phrase suivante che du spectacle, et d'y envoyer (6) le lende il en fait un secret : cette variation a besoin d'une transition ; et il me paroit que ce passage, qui signifie littérale- main ses enfants et leur précepteur (7). Tout ment « mais alors étant devenu fort, » est relatif au con- lui fait envie ; il veut profiter des bons marchés, teur, et veut dire, a mais ayant fini par se faire croire. » et demande hardiment au premier venu une On sait qu'en grec le verbe dérivé de l'adjectif qu'emploie chose qu'il ne vient que d'acheler. Se trouveici Théopbraste signifie au propre je m'efforce, et au

t-il dans une maison étrangère, il emprunte figuré j'assure , j'atteste.

jusqu'à l'orge et à la paille (8); encore faut-il (13) « M'étonnent. »

que celui qui les lui prête fasse les frais de les

faire porter jusque chez lui. Cet effronté, en un (14) Voyez le chapitre de la Flatterie. (La Bruyère, mot, entre sans payer dans un bain public, et chap. II, note 1.)

là, en présence du baigneur, qui crie inutile(15) Plus littéralement, a Qui ont manqué leur diner ment contre lui, prenant le premier vase qu'il « en prenant quelques villes d'assaut, » c'est-à-dire qui, rencontre, il le plonge dans une cuve d’airain qui pour avoir fait de ces contes , sont venus trop tard au diner est remplie d'eau, se la répand sur tout le auquel ils devoient se rendre.

corps (9): Me voilà lavé, ajoute-t-il, autant

que j'en ai besoin, et sans en avoir obligation

il ra

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