Page images
PDF
EPUB

cle; car les deux bonnes leçons du chapitre 11, qu'ils dé- , d'Alexandre et d'Aristote, méritoient bien d'étre éclaircies clarent n'avoir mises dans le texte que par conjecture, autant que possible, et que l'explication précise d'un des existent dans les éditions du dix-septième, dont nous avons auteurs les plus élégants de l'antiquité ne pouvoit pas être

indifférente à dès lecteurs judicieux.

fait usage.

(24) Tincam multa ridiculè dicentem Granius obruebat, nescio quo sapore vernaculo : ut ego jam non mirer illud

AVANT-PROPOS Theophrasto accidisse quod dicitur, cùm percontaretur ex aniculâ quâdam quanti aliquid venderet; et respondisset

DE THEOPHRASTE. illa atque addidisset, Hospes, non pote minoris; tulisse eum molestè se non effugere hospitis speciem, cùm ætatem egeret Athenis optimèque loqueretur. Omninò, sicut opinor, in nostris est quidam urbanorum sicut illic Atticorum

J'ai admiré souvent, et j'avoue que je ne puis sonus. (Brutus, cap. XLVI.)

encore comprendre, quelque sérieuse réflexion La Bruyère a peut-être en général un peu flatté le por que je fasse, pourquoi toute la Grèce étant platrait d'Athènes; et, quant à ce dernier trait, il en a fait cée sous un même ciel, et les Grecs nourris une paraphrase assez étrange. Ce ne peut être que par quelque reste de son accent éolien , très différent de celui et élevés de la même manière (1), il se trouve du dialecte d'Athènes , que Théophraste fut reconnu pour néanmoins si peu de ressemblance dans leurs étranger par une marchande d'herbes ; sonus urbanorum, moeurs. Puis donc, mon cher Polyclès (2), qu'à dit Cicéron. Posidippe, rival de Ménandre, reproche aux l'âge de quatre-vingt-dix-neuf ans où je me trouAthéniens comme une grande incivilité leur affectation de considérer l'accent et le langage d'Athènes comme le seul

ve (3), j'ai assez vécu pour connoître les homqu'il soit permis d'avoir et de parler, et de reprendre ou mes ; que j'ai vu d'ailleurs, pendant le cours de de tourner en ridicule les étrangers qui y manquoient. ma vie, toutes sortes de personnes et de divers L'atticisme, dit-il à cette occasion, dans un fragment cité temperaments; et que je me suis toujours attapar Dicéarque, ami de Théophraste, dont j'ai parlé plus haut, est le langage d'une des villes de la Grèce; l'helléché à étudier les hommes vertueux, comme ceux nisme, celui des autres. La première cause des particula- qui n'étoient connus que par leurs vices ; il semrités du dialecte d'Athènes se trouve dans l'histoire primi- ble que j'ai dû marquer les caractères des uns tive de cette ville. D'après Hérodote et d'autres autorités, des autres (4), et ne me pas contenter de peinles hordes errantes appelées Hellènes , qui ont envahi dre les Grecs en général, mais même de toupresque toute la Grèce et lui ont donné leur nom, se sont fondues à Athènes dans les Aborigènes Pelasges, civilisés cher ce qui est personnel, et ce que plusieurs par la colonie égyptienne de Cécrops.

d'entre eux paroissent avoir de plus familier.

J'espère, mon cher Polyclès, que cet ouvrage (25) L'on entend cette manière coupée dont Salomon a écrit ses Proverbes , et nullement les choses, qui sont leur tracera des modèles qu'ils pourront suivre;

sera utile à ceux qui viendront après nous : il divines et hors de toute comparaison. (La Bruyère.)

il leur apprendra à faire le discernement de ceux (26) Pascal.

avec qui ils doivent lier quelque commerce, et

dont l'émulation les portera à imiter leurs ver(27) Le duc de La Rochefoucauld.

tus et leur sagesse (5). Ainsi je vais entrer en (28) Je croirois plutôt que ces défauts de liaison et d'u- matière : c'est à vous de pénétrer dans mon nité dans quelques caractères sont dus à l'abréviateur et sens, et d'examiner avec attention si la vérité aux copistes. C'est ainsi que les traits qui défigurent le se trouve dans mes paroles. Et, sans faire une chap. Xi appartiennent véritablement au chapitre xxx, plus longue préface , je parlerai d'abord de la découvert depuis la mort de La Bruyère, où ils se trou dissimulation ; je définirai ce vice, et je dirai ce vent mêlés à d'autres traits du même genre, et sous le titre qui leur convient. (Je crois qu'il se trouve des transposi- que c'est qu'un homme dissimulé ; je décrirai tions semblables dans les chap. xix et xx. Voyez les notes 9 ses mours; et je traiterai ensuite des autres du chap. xix , et 5 et 7 du chap. xx.) Du reste , j'ai proposé passions, suivant le projet que j'en ai fait. quelques titres et quelques définitions qui me semblent prévenir les inconvénients dont La Bruyère se plaint dans

NOTES. le passage auquel se rapporte cette note, et dans la phrase suivante.

(1) Par rapport aux barbares, dont les mœurs étoient

très différentes de celles des Grecs. (La Bruyère.) On pour(29) Je me suis prescrit des bornes un peu moins étroi- roit observer aussi que, du temps de Théophraste, les tes, et j'ai cru que les mæurs d'Athènes, dans le siècle institutions particulières des différents peuples de la Grèce

[ocr errors]

avoient déja commence à s'altérer et à se confondre; mais, « leur conduite. J'espère, etc. » Après avoir composé malgré ces moyens de défendre en quelque sorte cette beaucoup d'ouvrages de morale qui traitoient sur-tout des phrase, on ne peut pas se dissimuler qu'elle est d'une vertus, notre philosophe veut aussi traiter des vices. Du grande inexactitude. Il y avoit toujours une différence très reste , la tournure particulière de cette phrase semble marquée entre l'éducation et les mæurs d'Athènes et celles avoir pour objet de distinguer ces tableaux des satires perde Sparte; et, quant au climat de la Grèce, ce passage se sonnelles. trouve en contradiction avec les témoignages les plus positifs de l'antiquité. D'ailleurs on parle ici des différences (5) Plus littéralement : « J'espère, mon cher Polyclès ; dans les maurs de ville à ville et de pays à pays, tandis a que nos enfants en deviendront meilleurs, si je leur

:

[ocr errors]

dividuels dont tous les traits sont pris dans les meurs « et de guide pour choisir le commerce et la société des d'Athènes. On peut d'autant moins supposer que Théo « hommes les plus parfaits, afin de ne point leur rester phraste ait mis cette double inexactitude dans les faits et « inférieurs. » C'est ainsi que Dion Chrysostôme dit dans dans leur application, et qu'avec cela il se soit borné à ce le discours qui ne contient que les trois caractères vicieux sujet à un stérile étonnement, qu'Hippocrate, qui a écrit que j'ai joints à la fin de ce volume : « J'ai voulu fournir long-temps avant lui, étendoit l'influence du climat sur « des images et des exemples pour détourner du vice, de les caractères aux positions particulières des villes et des a la séduction et des mauvais desirs, et pour inspirer aux maisons relativement au soleil, ainsi qu'aux saisons dans « hommes l'amour de la vertu et le goût d'une meilleure lesquelles naissent les enfants, et que notre philosophe « vie. » lui-même, cherchant ailleurs à expliquer la différence des caractères, entre dans des détails intéressants sur la diffé rence primitive de l'organisation, et sur celle qu'y apportent la nourriture et la manière de vivre. (Voyez Porphy

LES CARACTÈRES rius, De Abst., lib. III, $ 25. Toutes ces raisons font présumer que cette phrase a été tronquée et altérée par DE THÉOPHRASTE. l'abréviateur ou par les copistes. (Voy. chap. xvi, note 1.) Il se peut qu'elle ait parlé de l'altération des meurs d'Athènes au siècle de Théophraste, tandis que le climat et l'éducation de la Grèce n'avoient point changé.

CHAPITRE PREMIER. (2) M. Coray remarque que Diodore de Sicile parle, à la cent quatorzième olympiade, d'un Polyclès, général

De la dissimulation. d'Antipater; et l'on sait que Théophraste fut fort lié avec le fils de ce dernier.

La dissimulation (1) n'est pas aisée à bien dé

finir : si l'on se contente d'en faire une simple (3) Voyez sur l'âge de Théophraste la note 2 du Discours sur ce philosophe; c'est encore un passage où cet

description, l'on peut dire

que c'est un certain avant-propos paroit avoir été altéré.

art de composer ses paroles et ses actions pour

une mauvaise fin. Un homme dissimulé se com(4) Théophraste avoit dessein de traiter de toutes les porte de cette manière : il aborde ses ennemis, vertus et de tous les vices. (La Bruyère.) Cette opinion leur parle , et leur fait croire par cette démarn'est fondée que sur une interprétation peu exacte de la phrase suivante de cette Préface, dans laquelle on n'a che qu'il ne les hait point : il loue ouvertement pas fait attention que le pronom défini ne peut se rappor- et en leur présence ceux à qui il dresse de seter qu'aux méchants ; cette opinion est d'ailleurs combat- crètes embûches ; et il s'afflige avec eux s'il leur tue par la fin de ce même Avant-propos, où l'on n'annonce

est arrivé quelque disgrace : il semble pardonque des caractères vicieux; et il n'est pas à croire que, s'il

ner les discours offensants que l'on lui tient; il en avoit existé de vertueux, ceux qui nous ont transmis cet ouvrage en auroient fait le triage pour les omettre. récite froidement les plus horribles choses que Nous voyons aussi , par un passage d'Hermogène, de l'on aura dites contre sa réputation, et il emploie Formis orationis (lib. II, cap. 1), que l'épithète 1Pixel, les paroles les plus flatteuses pour adoucir ceux que Diogène Laērce et Suidas donnent aux Caractères de Théophraste, s'applique spécialement aux caractères vi- qui se plaignent de lui, et qui sont aigris par les cieux; car cet auteur dit qu'on appelle particulièrement de injures qu'ils en ont reçues. S'il arrive que quelce nom les gourmands , les peureux , les avares , et des qu’un l'aborde avec empressement, il feint des caractères semblables.

affaires , et lui dit de revenir une autre fois : il Au lieu de « Il semble, etc., » il faut traduire, a J'ai cache soigneusement tout ce qu'il fait; et, à « cru devoir écrire sur les meurs des uns et des autres, a je vais te présenter une suite des différents caractères l'entendre parler, on croiroit toujours qu'il dé« que portent les derniers, et l'exposer les principes de libère (2); il ne parle point indifféremment; il

a ses raisons pour dire tantôt qu'il ne fait que huit et vingt-trois. Au reste , la première phrase de ce revenir de la campagne, tantôt qu'il est arrivé chapitre seroit mieux rendue par la version suivante :

« La dissimulation, à l'exprimer par son caractère propre, à la ville fort tard, et quelquefois qu'il est lan

« est un certain art, etc.,) ainsi que l'a déja observé M. Beguissant, ou qu'il a une mauvaise santé. Il dit lin de Ballu. à celui qui lui emprunte de l'argent à intérêt, ou qui le prie de contribuer de sa part à une (2) Il y a ici dans le texte une transposition et des altésomme que ses amis consentent de lui prêter (3), rations observées par plusieurs critiques; il faut trạduire :

« Il fait dire à ceux qui viennent le trouver pour affaires qu'il ne vend rien, qu'il ne s'est jamais vu si de

« de revenir une autre fois, en feignant d'être rentré à nué d'argent ; pendant qu'il dit aux autres que « l'instant, ou bien en disant qu'il est tard, et que sa santé le commerce va le mieux du monde, quoique a ne lui permet pas de les recevoir. Il ne convient jamais en effet il ne vende rien. Souvent, après avoir

« de ce qu'il va faire, et ne cesse d'assurer qu'il est encore

« indécis. Il dit à celui, etc. ) écouté ce qu'on lui a dit , il veut faire croire qu'il n'y a pas eu la moindre attention : il feint

(3) Cette sorte de contribution étoit fréquente à Athènes, de n'avoir pas aperçu les choses où il vient de et autorisée par les lois. (La Bruyère.) Elle avoit pour jeter les yeux, ou, s'il est convenu d'un fait, objet de rétablir les affaires de ceux que des malheurs de ne s'en plus souvenir. Il n'a pour ceux qui avoient ruinés ou endettés , en leur faisant des avances

qu'ils devoient rendre par la suite. Voyez le chapitre XVII, lui parlent d'affaires que cette seule réponse : et les notes de M. Coray, nécessaires à tous ceux qui vouJ'y penserai. Il sait de certaines choses , il en dront approfondir cet ouvrage sous le double rapport de ignore d'autres ; il est saisi d'admiration ; d'au- la langue et des mæurs anciennes. tres fois il aura pensé comme vous sur cet évè

Les notes de Duport, que les derniers éditeurs ont trop nement, et cela selon ses différents intérêts. Son négligées , éclaircissent aussi beaucoup cette intéressante

matière. langage le plus ordinaire est celui-ci : « Je n'en « crois rien, je ne comprends pas que cela puisse

CHAPITRE II. « être, je ne sais où j'en suis ; » ou bien : « Il

De la flatterie. « me semble que je ne suis pas moi-même; » et ensuite : « Ce n'est pas ainsi qu'il me l'a fait La flatterie est un commerce honteux qui « entendre; voilà une chose merveilleuse, et qui n'est utile qu'au fiatteur. Si un flatteur se propasse toute créance ; contez cela à d'autres, mène avec quelqu'un dans la place : Remar

dois-je vous croire, ou me persuaderai-je qu'il quez-vous, lui dit-il, comme tout le monde a « me dit la vérité? » paroles doubles et artifi- les yeux sur vous? cela n'arrive qu'à vous seul. cieuses, dont il faut se défier comme de ce qu'il Hier il fut bien parlé de vous , et l'on ne tarisy a au monde de plus pernicieux. Ces manières soit point sur vos louanges. Nous nous trouvad'agir ne partent point d'une ame simple et

mes plus de trente personnes dans un endroit droite, mais d'une mauvaise volonté, ou d'un du Portique (1); et comme par la suite du dishomme qui veut nuire : le venin des aspics est cours l'on vint à tomber sur celui que l'on demoins à craindre.

voit estimer le plus homme de bien de la ville , tous d'une commune voix vous nommèrent,

il n'y en eut pas un seul qui vous refusát ses (1) L'auteur parle de celle qui ne vient pas de la pru- suffrages. Il lui dit mille choses de cette nature. dence, et que les Grecs appeloient ironie. (La Bruyère.) Il affecte d'apercevoir le moindre duvet qui se Aristote désigne par ce mot cette dissimulation, à-la-fois sera attaché à votre habit, de le prendre, et modeste et adroite, des avantages qu'on a sur les autres, de le souffler à terre : si par hasard le vent a dont Socrate a fait un usage si heureux. (Voyez Moral. ad fait voler quelques petites pailles sur votre barbe Nicom., IV, 7.) Mais le maitre de Théophraste dit, en faisant l'énumération des vices opposés à la véracité, qu'on ou sur vos cheveux, il prend soin de vous les s'écarte de cette vertu, soit pour le seul plaisir de mentir, ôter; et vous souriant : Il est merveilleux,

ditsoit par jactance, soit par intérêt. C'est sur-tout cette der- il, combien vous êtes blanchi (2) depuis deux nière modification de la dissimulation qu'il me semble que jours que je ne vous ai pas vu. Et il ajoute : Theophraste a voulu caractériser ici; et ce ne peut être que faute d'un terme plus propre qu'il l'a appelée ironie. Voilà encore, pour un homme de votre âge, Les deux autres espèces sont peintes dans les Caractères assez de cheveux noirs. Si celui qu'il veut flat

[ocr errors]

et

NOTES.

ter prend la parole, il impose silence à tous | aperçoit quelque part le portrait du maître, où ceux qui se trouvent présents, et il les force d'ap- il soit extrêmement flatté, il est touché de voir prouver aveuglément tout ce qu'il avance (3); combien il lui ressemble, et il l'admire comme et , dès qu'il a cessé de parler, il se récrie : Cela un chef-d'oeuvre. En un mot, le flatteur ne dit est dit le mieux du monde, rien n'est plus heu- rien et ne fait rien au hasard ; mais il rapporte reusement rencontré. D'autres fois, s'il lui ar- toutes ses paroles et toutes ses actions au desrive de faire à quelqu'un une raillerie froide, sein qu'il a de plaire à quelqu'un, et d'acquérir il ne manque pas de lui applaudir, d'entrer ses bonnes graces. dans cette mauvaise plaisanterie; et quoiqu'il n'ait nulle envie de rire, il porte à sa bouche

NOTES. l'un des bouts de son manteau, comme s'il ne

(t) Édifice public qui servit depuis à Zénon et à ses pouvoit se contenir et qu'il voulůt s'empêcher disciples de rendez-vous pour leurs disputes : ils en furent d'éclater; et, s'il l'accompagne lorsqu'il marche appelés stoiciens; car stoa , mot grec, signifie portique. par la ville, il dit à ceux qu'il rencontre dans (La Bruyère.) Zénon est mort au plus tard au commenson chemin de s'arrêter jusqu'à ce qu'il soit cement de la cent trentième olympiade, après avoir enpassé (4). Il achète des fruits, et les porte chez seigné pendant cinquante-huit ans. Théophraste, qui a

vécu jusqu'à l'an 1 de la cent vingt-troisième olympiade, ce citoyen ; il les donne à ses enfants en sa pré- a donc vu naitre l'école du Portique trente ans avant sa sence, il les baise, il les caresse : Voilà, dit-il, mort, et c'est vraisemblablement à dessein qu'il a place ici de jolis enfants, et dignes d'un tel père. S'il le nom de cet édifice. On sait que Zénon a dit, au sujet sort de sa maison, il le suit; s'il entre dans une

des deux mille disciples de Théophraste, que le cheur de

ce philosophe étoit composé d'un plus grand nombre de boutique pour essayer des souliers, il lui dit : musiciens, mais qu'il y avoit plus d'accord et d'harmonie Votre pied est mieux fait que cela (5). Il l'ac- dans le sien : comparaison qui marque la rivalité de ces compagne ensuite chez ses amis, ou plutôt il deux écoles. entre le premier dans leur maison, et leur dit :

(2) « Allusion à la nuance que de petites pailles font Un tel me suit, et vient vous rendre visite ; et

« dans les cheveux. » Et un peu plus bas, « Il parle à un retournant sur ses pas : « Je vous ai annoncé, « jeune homme. » (La Bruyère.) Je croirois plutôt que le « dit-il, et l'on se fait un grand honneur de flatteur est censé s'adresser à un vieillard, et que la petite « vous recevoir. » Le flatteur se met à tout paille ne lui sert que d'occasion pour débiter un compli

ment outré, en faisant semblant de s'apercevoir pour la sans hésiter, se mêle des choses les plus viles, première fois des cheveux blancs de cet homme qui en a et qui ne conviennent qu'à des femmes (6). S'il la tête couverte. est invité à souper, il est le premier des conviés à louer le vin; assis à table le plus proche de saubon. D'après ce grand critique, au lieu de, « il les

(5) La Bruyère s'écarte ici de l'interprétation de Ca-' celui qui fait le repas, il lui répète souvent : En force, etc., o il faut traduire, « il le loue en face. » Cette vérité, vous faites une chère délicate (7); et version , et notamment la correction de Sylburgius , est montrant aux autres l'un des mets qu'il soulève confirmée par les manuscrits 1983, 2977 et 1916 de la Bidu plat : Cela s'appelle , dit-il, un morceau bliothèque du Roi. friand. Il a soin de lui demander s'il a froid,

(4) « Jusqu'à ce que Monsieur soit passé. » (Traduction s'il ne voudroit point une autre robe, et il s'em- de M. Coray.) presse de le mieux couvrir : il lui parle sans

(5) Le grec dit plus clairement, « Votre pied est mieux cesse à l'oreille; et, si quelqu'un de la compa

« fait que la chaussure. » gnie l'interroge, il lui répond négligemment et sans le regarder, n'ayant des yeux que pour un

(6) Il y a dans le gree, « Certes, il est même capable seul. Il ne faut pas croire qu'au théâtre il oublie

« de vous présenter, sans prendre haleine, ce qu'on vend

« au marché des femmes. » Selon Menandre, cité par d'arracher des carreaux des mains du valet qui Pollux (liv. X, segm. 18), ce qu'on appeloit le marché les distribue, pour les porter à sa place et l'y des femmes étoit l'endroit où l'on vendoit la poterie : et faire asseoir plus mollement (8). J'ai dû dire comme ce trait est distingué de tous les autres par la aussi qu'avant qu'il sorte de sa maison il en phrase, « Certes, il est mème capable , » il me paroit que

Théophraste reproche au flatteur, en termes couverts, ce loue l'architecture, se récrie sur toutes choses, qu'Épictète a dit plus clairement ( Arrien, liv. Ier, chap. II, dit que les jardins sont bien plantés ; et, s'il | tome ser, page 13 de l'édition de mon père), Matulam

præbet. Le verbe de la phrase grecque n'admet pas d'au-, fête des Mystères (4): il lui demande combien tre signification que celle de servir, présenter ; l'adverbe de colonnes soutiennent le théâtre de la musique j'ai rendu littéralement, sans prendre haleine , désigne ou la håte avec laquelle il rend ce service, ou l'effet que (5), quel est le quantième du mois : il lui d'une répugnance naturelle en pareil cas.

dit qu'il a eu la veille une indigestion; et, si cet

homme à qui il parle a la patience de l'écouter, (7) D'après. M. Coray, il faut traduire : « Il vous dit, il ne partira pas d'auprès de lui, il lui annoncera « En vérité, vous mangez sans appétit ; et il vous sert

comme une chose nouvelle que les Mystères (6) « ensuite un morceau choisi, en disant, Cela vous fera « du bien : » ce qui rappelle ces vers de Boileau dans la

se célèbrent dans le mois d'août, les Apatusatire du repas : « Qu'avez-vous donc, que vous ne man- ries (7) au mois d'octobre; et à la campagne, el gez point? » et « mangez sur ma parole. »

dans le mois de décembre, les Bacchanales 8).

Il n'y a, avec de si grands causeurs, qu'un parti (8) Ce n'étoit pas, comme La Bruyère paroît l'avoir cru, un valet attaché au théâtre qui distribuoit des cous

à prendre, qui est de fuir (9), si l'on veut du sins ; mais les riches les y faisoient porter par leurs escla- moins éviter la fièvre; car quel moyen de pouves. Ovide conseille aux amants la complaisance que Théo voir tenir contre des gens qui ne savent pas phraste semble reprocher aux flatteurs; il dit dans son

discerner ni votre loisir, ni le temps de vos afArt d'aimer : Fuit utile multis Pulvinum facili compo

faires ? suisse manu , etc.

NOTES. Le savant auteur du Voyage du jeune Anacharsis, qui Trous a rendus, pour ainsi dire, concitoyens de Théophraste , a emprunté, dans son chap. IX, plusieurs des termes abstraits. On auroit pu intituler ce chapitre

(1) Dans le grec, les noms des Caractères sont toujours traits de ce caractère pour faire le portrait du parasite de

du Babil, et traduire la définition plus littéralement : Philandre.

« Le babil est une profusion de discours longs et irré

« fléchis. » CHAPITRE III.

M. Barthélemy a inséré ce Caractère presque en entier

dans le vingt-huitième chapitre de son Voyage du jeune De l'impertinent, ou du diseur de riens. Anacharsis. La soite envie de discourir vient d'une habi- cette denrée étoit taxée, et il y avoit des inspecteurs par

(2) Le grec dit : « Sur le bas prix du blé. » A Athènes, tude qu’on a contractée de parler beaucoup et ticuliers pour en surveiller la vente. On peut voir à ce sujet sans réflexion (1). Un homme qui veut parler, le chap. si du Voyage du jeune Anacharsis , auquel je se trouvant assis proche d'une personne qu'il renverrai souvent le lecteur, parceque cet intéressant oun'a jamais vue et qu'il ne connoit point, entre vrage donne des éclaircissements suffisants aux gens du

monde, et fournit aux savants des citations pour des red'abord en matière, l'entretient de sa femme,

cherches ultérieures. et lui fait son éloge, lui conte son songe, lui fait un long détail d'un repas où il s'est trouvé, (3) Premières Bacchanales, qui se célébroient dans la sans oublier le moindre mets ni un seul service; ville. (La Bruyère.) La Bruyère appelle cette fête de Bacil s'échauffe ensuite dans la conversation, dé- chus la première , pour la distinguer de celle de la campa

gne, dont il sera question plus bas. Elle étoit appelée or clame contre le temps présent , et soutient que dinairement les grandes Dionysiaques , ou bien les Bacles hommes qui vivent présentement ne valent chanales par excellence ; car elle étoit beaucoup plus point leurs pères : de là il se jette sur ce qui se

brillante que celle de la campagne, où il n'y avoit point débite au marché, sur la cherté du blé (2), sur

d'étrangers, parcequ'elle étoit célébrée en hiver. (Voyez le grand nombre d'étrangers qui sont dans la chap. xxiv du Voyage du jeune Anacharsis.)

le scoliaste d’Aristophane ad Acharn., v. 201 et 503 , et le ville : il dit qu'au printemps, où commencent Pendant l'hiver, les vaisseaux des anciens étoient tirés à les Bacchanales (3), la mer devient navigable; terre et placés sous des hangars; on les lançoit de nouqu'un peu de pluie seroit utile aux biens de la veau à la mer, au printemps : Trahuntque siccas materre, et feroit espérer une bonne récolte ; qu'il saison , liv. 1, ode iv.

chince carinas, dit Horace en faisant le tableau de cette cultivera son champ l'année prochaine, et qu'il le mettra en valeur; que le siècle est dur, et (4) Les mystères de Cérés se célébroient la nuit, et il y qu'on a bien de la peine à vivre. Il apprend à avoit une émulation entre les Athéniens à qui apporteroit cet inconnu que c'est Damippe qui a fait brûler

une plus grande torche. (La Bruyère.) Ces torches étoient

allumées en mémoire de celles dont Cérès éclaira sa course la plus belle torche devant l'autel de Cérès à la nocturne en cherchant Proserpine ravie par Pluton. Pau

;

« PreviousContinue »