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protesterai-je avec d'horribles serments, que je ne sable. Je dis en effet ce que je dis, et nullement ce suis ni auteur ni complice de ces clefs qui courent; qu’on assure que j'ai voulu dire ; et je répouds enque je n'en ai donné aucune; que mes plus familiers core moins de ce qu'on me fait dire et que je ne dis amis savent que je les leur ai toutes refusées ; que point. Je nomme neltement les personnes que je les personnes les plus accréditées de la cour ont veux nommer, toujours dans la vue de louer leur désespéré d'avoir mon secret? N'est-ce pas la même vertu ou leur mérite : j'écris leurs noms en lettres chose que si je me tourmentois beaucoup à soutenir capitales, afin qu'on les voie de loin, et que le lecque je ne suis pas un malhonnête homme, un homme teur ne coure pas risque de les manquer. Si j'avois sans pudeur, sans meurs, sans conscience, tel enfin voulu mettre des noms véritables aux peintures que les gazeliers dont je viens de parler ont voulu moins obligeantes, je me serois épargné le travail me représenter dans leur libelle diffamatoire ? d'emprunter des noms de l'ancienne histoire, d'em

Mais d'ailleurs comment aurois-je donné ces sortes ployer des lettres initiales qui n'ont qu'une signifide clefs, si je n'ai pu moi-même les forger telles cation vaine et incertaine, de trouver enfin mille qu'elles sont , et que je les ai vues ? Etant presque tours et mille faux-fuyants pour dépayser ceux qui toutes différentes entre elles, quel moyen de les me lisent, et les dégoûter des applications. Voilà la faire servir à une même entrée , je veux dire à l'in- conduite que j'ai tenue dans la composition des Catelligence de mes remarques ? Nommant des per- ractères. sonnes de la cour et de la ville à qui je n'ai jamais Sur ce qui concerne la harangue, qui a paru parlé, que je ne connois point , peuvent-elles partir longue et ennuyeuse au chef des mécontents, je ne de moi, et ètre distribuées de ma main? Aurois-je sais en effet pourquoi j'ai tenté de faire de ce redonné celles qui se fabriquent à Romorantin, à Mor- merciement à l'Académie Françoise un discours oratagne et à Bellesme, dont les différentes applica-toire qui eût quelque force et quelque étendue : de tions sont à la baillive, à la femme de l'assesseur, zelés académiciens m'avoient déja frayé ce chemin; au président de l'élection, au prevôt de la mare- mais ils se sont trouvés en petit nombre, et leur zèle chaussée, et au prevôt de la collégiale? Les noms y pour l'honneur et pour la réputation de l'Académie sont fort bien marqués, mais ils ne m'aident pas da- n'a eu que peu d'imitateurs. Je pouvois suivre vantage à connoitre les personnes. Qu'on me per- l'exemple de ceux qui , postulant une place dans melte ici une vanité sur mon ouvrage; je suis cette compagnie sans avoir jamais rien écrit, quoipresque disposé à croire qu'il faut que mes pein- qu'ils sachent écrire , annoncent dédaigneusement, tures expriment bien l'homme en général, puis- la veille de leur réception, qu'ils n'ont que deux qu'elles ressemblent à tant de particuliers, et que mots à dire et qu'un moment à parler, quoique cachacun y croit voir ceux de sa ville ou de sa pro- pables de parler long-temps, et de parler bien. vince. J'ai peint à la vérité d'après nature, mais je J'ai pensé, au contraire, qu'ainsi que nul artisan n'ai pas toujours songé à peindre celui-ci ou celle n'est agrégé à aucune société ni n'a ses lettres de là dans mon livre de mæurs. Je ne me suis point maitrise sans faire son chef-d'æuvre; de même, et loué au public pour faire des portraits qui ne fussent avec encore plus de bienséance, un homme associé que vrais et ressemblants, de peur que quelquefois à un corps qui ne s'est soutenu et ne peut jamais se ils ne fussent pas croyables et ne parussent feints soutenir que par l'éloquence, 'se trouvoit engagé à ou imaginés. Me rendant plus difficile, je suis allé faire en y entrant un effort en ce genre, qui le fit plus loin : j'ai pris un trait d'un côté et un trait d'un aux yeux de tous paroitre digne du choix dont il autre; et de ces divers traits, qui pouvoient convenir venoit de l’honorer. Il me sembloit encore que, à une même personne, j'en ai fait des peintures puisque l'éloquence profane ne paroissoit plus révraisemblables , cherchant moins à réjouir les lec-gner au barreau, d'où elle a été bannie par la néteurs par le caractère , ou, comme le disent les mécessité de l'expédition , et qu'elle ne devoit plus être contents, par la satire de quelqu'un, qu'à leur pro- admise dans la chaire , où elle n'a été que trop soufposer des défauts à éviter, et des modèles à suivre. ferte, le seul asile qui pouvoit lui rester étoit l'Aca

Il me semble donc que je dois être moins blâme démie Françoise; et qu'il n'y avoit rien de plus naque plaint de ceux qui par hasard verroient leurs turel, ni qui pût rendre cette compagnie plus célèbre, noms écrits dans ces insolentes listes que je désa- que si , au sujet des réceptions de nouveaux acadévoue et que je condamne autant qu'elles le méritent. miciens, elle savoit quelquefois attirer la cour et la J'ose même attendre d'eux cette justice, que, sans ville à ses assemblées, par la curiosité d'y entendre s'arrêter à un auteur moral qui n'a eu nulle inten- des pièces d'éloquence d'une juste étendue, faites tion de les offenser par son ouvrage, ils passeront de main de maitre, et dont la profession est d'exjusqu'aux interprètes , dont la noirceur est inexcu- celler dans la science de la parole.

Si je n'ai pas atteint mon but, qui étoit de pro- auteurs de la gazette que j'ai cités avoient fait servir noncer un discours éloquent, il me paroit du moins les louanges qu'il leur avoit plu de lui donner à un que je me suis disculpe de l'avoir fait trop long de dessein formé de médire de moi, de mon discours quelques minutes : car si d'ailleurs Paris, à qui on et de mes Caractères ; et il me fit sur cette satire l'avoit promis mauvais, satirique et insensé, s'est injurieuse des explications et des excuses qu'il ne plaint qu'on lui avoit manqué de parole; si Marly, me devoit point. Si donc on vouloit inférer, de où la curiosité de l'entendre s'étoit répandue, n'a cette conduite des Théobaldes, qu'ils ont cru fauspoint retenti d'applaudissements que la cour ait don- sement avoir besoin de comparaisons et d'une hanés à la critique qu'on en avoit faite; s'il a su fran- rangue folle et décriée pour relever celle de mon chir Chantilly, écueil des mauvais ouvrages; si collègue, ils doivent répondre, pour se laver de ce l'Académie Françoise, à qui j'avois appelé comme soupçon qui les déshonore , qu'ils ne sont ni courtiau juge souverain de ces sortes de pièces, étant as sans, ni dévoués à la faveur, ni intéressés, ni adusemblée extraordinairement, a adopté celle-ci, l’a | lateurs ; qu'au contraire ils sont sincères, et qu'ils fait imprimer par son libraire , l'a mise dans ses ar ont dit naivement ce qu'ils pensoient du plan, du chives; si elle n'étoit pas en effet composée d'un style, et des expressions de mon remerciement à style affecté, dur et interrompu, ni chargée de louan- l'Académie Françoise. Mais on ne manquera pas ges fades et outrées, telles qu'on les lit dans les pro- d'insister, et de leur dire que le jugement de la cour logues d'opéras, et dans tant d'épitres dedicatoires; et de la ville, des grands et du peuple , lui a été fail ne faut plus s'étonner qu'elle ait ennuyé Théo- vorable. Qu'importe? ils répliqueront avec confiance balde. Je vois les temps, le public me permettra de que le public a son goût , et qu'ils ont le leur : réle dire, où ce ne sera pas assez de l'approbation ponse qui ferme la bouche et qui termine tout difqu'il aura donnée à un ouvrage pour en faire la ré- férend. Il est vrai qu'elle n'éloigne de plus en plus putation; et que, pour y mettre le dernier sceau, il de vouloir leur plaire par aucun de mes écrits; car, sera nécessaire que de certaines gens le désapprou- si j'ai un peu de santé avec quelques années de vie, vent, qu'ils y aient bâillé.

je n'aurai plus d'autre ambition que celle de rendre, Car voudroient-ils, présentement qu'ils ont re par des soins assidus et par de bons conseils, mes connu que cette harangue a moins mal réussi dans ouvrages tels, qu'ils puissent toujours partager les le public qu'ils ne l'avoient espéré, qu'ils savent que Theobaldes et le public. deux libraires ont plaidé ' à qui l'imprimeroit; voudroient-ils désavouer leur goût et le jugement qu'ils en ont porté dans les premiers jours qu'elle fut pro

DISCOURS. noncée ? Me permettroient-ils de publier seulement de soupçonner une tout autre raison de l'âpre

MESSIEURS, censure qu'ils en firent, que la persuasion où ils éloient qu'elle la méritoit? On sait que cet homme,

Il seroit difficile d'avoir l'honneur de se troud'un nom et d'un mérite si distingués , avec qui j'eus

ver au milieu de vous, d'avoir devant ses yeux sollicité, persécuté de consentir à l'impression de sa l'Académie Françoise, d'avoir lu l'histoire de harangue par ceux mêmes qui vouloient supprimer

son établissement, sans penser d'abord à celui la mienne et en éteindre la mémoire, leur résista à qui elle en est redevable, et sans se persuader toujours avec fermelé. Il leur dit « qu'il ne pouvoit qu'il n'y a rien de plus naturel, et qui doive « ni ne devoit approuver une distinction si odieuse moins vous déplaire, que d'entamer ce tissu de a qu'ils vouloient faire entre lui et moi; que la pré- louanges qu'exigent le devoir et la coutume, « férence qu'ils donnoient à son discours avec cette par quelques traits où ce grand cardinal soit « affectation et cet empressement qu'ils lui mar

reconnoissable, et qui en renouvellent la mé« quoient , bien loin de l'obliger, comme ils pou moire. « voientlecroire, lui faisoit au contraire une véritable

Ce n'est point un personnage qu'il soit facile « peine; que deux discours également innocents, « prononcés dans le même jour, devoient être im de rendre ni d'exprimer par de belles paroles « primés dans le même temps. » Il s'expliqua en

ou par de riches figures, par ces discours moins suite obligeamment en public et en particulier sur faits pour relever le mérite de celui que l'on le violent chagrin qu'il ressentoit de ce que les deux veut peindre, que pour montrer tout le feu et

toute la vivacité de l'orateur. Suivez le règne L'instance étoit aux requêtes de l'Hotel. (La Bruyère.) de Louis-le-Juste : c'est la vie du cardinal de

Richelieu , c'est son éloge et celui du prince privileges, qu'il leur destinoit des pensions, qui l'a mis en @uvre. Que pourrois-je ajouter qu'il les a réunis en une compagnie célèbre, à des faits encore récents et si mémorables ? qu'il en a fait l'Académie Françoise. Oui, homOuvrez son Testament politique, digérez cet mes riches et ambitieux, contempteurs de la ouvrage : c'est la peinture de son esprit; son vertu et de toute association qui ne roule pas ame tout entière s'y développe ; l'on y dé- sur les établissements et sur l'intérêt, celle-ci couvre le secret de sa conduite et de ses ac est une des pensées de ce grand ministre, né tions; l'on y trouve la source et la vraisem- homme d'état, dévoué à l'état; esprit solide, blance de tant et de si grands évènements qui éminent, capable dans ce qu'il faisoit des motifs ont paru sous son administration : l'on y voit les plus relevés et qui tendoient au bien public sans peine qu'un homme qui pense si virile- comme à la gloire de la monarchie ; incapable ment et si juste a pu agir sûrement et avec de concevoir jamais rien qui ne fût digne de lui, succès, et que celui qui a achevé de si grandes du prince qu'il servoit, de la France à qui il choses, ou n'a jamais écrit; ou a dů écrire avoit consacré ses méditations et ses veilles. comme il a fait.

Il savoit quelle est la force et l'utilité de l'eGénie fort et supérieur, il a su tout le fond loquence, la puissance de la parole qui aide la et tout le mystère du gouvernement ; il a connu raison et la fait valoir, qui insinue aux hommes le beau et le sublime du ministère; il a respecté la justice et la probité, qui porte dans le coeur l'étranger, ménagé les couronnes, connu le du soldat l'intrépidité et l'audace, qui calme les poids de leur alliance; il a opposé des alliés à émotions populaires, qui excite à leurs devoirs des ennemis ; il a veillé aux intérêts du dehors, les compagnies entières, ou la multitude : il à ceux du dedans, il n'a oublié que les siens : n'ignoroit pas quels sont les fruits de l'histoire une vie laborieuse et languissante, souvent ex- et de la poésie, quelle est la nécessité de la posée, a été le prix d'une si baute vertu. Dé- grammaire, la base et le fondement des autres positaire des trésors de son maître, comblé de sciences; et que, pour conduire ces choses à ses bienfaits, ordonnateur, dispensateur de ses un degré de perfection qui les rendit avantafinances, on ne sauroit dire qu'il est mort riche. geuses à la république, il falloit dresser le plan

Le croiroit-on , messieurs ? cette ame sérieuse d'une compagnie où la vertu seule fût admise, et austère, formidable aux ennemis de l'état, le mérite place, l'esprit et le savoir rassemblés inexorable aux factieux, plongée dans la négo- par des suffrages : n'allons pas plus loin, voilà, ciation, occupée tantôt à affoiblir le parti de messieurs, vos principes et votre règle, dont l'hérésie, tantôt à déconcerter une ligue, et je ne suis qu'une exception. You tantôt à méditer une conquête, a trouvé le loi Rappelez en votre mémoire, la comparaison sir d'être savante, a goûté les belles lettres et ne vous sera pas injurieuse, rappelez ce grand ceux qui en faisoient profession. Comparez et premier concile où les Pères qui le compovous, si vous l'osez, au grand Richelieu , hom- soient étoient remarquables chacun par quelmes dévoués à la fortune, qui, par le succès ques. membres mutilés, ou par les cicatrices de vos affaires particulières, vous jugez dignes qui leur étoient restées des fureurs de la perque l'on vous, confie les affaires publiques ; qui sécution : ils sembloient tenir de leurs plaies le vous donnez pour des génies heureux et pour droit de s'asseoir dans cette assemblée générale de bonnes tėtes ; qui dites que vous ne savez de toute l'Église : il n'y avoit aucun de vos ilrien; que vous n'avez jamais lu, que vous ne lustres prédécesseurs qu'on ne s'empressât de lirez point, ou pour marquer l'inutilité des voir, qu'on ne montrât dans les places, qu'on sciences, ou pour paroître ne devoir rien aux ne désigpåt par quelque ouvrage fameux qui autres, mais puiser tout de votre fonds; appre- lui avoit fait un grand nom, et qui lui donnoit nez que le cardinal de Richelieu, a su, qu'il a lu; rang dans cette Académie naissante qu'ils avoient je ne dis pas qu'il n'a point eu d'éloignement comme fondée : tels étoient ces grands artisans pour les gens de lettres, mais qu'il les a aimés, de la parole, ces premiers maîtres de l'élocaressés, favorisés ; qu'il leur a ménagé des quence françoise; tels vous êtes, messieurs,

qui ne cédez ni en savoir ni en mérite à nul de tume à en voir faire la comparaison : quelques ceux qui vous ont précédés.

uns ne souffrent pas que Corneille, le grand L'un", aussi correct dans sa langue que s'il Corneille, lui soit préféré; quelques autres, l'avoit apprise par règles et par principes, aussi qu'il lui soit égalé : ils en appellent à l'autre élégant dans les langues étrangères que si elles siècle, ils attendent la fin de quelques vieillards lui étoient naturelles, en quelque idiome qu'il qui, touchés indifféremment de tout ce qui rapcompose, semble toujours parler celui de son pelle leurs premières années, n'aiment peut-être pays : il a entrepris, il a fini une pénible tra- dans OE dipe que le souvenir de leur jeunesse. duction que le plus bel esprit pourroit avouer, Que dirai-je de ce personnage qui a fait et que le plus pieux personnage devroit desirer parler si long-temps une envieuse critique et qui d'avoir faite.

l'a fait taire; qu’on admire malgré soi, qui L'autre fait revivre Virgile parmi nous, accable par le grand nombre et par l'éminence transmet dans notre langue les graces et les ri- de ses talents ? orateur, historien, théologien, chesses de la latine, fait des romans qui ont une philosophe, d'une rare érudition, d'une plus fin, en bannit le prolixe et l'incroyable pour y rare éloquence, soit dans ses entretiens, soit substituer le vraisemblable et le naturel. dans ses écrits, soit dans la chaire; un défen

Un autre 3, plus égal que Marot et plus poëte seur de la religion, une lumière de l'Église ! que Voiture, a le jeu, le tour et la naïveté de Parlons d'avance le langage de la postérité, un tous les deux ; il instruit en badinant , persuade Père de l'Église! Que n'est-il point? nommez, aux hommes la vertu par l'organe. des bêtes; messieurs, une vertu qui ne soit point la sienne. élève les petits sujets jusqu'au sublime : homme Toucherai-je aussi votre dernier choix si diunique dans son genre d'écrire; toujours origi- gne de vous a ? Quelles choses vous furent dites nal, soit qu'il invente, soit qu'il traduise; qui dans la place où je me trouve! je m'en souviens; a été au-delà de ses modèles , modèle lui-même et, après ce que vous avez entendu, comment osédifficile à imiter.

je parler? comment daignez-vous m'entendre? Celui-ci 4 passe Juvénal, atteint Horace, sem- Avouons-le, on sent la force et l'ascendant de ble créer les pensées d'autrui , et se rendre pro- ce rare esprit, soit qu'il prêche de génie et sans pre tout ce qu'il manie; il a , dans ce qu'il em- préparation, soit qu'il prononce un discours prunte des autres, toutes les graces de la étudié et oratoire, soit qu'il explique ses pennouveauté et tout le mérite de l'invention : ses sées dans la conversation : toujours maître de vers forts et harmonieux, faits de génie, quoi- l'oreille et du coeur de ceux qui l'écoulent, il ne que travaillés avec art, pleins de traits et de leur permet pas d'envier ni tant d'élévation, ni poésie, seront lus encore quand la langue aura tant de facilité, de délicatesse, de politesse : on vieilli, en seront les derniers débris : on y re-est assez heureux de l'entendre, de sentir ce marque une critique sûre, judicieuse, et inno- qu'il dit, et comme il le dit; on doit être content cente, s'il est permis du moins de dire de ce de soi si l'on emporte ses réflexions, et si l'on en qui est mauvais qu'il est mauvais.

profite. Quelle grande acquisition avez-vous faite Cet autre 5 vient après un homme loué, ap- en cet homme illustre! à qui m'associez-vous ! plaudi, admiré, dont les vers volent en tous Je voudrois , messieurs, moins pressé par le lieux et passent en proverbe; qui prime, qui temps et par les bienséances qui mettent des règne sur la scène; qui s'est emparé de tout le bornes à ce discours, pouvoir louer chacun de théâtre : il ne l'en dépossède pas, il est vrai; ceux qui composent cette Académie par des mais il s'y établit avec lui; le monde s'accou- endroits encore plus marqués et par de plus vives

expressions. Toutes les sortes de talents que * L'abbé de Choisy, qui a fait une traduction de l'IMITATION l'on voit répandus parmi les hommes se trouvent 2 Segrais, traducteur des GÉORGIQUES et de l'ÉNÉIDE de Vir partagées entre vous. Veut-on de diserts oragile, et auteur présumé de Zaide et de la PRINCESSE DE CLÈ- teurs, qui aient semé dans la chaire toutes les VES. qu'on a su depuis ètre de madame de La Fayette.

3 La Fontaine, 5 Racine.

DE JÉSUS-CHRIST.

4 Boileau.

· Bossuet.

? Fénelon.

fleurs de l'éloquence, qui, avec une saine mo Mais avec qui daignez-vous aujourd'hui me rale, aient employé tous les tours et toutes les recevoir ? après qui vous fais-je ce public refinesses de la langue, qui plaisent par un beau merciement ? Il ne doit pas néanmoins, cet choix de paroles, qui fassent aimer les solennités, homme si louable et si modeste, apprébender les temples , qui y fassent courir? qu'on ne les que je le loue : si proche de moi, il auroit autant cherche pas ailleurs; ils sont parmi vous. Admi- de facilité que de disposition à m'interrompre. re-t-on une vaste et profonde littérature qui Je vous demanderai plus volontiers, à qui me aille fouiller dans les archives de l'antiquité faites-vous succéder? à un homme QUI AVOIT DE pour en retirer des choses ensevelies dans l'ou- LA VERTU. bli, échappées aux esprits les plus curieux, Quelquefois, messieurs, il arrive que ceux ignorées des autres hommes; une mémoire, une qui vous doivent les louanges des illustres morts méthode, une précision à ne pouvoir, dans ces dont ils remplissent la place, hésitent, partagés recherches, s'égarer d'une seule année, quel entre plusieurs choses qui méritent également quefois d'un seul jour sur tant de siècles : cette qu'on les relève : vous aviez choisi en M. l'abbé doctrine admirable, vous la possédez; elle est de La Chambre un homme si pieux, si tendre, du moins en quelques uns de ceux qui forment si charitable, si louable par le coeur, qui avoit cette savante assemblée. Si l'on est curieux du des moeurs si sages et si chrétiennes , qui étoit don des langues joint au double talent de savoir si touché de religion, si attaché à ses devoirs, avec exactitude les choses anciennes, et de nar- qu'une de ses moindres qualités étoit de bien rer celles qui sont nouvelles avec autant de sim- écrire : de solides vertus, qu'on voudroit céléplicité que de vérité, des qualités si rares ne brer, font passer légèrement sur son érudition vous manquent pas et sont réunies en un même ou sur son éloquence; on estime encore plus sa sujet. Si l'on cherche des hommes habiles, vie et sa conduite que ses ouvrages. Je préfèrepleins d'esprit et d'expérience, qui, par le pri- rois en effet de prononcer le discours funèbre vilége de leurs emplois, fassent parler le prince de celui à qui je succède, plutôt que de me boravec dignité et avec justesse ; d'autres qui pla- ner à un simple éloge de son esprit. Le mérite cent heureusement et avec succès dans les négo- en lui n'étoit pas une chose acquise, mais un ciations les plus délicates les talents qu'ils ont patrimoine, un bien héréditaire ; si du moins il de bien parler et de bien écrire ; d'autres encore en faut juger par le choix de celui qui avoit livré qui prêtent leurs soins et leur vigilance aux af- son cour, sa confiance, toute sa personne, à faires publiques, après les avoir employés aux cette famille, qui l'avoit rendue comme votre judiciaires, toujours avec une égale réputation: alliée, puisqu'on peut dire qu'il l'avoit adoptée tous se trouvent au milieu de vous, et je souffre et qu'il l'avoit mise avec l'Académie Françoise à ne les pas nommer.

sous sa protection. Si vous aimez le savoir joint à l'éloquence, Je parle du chancelier Séguier : on s'en souvous n'attendrez pas long-temps; réservez seu- vient comme de l'un des plus grands magistrats lement toute votre altention pour celui qui par- que la France ait nourris depuis ses commencelera après moi". Que vous manque-t-il enfin? ments; il a laissé à douter en quoi il excelloit vous avez des écrivains habiles en l’une et en l'au- davantage, ou dans les belles-lettres, ou dans tre oraison ; des poëtes en tout genre de poé- les affaires ; il est vrai du moins, et on en consies, soit morales, soit chrétiennes, soit héroi- vient, qu'il surpassoit en l'un et en l'autre tous ques, soit galantes et enjouées ; des imitateurs ceux de son temps : homme grave et familier, des anciens ; des critiques austères ; des esprits profond dans les délibérations, quoique doux fins, délicats, subtils, ingénieux, propres à et facile dans le commerce, il a eu naturellebriller dans les conversations et dans les cercles. ment ce que tant d'autres veulent avoir et ne se Encore une fois, à quels hommes, à quels donnent pas, ce qu'on n'a point par l'étude et grands sujets m'associez-vous !

par l'affectation, par les mots graves ou sen

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