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« tout indigne de leur choix qu'on se reconnoit, on et d'écrire ce qu'il pense, l'art de lier ses pensées et « s'efforcera de s'en rendre digne : » cent autres de faire des transitions ! formules de pareils compliments sont-elles si rares Ils firent plus : violant les lois de l'Académie et si peu connues que je n'eusse pu les trouver, les Françoise , qui défendent aux académiciens d'écrire placer, et en mériter des applaudissements? ou de faire écrire contre leurs confrères, ils lâchè

Parce donc que j'ai cru que, quoique l'envie et rent sur moi deux auteurs associés à une même gal'injustice publient de l'Académie Françoise , quoi zette': ils les animèrent , non pas à publier contre qu'elles veuillent dire de son âge d'or et de sa déca- moi une satire tine et ingénieuse, ouvrage trop audence, elle n'a jamais, depuis son établissement, dessous des uns et des autres, « facile à manier, et rassemblé un si grand nombre de personnages il- « dont les moindres esprits se trouvent capables ; lustres par toutes sortes de talents et en tout genre mais à me dire de ces injures grossières et persond'érudition qu'il est facile aujourd'hui d'y en re- nelles, si difficiles à rencontrer, si pénibles à promarquer, et que dans cette prévention où je suis je noncer ou à écrire, surtout à des gens à qui je veux n'ai pas espéré que cette compagnie pût être une croire qu'il reste encore quelque pudeur et quelque autre fois plus belle à peindre, ni prisc dans un jour soin de leur réputation. plus favorable , et que je me suis servi de l'occasion, Et en vérité je ne doute point que le public ne soit ai-je rien fait qui doive m'attirer les moindres re-enfin étourdi et fatigué d'entendre depuis quelques proches ? Cicéron a pu louer impunément Brutus, années de vieux corbeaux croasser autour de ceux César, Pompée, Marcellus , qui étoient vivants, qui qui, d'un vol libre et d'une plume légère, se sont étoient présents; il les a loués plusieurs fois ; il les a élevés à quelque gloire par leurs écrits. Ces oiseaux loués seuls, dans le sénat, souvent en présence de lugubres semblent, par leurs cris continuels, leur leurs ennemis, toujours devant une compagnie ja- vouloir imputer le décri universel où tombe néceslouse de leur mérite , et qui avoit bien d'autres dé- sairement lout ce qu'ils exposent au grand jour de licatesses de politique sur la vertu des grands hom- l'impression; comme si on étoit cause qu'ils manmes que n'en sauroit avoir l'Académie Françoise. quent de force et d'haleine, ou qu'on dût être resJ'ai loué les académiciens , je les ai loués tous, et ponsable de cette médiocrité répandue sur leurs ce n'a pas été impunément : que me seroit-il arrivé ouvrages. S'il s'imprime un livre de mæurs assez si je les avois blâmés tous ?

mal digéré pour tomber de soi-même et ne pas ex« Je viens d'entendre, a dit Theobalde, une grande citer leur jalousie, ils le louent volontiers, et plus « vilaine harangue qui m'a fait bâiller vingt fois, et volontiers encore ils n'en parlent point; mais s'il a qui m'a ennuyé à la mort. » Voilà ce qu'il a dit, est tel que le monde en parle , ils l'attaquent avec et voilà ensuite ce qu'il a fait, lui et peu d'autres furie : prose, vers, tout est sujet à leur censure, qui ont cru devoir entrer dans les mêmes intérêts. tout est en proie à une haine implacable qu'ils ont Ils partirent pour la cour le lendemain de la pro- conçue contre ce qui ose paroître dans quelque pernonciation de ma harangue, ils allèrent de maisons fection, et avec les signes d'une approbation puen maisons , ils dirent aux personnes auprès de qui blique. On ne sait plus quelle morale leur fournir ils ont accès, que je leur avois balbutié la veille un qui leur agrée; il faudra leur rendre celle de La discours où il n'y avoit ni style ni sens commun, Serre ou de Desmarets, et , s'ils en sont crus, qui étoit rempli d'extravagances, et une vraie satire. venir au Pédagogue chrétien et à la Cour sainte. Revenus à Paris, ils se cantonnèrent en divers quar- Il paroît une nouvelle satire écrite contre les vices tiers, où ils répandirent tant de venin contre moi, en général, qui d'un vers fort et d'un style d'airain s'acharnèrent si fort à diffamer cette harangue, soit enfonce ses traits contre l'avarice, l'excès du jeu, dans leurs conversations , soit dans les lettres qu'ils la chicane, la mollesse, l'ordure et l'hypocrisie, écrivirent à leurs amis dans les provinces, en dirent où personne n'est nommé ni désigné, où nulle femme tant de mal, et le persuadèrent si fortement à qui vertueuse ne peut ni ne doit se reconnoitre; un ne l'avoit pas entendue , qu'ils crurent pouvoir in- Bourdaloue en chaire ne fait point de peintures du sinuer au public, ou que les Caractères faits de la crime ni plus vives ni plus innocentes : il n'importe, même main étoient mauvais, ou que, s'ils étoient c'est médisance , c'est calomnie : voilà depuis quelbons, je n'en étois pas l'auteur; mais qu'une femme que temps leur unique ton, celui qu'ils emploient de mes amis m'avoit fourni ce qu'il y avoit de plus contre les ouvrages de meurs qui réussissent; ils y supportable. Ils prononcèrent aussi que je n'étois prennent tout littéralement, ils les lisent comme une pas capable de ire rien de suivi, pas même la histoire, ils n'y entendent ni la poésie ni la figure, moindre préface : tant ils estimoient impraticable à un homme même qui est dans l'habitude de penser, 1 MERCURE GALANT. (La Bruyère.)

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ainsi Ils les condamnent : ils y trouvent des endroits | Voilà ceux qui, par délicatesse de coriscience, ne foibles; il y en a dans Homère, dans Pindare, dans souffrent qu'impatiemment qu'en ménageant les parVirgile, et dans Horace; où n'y en a-t-il point? si ticuliers avec toutes les précautions que la prudence ce n'est peut-être dans leurs écrits. Bernin n'a pas peut suggérer, j'essaie dans mon livre des meurs de manié le marbre, ni traité toutes ses figures d'une décrier, s'il est possible, tous les vices du cæur et égale force; mais on ne laisse pas de voir, dans ce de l'esprit , de rendre l'homme raisonnable et plus qu'il a moins heureusement rencontré, de certains proche de devenir chrélien. Tels ont été les Théotraits si achevés tout proche de quelques autres qui baldes, ou ceux du moins qui travaillent sous eux et le sont moins, qu'ils découvrent aisément l'excel dans leur atelier. lence de l'ouvrier : si c'est un cheval, les crins sont Ils sont encore allés plus loin; car, palliant d'une tournés d'une main hardie , ils voltigent et semblent politique zélée le chagrin de ne se sentir pas à leur être le jouet du vent; l'æil est ardent, les naseaux gré si bien loués et si long-temps que chacun des soufflent le feu et la vie; un ciseau de maitre s'y re- autres académiciens, ils ont osé faire des applicatrouve en mille endroits ; il n'est pas donné à ses tions délicates et dangereuses de l'endroit de ma hacopistes ni à ses envieux d'arriver à de telles fautes rangue où , m'exposant seul à prendre le parti de par leurs chefs-d'æuvre; l'on voit bien que c'est toute la littérature contre leurs plus irréconciliables quelque chose de manqué par un habile homme, et ennemis, gens pécunieux, que l'excès d'argent, ou une faute de Praxitele.

qu'une fortune faite par de certaines voies, jointe à Mais qui sont ceux qui, si tendres et si scrupu- la faveur des grands qu'elle leur attire nécessaireleux, ne peuvent même supporter que, sans blesser ment, mène jusqu'à une froide insolence, je leur et sans nommer les vicieux, on se déclare contre le fais à la vérité à tous une vive apostrophe , mais qu'il vice? sout-ce des chartreux et des solitaires ? sont-ce n'est pas permis de détourner de dessus eux pour la les jésuites , hommes pieux et éclairés ? sont-ce ces rejeter sur un seul, et sur tout autre. hommes religieux qui habitent en France les cloitres Ainsi en usent à mon égard, excités peut-être par et les abbayes ? Tous au contraire lisent ces sortes les Theobaldes, ceux qui, se persuadant qu'un aud'ouvrages, et en particulier, et en public, à leurs teur écrit senlement pour les amuser par la satire, récréations; ils en inspirent la lecture à leurs pen- et point du tout pour les instruire par une saine sionnaires, à leurs élèves ; ils en dépeuplent les bou- morale , au lieu de prendre pour eux et de faire sertiques, ils les conservent dans leurs bibliothèques : vir à la correction de leurs mæurs les divers traits n'ont-ils pas les premiers reconnu le plan et l'éco- qui sont semés dans un ouvrage , s'appliquent à dénomie du livre des Caractères ? n'ont-ils pas observécouvrir, s'ils le peuvent, quels de leurs amis ou de que de seize chapitres qui le composent il y en a leurs ennemis ces trails peuvent regarder, négliquinze qui, s'attachant à découvrir le faux et le ri- gent dans un livre tout ce qui n'est que remarques dicule qui se rencontrent dans les objets des pas- solides ou sérieuses réflexions, quoiqu'en si grand sions et des attachements humains, ne tendent qu'à nombre qu'elles le composent presque tout entier, ruiner tous les obstacles qui affoiblissent d'abord , pour ne s'arrêter qu'aux peintures ou aux caracet qui éteignent ensuite dans tous les hommes la tères; et après les avoir expliqués à leur manière, connoissance de Dieu; qu'ainsi ils ne sont que des

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et en avoir cru trouver les originaux, donnent au préparations au seizième et dernier chapitre, où l'a- public de longues listes, ou, comme ils les appelthéisme est attaqué et peut-être confondu , où les lent, des clefs, fausses clefs, et qui leur sont aussi preuves de Dieu , une partie du moins de celles que inutiles qu'elles sont injurieuses aux personnes dont les foibles hommes sont capables de recevoir dans les noms s'y voient déchiffrés, et à l'écrivain qui leur esprit, sont apportées, où la providence de en est la cause, quoique innocente.

des libertins? Qui sont donc ceux qui osent répéter préface contre toutes ces interprétations, que quelcontre un ouvrage si sérieux et si utile ce continuel

que connoissance que j'ai des hommes m'avoit fait refrain : « C'est médisance, c'est calomnie ? » Il faut prévoir, jusqu'à hésiter quelque temps si je devois les nommer : ce sont des poëtes. Mais quels poëtes ? rendre mon livre public, et à balancer entre le desir Des auteurs d'hymnes sacrées ou des traducteurs de d'être utile à ma patrie par mes écrits , et la crainte psaumes, des Godeau ou des Corneille ? Non, mais de fournir à quelques uns de quoi exercer leur mades faiseurs de stances et d'élégies amoureuses, de lignité. Mais , puisque j'ai eu la foiblesse de publier ces beaux esprits qui tournent un sonnet sur une ab- ces Caractères, quelle digue élèverai-je contre ce sence ou sur un retour, qui font une épigramme sur déluge d'explications qui inonde la ville, et qui bienune belle gorge , et un madrigal sur une jouissance. tot va gagner la cour? Dirai-je sérieusement, et protesterai-je avec d'horribles serments, que je ne sable. Je dis en effet ce que je dis, et nullement ce suis ni auteur ni complice de ces clefs qui courent; qu’on assure que j'ai voulu dire; et je répouds enque je n'en ai donné aucune; que mes plus familiers core moins de ce qu'on me fait dire et que je ne dis amis savent que je les leur ai toutes refusées ; que point. Je nomme neltement les personnes que je les personnes les plus accréditées de la cour ont veux nommer, toujours dans la vue de louer leur désespéré d'avoir mon secret? N'est-ce pas la même vertu ou leur mérite : j'écris leurs noms en lettres chose que si je me tourmentois beaucoup à soutenir capitales, afin qu'on les voie de loin, et que le lecque je ne suis pas un malhonnête homme, un homme teur ne coure pas risque de les manquer. Si j'avois sans pudeur, sans meurs, sans conscience, tel enfin voulu mettre des noms véritables aux peintures que les gazeliers dont je viens de parler ont voulu moins obligeantes, je me serois épargné le travail me représenter dans leur libelle diffamatoire? d'emprunter des noms de l'ancienne histoire, d'em

Mais d'ailleurs comment aurois-je donné ces sortes ployer des lettres initiales qui n'ont qu'une signifide clefs, si je n'ai pu moi-même les forger telles cation vaine et incertaine, de trouver enfin mille qu'elles sont, et que je les ai vues ? Etant presque tours et mille faux-fuyants pour dépayser ceux qui toutes différentes entre elles, quel moyen de les me lisent, et les dégoûter des applications. Voilà la faire servir à une même entrée , je veux dire à l'in- conduite que j'ai tenue dans la composition des Catelligence de mes remarques ? Nommant des per- ractères. sonnes de la cour et de la ville à qui je n'ai jamais Sur ce qui concerne la harangue, qui a paru parlé, que je ne connois point , peuvent-elles partir longue et ennuyeuse au chef des mécontents, je ne de moi, et ètre distribuées de ma main? Aurois-je sais en effet pourquoi j'ai tenté de faire de ce redonné celles qui se fabriquent à Romorantin, à Mor- merciement à l'Académie Françoise un discours oratagne et à Bellesme, dont les différentes applica-toire qui eût quelque force et quelque étendue : de tions sont à la baillive, à la femme de l'assesseur, zélés académiciens m'avoient déja frayé ce chemin; au président de l'élection, au prevôt de la maré mais ils se sont trouvés en petit nombre, et leur zèle chaussée, et au prevôt de la collégiale? Les noms y pour l'honneur et pour la réputation de l'Académie sont fort bien marqués, mais ils ne m'aident pas da- n'a eu que peu d'imitateurs. Je pouvois suivre vantage à connoitre les personnes. Qu'on me per- l'exemple de ceux qui , postulant une place dans melte ici une vanité sur mon ouvrage; je suis cette compagnie sans avoir jamais rien écrit, quoipresque disposé à croire qu'il faut que mes pein- qu'ils sachent écrire, annoncent dédaigneusement, tures expriment bien l'homme en général, puis- la veille de leur réception, qu'ils n'ont que deux qu'elles ressemblent à tant de particuliers, et que mols à dire et qu’un moment à parler, quoique cachacun y croit voir ceux de sa ville ou de sa pro- pables de parler long-temps, el de parler bien. vince. J'ai peint à la vérité d'après nature, mais je J'ai pensé, au contraire, qu'ainsi que nul artisan n'ai pas toujours songé à peindre celui-ci ou celle n'est agrégé à aucune société ni n'a ses lettres de là dans mon livre de mæurs. Je ne me suis point maitrise sans faire son chef-d'æuvre; de même, et loué au public pour faire des portraits qui ne fussent avec encore plus de bienséance, un homme associé que vrais et ressemblants, de peur que quelquefois à un corps qui ne s'est soutenu et ne peut jamais se ils ne fussent pas croyables et ne parussent feints soutenir que par l'éloquence, se trouvoit engagé à ou imaginés. Me rendant plus difficile, je suis allé faire en y entrant un effort en ce genre, qui le fit plus loin : j'ai pris un trait d'un côté et un trait d'un aux yeux de tous paroitre digne du choix dont il autre; et de ces divers traits, qui pouvoient convenir venoit de l'honorer. Il me sembloit encore que, à une même personne, j'en ai fait des peintures puisque l'éloquence profane ne paroissoit plus révraisemblables, cherchant moins à réjouir les lec-gner au barreau, d'où elle a été bannie par la néteurs par le caractère, ou, comme le disent les mé- cessité de l'expédition , et qu'elle ne devoit plus être contents, par la satire de quelqu'un, qu'à leur pro- admise dans la chaire , où elle n'a été que trop soufposer des défauts à éviter, et des modèles à suivre. ferte, le seul asile qui pouvoit lui rester étoit l'Aca

Il me semble donc que je dois être moins blåmé démie Françoise; et qu'il n'y avoit rien de plus naque plaint de ceux qui par hasard verroient leurs turel, ni qui pût rendre cette compagnie plus célèbre, noms écrits dans ces insolentes listes que je désa- que si , au sujet des réceptions de nouveaux acadévoue et que je condamne autant qu'elles le méritent. miciens, elle savoit quelquefois altirer la cour et la J'ose même attendre d'eux celte justice, que, sans ville à ses assemblées, par la curiosité d'y entendre s'arrêter à un auteur moral qui n'a eu nulle inten- des pièces d'éloquence d'une juste étendue, faites tion de les offenser par son ouvrage, ils passeront de main de mailre, et dont la profession est d'exjusqu'aux interprètes , dont la noirceur est inexcu- celler dans la science de la parole.

Si je n'ai pas atteint mon but, qui étoit de pro- ; auteurs de la gazette que j'ai cités avoient fait servir noncer un discours éloquent, il me paroît du moins les louanges qu'il leur avoit plu de lui donner à un que je me suis disculpé de l'avoir fait trop long de dessein formé de médire de moi, de mon discours quelques minutes : car si d'ailleurs Paris, à qui on et de mes Caractères ; et il me fit sur cette satire l'avoit promis mauvais, satirique et insensé, s'est injurieuse des explications et des excuses qu'il ne plaint qu'on lui avoit manqué de parole; si Marly, me devoit point. Si donc on vouloit inférer, de où la curiosité de l'entendre s'étoit répandue, n'a cette conduite des Théobaldes , qu'ils ont cru fauspoint retenti d'applaudissements que la cour ait don- sement avoir besoin de comparaisons et d'une hanés à la critique qu'on en avoit faite; s'il a su fran- rangue folle et décriée pour relever celle de mon chir Chantilly, écueil des mauvais ouvrages; si collègue, ils doivent répondre, pour se laver de ce l'Académie Françoise , à qui j'avois appelé comme soupçon qui les déshonore, qu'ils ne sont ni courtiau juge souverain de ces sortes de pièces, étant as- sans, ni dévoués à la faveur, ni intéressés, ni adusemblée extraordinairement, a adopté celle-ci, l'a | lateurs; qu'au contraire ils sont sincères, et qu'ils fait imprimer par son libraire, l'a mise dans ses ar- ont dit naivement ce qu'ils pensoient du plan, du chives; si elle n'étoit pas en effet composée d'un style, et des expressions de mon remerciement à style affectė, dur et interrompu, ni chargée de louan- l'Académie Françoise. Mais on ne manquera pas ges fades et outrées, telles qu'on les lit dans les pro- d'insister, et de leur dire que le jugement de la cour logues d'opéras , et dans tant d'épitres dédicatoires; et de la ville , des grands et du peuple, lui a été fail ne faut plus s'étonner qu'elle ait ennuyé Théo- vorable. Qu'importe? ils répliqueront avec confiance balde. Je vois les temps, le public me permettra de que le public a son goût, et qu'ils ont le leur : réle dire, où ce ne sera pas assez de l'approbation ponse qui ferme la bouche et qui termine tout difqu'il aura donnée à un ouvrage pour en faire la référend. Il est vrai qu'elle n'éloigne de plus en plus putation; et que, pour y mettre le dernier sceau, il de vouloir leur plaire par aucun de mes écrits; car, sera nécessaire que de certaines gens le désapprou- si j'ai un peu de santé avec quelques années de vie, vent, qu'ils y aient bâillé.

je n'aurai plus d'autre ambition que celle de rendre, Car voudroient-ils, présentement qu'ils ont re- par des soins assidus et par de bons conseils, mes connu que cette harangue a moins mal réussi dans ouvrages tels, qu'ils puissent toujours partager les le public qu'ils ne l'avoient espéré, qu'ils savent que Theobaldes et le public. deux libraires ont plaidé à qui l'imprimeroit; voudroient-ils désavouer leur goût et le jugement qu'ils en ont porté dans les premiers jours qu'elle fut pro

DISCOURS. noncée? Me permettroient-ils de publier ou seulement de soupçonner une tout autre raison de l'âpre

MESSIEURS, censure qu'ils en firent, que la persuasion où ils éloient qu'elle la méritoit? On sait que cet homme,

Il seroit difficile d'avoir l'honneur de se troud'un nom et d'un mérite si distingués , avec qui j'eus

ver au milieu de vous, d'avoir devant ses yeux

, sollicité, persécuté de consentir à l'impression de sa l'Académie Françoise, d'avoir lu l'histoire de harangue par ceux mêmes qui vouloient supprimer son établissement, sans penser d'abord à celui la mienne et en éteindre la mémoire, leur résista à qui elle en est redevable, et sans se persuader toujours avec fermeté. Il leur dit « qu'il ne pouvoit qu'il n'y a rien de plus naturel, et qui doive a ni ne devoit approuver une distinction si odieuse moins vous déplaire, que d'entamer ce tissu de « qu'ils vouloient faire entre lui et moi; que la pré- louanges qu'exigent le devoir et la coutume, « férence qu'ils donnoient à son discours avec cette par quelques traits où ce grand cardinal soit « affectation et cet empressement qu'ils lui mar- reconnoissable, et qui en renouvellent la méa quoient, bien loin de l'obliger, comme ils pou-moire. « voientle croire, lui faisoit au contraire une véritable a peine; que deux discours également innocents, 1. Ce n'est point un personnage qu'il soit facile « prononcés dans le même jour, devoient etre imde rendre ni d'exprimer par de belles paroles « primés dans le même temps. » Il s'expliqua en

ou par de riches figures, par ces discours moins suite obligeamment en public et en particulier sur faits pour relever le mérite de celui que l'on le violent chagrin qu'il ressentoit de ce que les deux veut peindre, que pour montrer tout le feu et

toute la vivacité de l'orateur. Suivez le règne . L'instance étoit aux requêtes de l'Hotel. (La Bruyère.)

de Louis-le-Juste : c'est la vie du cardinal de

Richelieu , c'est son éloge et celui du prince | privileges, qu'il leur destinoit des pensions, qui l'a mis en oeuvre. Que pourrois-je ajouter qu'il les a réunis en une compagnie célèbre, à des faits encore récents et si mémorables ? qu'il en a fait l'Académie Françoise. Oui, homOuvrez son Testament politique, digérez cet mes riches et ambitieux, contempteurs de la ouvrage : c'est la peinture de son esprit; son vertu et de toute association qui ne roule pas ame tout entière s'y développe ; l'on y dé- sur les établissements et sur l'intérêt, celle-ci couvre le secret de sa conduite et de ses ac- est une des pensées de ce grand ministre, né tions ; l'on y trouve la source et la vraisem- homme d'état , dévoué à l'état; esprit solide, blance de tant et de si grands évènements qui éminent, capable dans ce qu'il faisoit des motifs ont paru sous son administration : l'on y voit les plus relevés et qui tendoient au bien public sans peine qu'un homme qui pense si virile- comme à la gloire de la monarchie ; incapable ment et si juste a pu agir sûrement et avec de concevoir jamais rien qui ne fût digne de lui, succès, et que celui qui a achevé de si grandes du prince qu'il servoit, de la France à qui il choses, ou n'a jamais écrit, ou a dù écrire avoit consacré ses méditations et ses veilles. comme il a fait.

Il savoit quelle est la force et l'utilité de l'éGénie fort et supérieur, il a su tout le fond loquence, la puissance de la parole qui aide la et lout le mystère du gouvernement; il a connu raison et la fait valoir, qui insinue aux hommes le beau et le sublime du ministère; il a respecté la justice et la probité, qui porte dans le cour l'étranger, ménagé les couronnes, connu le du soldat l'intrépidité et l'audace , qui calme les poids de leur alliance; il a opposé des alliés à émotions populaires, qui excite à leurs devoirs des ennemis; il a veillé aux intérêts du dehors, les compagnies entières, ou la multitude : il à ceux du dedans, il n'a oublié que les siens : n'ignoroit pas quels sont les fruits de l'histoire une vie laborieuse et languissante, souvent ex- et de la poésie, quelle est la nécessité de la posée, a été le prix d'une si haute vertu. Dé- grammaire, la base et le fondement des autres positaire des trésors de son maître, comblé de sciences;, et que, pour conduire ces choses à ses bienfaits, ordonnateur, dispensateur de ses un degré de perfection qui les rendit avantafinances, on ne sauroit dire qu'il est mort riche. geuses à la république, il falloit dresser le plan

Le croiroit-on, messieurs ? cette ame sérieuse d'une compagnie où la vertu seule fût admise, et austère, formidable aux ennemis de l'état, le mérite placé, l'esprit et le savoir rassemblés inexorable aux factieux, plongée dans la négo- par des suffrages : n'allons pas plus loin, voilà, ciation, occupée tantôt à affoiblir le parti de messieurs, vos principes et votre règle, dont l'hérésie, tantôt à déconcerter une ligue, et je ne suis qu'une exception. lantôt à méditer une conquête, a trouvé le loi- Rappelez en votre mémoire, la comparaison sir d'être savante, a goûté les belles-lettres et ne vous sera pas injurieuse, rappelez ce grand ceux qui en, faisoient profession. Comparez- et premier concile où les Pères qui le compovous, si vous l'osez , au grand Richelieu , hom- soient étoient remarquables chacun par quelmes dévoués à la fortune, qui, par le succès ques membres mutilés, ou par les cicatrices de vos affaires particulières, vous jugez dignes qui leur étoient restées des fureurs de la perque l'on vous confie les affaires publiques ; qui sécution : ils sembloient ienir de leurs plaies le vous donnez pour des genies heureux et pour droit de s'asseoir dans cette assemblée générale de bonnes tètes; qui dites que vous ne savez de toute l'Église : il n'y avoit aucun de vos ilrien; que vous n'avez jamais lu, que vous ne lustres prédécesseurs qu'on ne s'empressât de lirez point, ou pour marquer l'inutilité des voir, qu'on ne montrât dans les places, qu'on sciences, ou pour paroître ne devoir rien aux ne désignåt par quelque ouvrage fameux qui autres, mais puiser tout de votre fonds; appre- lui avoit fait un grand nom, et qui lui donnoit nez que le cardinal de Richelieu a su, qu'il a lu; rang dans cette Académie naissante qu'ils avoient je ne dis pas qu'il n'a point eu d'éloignement comme fondée : tels étoient ces grands artisans pour les gens de lettres, mais qu'il les a aimés, de la parole, ces premiers maîtres de l'élocaressés, favorisés ; qu'il leur a ménagé des quence françoise; tels vous êtes, messieurs,

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