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croire des hommes apostoliques : de si grands mais dont les auditeurs pénètrent les conclutravaux et de si heureuses missions ne seroient sions d'une seule vue. Il y entre des sujets qui pas à leur gré payées d'une abbaye.

sont sublimes : mais qui peut traiter le sublime? Tel, tout d'un coup, et sans y avoir pensé la Il y a des mystères que l'on doit expliquer, et veille, prend du papier, une plume, dit en soi- qui s'expliquent mieux par une leçon de l'école même: Je vais faire un livre, sans autre talent que par un discours oratoire. La morale même pour écrire que le besoin qu'il a de cinquante de la chaire, qui comprend une matière aussi pistoles. Je lui crie inutilement : Prenez une vaste et aussi diversifiée que le sont les moeurs scie, Dioscore; sciez, ou bien lournez, ou faites des hommes, roule sur les mêmes pivots, reune jante de roue, vous aurez votre salaire. Il trace les mêmes images, et se prescrit des n'a point fait l'apprentissage de tous ces mé- bornes bien plus étroites que la satire. Après tiers. Copiez donc, transcrivez, soyez au plus l'invective commune contre les honneurs, les correcteur d'imprimerie , n'écrivez point. Il veut richesses et le plaisir, il ne reste plus à l'oraleur écrire et faire imprimer; et parcequ'on n'en- qu'à courir à la fin de son discours et à congévoie pas à l'imprimeur un cabier blanc, il le dier l'assemblée. Si quelquefois on pleure, si barbouille de ce qui lui plait ; il écriroil volon- on est ému, après avoir fait attention au génie tiers que la Seine coule à Paris, qu'il y a sept et au caractère de ceux qui font pleurer, peutjours dans la semaine, ou que le temps est à la être conviendra-t-on que c'est la matière qui se pluie; et comme ce discours n'est ni contre la prêche elle-même, et notre intérêt le plus capireligion ni contre l'état, et qu'il ne fera point tal qui se fait sentir; que c'est moins une vérid'autre désordre dans le public que de lui gâter table éloquence que la ferme poitrine du misle goût et l'accoutumer aux choses fades et in- sionnaire qui nous ébranle et qui cause en nous sipides , il passe à l'examen , il est imprimé, et, ces mouvements. Enfin le prédicateur n'est à la honte du siècle , comme pour l'humiliation point soutenu, comme l'avocat, par des faits des bons auleurs, réimprimé. De même, un toujours nouveaux, par de différents évènehomme dit en son coeur : Je prêcherai, et il ments, par des aventures inouïes; il ne s'exerce prêche; le voilà en chaire, sans autre talent ni point sur les questions douteuses, il ne fait point vocation que le besoin d'un bénéfice.

valoir les violentes conjectures et les présompUn clerc mondain ou irreligieux, s'il monte tions; toutes choses néanmoins qui élèvent le en chaire, est déclamateur.

génie, lui donnent de la force et de l'étendue, Il y a au contraire des hommes saints, et dont et qui contraignent bien moins l'éloquence le seul caractère est efficace pour la persuasion : qu'elles ne la fixent et ne la dirigent; il doit, au ils paroissent, et tout un peuple qui doit les contraire, tirer son discours d'une source comécouter est déja ému, et comme persuadé par mune, et où tout le monde puise; et, s'il s'éleur présence; le discours qu'ils vont prononcer carte de ces lieux communs, il n'est plus popufera le reste.

laire, il est abstrait ou déclamateur, il ne prèche L'évèque de Meaux et le P. BOURDALOUE me plus l'Évangile. Il n'a besoin que d'une noble. rappellent DEMOSTHÈNE et Cicéron. Tous deux, simplicité, mais il faut l'atteindre; talent rare, maitres dans l’éloquence de la chaire, ont eu le et qui passe les forces du commun des hommes: destin des grands modèles : l'un a fait de mau- ce qu'ils ont de génie, d'imagination, d'érudivais censeurs, l'autre de mauvais copistes. tion et de inémoire, ne leur sert souvent qu'à

L'éloquence de la chaire, en ce qui y entre s'en éloigner. d'humain et du talent de l'orateur, est cachée, La fonction de l'avocat est pénible, laboconnue de peu de personnes, et d'une difficile rieuse, et suppose, dans celui qui l'exerce, un exécution : quel art en ce genre pour plaire en riche fonds et de grandes ressources. Il n'est persuadant! Il faut marcher par des chemins pas seulement chargé, comme le prédicateur, battus, dire ce qui a été dit, et ce que l'on pré-d'un certain nombre d'oraisons composées avec voit que vous allez dire : les matières sont gran- loisir, récitées de mémoire, avec autorité, sans des, mais usées et triviales ; les principes sûrs, I contradicteurs, et qui avec de médiocres changements lui font honneur plus d'une fois : il blient; ce qui est imprimé demeure imprimé. prononce de graves plaidoyers devant des juges On l'attend quelquefois plusieurs jours avant qui peuvent lui imposer silence, et contre des l'impression pour le décrier; et le plaisir le plus adversaires qui l'interrompent; il doit être prêt délicat que l'on en tire vient de la critique qu'on sur la réplique ; il parle en un même jour, dans en fait : on est piqué d'y trouver à chaque page divers tribunaux, de différentes affaires. Sa des traits qui doivent plaire, on va même soumaison n'est pas pour lui un lieu de repos et de vent jusqu'à appréhender d'en être diverti, et retraite , ni un asile contre les plaideurs : elle est on ne quitte ce livre que parcequ'il est bon. ouverte à tous ceux qui viennent l'accabler de. Tout le monde ne se donne pas pour orateur; leurs questions et de leurs doutes ; il ne se met les phrases, les figures, le don de la mémoire, pas au lit, on ne l'essuie point, on ne lui pré- la robe ou l'engagement de celui qui prêche, pare point des rafraichissements; il ne se fait ne sont pas des choses qu'on ose ou qu'on veuille point dans sa chambre un concours de monde toujours s'approprier : chacun, au contraire, de tous les états et de tous les sexes, pour le croit penser bien , et écrire encore mieux ce qu'il féliciter sur l'agrément et sur la politesse de son a pensé; il en est moins favorable à celui qui langage, lui remettre l'esprit sur un endroit où pense et qui écrit aussi bien que lui. En un mot, il a couru risque de demeurer court, ou sur un le sermonneur est plus tôt évêque que le plus scrupule qu'il a sur le chevet d'avoir plaidé solide écrivain n'est revêtu d'un prieuré simple; moins vivement qu'à l'ordinaire. Il se délasse et, dans la distribution des graces, de nouvelles d'un long discours par de plus longs écrits; il sont accordées à celui-là, pendant que l'auteur ne fait que changer de travaux et de fatigues : grave se tient heureux d'avoir ses restes. The j'ose dire qu'il est , dans son genre, ce qu'é- | S'il arrive que les méchants vous haïssent et toient dans le leur les premiers hommes aposto- vous persécutent, les gens de bien vous conliques.

seillent de vous humilier devant Dieu , pour vous Quand on a ainsi distingué l'éloquence du mettre en garde contre là vanité qui pourroit barreau de la fonction de l'avocat, et l'éloquence vous venir de déplaire à des gens de ce caracde la chaire du ministère du prédicateur, on tère : de même, si certains hommes, sujets à se croit voir qu'il est plus aisé de prêcher que de récrier sur le médiocre, désapprouvent un ouplaider, et plus difficile de bien prêcher que de vrage que vous aurez écrit, ou un discours que bien plaider.

vous venez de prononcer en public, soit au barQuel avantage n'a pas un discours prononcé, reau, soit dans la chaire, ou ailleurs, humisur un ouvrage qui est écrit ! Les hommes sont liez-vous ; on ne peut guère être exposé à une les dupes de l'action et de la parole, comme de tentation d'orgueil plus délicate et plus protout l'appareil de l'auditoire : pour peu de pré- chaine. vention qu'ils aient en faveur de celui qui parle, Il me semble qu'un prédicateur devroit faire ils l'admirent, et cherchent ensuite à le com- choix dans chaque discours d'une vérité uniprendre: avant qu'il ait commencé, ils s'écrient que, mais capitale, terrible ou instructive; la qu'il va bien faire; ils s'endorment bientôt; et, manier à fond, et l'épuiser; abandonner toutes le discours fini, ils se réveillent pour dire qu'il ces divisions si recherchées, si retournées, si a bien fait. On se passionne moins pour un au- remaniées, et si différenciées; ne point suppoteur : son ouvrage est lu dans le loisir de la ser ce qui est faux, je veux dire que

le grand campagne ou dans le silence du cabinet : il n'y a ou le beau monde sait sa religion ou ses devoirs, point de rendez-vous publics pour lui applau- et ne pas appréhender de faire, ou à ces bonnes dir, encore moins de cabale pour lui sacrifier tètes, ou à ces esprits si raffinés, des catétous ses rivaux, et pour l'élever à la prélature. chismes : ce temps si long que l'on use à comOn lit son livre, quelque excellent qu'il soit, poser un long ouvrage, l'employer à se rendre dans l'esprit de le trouver médiocre : on le feuil- si maître de sa matière, que le tour et les exlelle, on le discute, on le confronte; ce ne sont pas des sons qui se perdent en l'air, et qui s'ou

· Le P. de La Rue.

pressions naissent dans l'action, et coulent de religion ; et l'esprit foible, ou n'en admet ausource; se livrer, après une certaine prépara- cune, ou en admet une fausse : or l'esprit fort, tion, à son génie et aux mouvements qu’un ou n'a point de religion, ou se fait une religion ; grand sujet peut inspirer : qu'il pourroit enfin donc l'esprit fort c'est l'esprit foible. s'épargner ces prodigieux efforts de mémoire, J'appelle mondains, terrestres ou grossiers , qui ressemblent mieux à une gageure qu'à une ceux dont l'esprit et le cæur sont attachés à une affaire sérieuse, qui corrompent le geste et de petite portion de ce monde qu'ils habitent, qui figurent le visage; jeter au contraire, par un est la terre; qui n'estiment rien, qui n'aiment bel enthousiasme, la persuasion dans les es- rien au-delà : gens aussi limités que ce qu'ils prits, et l'alarme dans le coeur, et toucher ses appellent leurs possessions ou leur domaine , auditeurs d'une tout autre crainte que de celle que l'on mesure,

dont on compte

les arpents, de le voir demeurer court.

et dont on montre les bornes. Je ne m'étonne Que celui qui n'est pas encore assez parfait pas que des hommes qui s'appuient sur un atome pour s'oublier soi-même dans le ministère de la chancellent dans les moindres efforts qu'ils font parole sainte ne se décourage point par les rè- pour sonder la vérité; si avec des vues si courgles austères qu'on lui prescrit, comme si elles tes ils ne percent point, à travers le ciel et les lui ôtoient les moyens de faire montre de son astres, jusqu'à Dieu même; si, ne s'apercevant esprit, et de monter aux dignités où il aspire : point ou de l'excellence de ce qui est esprit, ou quel plus beau talent que celui de prêcher apos- de la dignité de l'ame, ils ressentent encore toliquement? et quel autre mérite mieux un moins combien elle est difficile à assouvir, comévêché? Fenelon en étoit-il indigne ? auroit-il bien la terre entière est au-dessous d'elle, de pu échapper au choix du prince que par un quelle nécessité lui devient un être souveraineautre choix ?

ment parfait qui est Dieu, et quel besoin indis

pensable elle a d'une religion qui le lui indique, CHAPITRE XVI.

et qui lui en est une caution sûre. Je comprends

au contraire fort aisément qu'il est naturel à de Des esprits forts.

tels esprits de tomber dans l'incrédulité ou l'in

différence, et de faire servir Dieu et la religion Les esprits forts savent-ils qu'on les appelle à la politique, c'est-à-dire à l'ordre et à la déainsi par ironie? Quelle plus grande foiblesse coration de ce monde, la seule chose, selon eux, que d'être incertain quel est le principe de son qui mérite qu'on y pense. étre, de sa vie, de ses sens, de ses connoissan- Quelques uns achèvent de se corrompre par ces, et quelle en doit être la fin? Quel décou- de longs voyages, et perdent le peu de religion ragement plus grand que de douter si son ame qui leur restoit; ils voient de jour à autre un n'est point matière comme la pierre et le reptile, nouveau culte, diverses meurs, diverses céréet si elle n'est point corruptible comme ces viles monies; ils ressemblent à ceux qui entrent dans créatures? n'y a-t-il pas plus de force et de les magasins, indéterminés sur le choix des grandeur à recevoir dans notre esprit l'idée d'un étoffes qu'ils veulent acheter : le grand nombre être supérieur à tous les ètres , qui les a tous de celles qu'on leur montre les rend plus indiffaits, et à qui tous se doivent rapporter; d'un férents ; elles ont chacune leur agrément et leur être souverainement parfait, qui est pur, qui bienséance : ils ne se fixent point, ils sortent n'a point commencé et qui ne peut finir, dont sans emplette. notre ame est l'image, et, si j'ose dire, une Il y a des hommes qui attendent à être dévots. portion comme esprit et comme immortelle?

et religieux que tout le monde se déclare impieLe docile et le foible sont susceptibles d'im- et libertin : ce sera alors le parti du vulgaire; ils pressions : l'un en reçoit de bonnes , l'autre de sauront s'en dégager. La singularité leur plait mauvaises ; c'est-à-dire que le premier est per- dans une matière si sérieuse et si profonde ; ils suadé et fidèle, et que le second est entêté et ne suivent la mode et le train commun que

dans corrompu. Ainsi l'esprit docile admet la vraie les choses de rien et de nulle suite : qui sait

en Dieu.

même s'ils n'ont pas déja mis une sorte de bra- | commun et les grandes règles, qu'ils sussent voure et d'intrépidité à courir tout le risque de plus que les autres, qu'ils eussent des raisons l'avenir? Il ne faut pas d'ailleurs que, dans une claires, et de ces arguments qui emportent certaine condition, avec une certaine étendue conviction. d'esprit, et de certaines vues, l'on songe à Je voudrois voir un homme sobre, modéré, croire comme les savants et le peuple.

chaste, équitable, prononcer qu'il n'y a point L'on doute de Dieu dans une pleine santé, de Dieu ; il parleroit du moins sans intérêt : comme l'on doute que ce soit pécher que d'avoir mais cet homme ne se trouve point. un commerce avec une personne libre?: quand J'aurois une extrême curiosité de voir celui l'on devient malade, et que l'hydropisie est qui seroit persuadé que Dieu n'est point; il me formée, l'on quitte sa concubine, et l'on croit diroit du moins la raison invincible qui a su le

convaincre. Il faudroit s'éprouver et s'examiner très sé- L'impossibilité où je suis de prouver que Dieu rieusement avant que de se déclarer esprit fort n'est pas me découvre son existence. ou libertin, afin, au moins, et selon ses princi- Dieu condamne et punit ceux qui l'offensent, pes, de finir comme on a vécu; ou, si l'on ne se seul juge en sa propre cause; ce qui répugne, sent pas la force d'aller si loin, se résoudre de s'il n'est lui-même la justice et la vérité, c'estvivre comme l'on veut mourir.

à-dire s'il n'est Dieu. Toute plaisanterie dans un homme mourant Je sens qu'il y a un Dieu, et je ne sens pas est hors de sa place : si elle roule sur de cer- qu'il n'y en ait point; cela me suffit, tout le raitains chapitres, elle est funeste. C'est une ex- sonnement du monde m’est inutile : je conclus trème misère que de donner à ses dépens, à que Dieu existe. Cette conclusion est dans ma ceux que l'on laisse, le plaisir d'un bon mot. nature; j'en ai reçu les principes trop aisément

Dans quelque prévention que l'on puisse être dans mon enfance, et je les ai conservés depuis sur ce qui doit suivre la mort, c'est une chose trop naturellement dans un âge plus avancé, bien sérieuse que de mourir : ce n'est point pour les soupçonner de fausseté : mais il y a alors le badinage qui sied bien, mais la constance. des esprits qui se défont de ces principes; c'est

Il y a eu de tout temps de ces gens d'un bel une grande question s'il s'en trouve de tels; et, esprit et d'une agréable littérature, esclaves quand il seroit ainsi, cela prouve seulement qu'il des grands dont ils ont épousé le libertinage, y a des monstres. et porté le joug toute leur vie contre leurs

pro- L'athéisme'n'est point. Les grands, qui en pres lumières et contre leur conscience. Ces sont le plus soupçonnés, sont trop paresseux hommes n'ont jamais vécu que pour d'autres pour décider en leur esprit que Dieu n'est pas : hommes, et ils semblent les avoir regardés leur indolence va jusqu'à les rendre froids et comme leur dernière fin. Ils ont eu honte de se indifférents sur cet article capital, comme sur sauver à leurs yeux, de paroître tels qu'ilsétoient la nature de leur ame, et sur les conséquences peut - ètre dans le coeur; et ils se sont perdus d'une vraie religion; ils ne nient ces choses ni par déférence ou par foiblesse. Y a-t-il donc ne les accordent; ils n'y pensent point. sur la terre des grands assez grands, et des Nous n'avons pas trop de toute notre santé, puissants assez puissants, pour mériter de nous de toutes nos forces, et de tout notre esprit, que nous croyions et que nous vivions à leur pour penser aux hommes ou au plus petit intégré, selon leur goût et leurs caprices, et que rêt : il semble au contraire que la bienséance et nous poussions la complaisance plus loin en la coutume exigent de nous que nous ne penmourant , non de la manière qui est la plus sûre sions à Dieu que dans un état où il ne reste en pour nous, mais de celle qui leur plaît davan- nous qu'autant de raison qu'il faut pour ne pas tage?

dire qu'il n'y en a plus. J'exigerois de ceux qui vont contre le train Un grand croit s'évanouir, et il meurt; un

autre grand perit insensiblement, et perd chaUne fille. (La Bruyère.)

que jour quelque chose de soi-même avant qu'il

soit éteint : formidables leçons, mais inutiles ! L'homme est né menteur : la vérité est simDes circonstances si marquées et si sensible- ple et ingénue, et il veut du spécieux.et de l'orment opposées ne se relèvent point , et ne tou-nement; elle n'est pas à lui, elle vient du ciel chent personne. Les hommes n'y ont pas plus toute faite, pour ainsi dire, et dans toute sa d'attention qu'à une fleur qui se fane, ou à une perfection ; et l'homme n'aime que son propre feuille qui tombe : ils envient les places qui de- ouvrage, la fiction et la fable. Voyez le peuple : meurent vacantes, ou ils s'informent si elles il controuve, il augmente, il charge, par grossunt remplies, et par qui.

sièreté et par sotlise : demandez même au plus Les hommes sont-ils assez bons, assez fidèles, honnête homme s'il est toujours vrai dans ses assez équitables, pour mériter toute notre con- discours, s'il ne se surprend pas quelquefois fiance, et ne nous pas faire desirer du moins dans des déguisements où engagent nécessaique Dieu existât, à qui nous pussions appeler rement la vanité et la légèreté; si, pour faire de leurs jugements et avoir recours quand nous un meilleur conte, il ne lui échappe pas souvent en sommes persécutés ou trahis?

d'ajouter à un fait qu'il récite une circonstance Si c'est le grand et le sublime de la religion qui y manque. Une chose arrive aujourd'hui, qui éblouit ou qui confond les esprits forts, ils et presque sous nos yeux; cent personnes qui ne sont plus des esprits forts, mais de foibles l'ont vue la racontent en cent façons différentes; génies et de petits esprits; et, si c'est au con- celui-ci, s'il est écouté, la dira erfcore d'une traire ce qu'il y a d'humble et de simple qui les manière qui n'a pas été dite : quelle créance rebute, ils sont à la vérité des esprits forts, et donc pourrois-je donner à des faits qui sont plus forts que tant de grands hommes si éclai- anciens et éloignés de nous par plusieurs sièrés, si élevés, et néanmoins si fidèles, que les cles? quel fondement dois-je faire sur les plus LÉON, les BASILE, les JÉRÔME, les AUGUSTIN. graves historiens ? que devient l'histoire? César

Un père de l'Église, un docteur de l'Église, a-t-il été massacré au milieu du sénat? y a-t-il quels noms! quelle tristesse dans leurs écrits! eu un César? Quelle consequence! me ditesquelle sécheresse! quelle froide devotion ! et vous; quels doutes! quelle demande! Vous riez! peut-être, quelle scolastique! disent ceux qui vous ne me jugez pas digne d'aucune réponse; ne les ont jamais lus. Mais plutôt quel étonne et je crois même que vous avez raison. Je supment pour tous ceux qui se sont fait une idée pose néanmoins que le livre qui fait mention des Pères si éloignée de la vérité, s'ils voyoient de César ne soit pas un livre profane, écrit de dans leurs ouvrages plus de tour et de délica- la main des hommes, qui sont menteurs, trouvé tesse, plus de politesse et d'esprit, plus de ri- par hasard dans les bibliothèques parmi d'autres chesse d'expression et plus de force de raison- manuscrits qui contiennent des bistoires vraies nement, des traits plus vifs et des graces plus ou apocryphes ; qu'au contraire il soit inspiré, naturelles, que l'on n'en remarque dans la plu- saint, divin; qu'il porte en soi ces caractères ; part des livres de ce temps, qui sont lus avec qu'il se trouve depuis près de deux mille ans goût , qui donnent du nom et de la vanité à leurs dans une société nombreuse qui n'a pas permis auteurs ! Quel plaisir d'aimer la religion, et de qu'on y ait fait pendant tout ce temps la moinla voir crue, soutenue, expliquée par de si dre altération, et qui s'est fait une religion de beaux génies et par de si solides esprits ! surtout le conserver dans toute son intégrité; qu'il y lorsque l'on vient à connoitre que, pour l'é- ait même un engagement religieux et indispentendue de connoissance, pour la profondeur et sable d'avoir de la foi pour tous les faits contela pénétration, pour les principes de la pure nus dans ce volume où il est parlé de César et philosophie, pour leur application et leur dé- de sa dictature : avouez-le , Lucile, vous douteveloppement, pour la justesse des conclusions, rez alors qu'il y ait eu un César. pour la dignité du discours, pour la beauté de Toute musique n'est pas propre à louer Dieu la morale et des sentiments, il n'y a rien, par et à être entendue dans le sanctuaire. Toute exemple, que l'on puisse comparer à saint Au- philosophie ne parle pas dignement de Dieu, Gustin que Platon et que CICÉRON.

de sa puissance, des principes de ses opéra

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