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lez : que sert une meilleure fortune, si elle C'est une pratique ancienne dans les cours amène avec soi le sérieux et la tristesse ? Imitez de donner des pensions et de distribuer des les grands qui sont nés dans le sein de l'opu- graces à un musicien, à un maître de danse, à lence; ils rient quelquefois, ils cèdent à leur un farceur, à un joueur de flûte, à un flatteur, temperament; suivez le vôtre; ne faites pas à un complaisant; ils ont un mérite fixe et des dire de vous qu'une nouvelle place ou que quel talents sûrs et connus qui amusent les grands, que mille livres de rente de plus ou de moins et qui les délassent de leur grandeur. On sait vous font passer d'une extrémité à l'autre. Je que Favier est beau danseur, et que Lorenzani tiens, dites-vous, à la faveur par un endroit. fait de beaux motets : qui sait au contraire si Je m'en doutois, Zélie; mais, croyez-moi, ne l'homme dévot a de la vertu ? il n'y a rien pour laissez pas de rire, et même de me sourire en lui sur la cassette ni à l'épargne, et avec raipassant, comme autrefois : ne craignez rien, je son ; c'est un métier aisé à contrefaire, qui, n'en serai ni plus libre ni plus familier avec s'il étoit récompensé, exposeroit le prince à vous : je n'aurai pas une moindre opinion de mettre en honneur la dissimulation et la fourvous et de votre poste; je croirai également que berie, et à payer pension à l'hypocrite. vous êtes riche et en faveur. Je suis dévote, L'on espère que la dévotion de la cour ne ajoutez-vous. C'est assez , Zélie, et je dois me laissera pas d'inspirer la résidence. souvenir que ce n'est plus la sérénité et la joie Je ne doute point que la vraie dévotion ne soit que le sentiment d'une bonne conscience étale la source du repos ; elle fait supporter la vie et sur le visage; les passions tristes et austères rend la mort douce : on n'en tire pas lant de ont pris le dessus et se répandent sur les de l'hypocrisie. hors; elles mènent plus loin, et l'on ne s'étonne Chaque heure en soi, comme à notre égard, plus de voir que la dévotion 'sache encore mieux est unique : est-elle écoulée une fois, elle a péri que la beauté et la jeunesse rendre une femme entièrement, les millions de siècles ne la ramèfière et dédaigneuse.

neront pas. Les jours, les mois, les années, L'on a été loin depuis un siècle dans les arts s'enfoncent et se perdent sans retour dans l'aet dans les sciences, qui toutes ont été poussées byme des temps. Le temps mème sera détruit : à un grand point de raffinement, jusqu'à celle ce n'est qu'un point dans les espaces immenses du salut, que l'on a réduite en règle et en mé de l'éternité, et il sera effacé. Il y a de légères thode, et augmentée de tout ce que l'esprit des et frivoles circonstances du temps qui ne sont hommes pouvoit inventer de plus beau et de point stables, qui passent, et que j'appelle des plus sublime. La dévotion et la géométrie ont modes, la grandeur, la faveur, les richesses, la leurs façons de parler, ou ce qu'on appelle les puissance , l'autorité, l'indépendance, le plaisir, termes de l'art; celui qui ne les sait pas n'est les joies, la superfluité. Que deviendront ces ni dévot, ni géomètre. Les premiers dévots, modes quand le temps même aura disparu? La ceux mêmes qui ont été dirigés par les apôtres, vertu seule, si peu à la mode, va au-delà des ignoroient ces termes : simples gens qui n'a- temps. voient que la foi et les ceuvres, et qui se réduisoient à croire et à bien vivre!

CHAPITRE XIV. C'est une chose délicate à un prince religieux de réformer la cour, et de la rendre pieuse :

De quelques usages. instruit jusqu’où le courtisan veut lui plaire, et aux dépens de quoi il feroit sa fortune , il le mé- Il y a des gens qui n'ont pas le moyen d'être nage avec prudence, il tolère, il dissimule, de nobles. peur de le jeter dans l'hypocrisie ou le sacri- Il y en a de tels, que, s'ils eussent obtenu six lége : il attend plus de Dieu et du temps que de mois de délai de leurs créanciers, ils étoient son zèle et de son industrie.

nobles.

· Fausse dévotion. (La Bruyère.)

> Idem,

· Vétérans. (La Bruyère.)

Quelques autres se couchent roluriers et se on s'en croit digne, on se les adjuge. Il reste lèvent nobles".

encore aux meilleurs bourgeois une certaine Combien de nobles dont le père et les aînés pudeur qui les empêche de se parer d'une cousont roturiers !

ronne de marquis, trop satisfaits de la comtale: Tel abandonne son père qui est connu, et quelques uns mème ne vont pas la chercher dont on cite le greffe ou la boutique, pour se fort loin, et la font passer de leur enseigne à retrancher sur son aïeul, qui, mort depuis long- leur carrosse. temps, est inconnu et hors de prise. Il montre Il suffit de n'être point né dans une ville, ensuite un gros revenu, une grande charge, de mais sous une chaumière répandue dans la cambelles alliances; et, pour être noble, il ne lui pagne, ou sous une ruine qui trempe dans un manque que des titres.

marécage, et qu'on appelle château , pour être Rehabilitations, mot en usage dans les tribu- cru noble sur sa parole. naux, qui a fait vieillir et rendu gothique celui Un bon gentilhomme veut passer pour un de lettres de noblesse, autrefois si françois et petit seigneur, et il y parvient. Un grand seisi usité. Se faire rehabiliter suppose qu'un gneur affecte la principauté, et il use de tant homme devenu riche, originairement est noble, de précautions qu'à force de beaux noms, de qu'il est d'une nécessité plus que morale qu'il le disputes sur le rang et les préseances, de nousoit; qu'à la vérité son père a pu déroger ouvelles armes, et d'une généalogie que d'Hozier par la charrue, ou par la houe, ou par la malle, ne lui a pas faite, il devient enfin un petit ou par les livrées ; mais qu'il ne s'agit pour lui prince. que de rentrer dans les premiers droits de ses Les grands en toutes choses se forment et se ancètres, et de continuer les armes de sa mai- moulent sur de plus grands, qui, de leur part, son, les mêmes pourtant qu'il a fabriquées, et pour n'avoir rien de commun avec leurs infétout autres que celles de sa vaisselle d'étain; rieurs, renoncent volontiers à toutes les rubriqu'en un mot les lettres de noblesse ne lui con- ques d'honneurs et de distinctions dont leur viennent plus, qu'elles n'honorent que le rotu- condition se trouve chargée, et préfèrent à cette rier, c'est-à-dire celui qui cherche encore le se- servitude une vie plus libre et plus commode : cret de devenir riche.

ceux qui suivent leur piste observent déja par Un homme du peuple, à force d'assurer qu'il émulation cette simplicité et cette modestie : a vu un prodige, se persuade faussement qu'il tous ainsi se réduiront par hauteur à vivre naa vu un prodige. Celui qui continue de cacher turellement et comme le peuple. Horrible inson âge pense enfin lui-même être aussi jeune convenient ! qu'il veut le faire croire aux autres. De même Certaines gens portent trois noms,

de le roturier qui dit par habitude qu'il tire son d'en manquer; ils en ont pour la campagne et origine de quelque ancien baron, ou de quel pour la ville, pour les lieux de leurs services que châtelain, dont il est vrai qu'il ne descend ou de leur emploi. D'autres ont un seul nom pas, a le plaisir de croire qu'il en descend. dissyllabe qu'ils anoblissent par des particules,

Quelle est la roture un peu heureuse et éta- dès que leur fortune devient meilleure. Celuiblie à qui il manque des armes, et dans ces ci, par la suppression d'une syllabe , fait de son armes une pièce honorable, des suppôts, un nom obscur un nom illustre : celui-là, par le cimier, une devise, et peut-être lecri de guerre? changement d'une lettre en une autre, se traQu'est devenue la distinction des casques et des vestit, et de Syrus devient Cyrus. Plusieurs heaumes? Le nom et l'usage en sont abolis; il suppriment leurs noms, qu'ils pourroient conne s'agit plus de les porter de front ou de côté, server sans honte, pour en adopter de plus ouverts ou fermés, et ceux-ci de tant ou de beaux, où ils n'ont qu'à perdre par la compatant de grilles : on n'aime pas les minuties, on raison que l'on fait toujours d'eux qui les porpasse droit aux couronnes, cela est plus simple, tent, avec les grands honimes qui les ont portés.

Il s'en trouve enfin qui, nés à l'ombre des clo· Vétérans. (La Bruyère.)

chers de Paris, veulent être Flamands ou Ita

liens, comme si la roture n'étoit pas de tout et dans l'étymologie de leur nom, les pères et pays; alongent leurs noms françois d'une ter- les chefs de saints moines et d'humbles solitaiminaison étrangère, et croient que venir de bon res, et qu'ils en devroient être l'exemple? lieu c'est venir de loin.

Quelle force, quel empire, quelle iyrannie de Le besoin d'argent a réconcilié la noblesse l'usage! Et, sans parler de plus grands désoravec la roture, et a fait évanouir la preuve des dres, ne doit-on pas craindre de voir un jour quatre quartiers.

un simple abbé en velours gris et à ramages A combien d'enfants seroit utile la loi qui comme une éminence, ou avec des mouches et décideroit que c'est le ventre qui anoblit! mais du rouge comme une femme? à combien d'autres seroil-elle contraire !

Que les saletés des dieux, la Vénus, le GaIl y a peu de familles dans le monde qui ne nymède, et les autres nudités du Carrache aient touchent aux plus grands princes par une ex- été faites pour des princes de l'Église, et qui trémité, et par l'autre au simple peuple. se disent successeurs des apôtres, le palais Far

Il n'y a rien à perdre à être noble: franchises, nèse en est la preuve. immunités, exemptions, privileges; que man- Les belles choses le sont moins hors de leur que-t-il à ceux qui ont un titre ? Croyez-vous place : les bienséances mettent la perfection, que ce soit pour la noblesse que des solitaires et la raison met les bienséances. Ainsi l'on n'ense sont faits nobles ? Ils ne sont pas si vains : tend point une gigue à la chapelle, ni dans un c'est pour le profit qu'ils en reçoivent. Cela ne sermon des lons de théâtre; l'on ne voit point leur sied-il pas mieux que d'entrer dans les ga- d'images profanes · dans les temples, un Christ, belles? je ne dis pas à chacun en particulier, par exemple, et le jugement de Pâris dans le leurs veux s'y opposent, je dis même à la même sanctuaire, ni à des personnes consacrées communauté.

à l'église le train et l'équipage d'un cavalier. Je le déclare nettement, afin que l'on s'y Déclarerai-je donc ce que je pense de ce qu'on prépare, et que personne un jour n'en soit appelle dans le monde un beau salut, la décosurpris : s'il arrive jamais que quelque grand me ration souvent profane, les places retenues et trouve digne de ses soins , si je fais enfin une payées, des livres a distribués comme au théâbelle fortune, il y a un Geoffroy de La Bruyère tre, les entrevues et les rendez-vous fréquents, que toutes les chroniques rangent au nombre le murmure et les causeries étourdissantes. des plus grands seigneurs de France qui suivi- quelqu'un monté sur une tribune qui y parle rent GODEFROY DE Bouillon à la conquête de la familièrement, sèchement, et sans autre zèle Terre-Sainte : voilà alors de qui je descends que de rassembler le peuple, l'amuser, jusqu'à en ligne directe.

ce qu'un orchestre, le dirai-je ? et des voix qui Si la noblesse est vertu, elle se perd par tout concertent depuis long-temps se fassent ence qui n'est pas vertueux ; et, si elle n'est pas tendre ? Est-ce à moi à m'écrier que le zèle de vertu, c'est peu de chose.

la maison du Seigneur me consume, et à tirer Il y a des choses qui, ramenées à leurs princi- le voile léger qui couvre les mystères, témoins pes et à leur première institution, sont éton- d'une telle indécence? Quoi! parcequ'on ne nantes et incompréhensibles. Qui peut conce- danse pas encore aux T. T. 3, me forcera-t-on voir en effet que certains abbés à qui il ne manque d'appeler tout ce spectacle office d'église? rien de l'ajustement, de la mollesse, et de la L'on ne voit point faire de voeux ni de pelevanité des sexes et des conditions ; qui entrent rinages pour obtenir d'un saint d'avoir l'esprit auprès des femmes en concurrence avec le mar- plus doux, l'ame plus reconnoissante ; d'être quis et le financier, et qui l'emportent sur tous plus équitable, et moins malfaisant; d'être guéri les deux , qu'eux-mêmes soient originairement, de la vanité, de l'inquiétude et de la mauvaise Quelle idée plus bizarre que de se représenter | par un usage reçu, qu'il trouve établi , et qu'il une foule de chrétiens de l'un et de l'autre sexe, laissera à son successeur; mais c'est cet usage qui se rassemblent à certains jours dans une bizarre et dénué de fondement et d'apparence salle, pour y applaudir à une troupe d'excom- que je ne puis approuver, et que je goûte enmuniés, qui ne le sont que par le plaisir qu'ils core moins que celui de se faire payer quatre leur donnent , et qui est déja payé d'avance ? Il fois des mêmes obsèques, pour soi, pour ses me semble qu'il faudroit, ou fermer les théâ- droits, pour sa présence, pour son assistance. tres, ou prononcer moins sévèrement sur l'état Tite, par vingt années de service dans une des comédiens.

raillerie. Maison religieuse secrétaire du roi. (La Bruyère.) Plusieurs maisons religieuses, pour jouir des priviléges et fran- · Tapisseries. ( La Bruyère.) chises attachés à la noblesse, avoient acheté des charges de se- - Le motet, traduit en vers françois par L. L" (La Bruyère.) crétaire dn roi.

3 Théatins.

seconde place, n'est pas encore digne de la Dans ces jours qu'on appelle saints, le moine première , qui est vacante : ni ses talents, ni sa confesse pendant que le curé tonne en chaire doctrine, ni une vie exemplaire, ni le vou des contre le moine et ses adhérents : telle femme paroissiens, ne sauroient l'y faire asseoir. Il nait pieuse sort de l'autel, qui entend au prône de dessous terre un autre clerc ' pour la remqu'elle vient de faire un sacrilége. N'y a-t-il plir. Tite est reculé ou congédié ; il ne se plaint point dans l'église une puissance à qui il appar- pas : c'est l'usage. tienne , ou de faire taire le pasteur, ou de sus- Moi, dit le cheffecier, je suis maître du choeur : pendre pour un temps le pouvoir du barnabite? qui me forcera d'aller à matines? mon prédé

Il y a plus de rétributions dans les paroisses cesseur n'y alloit point; suis-je de pire condipour un mariage que pour un baptême, et plus lion ? dois-je laisser avilir ma dignité entre ines pour un baptême que pour la confession. L'on mains, ou la laisser telle que je l'ai reçue ? Ce diroit que ce soit un taux sur les sacrements, n'est point , dit l'écolâtre, mon intérêt qui me qui semblent par-là être appréciés. Ce n'est mène, mais celui de la prebende : il seroit bien rien au fond que cet usage; et ceux qui reçoi-dur qu'un grand chanoine fût sujet au chour, vent pour les choses saintes ne croient point les pendant que le trésorier, l'archidiacre, le pénivendre, comme ceux qui donnent ne pensent tencier et le grand-vicaire s'en croient exempts. point à les acheter : ce sont peut-être des appa- Je suis bien fondé, dit le prevôt, à demanrences qu'on pourroit épargner aux simples et der la retribution sans me trouver à l'office: aux indévots.

il y a vingt années entières que je suis en posUn pasteur frais et en parfaite santé, en linge session de dormir les nuits; je veux finir comme fin et en point de Venise, a sa place dans l’æu- j'ai commencé, et l'on ne me verra point dérovre auprès les pourpres et les fourrures; il y ger à mon titre : que me serviroit d'être à la achève sa digestion, pendant que le Feuillant tète d'un chapitre ? mon exemple ne tire point ou le Récollet quitte sa cellule et son désert, à conséquence. Enfin c'est entre eux tous à qui où il est lié par ses voeux et par la bienséance, ne louera point Dieu , à qui fera voir, par un pour venir le prêcher, lui et ses ouailles , et en long usage, qu'il n'est point obligé de le faire : recevoir le salaire, comme d'une pièce d'étoffe. l'émulation de ne se point rendre aux offices Vous m'interrompez, et vous dites : Quelle cen- divins ne sauroit être plus vive ni plus ardente, sure! et combien elle est nouvelle et peu atten- Les cloches sonnent dans une nuit tranquille; due! ne voudriez-vous point interdire à ce pas et leur mélodie, qui réveille les chantres et les teur et à son troupeau la parole divine, et le enfants de cheur, endort les chanoines, les pain de l'Évangile? Au contraire, je voudrois plonge dans un sommeil doux et facile, et qui qu'il le distribuật lui-même le matin, le soir, ne leur procure que de beaux songes : ils se lèdans les temples, dans les maisons, dans les vent tard, et vont à l'église se faire payer d'avoir places, sur les toits; et que nul ne prétendit à dormi. un emploi si grand, si laborieux , qu'avec des Qui pourroit s'imaginer, si l'expérience ne intentions, des talents et des poumons capables nous le mettoit devant les yeux, quelle peine de lui mériter les belles offrandes et les riches ont les hommes à se résoudre d'eux-mêmes à rétributions qui y sont attachées. Je suis forcé, il est vrai, d'excuser un curé sur cette conduile, Ecclésiastique. (La Bruyère.)

leur propre félicité, et qu'on ait besoin de gens , sion : avec des enfants et un ménage complet, d'un certain habit, qui, par un discours pré- l'on n'avoit pas les apparences et les délices du paré, tendre et pathétique, par de certaines in- célibat. flexions de voix, par des larmes, par des mouve- Qu'on évite d'être vu seul avec une femme ments qui les mettent en sueur et qui les jettent qui n'est point la sienne, voilà une pudeur qui dans l'épuisement, fassent enfin consentir un est bien placée : qu'on sente quelque peine à se homme chrétien et raisonnable, dont la maladie trouver dans le monde avec des personnes dont est sans ressource, à ne se point perdre et à la réputation est attaquée; cela n'est pas incomfaire son salut!

préhensible. Mais quelle mauvaise honte fait La fille d'Aristippc est malade et en péril ; elle rougir un homme de sa propre femme, et envoie vers son père, veut se réconcilier avec l'empêche de paroitre dans le public avec celle lui et mourir dans ses bonnes graces : cet homme qu'il s'est choisie pour sa compagne inséparable, si sage , le conseil de toute une ville, fera-t-il de qui doit faire sa joie, ses délices et toute sa solui-même cette démarche si raisonnable? y en- ciété; avec celle qu'il aime, et qu'il estime, qui traînera-t-il sa femme? ne faudra-t-il point, est son ornement, dont l'esprit, le mérite, la pour les remuer tous deux, la machine du di- vertu, l'alliance, lui font honneur? Que ne comrecteur ?

mence-t-il par rougir de son mariage ? Une mère, je ne dis pas qui cède et qui se Je connois la force de la coutume, et jusqu'où rend à la vocation de sa fille, mais qui la fait elle maîtrise les esprits et contraint les meurs, religieuse, se charge d'une ame avec la sienne, dans les choses même les plus dénuées de raison en répond à Dieu même, en est la caution : afin et de fondement : je sens néanmoins que j'aurois qu’une telle mère ne se perde pas, il faut que l'impudence de me promener au Cours , et d'y sa fille sé sauve.

passer en revue avec une personne qui seroit Un homme joue et se ruine : il marie néan- ma femme. moins l'aînée de ses deux filles de ce qu'il a pu Ce n'est pas une honte ni une faute à un jeune sauver des mains d'un Ambreville. La cadette est homme que d'épouser une femme avancée en sur le point de faire ses veux, qui n'a point âge; c'est quelquefois prudence, c'est précaud'autre vocation que le jeu de son père. tion. L'infamie est de se jouer de sa bienfaitrice

Il s'est trouvé des filles qui avoient de la par des traitements indignes, et qui lui découvertu , de la santé, de la ferveur, et une bonne vrent qu'elle est la dupe d'un hypocrite et d'un vocation, mais qui n'étoient pas assez riches pour ingrat. Si la fiction est excusable, c'est où il faut faire dans une riche abbaye veu de pauvreté. feindre de l'amitié : s'il est permis de tromper,

Celui qui délibère sur le choix d'une abbaye c'est dans une occasion où il y auroit de la duou d'un simple monastère, pour s'y renfermer, reté à être sincère. Mais elle vit long-temps : agite l'ancienne question de l'état populaire et aviez-vous stipulé qu'elle mourut après avoir du despotique.

signé votre fortune et l'acquit de toutes vos Faire une folie et se marier par amourette, dettes? n'a-t-elle plus après ce grand ouvrage c'est épouser Mélite, qui est jeune, belle, sage, qu'à retenir son haleine, qu'à prendre de l'oéconome, qui plaît, qui vous aime, qui a moins pium ou de la ciguë ? a-t-elle tort de vivre? si de bien qu'Ægine qu'on vous propose , et qui, même vous mourez avant celle dont vous aviez avec une riche dot, apporte de riches dispo- déja réglé les funérailles , à qui vous destiniez la sitions à la consumer, et tout votre fonds avec grosse sonnerie et les beaux ornements, en estsa dot.

elle responsable? Hétoit délicat autrefois de se marier; c'étoit Il y a depuis long-temps dans le monde une un long établissement, une affaire sérieuse, et manière de faire valoir son bien qui continue qui méritoit qu'on y pensât; on étoit pendant toujours d'être pratiquée par d'honnêtes gens, toute sa le mari de sa femme, bonne ou et d'être condamnée par d'habiles docteurs. mauvaise; même table, même demeure, même lit; l'on n'en étoit point quitte pour une pen- | • Billets et obligations. (La Bruyère.)

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