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couve.

ter. Il retrouve ses oiseaux dans son sommeil ; , passent : s'il est par hasard homme de mérite, lui-même il est oiseau, il est huppé, il gazouille, il n'est pas anéanti, et il subsiste encore par il perche, il rêve la nuit qu'il mue ou qu'il quelque endroit; également estimable, il est

seulement moins estimé. Qui pourroit épuiser tous les différents gen- La vertu a cela d'heureux qu'elle se suffit à res de curieux ? Devineriez-vous à entendre par- elle-même, et qu'elle sait se passer d'admiraler celui-ci de son léopard , de sa plume, de sa teurs, de partisans et de protecteurs : le manmusique ', les vanter comme ce qu'il y a sur la que d'appui et d'approbation non seulement ne terre de plus singulier et de plus merveilleux, lui nuit pas, mais il la conserve, l'épure, et la qu'il veut vendre ses coquilles ? Pourquoi non, rend parfaite : qu'elle soit à la mode, qu'elle s'il les achète au poids de l'or?

n'y soit plus, elle demeure vertu. Cet autre aime les insectes; il en fait tous les Si vous dites aux hommes, et sur-tout aux jours de nouvelles emplettes : c'est sur-tout le grands, qu'un tel a de la vertu , ils vous disent : premier homme de l'Europe pour les papillons; Qu'il la garde ; qu'il a bien de l'esprit, de celui il en a de toutes les tailles et de toutes les cou- sur-tout qui plaît et qui amuse, ils vous réponleurs. Quel temps prenez-vous pour lui rendre dent : Tant mieux pour lui ; qu'il a l'esprit fort visite? il est plongé dans une amère douleur ; il cultivé, qu'il sait beaucoup, ils vous demandent a l'humeur noire, chagrine, et dont toute sa quelle heure il est, ou quel temps il fait : mais famille souffre, aussi a-t-il fait une perte irré- si vous leur apprenez qu'il y a un Tigillin qui parable : approchez, regardez ce qu'il vous souffle ou qui jette en sable un verre d'eau-demontre sur son doigt, qui n'a plus de vie, et vie', et, chose merveilleuse! qui y revient à qui vient d'expirer; c'est une chenille, et quelle plusieurs fois en un repas , alors ils disent : Où chenille!

est-il ? amenez-le-moi demain, ce soir; me l'aLe duel est le triomphe de la mode, et l'en- mènerez-vous ? On le leur amène; et cet homme droit où elle a exercé sa tyrannie avec plus d'é- propre à parer les avenues d'une foire, et à être clat. Cet usage a'a pas laisse au poltron la liberté montré en chambre pour de l'argent, ils l'adde vivre; il l'a mené se faire tuer par un plus mettent dans leur familiarité. brave que soi, et l'a confondu avec un homme

Il n'y a rien qui mette plus subitement un de coeur; il a attaché de l'honneur et de la gloire homme à la mode, et qui le soulève davantage, à une action folle et extravagante; il a été ap- que le grand jeu : cela va de pair avec la craprouvé par la présence des rois ; il y a eu quel- pule. Je voudrois bien voir un homme poli, quefois une espèce de religion à le pratiquer : enjoué, spirituel, fût-il un CATULLE ou son il a décidé de l'innocence des hommes, des ac- disciple, faire quelque comparaison avec celui cusations fausses ou véritables sur des crimes qui vient de perdre huit cents pistoles en une capitaux; il s'étoit enfin si profondément enra

séance. ciné dans l'opinion des peuples, et s'étoit si fort Une personne à la mode ressemble à une fleur saisi de leur ceur et de leur esprit, qu’un des bleue* qui croît de soi-même dans les sillons , plus beaux endroits de la vie d'un très grand où elle étouffe les épis, diminue la moisson, et roi a été de les guérir de cette folie.

tient la place de quelque chose de meilleur; Tel a été à la mode, ou pour le commande- qui n'a de prix et de beauté que ce qu'elle emment des armées et la négociation, ou pour prunte d'un caprice léger qui nait et qui tombe l'éloquence de la chaire, ou pour les vers, qui presque dans le même instant : aujourd'hui elle n'y est plus. Y a-t-il des hommes qui dégénè- est courue, les femmes s'en parent; demain rent de ce qu'ils furent autrefois? Est-ce leur elle est négligée, et rendue au peuple. mérite qui est usé, ou le goût que l'on avoit

Une personne de mérite, au contraire, est pour eux?

Souffler ou jeter en sable un verre de vin, d'eau-de-vie, Un homme à la mode dure peu, car les modes anciennes expressions proverbiales qui signifioient l'avaler d'un

» Ces barbeaux qui croissent parmi les seigles furent, un éte, • Noins de coquillages. (La Bruyere.)

à la mode dans Paris. Les dames en melloient pour bouquel.

trait.

une fleur qu'on ne désigne pas par sa couleur, L'on blâme une mode qui, divisant la taille mais que l'on nomme par son nom, que l'on des hommes en deux parties égales, en prend cultive par sa beauté ou par son odeur; l'une une tout entière pour le buste, et laisse l'autre des graces de la nature, l'une de ces choses pour le reste du corps : l'on condamne celle qui qui embellissent le monde, qui est de tous les fait de la tête des femmes la base d'un édifice temps, et d'une vogue ancienne et populaire; à plusieurs étages, dont l'ordre et la structure que nos pères ont estimée, et que nous esti-changent selon leurs caprices; qui éloigne les mons après nos pères ; à qui le dégoût ou l'an- cheveux du visage, bien qu'ils ne croissent que tipathie de quelques uns ne sauroit nuire : un pour l'accompagner; qui les relève et les hélis , une rose.

risse à la manière des Bacchantes, et semble L'on voit Eustrate assis dans sa nacelle, où il avoir pourvu à ce que les femmes changent leur jouit d'un air pur et d'un ciel serein : il avance physionomie douce et modeste en une autre d'un bon vent et qui a toutes les apparences de qui soit fière et audacieuse. On se récrie enfin devoir durer; mais il tombe tout d'un coup, le contre une telle ou une telle mode, qui cepenciel se couvre, l'orage se déclare, un tourbillon dant, toute bizarre qu'elle est, pare et embellit enveloppe la nacelle, elle est submergée : on pendant qu'elle dure, et dont l'on tire tout voit Eustrate revenir sur l'eau et faire quelques l'avantage qu'on en peut espérer, qui est de efforts , on espère qu'il pourra du moins se sau- plaire. Il me paroît qu'on devroit seulement ver et venir à bord ; mais une vague l'enfonce, admirer l'inconstance et la légèreté des homon le tient perdu : il paroît une seconde fois, et mes, qui attachent successivement les agréles espérances se réveillent, lorsqu'un flot sur-ments et la bienséance à des choses tout oppovient et l’abyme, on ne le revoit plus, il est sées, qui emploient pour le comique et pour la noyé.

mascarade ce qui leur a servi de parure grave VOITURE et SARRAZIN étoient nés pour leur et d'ornements les plus sérieux, et que si peu siècle, et ils ont paru dans un temps où il sem- de temps en fasse la différence. ble qu'ils étoient attendus. S'ils s'étoient moins N... est riche; elle mange bien , elle dort presses de venir, ils arrivoient trop tard; et bien : mais les coiffures changent ; et lorsqu'elle j'ose douter qu'ils fussent tels aujourd'hui qu'ils y pense le moins, et qu'elle se croit heureuse, ont été alors : les conversations légères, les la sienne est hors de mode. cercles, la fine plaisanterie , les lettres enjouées Iphis voit à l'église un soulier d'une nouvelle et familières, les petites parties où l'on étoit mode; il regarde le sien, et en rougit; il ne se admis seulement avec de l'esprit, tout a dis- croit plus habillé : il étoit venu à la messe pour paru. Et qu'on ne dise point qu'ils les feroient s'y montrer, et il se cache : le voilà retenu par revivre : ce que je puis faire en faveur de leur le pied dans sa chambre tout le reste du jour. Il esprit est de convenir que peut-être ils excelle- a la main douce, et il l'entretient avec une pâte roient dans un autre genre; mais les femmes de senteur. Il a soin de rire pour montrer ses sont, de nos jours, ou dévotes, ou coquettes, dents : il fait la petite bouche, et il n'y a guère ou joueuses, ou ambitieuses, quelques unes de moments où il ne veuille sourire : il regarde même tout cela à-la-fois ; le goût de la faveur, ses jambes , il se voit au miroir ; l'on ne peut le jeu, les galants, les directeurs, ont pris la être plus content de personne qu'il l'est de luiplace, et la défendent contre les gens d'es- même: il s'est acquis une voix claire et délicate, prit.

et heureusement il parle gras : il a un mouveUn homme fat et ridicule porte un long cha- ment de tête et je ne sais quel adoucissement peau, un pourpoint à ailerons, des chausses à dans les yeux, dont il n'oublie pas de s'embelaiguillettes et des bottines : il rêve la veille par lir : il a une démarche molle et le plus joli où et comment il pourra se faire remarquer le maintien qu'il est capable de se procurer: il met jour qui suit. Un philosophe se laisse habiller du rouge, mais rarement; il n'en fait pas habipar son tailleur. Il y a autant de foiblesse à fuir tude : il est vrai aussi qu'il porte des chausses la mode qu'à l'affecter.

et un chapeau , et qu'il n'a ni boucles d'oreilles, ni collier de perles : aussi ne l'ai-je pas mis dans Celui qui depuis quelque temps à la cour étoit le chapitre des femmes.

dévot, et par-là, contre toute raison , peu éloiCes mêmes modes que les hommes suivent gné du ridicule , pouvoit-il espérer de devenir à si volontiers pour leurs personnes, ils affectent la mode? de les négliger dans leurs portraits, comme s'ils De quoi n'est point capable un courtisan dans sentoient ou qu'ils prévissent l'indécence et le la vue de sa fortune, si, pour ne la pas manridicule où elles peuvent tomber dès qu'elles quer, il devient dévot! auront perdu ce qu'on appelle la fleur ou l'a- Les couleurs sont préparées, et la loile est grément de la nouveauté : ils leur préfèrent une toute prête : mais comment le fixer, cet homme parure arbitraire, une draperie indifférente, inquiet, léger, inconstant, qui change de mille fantaisies du peintre qui ne sont prises ni sur et mille figures ? Je le peins dévot , et je crois l'air, ni sur le visage, qui ne rappellent ni les l'avoir attrapé ; mais il ni'échappe, et déja il est mæurs, ni la personne: ils aiment des attitudes libertin. Qu'il demeure du moins dans cette forcées ou immodestes, une manière dure, sau- mauvaise situation, et je saurai le prendre dans vage, étrangère, qui font un capitan d'un jeune un point de déréglement de coeur et d'esprit où abbé, et un matamore, d'un homme de robe; il sera reconnoissable; mais la mode presse, il une Diane, d'une femme de ville, comme d'une est dévot. femme simple et timide, une Amazone ou une Celui qui a pénétré la cour connoît ce que Pallas; une Laïs, d'une honnête fille; un Scy- c'est que vertu, et ce que c'est que dévotion"; the, un Attila , d'un prince qui est bon et ma- il ne peut plus s'y tromper. gnanime.

Négliger vepres comme une chose antique et Une mode a à peine détruit une autre mode, hors de mode, garder sa place soi-même pour qu'elle est abolie par une plus nouvelle, qui le salut, savoir les êtres de la chapelle, connoî-, cède elle-même à celle qui la suit, et qui ne sera tre le flanc, savoir où l'on est vu et où l'on n'est pas la dernière : telle est notre légèreté; pen- pas vu; rêver dans l'église à Dieu et à ses affaidant ces révolutions, un siècle s'est écoulé qui a res, y recevoir des visites, y donner des ordres et mis toutes ces parures au rang des choses pas des commissions, y attendre les réponses ; avoir sées et qui ne sont plus. La mode alors la plus un directeur mieux écouté que l'Évangile ; tirer curieuse et qui fait plus de plaisir à voir, c'est toute sa sainteté et tout son relief de la réputala plus ancienne : aidée du temps et des an- tion de son directeur ; dédaigner ceux dont le nées, elle a le même agrément dans les por- directeur a moins de vogue, et convenir à peine traits qu'a la saye ou l'habit romain sur les de leur salut; n'aimer de la parole de Dieu que théâtres, qu'ont la mante, le voile et la tiare : ce qui s'en prêche chez soi ou par son directeur, dans nos tapisseries et dans nos peintures. préférer sa messe aux autres messes , et les sa

Nos pères nous ont transmis avec la connois- crements donnés de sa main à ceux qui ont moins sance de leurs personnes celle de leurs habits, de cette circonstance; ne se repaitre que de de leurs coiffures, de leurs armes », et des au- livres de spiritualité, comme s'il n'y avoit ni tres ornements qu'ils ont aimés pendant leur évangiles, ni epitres des apôtres, ni morale des vie : nous ne saurions bien reconnoître cette Pères; lire ou parler un jargon inconnu aux sorte de bienfait qu'en traitant de même nos premiers siècles; circonstancier à confesse les descendants.

défauts d'autrui, y pallier les siens, s'accuser Le courtisan autrefois avoit ses cheveux, de ses souffrances, de sa patience, dire comme étoit en chausses et en pourpoint, portoit de un péché son peu de progrès dans l'héroïsme; larges canons, et il étoit libertin : cela ne sied être en liaison secrète avec de certaines gens plus; il porte une perruque, l'habit serré, le contre certains autres ; n'estimer que soi et sa bas uni, et il est dévot : tout se règle par la cabale , avoir pour suspecte la vertu même; goûmode.

ter, savourer la prospérité et la faveur, n'en

· Habits des Orientaux. (La Pruyère.)
2 Offensives et défensives. (La Bruyère.)

· Fausse dévotion. (La Bruyère.)

vouloir que pour soi ; ne point aider au mérite; | mais commodément , je veux dire d'une étoffe faire servir la piété à son ambition; aller à son fort légère en été, et d'une autre fort moelleuse salut par le chemin de la fortune et des digni- pendant l'hiver; il porte des chemises très détés : c'est du moins jusqu'à ce jour le plus bel liées, qu'il a un très grand soin de bien cacher. effort de la devotion du temps.

Il ne dit point ma haire et ma discipline , au conUn dévot est celui qui, sous un roi athée, traire; il passeroit pour ce qu'il est , pour un seroit athée.

hypocrite, et il veut passer pour ce qu'il n'est Les dévots ' ne connoissent de crimes que l'in- pas, pour un homme dévot : il est vrai qu'il fait continence, parlons plus précisément, que le en sorte que l'on croie, sans qu'il le dise, qu'il bruit ou les dehors de l'incontinence. Si Phéré- porte une haire, et qu'il se donne la discipline ". cide passe pour être guéri des femmes, ou Phé- Il y a quelques livres répandus dans sa chambre rénice pour être fidèle à son mari , ce leur est indifféremment; ouvrez-les, c'est le Combat spiassez : laissez - les jouer un jeu ruineux, faire rituel, le Chrétien intérieur, et l'Année sainte: perdre leurs créanciers, se réjouir du malheur d'autres livres sont sous la clef. S'il marche par d'autrui et en profiter, idolâtrer les grands, la ville, et qu'il découvre de loin un homme demépriser les petits, s'enivrer de leur propre mé vant qui il est nécessaire qu'il soit dévot, les rite, sécher d'envie, mentir, médire, cabaler, yeux baissés , la démarche lente et modeste, nuire, c'est leur élat : voulez-vous qu'ils empiè- l'air recueilli , lui sont familiers; il joue son rôle. tent sur celui des gens de bien , qui avec les vi- S'il entre dans une église, il observe d'abord de ces cachés fuient encore l'orgueil et l'injustice? qui il peut être vu; et, selon la découverte qu'il

Quand un courtisan sera humble, guéri du vient de faire, il se met à genoux et prie, ou il faste et de l'ambition , qu'il n'établira point sa ne songe ni à se mettre à genoux, ni à prier. fortune sur la ruine de ses concurrents, qu'il Arrive-t-il vers lui un homme de bien et d'autosera équitable, soulagera ses vassaux, paiera rité qui le verra et qui peut l'entendre, non ses créanciers, qu'il ne sera ni fourbe ni médi- seulement il prie, mais il médite, il pousse des sant, qu'il renoncera aux grands repas et aux élans et des soupirs : si l'homme de bien se reamours illégitimes, qu'il priera autrement que tire, celui-ci, qui le voit partir, s'apaise et ne des lèvres, et même hors de la présence du souffle pas. Il entre une autre fois dans un lieu prince : quand d'ailleurs il ne sera point d'un saint, perce la foule, choisit un endroit pour se abord farouche et difficile , qu'il n'aura point le recueillir, et où tout le monde voit qu'il s'humivisage austère et la mine triste, qu'il ne sera lie : s'il entend des courtisans qui parlent , qui point paresseux et contemplatif, qu'il saura rient, et qui sont à la chapelle avec moins de rendre, par une scrupuleuse attention , divers silence que dans l'antichambre, il fait plus de emplois très compatibles; qu'il pourra et qu'il bruit qu'eux pour les faire taire ; il reprend sa voudra même tourner son esprit et ses soins aux méditation, qui est toujours la comparaison qu'il grandes et laborieuses affaires, à celles sur-tout fait de ces personnes avec lui-même, et où il d'une suite la plus étendue pour les peuples et trouve son compte. Il évite une église déserte et pour tout l'état ; quand son caractère me fera solitaire, où il pourroit entendre deux messes craindre de le nommer en cet endroit, et que sa de suite, le sermon, vepres et complies, tout modestie l'empêchera, si je ne le nomme pas, cela entre Dieu et lui, et sans que personne lui de s'y reconnoître : alors je dirai de ce person- en sût gré : il aime la paroisse, il fréquente les nage, il est devot; ou plutôt, c'est un homme temples où se fait un grand concours; on n'y donné à son siècle pour le modèle d'une vertu manque point son coup, on y est vu. Il choisit sincère et pour le discernement de l'hypocrite. deux ou trois jours dans toute l'année, où à pro

Onuphre n'a pour tout lit qu’une housse de pos de rien il jeûne ou fait abstinence : mais à serge grise, mais il couche sur le coton et sur la fin de l'hiver il tousse, il a une mauvaise poile duvet : de mème il est habillé simplement, trine, il a des vapeurs, il a eu la fièvre; il se

· Faux dévot. (La Bruyère.)

2 Idem.

· Critique du TARTUFFE de Moliere.

fait prier, presser, quereller, pour rompre le faut qu'une petite somme: il vante quelque autre carême dès son commencement , et il en vient fois publiquement la générosité de cet homme là par complaisance. Si Onuphre est nommé ar- pour le piquer d'honneur et le conduire à lui bitre dans une querelle de parents ou dans un faire une grande largesse : il ne pense point à procès de famille, il est pour les plus forts, je profiter de toute sa succession, ni à s'attirer une veux dire

les plus riches , et il ne se per- donation générale de tous ses biens, s'il s'agit suade point que celui ou celle qui a beaucoup de sur-tout de les enlever à un fils, le légitime hébien puisse avoir tort. S'il se trouve bien d'un ritier. Un homme dévot n'est ni avare, ni viohomme opulent à qui il a su imposer, dont il est lent, ni injuste, ni même intéressé. Onuphre le parasite, et dont il peut tirer de grands se n'est pas dévot, mais il veut être cru tel, et, cours, il ne cajole point sa femme, il ne lui fait du par une parfaite, quoique fausse imitation de la moins ni avance ni déclaration, il s'enfuira, il piété, ménager sourdement ses intérêts : aussi lui laissera son manteau, s'il n'est aussi sûr d'elle ne se joue-t-il pas à la ligne directe, et il ne que de sui - mème : il est encore plus éloigné s'insinue jamais dans une famille où se trouvent d'employer pour la flatter et pour la séduire le lout à-la-fois une fille à pourvoir et un fils à étajargon de la dévotion "; ce n'est point par habi- blir; il y a là des droits trop forts et trop inviotude qu'ille parle, mais avec dessein, et selon qu'il lables; on ne les traverse point sans faire de lui est utile, et jamais quand il ne serviroit qu'à l'éclat, et il l'appréhende, sans qu'une pareille le rendre très ridicule 2. Il sait où se trouvent entreprise vienne aux oreilles du prince, à qui des femmes plus sociables et plus dociles que il dérobe sa marche, par la crainte qu'il a d'être celle de son ami ; il ne les abandonne pas pour découvert, et de paroître ce qu'il est '. Il en veut long-temps, quand ce ne seroit que pour faire à la ligne collatérale, on l'attaque plus impudire de soi dans le public qu'il fait des retraites: nément : il est la terreur des cousins et des couqui en effet pourroit en douter, quand on le re-sines, du neveu et de la nièce, le flatteur et voit paroître avec un visage exténué et d'un l'ami déclaré de tous les oncles qui ont fait forhomme qui ne se ménage point? Les femmes tune. Il se donne pour l'héritier légitime de tout d'ailleurs qui fleurissent et qui prospèrent à l'om- vieillard qui meurt riche et sans enfants; et il bre de la devotionlui conviennent, seulement faut que celui-ci le déshérite, s'il veut que ses avec cette petite différence, qu'il néglige celles parents recueillent sa succession : si Onuphre qui ont vieilli , et qu'il cultive les jeunes , et en- ne trouve pas jour à les en frustrer à fond, il tre celles-ci les plus belles et les mieux faites ; leur en ôte du moins une bonne partie : une pec'est son attrait : elles vont, et il va ; elles re- tite calomnie , moins que cela, une légère méviennent, et il revient ; elles demeurent, et il disance lui suffit pour ce pieux dessein ; et c'est demeure; c'est en lous lieux et à toutes les heu- le talent qu'il possède à un plus haut degré de res qu'il a la consolation de les voir : qui pour- perfection : il se fait même souvent un point de roit n'en être pas édifié? elles sont dévotes , et conduite de ne le pas laisser inutile; il y a des il est dévot. Il n'oublie pas de tirer avantage de gens, selon lui, qu'on est obligé en conscience l'aveuglement de son ami, et de la prévention de décrier, et ces gens sont ceux qu'il n'aime où il l'a jeté en sa faveur : tantôt il lui emprunte point, à qui il veut nuire, et dont il desire la déde l'argent, tantôt il fait si bien que cet ami lui pouille. Il vient à ses fins sans se donner même la en offre : il se fait reprocher de n'avoir pas re- peine d'ouvrir la bouche: on lui parle d'Eudoxe, cours à ses amis dans ses besoins. Quelquefois il souritou il soupire; on l'interroge, on insiste, il il ne veut pas recevoir une obole sans donner un ne répond rien ; et il a raison, il en a assez dit. billet, qu'il est bien sûr de ne jamais retirer. Il Riez, Zélie, soyez badine et folâtre à votre dit une autre fois, et d'une certaine manière, ordinaire : qu'est devenue votre joie? Je suis que rien ne lui manque, et c'est lorsqu'il ne lui riche, dites-vous, me voilà au large, et je com

pour

mence à respirer. Riez plus haut, Zélie, éclaFausse dévotion. (La Bruyère.) > Critique du TARTUPPE. 3 Fausse dévotion. (La Bruyère.)

Critique du TARTUFFE.

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