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ni collier de perles : aussi ne l'ai-je pas mis dans Celui qui depuis quelque temps à la cour étoit le chapitre des femmes.

dévot, et par-là, contre toute raison , peu éloiCes mêmes modes que les hommes suivent gné du ridicule, pouvoit-il espérer de devenir à si volontiers pour leurs personnes,

ils affectent la mode ? de les négliger dans leurs portraits, comme s'ils De quoi n'est point capable un courtisan dans sentoient ou qu'ils prévissent l'indécence et le la vue de sa fortune, si , pour ne la pas manridicule où elles peuvent tomber dès qu'elles quer, il devient dévot! auront perdu ce qu'on appelle la fleur ou l'a Les couleurs sont préparées, et la loile est grément de la nouveauté : ils leur préfèrent une toute prête : mais comment le fixer, cet homme parure arbitraire, une draperie indifférente, inquiet, léger, inconstant, qui change de mille fantaisies du peintre qui ne sont prises ni sur et mille figures ? Je le peins dévot, et je crois l'air , ni sur le visage, qui ne rappellent ni les l'avoir attrapé; mais il ni'échappe, et déja il est meurs, ni la personne : ils aiment des attitudes libertin. Qu'il demeure du moins dans cette forcées ou immodestes, une manière dure, sau- mauvaise situation, et je saurai le prendre dans vage, étrangère, qui font un capitan d'un jeune un point de déréglement de coeur et d'esprit où abbé, et un matamore, d'un homme de robe; il sera reconnoissable; mais la mode presse, il une Diane, d'une femme de ville, comme d'une est dévot. femme simple et timide, une Amazone ou une . Celui qui a pénétré la cour connoit ce que Pallas; une Laïs, d'une honnête fille; un Scy- c'est que vertu, et ce que c'est que dévotion"; the, un Attila , d'un prince qui est bon et ma- il ne peut plus s'y tromper. gnanime.

Négliger vepres comme une chose antique et Une mode a à peine détruit une autre mode, hors de mode, garder sa place soi-même pour qu'elle est abolie par une plus nouvelle, qui le salut, savoir les êtres de la chapelle, connoicède elle-même à celle qui la suit, et qui ne sera tre le flanc , savoir où l'on est vu et où l'on n'est pas la dernière : telle est notre légèreté ; pen- pas vu; rêver dans l'église à Dieu et à ses affaidant ces révolutions, un siècle s'est écoulé qui a res, y recevoir des visites, y donner des ordres et mis toutes ces parures au rang des choses pas- des commissions, y attendre les réponses ; avoir sées et qui ne sont plus. La mode alors la plus un directeur mieux écouté que l'Évangile; tirer eurieuse et qui fait plus de plaisir à voir, c'est toute sa sainteté et tout son relief de la réputala plus ancienne : aidée du temps et des an- tion de son directeur; dédaigner cenx dont le nées, elle a le même agrément dans les por- directeur a moins de vogue, et convenir à peine traits qu'a la saye ou l'habit romain sur les de leur salut ; n'aimer de la parole de Dieu que théâtres, qu'ont la mante, le voile et la tiare ce qui s'en prêche chez soi ou par son directeur, dans nos tapisseries et dans nos peintures. préférer sa messe aux autres messes , et les sa

Nos pères nous ont transmis avec la connois- crements donnés de sa main à ceux qui ont moins sance de leurs personnes celle de leurs habits, de cette circonstance; ne se repaître que de de leurs coiffures, de leurs armes", et des au- livres de spiritualité, comme s'il n'y avoit ni tres ornements qu'ils ont aimés pendant leur évangiles, ni épîtres des apôtres, ni morale des vie : nous ne saurions bien reconnoître cette Pères ; lire ou parler un jargon inconnu aux sorte de bienfait qu'en traitant de même nos premiers siècles ; circonstancier à confesse les descendants.

défauts d'autrui, y pallier les siens, s'accuser Le courtisan autrefois avoit ses cheveux, de ses souffrances, de sa patience, dire comme étoit en chausses et en pourpoint, portoit de un péché son peu de progrès dans l'héroïsme; larges canons, et il étoit libertin : cela ne sied être en liaison secrète avec de certaines gens plus; il porte une perruque, l'habit serré, le contre certains autres ; n'estimer que soi et sa bas uni, et il est dévot : tout se règle par la cabale , avoir pour suspecte la vertu même; goûmode.

ter, savourer la prospérité et la faveur, n'en

* Habits des Orientaux. (La Bruyère.)
7 Offensives et défensives. (La Bruyère.)

1 Fausse dévotion. (La Bruyère.)

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vouloir que pour soi; ne point aider au mérite; | mais commodement, je veux dire d'une étoffe faire servir la piété à son ambition; aller à son fort légère en été, et d'une autre fort moelleuse salut par le chemin de la fortune et des digni- pendant l'hiver; il porte des chemises très détés : c'est du moins jusqu'à ce jour le plus bel liées, qu'il a un très grand soin de bien cacher. effort de la dévotion du temps.

Il ne dit point ma haire et ma discipline , au conUn dévot " est celui qui, sous un roi athée, traire; il passeroit pour ce qu'il est , pour un seroit athée.

hypocrite, et il veut passer pour ce qu'il n'est Les dévots ? ne connoissent de crimes que l'in- pas, pour un homme dévot : il est vrai qu'il fait continence, parlons plus précisément, que le en sorte que l'on croie, sans qu'il le dise, qu'il bruit ou les dehors de l'incontinence. Si Phéré- porte une haire, et qu'il se donne la discipline". cide passe pour être guéri des femmes, ou Phé- il y a quelques livres répandus dans sa chambre rénice pour être fidèle à son mari, ce leur est indifféremment; ouvrez-les, c'est le Combat spiassez : laissez - les jouer un jeu ruineux, faire rituel, le Chrétien intérieur, et l'Année sainte: perdre leurs créanciers, se réjouir du malheur d'autres livres sont sous la clef. S'il marche par d'autrui et en profiter, idolâtrer les grands, la ville, et qu'il découvre de loin un homme demépriser les petits, s'enivrer de leur propre mé vant qui il est nécessaire qu'il soit dévot, les rite, sécher d'envie, mentir, médire, cabaler, yeux baissés, la démarche lente et modeste, nuire, c'est leur état : voulez-vous qu'ils empiè- l'air recueilli, lui sont familiers; il joue son rôle. tent sur celui des gens de bien, qui avec les vi- S'il entre dans une église, il observe d'abord de ces cachés fuient encore l'orgueil et l'injustice? qui il peut être vu; et, selon la découverte qu'il

Quand un courtisan sera humble, guéri du vient de faire, il se met à genoux et prie, ou il faste et de l'ambition , qu'il n'établira point sa ne songe ni à se mettre à genoux, ni à prier. fortune sur la ruine de ses concurrents, qu'il Arrive-t-il vers lui un homme de bien et d'autosera équitable, soulagera ses vassaux, paiera rité qui le verra et qui peut l'entendre, non ses créanciers, qu'il ne sera ni fourbe ni médi- seulement il prie, mais il médite, il pousse des sant, qu'il renoncera aux grands repas et aux élans et des soupirs : si l'homme de bien se reamours illégitimes, qu'il priera autrement que tire, celui-ci, qui le voit partir, s'apaise et ne des lèvres, et même hors de la présence du souffle pas. Il entre une autre fois dans un lieu prince : quand d'ailleurs il ne sera point d'un saint, perce la foule, choisit un endroit pour se abord farouche et difficile, qu'il n'aura point le recueillir, et où tout le monde voit qu'il s'humivisage austère et la mine triste, qu'il ne sera lie : s'il entend des courtisans qui parlent , qui point paresseux et contemplatif, qu'il saura rient , et qui sont à la chapelle avec moins de rendre, par une scrupuleuse attention , divers silence que dans l'antichambre, il fait plus de emplois très compatibles ; qu'il pourra et qu'il bruit qu'eux pour les faire taire ; il reprend sa voudra même tourner son esprit et ses soins aux méditation, qui est toujours la comparaison qu'il grandes et laborieuses affaires, à celles sur-tout fait de ces personnes avec lui-même, et où il d'une suite la plus étendue pour les peuples et trouve son compte. Il évite une église déserte et pour tout l'état ; quand son caractère me fera solitaire, où il pourroit entendre deux messes craindre de le nommer en cet endroit, et que sa de suite, le sermon, vepres et complies, tout modestie l'empêchera, si je ne le nomme pas, cela entre Dieu et lui, et sans que personne lui de s'y reconnoître : alors je dirai de ce person- en sût gré : il aime la paroisse, il fréquente les nage, il est dévot; ou plutôt, c'est un homme temples où se fait un grand concours; on n'y donné à son siècle pour le modèle d'une vertu manque point son coup, on y est vu. choisit sincère et pour le discernement de l'hypocrite. deux ou trois jours dans toute l'année, où à pro

Onuphre n'a pour tout lit qu'une housse de pos de rien il jeûne ou fait abstinence : mais à serge grise, mais il couche sur le coton et sur la fin de l'hiver il tousse, il a une mauvaise poile duvet : de même il est habillé simplement, trine , il a des vapeurs, il a eu la fièvre; il se

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fait prier, presser, quereller, pour rompre le faut qu'une petite somme: il vante quelque autre carême dès son commencement , et il en vient fois publiquement la générosité de cet homme là par complaisance, Si Onuphre est nommé ar- pour le piquer d'honneur et le conduire à lui bitre dans une querelle de parents ou dans un faire une grande largesse : il ne pense point à procès de famille, il est pour les plus forts, je profiter de toute sa succession, ni à s'attirer une veux dire pour les plus riches , et il ne se per- donation générale de tous ses biens, s'il s'agit suade point que celui ou celle qui a beaucoup de sur-tout de les enlever à un fils, le légitime hébien puisse avoir tort. S'il se trouve bien d'un ritier. Un homme dévot n'est ni avare, ni viohomme opulent à qui il a su imposer, dont il est lent, ni injuste, ni même intéressé. Onuphre le parasite, et dont il peut tirer de grands se n'est pas dévot, mais il veut être cru tel, et, cours, il ne cajole point sa femme, il ne lui fait du par une parfaite, quoique fausse imitation de la moins ni avance ni déclaration, il s'enfuira, il piété, ménager sourdement ses intérêts : aussi lui laissera son manteau, s'il n'est aussi sûr d'elle ne se joue-t-il pas à la ligne directe, et il ne que de Tui - même : il est encore plus éloigné s'insinue jamais dans une famille où se trouvent d'employer pour la flatter et pour la séduire le lout à-la-fois une fille à pourvoir et un fils à étajargon de la devotion "; ce n'est point par habi- blir; il y a là des droits trop forts et trop inviotude qu'ille parle, mais avec dessein, et selon qu'il lables; on ne les traverse point sans faire de lui est utile, et jamais quand il ne serviroit qu'à l'éclat, et il l'appréhende, sans qu'une pareille le rendre très ridicule. Il sait où se trouvent entreprise vienne aux oreilles du prince, à qui des femmes plus sociables et plus dociles que il dérobe sa marche, par la crainte qu'il a d'être celle de son ami; il ne les abandonne pas pour découvert, et de paroître ce qu'il est . Il en veut long-temps, quand ce ne seroit que pour faire à la ligne collatérale, on l'attaque plus impudire de soi dans le public qu'il fait des retraites: nément : il est la terreur des cousins et des couqui en effet pourroit en douter, quand on le re- sines, du neveu et de la nièce, le flatteur et voit paroître avec un visage exténué et d'un l'ami déclaré de tous les oncles qui ont fait forhomme qui ne se ménage point? Les femmes tune. Il se donne pour l'héritier légitime de tout d'ailleurs qui fleurissent et qui prospèrent à l'om- vieillard qui meurt riche et sans enfants; et il bre de la dévotionlui conviennent, seulement faut que celui-ci le déshérite, s'il veut que ses avec cette petite différence, qu'il néglige celles parents recueillent sa succession : si Onuphre qui ont vieilli, et qu'il cultive les jeunes , et en- ne trouve pas jour à les en frustrer à fond, il tre celles-ci les plus belles et les mieux faites ; leur en ôte du moins une bonne partie : une pec'est son attrait : elles vont, et il va ; elles re- tite calomnie , moins que cela , une légère méviennent, et il revient ; elles demeurent, et il disance lui suffit pour ce pieux dessein ; et c'est demeure; c'est en lous lieux et à toutes les heu- le talent qu'il possède à un plus haut degré de res qu'il a la consolation de les voir : qui pour- perfection : il se fait même souvent un point de roit n'en être pas édifié ? elles sont dévotes, et conduite de ne le pas laisser inutile; il y a des il est dévot. Il n'oublie pas de tirer avantage de gens, selon lui, qu'on est obligé en conscience l'aveuglement de son ami, et de la prévention de décrier, et ces gens sont ceux qu'il n'aime où il l'a jeté en sa faveur : tantôt il lui emprunte point, à qui il veut nuire, et dont il desire la déde l'argent, tantôt il fait si bien que cet ami lui pouille. Il vient à ses fins sans se donner même la en offre : il se fait reprocher de n'avoir pas re- peine d'ouvrir la bouche: on lui parle d'Eudoxe, cours à ses amis dans ses besoins. Quelquefois il sourit ou il soupire ; on l'interroge, on insiste, il il ne veut pas recevoir une obole sans donner un ne répond rien ; et il a raison, il en a assez dit. billet, qu'il est bien sûr de ne jamais retirer. Riez, Zélie, soyez badine et folâtre à votre dit une autre fois, et d'une certaine manière, ordinaire : qu'est devenue votre joie? Je suis que rien ne lui manque, et c'est lorsqu'il ne lui riche, dites-vous, me voilà au large, et je com

mence à respirer. Riez plus haut, Zélie, écla1 Fausse dévotion. (La Bruyère.)

Critique du TARTUFFE.
3 Fausse dévotion. (La Bruyère.)

Critique du TARTUPFE.

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tez : que sert une meilleure fortune, si elle C'est une pratique ancienne dans les cours amène avec soi le sérieux et la tristesse? Imitez de donner des pensions et de distribuer des les grands qui sont nés dans le sein de l'opu- graces à un musicien, à un maître de danse, à lence; ils rient quelquefois, ils cèdent à leur un farceur, à un joueur de flûte, à un flatteur, temperament; suivez le vôtre; ne faites pas à un complaisant; ils ont un mérite fixe et des dire de vous qu'une nouvelle place ou que quel talents sûrs et connus qui amusent les grands, que mille livres de rente de plus ou de moins et qui les délassent de leur grandeur. On sait vous font passer d'une extrémité à l'autre. Je que Favier est beau danseur, et que Lorenzani tiens, dites-vous, à la faveur par un endroit. fait de beaux motets : qui sait au contraire si Je m'en doutois, Zélie; mais, croyez-moi, ne l'homme dévot a de la vertu ? il n'y a rien pour laissez

pas

de rire, et même de me sourire en lui sur la cassette ni à l'épargne, et avec raipassant, comme autrefois : ne craignez rien, je son; c'est un métier aisé à contrefaire, qui, n'en serai ni plus libre ni plus familier avec s'il étoit récompensé, exposeroit le prince à vous : je n'aurai pas une moindre opinion de mettre en honneur la dissimulation et la fourvous et de votre poste; je croirai également que berie, et à payer pension à l'hypocrite. vous êtes riche et en faveur. Je suis dévote, L'on espère que la dévotion de la cour ne ajoutez-vous. C'est assez , Zélie, et je dois me laissera pas d'inspirer la résidence. souvenir que ce n'est plus la sérénité et la joie Je ne doute point que la vraie dévotion ne soit que

le sentiment d'une bonne conscience étale la source du repos ; elle fait supporter la vie et sur le visage; les passions tristes et austères rend la mort douce : on n'en tire pas lant de ont pris le dessus et se répandent sur les de l'hypocrisie. hors; elles mènent plus loin , et l'on ne s'étonne Chaque heure en soi, comme à notre égard, plus de voir que la dévotion'sache encore mieux est unique : est-elle écoulée une fois, elle a péri que la beauté et la jeunesse rendre une femme entièrement, les millions de siècles ne la ramè fière et dédaigneuse.

neront pas. Les jours, les mois, les années, L'on a été loin depuis un siècle dans les arts s'enfoncent et se perdent sans retour dans l'aet dans les sciences, qui loules ont été poussées byme des temps. Le temps même sera détruit: à un grand point de raffinement, jusqu'à celle ce n'est qu'un point dans les espaces immenses du salut, que l'on a réduite en règle et en mé- de l'éternité, et il sera effacé. Il y a de légères thode, et augmentée de tout ce que l'esprit des et frivoles circonstances du temps qui ne sont hommes pouvoit inventer de plus beau et de point stables, qui passent, et que j'appelle des plus sublime. La dévotion ’ et la géométrie ont modes, la grandeur, la faveur, les richesses, la leurs façons de parler, ou ce qu'on appelle les puissance , l'autorité, l'indépendance, le plaisir, termes de l'art; celui qui ne les sait pas n'est les joies, la superfluité. Que deviendront ces ni dévot, ni géomètre. Les premiers dévots, modes quand le temps même aura disparu? La ceux mêmes qui ont été dirigés par les apôtres, vertu seule , si peu à la mode, va au-delà des ignoroient ces termes : simples gens qui n'a- temps. voient que la foi et les cuvres, et qui se réduisoient à croire et à bien vivre!

CHAPITRE XIV. C'est une chose délicate à un prince religieux de réformer la cour, et de la rendre pieuse :

De quelques usages. instruit jusqu'où le courtisan veut lui plaire, et aux dépens de quoi il feroit sa fortune, il le mé Il y a des gens qui n'ont pas le moyen d'être nage avec prudence, il tolère, il dissimule, de nobles. peur de le jeter dans l'hypocrisie ou le sacri Il y en a de tels, que, s'ils eussent obtenu six lége : il attend plus de Dieu et du temps que de mois de délai de leurs créanciers, ils étoient son zèle et de son industrie.

nobles.

· Fausse dévotion. (La Bruyère.)

- Idem,

· Vétérans. (La Bruyère.)

Quelques autres se couchent roluriers et se on s'en croit digne, on se les adjuge. Il reste lèvent nobles".

encore aux meilleurs bourgeois une certaine Combien de nobles dont le père et les ainés pudeur qui les empêche de se parer d'une cousont roturiers !

ronne de marquis, trop satisfaits de la comtale: Tel abandonne son père qui est connu, et quelques uns même ne vont pas la chercher dont on cite le greffe ou la boutique, pour se fort loin, et la font passer de leur enseigne à retrancher sur son aïeul, qui, mort depuis long- leur carrosse. temps, est inconnu et hors de prise. Il montre Il suffit de n'être point né dans une ville, ensuite un gros revenu, une grande charge, de mais sous une chaumière répandue dans la cambelles alliances; et, pour être noble, il ne lui pagne, ou sous une ruine qui trempe dans un manque que des titres.

marécage, et qu'on appelle château , pour être Rehabilitations, mot en usage dans les tribu- cru noble sur sa parole. naux, qui a fait vieillir et rendu gothique celui Un bon gentilhomme veut passer pour un de lettres de noblesse, autrefois si françois et petit seigneur, et il y parvient. Un grand seisi usité. Se faire réhabiliter suppose qu'un gneur affecte la principauté, et il use de tant homme devenu riche, originairement est noble, de précautions qu'à force de beaux noms, qu'il est d'une nécessité plus que morale qu'il le disputes sur le rang et les préséances, de nousoit ; qu'à la vérité son père a pu déroger ou velles armes, et d'une généalogie que d'Hozier par la charrue, ou par la houe, ou par la malle, ne lui a pas faite, il devient enfin un petit ou par les livrées; mais qu'il ne s'agit pour lui prince. que de rentrer dans les premiers droits de ses Les grands en toutes choses se forment et se ancêtres, et de continuer les armes de sa mai- moulent sur de plus grands, qui, de leur part, son, les mêmes pourtant qu'il a fabriquées, et pour n'avoir rien de commun avec leurs infétout autres que celles de sa vaisselle d'étain; rieurs, renoncent volontiers à toutes les rubriqu'en un mot les lettres de noblesse ne lui con- ques d'honneurs et de distinctions dont leur viennent plus, qu'elles n'honorent que le rotu- condition se trouve chargée, et préfèrent à cette rier, c'est-à-dire celui qui cherche encore le se- servitude une vie plus libre et plus commode : cret de devenir riche.

ceux qui suivent leur piste observent déja par Un homme du peuple, à force d'assurer qu'il émulation cette simplicité et celle modestie : a vu un prodige, se persuade faussement qu'il tous ainsi se réduiront par hauteur à vivre naa vu un prodige. Celui qui continue de cacher turellement et comme le peuple. Horrible inson âge pense enfin lui-même être aussi jeune convénient ! qu'il veut le faire croire aux autres. De même Certaines gens portent trois noms,

de

peur le roturier qui dit par habitude qu'il tire son

ils en ont pour la campagne et origine de quelque ancien baron , ou de quel pour la ville, pour les lieux de leurs services que châtelain, dont il est vrai qu'il ne descend ou de leur emploi. D'autres ont un seul nom pas, a le plaisir de croire qu'il en descend. dissyllabe qu'ils anoblissent par des particules,

Quelle est la roture un peu heureuse et éta- dès que leur fortune devient meilleure. Celuiblie à qui il manque des armes , et dans ces ci, par la suppression d'une syllabe , fait de son armes une pièce honorable, des suppôts, un nom obscur un nom illustre : celui-là, par le cimier, une devise, et peut-être le cri de guerre? changement d'une lettre en une autre, se traQu'est devenue la distinction des casques et des vestit, et de Syrus devient Cyrus. Plusieurs heaumes? Le nom et l'usage en sont abolis; il suppriment leurs noms, qu'ils pourroient conne s'agit plus de les porter de front ou de côté, server sans honte, pour en adopter de plus ouverts ou fermés, et ceux-ci de tant ou de beaux, où ils n'ont qu'à perdre par la compatant de grilles : on n'aime pas les minuties, on raison que l'on fait toujours d'eux qui les porpasse droit aux couronnes, cela est plus simple, tent, avec les grands honımes qui les ont portés.

Il s'en trouve enfin qui, nés à l'ombre des clo· Vétérans. (La Bruyère.)

chers de Paris, veulent être Flamands ou Ita

d'en manquer;

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