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heureux siècle ! siècle rempli de mauvais exem- une guerre douteuse. Ceux qui sont nés' arbiples, où la vertu souffre, où le crime domine, tres et médiateurs temporisent; et lorsqu'ils où il triomphe! Je veux être un Lycaon , un pourroient avoir déja employé utilement leur Égisthe , l'occasion ne peut être meilleure, ni les médiation, ils la promettent. O påtres ! conticonjonctures plus favorables, si je desire du nue Héraclite; Ô rustres qui habitez sous le moins de fleurir et de prospérer. Un homme chaume et dans les cabanes ! si les évènements dit : Je passerai la mer, je dépouillerai mon ne vont point jusqu'à vous, si vous n'avez point père de son patrimoine, je le chasserai, lui , sa le coeur percé par la malice des hommes , si on femme, son béritier, de ses terres et de ses ne parle plus d'hommes dans vos contrées, mais états; et, comme il l'a dit, il l'a fait. Ce qu'il seulement de renards et de loups cerviers, redevoit appréhender, c'étoit le ressentiment de cevez-moi parmi vous à manger votre pain noir plusieurs rois qu'il outrage en la personne d'un et à boire l'eau de vos citernes. seul roi : mais ils tiennent pour lui; ils lui ont Petits hommes ? hauts de six pieds, lout au presque dit : Passez la mer, dépouillez votre plus de sept, qui vous enfermez aux foires comme père", montrez à tout l'univers qu'on peut chas- géants, et comme des pièces rares dont il faut ser un roi de son royaume, ainsi qu'un petit acheter la vue, dès que vous allez jusqu'à huit seigneur de son château, ou un fermier de sa pieds; qui vous donnez sans pudeur de la haumétairie : qu'il n'y ait plus de différence entre tesse et de l'éminence, qui est tout ce que l'on de simples particuliers et nous, nous sommes pourroit accorder à ces montagnes voisines du las de ces distinctions : apprenez au monde que ciel, et qui voient les nuages se former au-desces peuples que Dieu a mis sous nos pieds peu- sous d'elles ; espèce d'animaux glorieux et suvent nous abandonner, nous trahir, nous livrer, perbes, qui méprisez toute autre espèce, qui se livrer eux-mêmes à un étranger, et qu'ils ne faites pas même comparaison avec l'éléphant ont moins à craindre de nous que nous d'eux et la baleine, approchez, hommes, répondez et de leur puissance. Qui pourroit voir des cho- un peu à Démocrite! Ne dites-vous pas en comses si tristes avec des yeux secs et une ame tran- mun proverbe, des loups ravissants, des lions quille? Il n'y a point de charges qui n'aient leurs furieux , malicieux comme un singe? Et vous auprivileges : il n'y a aucun titulaire qui ne parle, tres, qui êtes-vous ? J'entends corner sans cesse qui ne plaide, qui ne s'agite pour les défendre: à mes oreilles : L'homme est un animal raisonla dignité royale seule n'a plus de privileges; les nable : qui vous a passé cette définition ? sont-ce rois eux-mêmes y ont renoncé. Un seul, tou- les loups, les singes et les lions, ou si vous vous jours bon’ et magnanime, ouvre ses bras à une l'êtes accordée à vous - mêmes ? C'est déja une famille malheureuse. Tous les autres se liguent chose plaisante que vous donniez aux animaux, comme pour se venger de lui, et de l'appui qu'il vos confrères, ce qu'il y a de pire, pour prendonne à une cause qui leur est commune : l’es- dre pour vous ce qu'il y a de meilleur : laissez-les prit de pique et de jalousie prévaut chez eux un peu se définir eux-mêmes, et vous verrez à l'intérêt de l'honneur, de la religion, et de comme ils s'oublieront, et comme vous serez leur état; est-ce assez ? à leur intérêt personnel traités. Je ne parle point, ô hommes, de vos lé et domestique; il y va, je ne dis pas de leur gèretés, de vos folies et de vos caprices, qui vous élection, mais de leur succession, de leurs mettent au-dessous de la taupe et de la tortue, droits comme héréditaires : enfin, dans tout, qui vont sagement leur petit train, et qui suil'homme l'emporte sur le souverain. Un prince vent, sans varier, l'instinct de la nature : mais délivroit l'Europe 4, se délivroit lui-même d'un écoutez-moi un moment. Vous dites d'un tierfatal ennemi, alloit jouir de la gloire d'avoir celet de faucon qui est fort léger, et qui fait détruit un grand empires : il la néglige pour une belle descente sur la perdrix : Voilà un bon à corps : C'est un bon lévrier. Je consens aussi éventrent, sans compter ceux qui, tombant que vous disiez d'un homme qui court le san- sur vos toits, enforcent les planchers, vont du glier, qui le met aux abois , qui l'atteint et qui grenier à la cave, en enlèvent les voûtes, et font le perce : Voilà un brave homme. Mais si vous sauter en l'air, avec vos maisons, vos femmes voyez deux chiens qui s'aboient, qui s'affron- qui sont en couche, l'enfant et la nourrice : et tent, qui se mordent et se déchirent, vous di- c'est là encore où gît la gloire; elle aime le retes : Voilà de sots animaux ; et vous prenez un mue-ménage, et elle est personne d'un grand bâton pour les séparer. Que si l'on vous disoit fracas. Vous avez d'ailleurs des armes défensique tous les chats d'un grand pays se sont as- ves, et dans les bonnes règles vous devez en semblés par milliers dans une plaine, et qu'a- guerre être habillés de fer, ce qui est sans menprès avoir miaulé tout leur soul ils se sont tir une jolie parure, et qui me fait souvenir de jetés avec fureur les uns sur les autres, et ont ces quatre puces célèbres que montroit autrejoué ensemble de la dent et de la griffe; que fois un charlatan, subtil ouvrier, dans une fiole de cette mêlée il est demeuré de part et d'autre où il avoit trouvé le secret de les faire vivre : il neuf à dix mille chats sur la place, qui ont in- leur avoit mis à chacune une salade en tête , fectél'air à dix lieues de là par leur puanteur; ne leur avoit passé un corps de cuirasse, mis des diriez-vous pas: Voilà le plus abominable sabbat brassards, des genouillères, la lance sur la cuisdont on ait jamais ous parler? Et si les loups en se; rien ne leur manquoit, et en cet équipage elles faisoient de même, qnels hurlements! quelle alloient par sauts et par bonds dans leur bouteille. boucherie! Et si les uns ou les autres vous di- Feignez un homme de la taille du mont Athos: soient qu'ils aiment la gloire, concluriez - vous pourquoi non? une ame seroit-elle embarrassée de ce discours qu'ils la mettent à se trouver à d'animer un tel corps? elle en seroit plus au ce beau rendez-vous, à détruire ainsi et à anéan- large : si cet homme avoit la vue assez subtile tir leur propre espèce? ou , après l'avoir conclu, pour vous découvrir quelque part sur la terre ne ririez-vous pas de tout votre coeur de l'ingé- avec vos armes offensives et défensives, que nuité de ces pauvres bêtes ? Vous avez déja, en croyez-vous qu'il penseroit de petits marmouanimaux raisonnables, et pour vous distinguer sets ainsi équipés, et de ce que vous appelez de ceux qui ne se servent que de leurs dents et guerre, cavalerie, infanterie, un mémorable de leurs ongles, imaginé les lances, les piques, siége, une fameusejournée ? N'entendrai-je done les dards, les sabres et les cimeterres, et à mon plus bourdonner d'autre chose parmi vous? le gré fort judicieusement; car avec vos seules monde ne se divise-t-il plus qu'en régiments et mains que pouviez-vous vous faire les uns aux en compagnies ? tout est-il devenu bataillon ou autres, que vous arracher les cheveux, vous escadron? Il a pris une ville, il en a pris une égratigner au visage, ou tout au plus vous ar- seconde, puis une troisième; il a gagné une baracher les yeux de la tête ? au lieu que vous taille, deux batailles; il chasse l'ennemi, il vainc voilà munis d'instruments commodes, qui vous sur mer, il vainc sur terre : est-ce de quelqu'un servent à vous faire réciproquement de larges de vous autres, est-ce d'un géant, d'un Athos, plaies d'où peut couler votre sang jusqu'à la que vous parlez? Vous avez sur-tout un homme dernière goutte, sans que vous puissiez craindre på!e- et livide, qui n'a pas sur soi dix onces de d'en échapper. Mais comme vous devenez d'an- chair, et que l'on croiroit jeter à terre du moinnée à autre plus raisonnables, vous avez bien dre souffle. Il fait néanmoins plus de bruit que enchéri sur cette vieille manière de vous exter- quatre autres, et met tout en combustion; il vient miner : vous avez de petits globes: qui vous de pêcher en eau trouble une île tout entière 3 ; tuent lout d'un coup, s'ils peuvent seulement ailleurs, à la vérité, il est battu et poursuivi; vous atteindre à la tête ou à la poitrine; vous mais il se sauve par les marais, et ne veut écouen avez d'autres a plus pesants, et plus massifs, ter ni paix ni trève. Il a montré de bonne heure qui vous coupent en deux parts ou qui vous ce qu'il savoit faire, il a mordu le sein de sa

oiseau ; et d'un lévrier qui prend un lièvre corps Le prince d'Orange. - Le roi Jacques II. 3 Louis XIV, qui donna retraite à Jacques II et à toute sa famille, après qu'il eut été obligé de se retirer d'Angleterre. 2 Les princes ligués en faveur du prince d'Orange contre

* L'empereur.

i Innocent XI.

5 Le turc.

Louis XIV.

"Les bombes.

> Le prince d'Orange. Les balles de mousquet. Les bonlets de canon.

3 L'Angleterre.

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nourrice" : elle en est morte, la pauvre femme; d'importants services : car ou l'Arconte échouera je m'entends, il suffit. En un mot, il étoit ne avec ses alliés, ce qui est plus difficile qu'impossujet, il ne l'est plus; au contraire, il est le sible à concevoir; ou, s'il réussit et que rien ne maître, et ceux qu'il a domptés a et mis sous le lui résiste, le voilà tout porté, avec ses alliés joug vont à la charrue et labourent de bon cou- jaloux de la religion et de la puissance de Cerage: ils semblent même appréhender , les bon- sar, pour fondre sur lui, pour lui enlever l'aigle, nes gens, de pouvoir se délier un jour et deve- et le réduire, lui ou son héritier, à la fasce d'arnir libres, car ils ont étendu la courroie et allongé gent' et aux pays héréditaires. Enfin c'en est le fouet de celui qui les fait marcher; ils n'ou- fait, ils se sont lous livrés à lui volontairement, blient rien pour accroître leur servitude : ils lui à celui peut-être de qui ils devoient se défier font passer l'eau pour se faire d'autres vassaux davantage. Esope ne leur diroit-il pas : « La et s'acquérir de nouveaux domaines : il s'agit, gent volatile d'une certaine contrée prend l'ail est vrai, de prendre son père et sa mère par « larme et s'effraie du voisinage du lion, dont les épaules, et de les jeter hors de leur maison; « le seul rugissement lui fait peur; elle se réet ils l'aident dans une si honnête entreprise. fugie auprès de la bêle, qui lui fait parler Les gens de delà l'eau et ceux d’en deçà se

« d'accommodement et la prend sous sa proteccotisent et mettent chacun du leur pour se le

« tion, qui se termine enfin à les croquer tous rendre à eux tous de jour en jour plus redou- « l'un après l'autre? » table : les Pictes et les Saxons imposent silence aux Bataves , et ceux-ci aux Pictes et aux Saxons;

CHAPITRE XIII. tous se peuvent vanter d'être ses humbles esclaves, et autant qu'ils le souhaitent. Mais qu'en

De la mode. tends-je de certains personnages 3 qui ont des couronnes, je ne dis pas des comtes ou des mar- Une chose folle et qui découvre bien notre pequis, dont la terre fourmille, mais des princes et titesse, c'est l'assujettissement aux modes quand des souverains ? ils viennent trouver cet homme on l'étend à ce qui concerne le goût, le vivre, dès qu'il a sifflé, ils se découvrent dès son an- la santé et la conscience. La viande noire est tichambre, et ils ne parlent que quand on les hors de mode, et par cette raison insipide; ce interroge. Sont-ce là ces mêmes princes si seroit pécher contre la mode que de guérir de pointilleux, si formalistes sur leurs rangs et sur la fièvre par la saignée : de même l'on ne mouleurs préséances, et qui consument, pour les roit plus depuis long-temps par Théotime; ses régler, les mois entiers dans une diète? Que tendres exhortations ne sauvoient plus que le fera ce nouvel Arconte pour payer une si aveu- peuple, et Théotime a vu son successeur. gle soumission, et pour répondre à une si haule La curiosité n'est pas un goût pour ce qui est idée qu'on a de lui? S'il se livre une bataille, il bon ou ce qui est beau, mais pour ce qui est doit la gagner, et en personne : si l'ennemi fait rare, unique, pour ce qu'on a , et ce que les un siége, il doit le lui faire lever, et avec honte, autres n'ont point. Ce n'est pas un attachement à moins que tout l'Océan ne soit entre lui et à ce qui est parfait, mais à ce qui est couru, l'ennemi : il ne sauroit moins faire en faveur de ce qui est à la mode. Ce n'est pas un amusement, ses courtisans. César 4 lui-même ne doit-il pas mais une passion, et souvent si violente, qu'elle venir en grossir le nombre? il en attend du moins ne cède à l'amour et à l'ambition que par la pe

а

litesse de son objet. Ce n'est pas une passion · Le prince d'Orange, devenu plas puissant par la couronne qu’on a généralement pour les choses rares et d'Angleterre, s'étoit rendu maitre absolu en Hollande, et y fai- qui ont cours, mais qu'on a seulement pour une soit ce qu'il lui plaisoit.

certaine chose qui est rare et pourtant à la mode. 3 Le prince d'Orange, à son premier retour de l'Angleterre,

Le fleuriste a un jardin dans un faubourg; il en 1690, vint à La Haye, où les princes ligués se rendirent, et y court au lever du soleil, et il en revient à son où le duc de Bavière fut long-temps à attendre dans l'antichambre. * L'empereur.

Armes de la maison d'Autriche.

Les Anglois.

coucher. Vous le voyez planté, et qui a pris ra- | moins que jamais : pensez-vous qu'il cherche à cine au milieu de ses tulipes et devant la soli- s'instruire par les médailles, et qu'il les regarde taire : il ouvre de grands yeux , il frotte ses comme des preuves parlantes de certains faits, mains, il se baisse , il la voit de plus près, il ne et des monuments fixes et indubitables de l'anl'a jamais vue si belle, il a le coeur épanoui de cienne histoire? rien moins : vous croyez peutjoie : il la quitte pour l'orientale; de là il va à la étre que toute la peine qu'il se donne pour reveuve;

il passe au drap-d'or, de celle-ci à l'agate; couvrer une tête vient du plaisir qu'il se fait de d'où il revient enfin à la solitaire , où il se fixe, ne voir pas une suite d'empereurs interrompue? où il se lasse, où il s'assied, où il oublie de di- c'est encore moins : Diognète sait d'une méner : aussi est-elle nuancée, bordée , huilée, à daille le fruste , le flou", et la fleur de coin; il a pièces emportées; elle a un beau vase ou un une tablette dont toutes les places sont garnies, beau calice : il la contemple, il l'admire. Dieu à l'exception d'une seule : ce vide lui blesse la et la nature sont en tout cela ce qu'il n'admire vue, et c'est précisément, et à la lettre, pour point; il ne va pas plus loin que l'ognon de sa le remplir, qu'il emploie son bien et sa vie. tulipe , qu'il ne livreroit pas pour mile écus, et vous

voulez , ajoute Démocèule , voir mes esqu'il donnera pour rien quand les tulipes seront tampes ? et bientôt il les étale et vous les montre. négligées, et que les villets auront prévalu. Cet Vous en rencontrez une qui n'est ni noire, ni homme raisonnable, qui a une ame, qui a un nette , ni dessinée, et d'ailleurs moins propre culte et une religion, revient chez soi, fatigué, à être gardée dans un cabinet qu'à tapisser, un affamé, mais fort content de sa journée : il a vu jour de fête, le Petit-Pont ou la rue Neuve : il des tulipes.

convient qu'elle est mal gravée, plus mal dessiParlez à cet autre de la richesse des mois- née; mais il assure qu'elle est d'un Italien qui a sons, d'une ample récolte, d'une bonne ven- travaillé peu, qu'elle n'a presque pas été tirée, dange; il est curieux de fruits, vous n'articulez que c'est la seule qui soit en France de ce dessin, pas, vous ne vous faites pas entendre : parlez- qu'il l'a achetée très cher, et qu'il ne la chanlui de figues et de melons, dites que les poiriers geroit pas pour ce qu'il a de meilleur. J'ai , conrompent de fruit cette année, que les pêchers tinue-t-il, une sensible affliction, et qui m'obliont donné avec abondance; c'est pour lui un gera à renoncer aux estampes pour le reste de idiome inconnu, il s'attache aux seuls pruniers, mes jours : j'ai tout Calot , hormis une seule qui il ne vous répond pas. Ne l'entretenez pas même n'est pas, à la vérité, de ses bons ouvrages, au de vos pruniers, il n'a de l'amour que pour une contraire c'est un des moindres, mais qui m'acertaine espèce; toute autre que vous lui nom- chèveroit Calot; je travaille depuis vingt ans à mez le fait sourire et se moquer. Il vous mène recouvrer cette estampe, et je désespère enfin à l'arbre, cueille artistement cette prune ex- d'y réussir : cela est bien rude!

quise, il l'ouvre, vous en donne une moitié, et Te autre fait la satire de ces gens qui s'enga

ni re

prend l'autre : quelle chair! dit-il ; goûtez-vous gent par inquiétude ou par curiosité dans de cela? cela est-il divin? voilà ce que vous ne trou- longs voyages ; qui ne font ni mémoires, verez pas ailleurs; et là-dessus ses narines s'en- lations; qui ne portent point de tablettes ; qui flent, il cache avec peine sa joie et sa vanité vont pour voir, et qui ne voient pas, ou qui oupar quelques dehors de modestie. O l'homme blient ce qu'ils ont vu; qui desirent seulement divin en effet ! homme qu'on ne peut jamais as- de connoitre de nouvelles tours ou de nouveaux sez louer et admirer ! homme dont il sera parlé clochers, et de passer des rivières qu'on n'apdans plusieurs siècles! que je voie sa taille et pelle ni la Seine, ni la Loire; qui sortent de leur son visage pendant qu'il vit; que j'observe les patrie pour y retourner, qui aiment à être abtrails et la contenance d'un homme qui seul sents, qui veulent un jour être revenus de loin : entre les mortels possède une telle prune! et ce satirique parle juste, et se fait écouter. Un troisième que vous allez voir vous parle

Mais quand il ajoute que les livres en apprendes curieux ses confrères, et sur-tout de Dio

i On lit, dans les éditions publiées du vivant de La Bruyère. gnèle. Je l'admire, dit-il, et je le comprends le frust, le felous".

nent plus que les voyages, et qu'il m'a fait com- Un bourgeois aime les bâtiments ; il se fait prendre par ses discours qu'il a une bibliothè- bâtir un hôtel si beau , si riche , et si orné, qu'il que, je souhaite de la voir ; je vais trouver cet est inhabitable : le maitre, honteux de s'y loger, homme, qui me reçoit dans une maison où dès ne pouvant peut-être se résoudre à le louer à l'escalier je tombe en foiblesse d'une odeur de un prince ou à un homme d'affaires, se retire maroquin noir dont ses livres sont tout couverts. au galetas , où il achève sa vie, pendant que Il a beau me crier aux oreilles , pour me rani- l'enfilade et les planchers de rapport sont en mer, qu'ils sont dorés sur tranche, ornés de fi- proie aux Anglois et aux Allemands qui voyalets d'or, et de la bonne édition, me nommer gent, et qui viennent là du Palais-Royal, du pales meilleurs l'un après l'autre, dire que sa ga- lais L... G...', et du Luxembourg. On heurte lerie est remplie , à quelques endroits près qui sans fin à cette belle porte : tous demandent à sont peints de manière qu'on les prend pour de voir la maison , et personne à voir monsieur. vrais livres arrangés sur des tablettes, et que On en sait d'autres qui ont des filles devant l'oeil s'y trompe; ajouter qu'il ne lit jamais, leurs yeux, à qui ils ne peuvent pas donner une qu'il ne met pas le pied dans cette galerie, qu'il dot; que dis-je ? elles ne sont pas vêtues, à peine У viendra pour me faire plaisir ; je le remer- nourries; qui se refusent un tour de lit et du cie de sa complaisance, et ne veux non plus linge blanc, qui sont pauvres : et la source de que lui visiter sa tannerie, qu'il appelle biblio- leur misère n'est pas fort loin, c'est un gardethèque.

meuble chargé et embarrassé de bustes rares , Quelques uns , par une intempérance de sa- déja poudreux et couverts d'ordures, dont la voir, et par ne pouvoir se résoudre à renoncer vente les mettroit au large, mais qu'ils ne peuà aucune sorte de connoissance, les embrassent vent se résoudre à mettre en vente. toutes et n'en possèdent aucune. Ils aiment Diphile commence par un oiseau et finit par mieux savoir beaucoup que de savoir bien, et mille : sa maison n'est pas égayée, mais empesêtre foibles et superficiels dans diverses sciences tée : la cour, la salle, l'escalier, le vestibule, que d'être sûrs et profonds dans une seule : ils les chambres, le cabinet, tout est volière : ce trouvent en toutes rencontres celui qui est leur n'est plus un ramage, c'est un vacarme; les maître et qui les redresse; ils sont les dupes de vents d'automne et les eaux dans leurs plus granleur vaine curiosité, et ne peuvent au plus, par des crues ne font pas un bruit si perçant et si de longs et pénibles efforts , que se tirer d'une aigu; on ne s'entend non plus parler les uns les ignorance crasse.

autres

que

dans ces chambres où il faut attenD'autres ont la clef des sciences, où ils n'en- dre, pour faire le compliment d'entrée, que les trent jamais ; ils passent leur vie à déchiffrer les petits chiens aient aboyé. Ce n'est plus pour langues orientales et les langues du Nord, celles Diphile un agréable amusement; c'est une afdes deux pôles, et celle qui se parle dans la lune. faire laborieuse et à laquelle à peine il peut sufLes idiomes les plus inutiles avec les caractères fire. Il passe les jours, ces jours qui échappent les plus bizarres et les plus magiques sont pré- et qui ne reviennent plus, à verser du grain et cisément ce qui réveille leur passion et qui excite à nettoyer des ordures; il donne pension à un leur travail. Ils plaignent ceux qui se bornent homme qui n'a point d'autre ministère que de ingénument à savoir leur langue, ou tout au siffier des serins au flageolet, et de faire couver plus la grecque et la latine. Ces gens lisent tou- des canaries. Il est vrai que ce qu'il dépense tes les histoires, et ignorent l'histoire; ils par- d'un côté, il l'épargne de l'autre, car ses encourent tous les livres, et ne profitent d'aucun: fants sont sans maîtres et sans éducation. Il se c'est en eux une stérilité de faits et de principes renferme le soir, fatigué de son propre plaisir, qui ne peut être plus grande, mais à la vérité sans pouvoir jouir du moindre repos que ses oila meilleure récolie et la richesse la plus abon- seaux ne reposent, et que ce petit peuple , qu'il dante de mots et de paroles qui puisse s'imagi- n'aime que parcequ'il chante , ne cesse de channer; ils plient sous le faix; leur mémoire en est accabléc, pendant que leur esprit demeure vide.

Lesdiguières.

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