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instruire son peuple par la parole, et à l'édifier « ment qui occupe les yeux et le coeur de ceux par son exemple; il consume son bien en des « qui lui parlent; on ne sait si on l'aime ou si aumônes, et son corps par la pénitence; il n'a « on l'admire : il y a en elle de quoi faire une que l'esprit de régularité, et il est imitateur du parfaite amie, il y a aussi de quoi vous mener zèle et de la piété des apôtres. Les temps sont plus loin que l'amitié : tropjeune et trop fleuchangés, et il est menacé sous ce règne d'un (rie pour ne pas plaire, mais trop modeste litre plus éminent.

« pour songer à plaire, elle ne tient compte aux Ne pourroit-on point faire comprendre aux « hommes que de leur mérite, et ne croit avoir personnes d'un certain caractère et d'une pro- « que des amis. Pleine de vivacité et capable fession sérieuse, pour ne rien dire de plus, « de sentiments, elle surprend et elle intéresse ; qu'ils ne sont point obligés à faire dire d'eux «et, sans rien ignorer de ce qui peut entrer qu'ils jouent, qu'ils chantent, et qu'ils badinent « de plus délicat et de plus fin dans les convercomme les autres hommes; et qu'à les voir si « sations, elle a encore ces saillies heureuses qui, plaisants et si agréables, on ne croiroit point « entre autres plaisirs qu'elles font, dispensent qu'ils fussent d'ailleurs si réguliers et si sévères ? (toujours de la réplique: elle vous parle comme Oseroit-on même leur insinuer qu'ils s'éloignent < celle qui n'est pas savante, qui doute et qui par de telles manières de la politesse dont ils « cherche à s'éclaircir; et elle vous écoute comme se piquent, qu'elle assortit au contraire et con- « celle qui sait beaucoup, qui connoît le prix forme les dehors aux conditions, qu'elle évile « de ce que vous lui dites, et auprès de qui le contraste, et de montrer le même homme « vous ne perdez rien de ce qui vous échappe. sous des figures différentes, et qui font de lui « Loin de s'appliquer à vous contredire avec un composé bizarre, ou un grotesque? e esprit, et d'imiter Elvire, qui aime mieux pas

Il ne faut pas juger des hommes comme d'un « ser pour une femme vive que marquer du bon tableau ou d'une figure, sur une seule et pre- « sens et de la justesse, elle s'approprie vos mière vue : il y a un intérieur et un cour qu'il « sentinienis, elle les croit siens, elle les étend, faut approfondir : le voile de la modestie couvre « elle les embellit; vous êtes content de vous le mérite, et le masque de l'hypocrisie cache la « d'avoir pensé si bien, et d'avoir mieux dit malignité. Il n'y a qu'un très petit nombre de

« encore que vous n'aviez cru. Elle est toujours connoisseurs qui discerne, et qui soit en droit « au-dessus de la vanité, soit qu'elle parle, soit de prononcer. Ce n'est que peu à peu, et forcés « qu'elle écrive; elle oublie les traits où il faut même par le temps et les occasions, que la vertu « des raisons ; elle a déja compris que la simpliparfaite et le vice consommé viennent enfin à

<cité est eloquente. S'il s'agit de servir quelse déclarer.

« qu'un et de vous jeter dans les mêmes intérêts, FRAGMENT.

« laissant à Elvire les jolis discours et les belles

« lettres qu'elle met à tous usages, Arlenice Il disoit' que l'esprit dans cette belle

n'emploie auprès de vous que la sincérité, • personne étoit un diamant bien mis en oeuvre.

l'ardeur, l'empressement et la persuasion. Et, continuant de parler d'elle: C'est, ajoutoil

« Ce qui domine en elle, c'est le plaisir de la « il, comme une nuance de raison et d'agré

« lecture, avec le goût des personnes de nom

« et de réputation, moins pour en être connue Ce portrait est celui de Catherine Turgot, femme de Gilles

« que pour les connoitre. On peut la louer d'ad'Aligre, seigneur de Boislairdrie, conseiller au parlement, etc. « vance de toute la sagesse qu'elle aura un jour, Catherine Turgot épousa en secondes noces Battede Chevilly, ca- et de tout le mérite qu'elle se prépare par les pitaine au régiment des Gardes-Francoises, et sut aimée de Charilieu qui lui a adressé plusieurs pièces de vers sous le nom d'Iris, « années, puisqu'avec une bonne conduite, elle de Cathin, elc. C'est Chaulieu lui-même qui nous apprend que ( a de meilleures intentions, des principes sûrs, La Bruyère fit son portrait sous le nom d'Artenice : « C'étoit, dit-il, la plus jolie femme que j'aie connue, qui joignoit à une

« utiles à celles qui sont comme elle exposées figure très aimable la douceur de l'humeur, et tout le brillant « aux soins et à la flatterie; et qu'étant assez a de l'esprit; personne n'a jamais mieux écrit qu'elle, et peu « aussi bien. » ( Voyez l'édition de Chaulien, La Haye, 1774,

particulière, sans pourtant ètre farouche, a toine 1, page 34.) (Note communiquer par M. Aimé-Martin.)

« ayant même un peu de penchant pour

la re

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traite, il ne lui sauroit peut-être manquer Combien d'art pour rentrer dans la nature! « que les occasions, ou ce qu'on appelle un grand combien de temps, de règles, d'attention et de

théàtre, pour y faire briller toutes ses ver- travail pour danser avec la même liberté et la « tus.

même grace que l'on sait marcher; pour chan

ter comme on parle; parler et s'exprimer comme Une belle femme est aimable dans son naturel; l'on pense; jeter autant de force, de vivacité, elle ne perd rien à être négligée, et sans autre de passion et de persuasion dans un discours parure que celle qu'elle tire de sa beauté et de étudié et que l'on prononce dans le public, qu'on sa jeunesse : une grace naïve éclate sur son vi- en a quelquefois naturellement et sans prépasage, anime ses moindres actions; il y auroit ration dans les entretiens les plus familiers!

moins de péril à la voir avec tout l'aitirail de ceux qui, sans nous connoitre assez, pensent

l'ajustement et de la mode. De même un homme mal de nous, ne nous font pas de tort : ce n'est de bien est respectable par lui-même, et indé- pas nous qu'ils attaquent, c'est le fantôme de pendamment de tous les dehors dont il voudroit leur imagination. s'aider pour rendre sa personne plus grave et Il y a de petites règles, des devoirs , des biensa vertu plus spécieuse. Un air réformé, une séances, allachés aux lieux, aux temps, aux modestie outrée, la singularité de l'habit, une personnes, qui ne se devinent point à force ample calotte, n'ajoutent rien à la probité, ne d'esprit, et que l'usage apprend sans nulle relèvent pas le mérite; ils le fardent et font peut- peine : juger des hommes par les fautes qui leur être qu'il est moins pur et moins ingénu. échappent en ce genre, avant qu'ils soient assez

Une gravité trop étudiée devient comique; instruits, c'est en juger par leurs ongles ou par ce sont comme des extrémités qui se touchent, la pointe de leurs cheveux; c'est vouloir un jour et dont le milieu est dignité : cela ne s'appelle être détrompé. pas être grave, mais en jouer le personnage : Je ne sais s'il est permis de juger des homcelui qui songe à le devenir ne le sera jamais. mes par une faute qui est unique; et si un beOu la gravité n'est point, ou elle est naturelle; soin extreme, ou une violente passion, ou un et il est moins difficile d'en descendre que d'y premier mouvement, tirent à conséquence. monter.

Le contraire des bruits qui courent des afUn homme de talent et de réputation, s'il faires ou des personnes est souvent la vérité. est chagrin et austère, il effarouche les jeunes Sans une grande roideur et une continuelle gens, les fait penser mal de la vertu, et la leur attention à toutes ses paroles, on est exposé à rend suspecte d'une trop grande réforme et dire en moins d'une heure le oui ou le non sur d'une pratique trop ennuyeuse : s'il est au con- une même chose ou sur une mème personne, traire d'un bon commerce, il leur est une leçon déterminé seulement par un esprit de société ulile, il leur apprend qu'on peut vivre gaiement et de commerce, qui entraine naturellement à et laborieusement, avoir des vues sérieuses sans ne pas contredire celui-ci et celui-là, qui en renoncer aux plaisirs honnêtes; il leur devient parlent différemment. un exemple qu'on peut suivre.

Un homme partial est exposé à de petites La physionomie n'est pas une règle qui nous mortifications ; car, comme il est également imsoit donnée pour juger des hommes : elle nous possible que ceux qu'il favorise soient toujours peut servir de conjecture.

heureux ou sages , et que ceux contre qui il se L'air spirituel est dans les hommes ce que la déclare soient toujours en faute ou malheureux, régularité des traits est dans les femmes : c'est il nait de là qu'il lui arrive souvent de perdre le genre de beauté où les plus vains puissent contenance dans le public, ou par le mauvais aspirer.

succès de ses amis, ou par une nouvelle gloire Un homme qui a beaucoup de mérite et d'es- qu’acquièrent ceux qu'il n'aime point. prit, et qui est connu pour tel, n'est pas laid , Un homme sujet à se laisser prévenir, s'il ose même avec des traits qui sont difformes; ou, s'il remplir une dignité ou séculière ou ecclésiasa de la laideur, elle ne fait pas son impression.tique, est un aveugle qui veut peindre, un muet qui s'est chargé d'une harangue, un sourd qui fat, et l'impertinence dans l'impertinent : il juge d'une symphonie : foibles images, et qui semble que le ridicule réside tantôt dans celui n'expriment qu'imparfaitement la misère de la qui en effet est ridicule, et tantôt dans l'imagiprévention! Il faut ajouter qu'elle est un mal nation de ceux qui croient voir le ridicule où il désespéré, incurable , qui infecte tous ceux n'est point et ne peut être. qui s'approchent du malade, qui fait déserter La grossièreté, la rusticité, la brutalité, peules égaux, les inférieurs, les parents, les amis, vent être les vices d'un homme d'esprit. jusqu'aux médecins : ils sont bien éloignés de le Le stupide est un sot qui ne parle point, en guérir, s'ils ne peuvent le faire convenir de sa cela plus supportable que le sot qui parle. maladie, ni des remèdes, qui seroient d'écou- La même chose souvent est , dans la bouche ter, de douter, de s'informer et de s'éclaircir. d'un homme d'esprit , une naïveté ou un bon Les flatteurs, les fourbes, les calomniateurs, mot; et dans celle du sot, une sottise. ceux qui ne délient leur langue que pour le men- Si le fat pouvoit craindre de mal parler, il songe et l'intérêt, sont les charlatans en qui il sortiroit de son caractère. se confie, et qui lui font avaler tout ce qui leur L'une des marques de la médiocrité de l'esplaît : ce sont eux aussi qui l'empoisonnent et prit est de toujours conter. qui le tuent.

Le sot est embarrassé de sa personne; le fat La règle de DESCARTES, qui ne veut pas qu'on a l'air libre et assuré; l'impertinent passe

e à l'efdécide sur les moindres vérités avant qu'elles fronterie; le mérite a de la pudeur. soient connues clairement et distinctement, est Le suffisant est celui en qui la pratique de assez belle et assez juste pour devoir s'étendre certains détails, que l'on honore du nom d'afau jugement que l'on fait des personnes. faires, se trouve jointe à une très grande medio

Rien ne nous venge mieux des mauvais juge- crité d'esprit. ments que les hommes font de notre esprit, Un grain d'esprit et une once d'affaires plus de nos meurs et de nos manières, que l'indi- qu'il n'en entre dans la composition du suffignité et le mauvais caractère de ceux qu'ils ap- sant, font l'important. prouvent.

Pendant qu'on ne fait que rire de l'important, Du même fonds dont on néglige un homme il n'a pas un autre nom : dès qu'on s'en plaint, de mérite l'on sait encore admirer un sot. c'est l'arrogant.

Un sot est celui qui n'a pas même ce qu'il faut L'honnête homme tient le milieu entre l'had'esprit pour être fat.

bile et l'homme de bien, quoique dans une disUn fat est celui que les sots croient un homme tance inégale de ces deux extrêmes. de mérite.

La distance qu'il y a de l'honnête homme à L'impertinent est un fat outré. Le fat lasse, en l'habile homme s'affoiblit de jour à autre, et est nuie, dégoûte, rebute; l'impertinent rebute, ai- sur le point de disparoître. grit, irrite, offense ; il commence où l'autre finit. L'habile homme est celui qui cache ses pas

Le fat est entre l'impertinent et le sot : il est sions, qui entend ses intérêts , qui y sacrifie composé de l'un et de l'autre.

beaucoup de choses, qui a su acquérir du bien Les vices partent d'une dépravation du cæur; ou en conserver. les défauts, d'un vice de temperament ; le ridi- L'honnête homme est celui qui ne vole pas cule, d'un défaut d'esprit.

sur les grands chemins, et qui ne lue personne, L'homme ridicule est celui qui, tant qu'il dont les vices enfin ne sont pas scandaleux. demeure tel, a les apparences du sot.

On connoît assez qu'un homme de bien est honLe sot ne se tire jamais du ridicule, c'est son nête homme, mais il est plaisant d'imaginer que caractère : l'on y entre quelquefois avec de l'es- tout honnête homme n'est pas homme de bien. prit, mais l'on en sort.

L'homme de bien est celui qui n'est ni un Une erreur de fait jette un homme sage dans saint, ni un dévot", et qui s'est borné à n'avoir le ridicule.

que de la vertu. La sottise est dans le sot, la fatuité dans le 1 Faux dévot. (La Bruyère.)

et

Talent, goût, esprit, bon sens, choses diffé- sont plus grands et plus Romains dans ses vers rentes , non incompatibles.

que dans leur histoire. Entre le bon sens et le bon goût il y a la dif- Voulez-vous quelque autre prodige? conceférence de la cause à son effet.

vez un homme facile, doux, complaisant, traiEntre esprit et talent il y a la proportion du table, et tout d'un coup violent, colère, foutout à sa partie.

gueux, capricieux : imaginez-vous un homme Appellerai-je homme d'esprit celui qui, borné simple, ingénu, crédule, badin, volage, un enet renfermé dans quelque art, ou même dans fant en cheveux gris; mais permettez-lui de se une certaine sciencequ'il exerce dans unegrande recueillir, ou plutôt de se livrer à un génie qui perfection, ne montre hors de là ni jugement, agit en lui, j'ose dire, sans qu'il y prenne part, ni mémoire, ni vivacité, ni mæurs, ni conduite; el comme à son insu; quelle verve! quelle éléqui ne m'entend pas, qui ne pense point, quivation! quelles images! quelle latinite! Parlezs'énonce mal; un musicien, par exemple, qui, vous d'une même personne? me direz-vous. Oui, après m'avoir comme enchanté par ses accords, du même, de Théodas, et de lui seul. Il crie, semble s’ètre remis avec son luth dans un même il s'agite, il se roule à terre, il se relève, il tonétui, ou n'être plus, sans cet instrument, qu'une ne, il éclate; et du milieu de cette tempête il machine démontée, à qui il manque quelque sort une lumière qui brille et qui réjouit : dichose, et dont il n'est plus permis de rien al- sons-le sans figure, il parle comme un fou, tendre?

pense comme un homme sage; il dit ridiculeQue dirai-je encore de l'esprit du jeu ? pour-ment des choses vraies, et follement des choses roit-on me le définir ? ne faut-il ni prévoyance, sensées et raisonnables : on est surpris de voir ni finesse, ni habileté, pour jouer l'hombre ou naître et éclore le bon sens du sein de la boufles échecs ? et, s'il en faut, pourquoi voit - on fonnerie, parmi les grimaces et les contorsions. des imbéciles qui y excellent , et de très beaux Qu'ajouterai-je davantage? il dit et il fait mieux génies qui n'ont pu mème atteindre la médio- qu'il ne sait : ce sont en lui comme deux ames crité, à qui une pièce ou une carte dans les qui ne se connoissent point, qui ne dépendent mains trouble la vue, et fait perdre conte- point l'une de l'autre, qui ont chacune leur nance?

tour, ou leurs fonctions toutes séparées. Il manIl y a dans le monde quelque chose, s'il se queroit un trait à cette peinture si surprenante, peut, de plus incompréhensible. Un homme si j'oubliois de dire qu'il est tout à-la-fois avide paroit grossier, lourd, stupide; il ne sait pas et insatiable de louanges, près de se jeter aux parler, ni raconter ce qu'il vient de voir : s'il se met à écrire, c'est le modèle des bons contes; cile pour profiter de leur censure. Je commence il fait parler les animaux, les arbres, les pier- à me persuader moi-même que j'ai fait le porres, tout ce qui ne parle point : ce n'est que trait de deux personnages lout différents : il légèreté, qu'élégance, que beau naturel, et que ne seroit pas même impossible d'en trouver un delicatesse dans ses ouvrages.

troisième dans Théodas, car il est bon homme, Unautre est simple”, timide, d'une ennuyeuse il est plaisant homme, et il est excellent homme.

, Après

l'argent qui lui en revient ; il ne sait pas la réciter, les perles. ni lire son écriture. Laissez-le s'élever par la

Tel, connu dans le monde par de grands tacomposition, il n'est pas au-dessous d’AUGUSTE, lents, bonoré et chéri par-tout où il se trouve, de Pompée, de Nicomède, d'Héraclius; il est est petit dans son domestique et aux yeux de roi, et un grand roi; il est politique, il est phi- ses proches, qu'il n'a pu réduire à l'estimer : losophe : il entreprend de faire parler des hé- tel autre, au contraire, prophète dans son pays, ros, de les faire agir ; il peint les Romains; ils

· Santeuil, religieux de Saint-Victor, auteur des hymnes du

nouveau Bréviaire, et un de nos meilleurs poëtes latins moder· La Fontaine · Pierre Corneille.

nes. Il est mort en 1697.

yeux de ses critiques, et dans le fond assez dro

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comme un sot.

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jouit d'une vogue qu'il a parmi les siens, et qui manque pour voir qu'il doit se taire sur quel-
est resserrée dans l'enceinte de sa maison; s'ap- que autre dont il n'a qu'une foible connoissance:
plaudit d'un mérite rare et singulier, qui lui est il sort hardiment des limites de son génie; mais
accordé par sa famille, dont il est l'idole, mais il s'égare, et fait que l'homme illustre parle
qu'il laisse chez soi toutes les fois qu'il sort, et
qu'il ne porte nulle part.

Hérille, soit qu'il parle, qu'il harangue ou Tout le monde s'élève contre un homme qui qu'il écrive, veut citer; il fait dire au prince des entre en réputation : à peine ceux qu'il croit ses philosophes que le vin enivre, et à l'orateur roamis lui pardonnent-ils un mérite naissant et main que l'eau le tempère. S'il se jette dans la une première vogue qui semblent l'associer à la morale, ce n'est pas lui, c'est le divin Platon qui gloire dont ils sont déja en possession. L'on ne assure que la vertu est aimable, le vice odieux, se rend qu'à l'extrémité, et après que le prince ou que l'un et l'autre se tournent en habitude. s'est déclaré par les récompenses : tous alors Les choses les plus communes, les plus triviales, se rapprocheni de lui; et de ce jour-là seulement et qu'il est même capable de penser, il veut les il prend son rang d'homme de mérite.

devoir aux anciens, aux Latins, aux Grecs : ce Nous affectons souvent de louer avec exagé- n'est ni pour donner plus d'autorité à ce qu'il ration des hommes assez médiocres, et de les dit, ni peut-être pour se faire honneur de ce elever, s'il se pouvoit, jusqu'à la hauteur de qu'il sait : il veut citer. ceux qui excellent, ou parceque nous sommes C'est souvent hasarder un bon mot et vouloir las d'admirer toujours les mêmes personnes, ou le perdre que de le donner pour sien ; il n'est parceque leur gloire ainsi partagée offense moins pas relevé, il tombe avec des gens d'esprit, ou notre vue, et nous devient plus douce et plus qui se croient tels, qui ne l'ont pas dit, et qui supportable.

devoient le dire. C'est au contraire le fa re vaL'on voit des hommes que le vent de la faveur loir, que de le rapporter comme d'un autre. Ce pousse d'abord à pleines voiles; ils perdent en n'est qu'un fait, et qu'on ne se croit pas obligé un moment la terre de vue, et font leur route: de savoir : il est dit avec plus d'insinuation, tout leur rit, tout leur succède ; action, ouvrage, reçu avec moins de jalousie; personne n'en souftout est comblé d'éloges et de récompenses; ils fre : on rit s'il faut rire, et s'il faut admirer on ne se montrent que pour être embrassés et fé- admire. licités. Il y a un rocher immobile qui s'élève sur On a dit de SOCRATE qu'il étoit en délire, et une côte; les flots se brisent au pied; la puis- que c'étoit un fou tout plein d'esprit ; mais ceux sance, les richesses, la violence, la flatlerie, des Grecs qui parloient ainsi d'un homme si sage l'autorité, la faveur, tous les vents ne l'ébran- passoient pour fous. Ils disoient : Quels bizarres lent pas : c'est le public, où ces gens échouent. portraits nous fait ce philosophe? quelles meurs

Il est ordinaire comme naturel de juger du étranges et particulières ne décrit-il point! où travail d'autrui seulement par rapport à celui a-t-il révé , creusé, rassemblé des idées si erqui nous occupe. Ainsi le poëte rempli de gran- traordinaires ? quelles couleurs! quel pinceau! des et sublimes idées estime peu le discours de ce sont des chimères. Ils se trompoient ; c'étoient l'oraleur, qui ne s'exerce souvent que sur de des monstres, c'étoient des vices, mais peints simples faits; el celui qui écrit l'histoire de son au naturel; on croyoit les voir; ils faisoient peur. pays ne peut comprendre qu’un esprit raison- Socrate s'éloignoil du cynique ; il épargnoit les nable emploie sa vie à imaginer des fictions et à personnes, et blåmoit les moeurs qui étoient trouver une rime: de même le bachelier, plongé mauvaises. dans les quatre premiers siècles, traite toute Celui qui est riche par son savoir-faire conautre doctrine de science triste, vaine et inutile, noît un philosophe, ses préceptes, sa morale et pendant qu'il est peut-être méprisé du géo- sa conduite; et, n'imaginant pas dans tous les mètre.

hommes une autre fin de toutes leurs actions Tel a assez d'esprit pour exceller dans une que celle qu'il s'est proposée lui-même toute sa certaine matière et en faire des leçons, qui en 1 vie, dit en son caur : Je le plains, je le tiens

et

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