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jeux, des concerts, et de tous les rafraîchisse-, ont une bile intarissable sur les plus petits inments: qu'il y ajoute une chère splendide et une convénients? Ce n'est pas sagesse en eux qu'une entière liberté; qu'il entre avec eux en société telle conduite, car la vertu est égale et ne se des mêmes amusements; que le grand homme dément point : c'est donc un vice; et quel autre devienne aimable, et que le héros soit humain que la vanité, qui ne se réveille et ne se recheret familier, il n'aura pas assez fait. Les hommes che que dans les évènements où il y a de quoi s'ennuient enfin des mêmes choses qui les ont faire parler le monde, et beaucoup à gagner charmés dans leurs commencements; ils déserte- pour elle, mais qui se néglige sur tout le reste? roient la table des dieux ; et le nectar, avec le L'on se repent rarement de parler peu ; très temps, leur devient insipide. Ils n'hésitent pas de souvent, de trop parler; maxime usée et tricritiquer des choses qui sont parfaites; il y en- viale, que tout le monde sait, et que tout le tre de la vanité et une mauvaise delicatesse : monde ne pratique pas. leur

goût, si on les en croit, est encore au-delà C'est se venger contre soi-même, et donner de toute l'affectation qu'on auroit à les satis- un trop grand avantage à ses ennemis, que de faire, et d'une dépense toute royale que l'on leur imputer des choses qui ne sont pas vraies, feroit pour y réussir; il s'y mele de la malignité, et de mentir pour les décrier. qui va jusqu'à vouloir affoiblir dans les autres Si l'homme savoit rougir de soi, quels crila joie qu'ils auroient de les rendre contents. mes non seulement cachés, mais publics et conCes mêmes gens, pour l'ordinaire si flatteurs nus, ne s'épargneroit-il pas ! et si complaisants, peuvent se démentir; quel- Si certains hommes ne vont pas dans le bien quefois on ne les reconnoît plus, et l'on voit jusqu'où ils pourroient aller, c'est par le vice l'homme jusque dans le courtisan.

de leur première instruction. L'affectation dans le geste, dans le parler, Il y a dans quelques hommes une certaine et dans les manières, est souvent une suite de médiocrité d'esprit qui contribue à les rendre l'oisiveté ou de l'indifférence, et il semble qu'un sages. grand attachement ou de sérieuses affaires jet- Il faut aux enfants les verges et la férule : il tent l'homme dans son naturel.

faut aux hommes faits une couronne, un scepLes hommes n'ont point de caractères; ou, tre, un mortier, des fourrures, des faisceaux, s'ils en ont, c'est celui de n'en avoir aucun qui des timbales, des hoquetons. La raison et la soit suivi, qui ne se démente point, et où ils justice, dénuées de tous leurs ornements, ni ne soient reconnoissables. Ils souffrent beaucoup persuadent , ni n'intimident. L'homme, qui est à être toujours les mêmes, à persévérer dans la esprit, se mène par les yeux et les oreilles. règle ou dans le désordre; et, s'ils se délassent Timon ou le misanthrope peut avoir l'ame quelquefois d'une vertu par une autre vertu, austère et farouche, mais extérieurement il est ils se dégoûtent plus souvent d'un vice par un civil et cérémonieux : il ne s'échappe pas, il ne autre vice : ils ont des passions contraires, et s'apprivoise pas avec les hommes; au contraire, des foibles qui se contredisent; illeur coûte moins il les traite honnêtement et sérieusement; il de joindre les extrémités que d'avoir une con- emploie à leur égard tout ce qui peut éloigner duite dont une partie naisse de l'autre : enne- leur familiarité; il ne veut pas les mieux conmis de la modération, ils outrent toutes choses, noître ni s'en faire des amis, semblable en ce les bonnes et les mauvaises, dont ne pouvant sens à une femme qui est en visite chez une ensuite supporter l'excès, ils l'adoucissent par autre femme. le changement. Adraste étoit si corrompu et si La raison tient de la vérité, elle est une : l'on libertin, qu'il lui a été moins difficile de suivre n'y arrive que par un chemin, et l'on s'en la mode et se faire dévot : il lui eût coûté davan- écarte par mille. L'étude de la sagesse a moins tage d'être homme de bien.

l'on feroit des sots et D'où vient que les mêmes hommes qui ont des impertinents. Celui qui n'a vu que des homun flegme tout prêt pour recevoir indifférem- mes polis et raisonnables, ou ne connoit pas ment les plus grands désastres, s'échappent, et l'homme, ou ne le connoit qu'à demi : quel

d'étendue

que
celle
que

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que diversité qui se trouve dans les complexions mieux au peuple, que de parler en des termes ou dans les meurs, le commerce du monde et magnifiques de ceux mêmes dont l'on pensoit la politesse donnent les mêmes apparences, très modestement avant leur élévation. font qu'on se ressemble les uns aux autres par La faveur des princes n'exclut pas le mérite, des dehors qui plaisent réciproquement, qui et ne le suppose pas aussi. semblent communs à tous, et qui font croire Il est étonnant qu'avec tout l'orgueil dont qu'il n'y a rien ailleurs qui ne s'y rapporte. nous sommes gonflés, et la haute opinion que Celui, au contraire, qui se jette dans le peuple nous avons de nous-mêmes et de la bonté de ou dans la province y fait bientôi, s'il a des notre jugement, nous négligions de nous en yeux, d'étranges découvertes, y voit des cho- servir pour prononcer sur le mérite des autres. ses qui lui sont nouvelles, dont il ne se doutoit La vogue, la faveur populaire, celle du prince, pas, dont il ne pouvoit avoir le moindre soup- ous entraînent comme un torrent. Nous louons çon : il avance par des expériences continuelles ce qui est loué, bien plus que ce qui est louable. dans la connoissance de l'humanité; il calcule Je ne sais s'il y a rien au monde qui coûte dapresque en combien de manières différentes vantage à approuver et à louer que ce qui est l'homme peut être insupportable.

plus digne d'approbation et de louange, et si la Après avoir mûrement approfondi les hom- vertu, le mérite, la beauté, les bonnes actions, mes, et connu le faux de leurs pensées, de les beaux ouvrages, ont un effet plus naturel et leurs sentiments, de leurs goûts et de leurs af- plus sûr que l'envie, la jalousie et l'antipathie. fections, l'on est réduit à dire qu'il y a moins Ce n'est pas d'un saint dont un dévot' sait à perdre pour eux par l'inconstance que par dire du bien, mais d'un autre dévot. Si une l'opiniâtreté.

belle femme approuve la beauté d'une autre Combien d'ames foibles, molles et indiffé-femme, on peut conclure qu'elle a mieux que rentes, sans de grands défauts, et qui puissent ce qu'elle approuve. Si un poëte loue les vers fournir à la satire! Combien de sortes de ridi- d'un autre poëte, il y a à parier qu'ils sont cules répandus parmi les hommes, mais qui, mauvais et sans conséquence. par leur singularité, ne tirent point à consé- Les hommes ne se goûtent qu'à peine les uns quence, et ne sont d'aucune ressource pour les autres, n'ont qu'une foible pente à s'apl’instruction et pour la morale! Ce sont des prouver réciproquement : action, conduite, vices uniques qui ne sont pas contagieux, et pensée, expression, rien ne plaît, rien ne conqui sont moins de l'humanité que de la per- iente. Ils substituent à la place de ce qu'on leur sonne.

récite, de ce qu'on leur dil, ou de ce qu'on

leur lit, ce qu'ils auroient fait eux-mêmes en CHAPITRE XII.

pareille conjoncture, ce qu'ils penseroient ou

ce qu'ils écriroient sur un tel sujet; et ils sont Des Jugements.

si pleins de leurs idées, qu'il n'y a plus de

place pour celles d'autrui. Rien ne ressemble mieux à la vive

persua- Le commun des hommes est si enclin au desion

que le mauvais entêtement : de là les par- réglement et à la bagatelle, et le monde est si lis, les cabales, les hérésies.

plein d'exemples ou pernicieux ou ridicules, L'on ne pense pas toujours constamment que je croirois assez que l'esprit de singulad'un même sujet. L'entêtement et le dégoût se rité, s'il pouvoit avoir ses bornes et ne pas aller suivent de près.

trop loin, approcheroit fort de la droite raison Les grandes choses étonnent, et les petites et d'une conduite régulière. rebutent : nous nous apprivoisons avec les unes Il faut faire comme les autres : maxime suset les autres par l'habitude.

pecte, qui signifie presque toujours, il faut Deux choses toutes contraires nous prévien- mal faire, dès qu'on l'étend au-delà de ces nent également, l'habitude et la nouveauté.

Il n'y a rien de plus bas, et qui convienne Paux dévol. (La Bruyère.)

choses purement extérieures qui n'ont point de , il s'est trompé : celui qui prononceroit aujoursuite, qui dépendent de l'usage, de la mode d'hui que Quinault, en un certain genre, est ou des bienséances.

mauvais poëté, parleroit presque aussi mal que Si les hommes sont hommes plutôt qu'ours s'il eût dit il y a quelque temps : Il est bon ou panthères, s'ils sont équitables, s'ils se font poële. justice à eux-mêmes, et qu'ils la rendent aux C. P. - étoit riche, et C. N. ? ne l'étoit pas : autres, que deviennent les lois, leur texte, et la Pucelle et Rodogune méritoient chacune une le prodigieux accablement de leurs commen- autre aventure. Ainsi l'on a toujours demandé taires? que devient le pétitoire et le possessoire, pourquoi, dans telle ou telle profession, celuiet tout ce qu'on appelle jurisprudence? où se ci avoit fait sa fortune, et cet autre l'avoit manréduisent même ceux qui doivent tout leur re- quée; el en cela les hommes cherchent la raison lief et toute leur enflure à l'autorité où ils sont de leurs propres caprices, qui, dans les conétablis de faire valoir ces mêmes lois ? Si ces jonctures pressantes de leurs affaires, de leurs mêmes hommes ont de la droiture et de la sin- plaisirs, de leur santé et de leur vie, leur font cérité, s'ils sont guéris de la prévention , on souvent laisser les meilleures et prendre les sont évanouies les disputes de l'école, la scolas- pires. tique et les controverses? S'ils sont tempé- La condition des comédiens étoit infame chez rants, chastes et modérés, que leur sert le les Romains, et honorable chez les Grecs : mystérieux jargon de la médecine, et qui est qu'est-elle chez nous ? On pense d'eux comme une mine d'or pour ceux qui s'avisent de le les Romains, on vit avec eux comme les Grecs. parler? Légistes , docteurs, médecins, quelle

Il suffisoit à Barhylle d'être pantomime pour chute pour vous, si nous pouvions lous nous être couru des dames romaines : à Rhoé, de dandonner le mot de devenir sages!

ser au théâtre; à Roscie et à Nérine, de repréDe combien de grands hommes dans les dif- senter dans les chours, pour s'attirer une foule férents exercices de la paix et de la guerre au- d'amants. La vanité et l'audace, suites d'une roit-on dù se passer! A quel point de perfec-. trop grande puissance, avoient ôté aux Rotion et de raffinement n'a-t-on pas porté de mains le goût du secret et du mystère; ils se certains arts et de certaines sciences qui ne plaisoient à faire du théâtre public celui de devoient point être nécessaires, et qui sont leurs amours: ils n'étoient point jaloux de l'amdans le monde comme des remèdes à lous les phithéâtre, et partageoient avec la multitude maux dont notre malice est l'unique source!

les charmes de leurs maîtresses. Leur goût Que de choses depuis Varron, que Varron n'alloit qu'à laisser voir qu'ils aimoient, non pas a ignorées! Ne nous suffiroit-il pas même de une belle personne, ou une excellente comén'être savants que comme Platon ou comme dienne, mais une comédienne. SOCRATE?

Rien ne découvre mieux dans quelle dispoTel, à un sermon, à une musique, ou dans sition sont les hommes à l'égard des sciences et une galerie de peintures, a entendu à sa droite des belles-lettres, et de quelle utilité ils les et à sa gauche, sur une chose précisément la croient dans la république, que le prix qu'ils même, des sentiments précisément opposés. y ont mis, et l'idée qu'ils se forment de ceux Cela me feroit dire volontiers que l'on peut qui ont pris le parti de les cultiver. Il n'y a hasarder, dans tout genre d'ouvrages, d'y met- point d'art si mécanique, ni de si vile conditre le bon et le mauvais : le bon plait aux uns, tion, où les avantages ne soient plus sûrs, plus et le mauvais aux autres; l'on ne risque guère prompts, et plus solides. Le comédien couché davantage d'y mettre le pire, il a ses partisans. dans son carrosse jette de la boue au visage de

Le phénix de la poésie chantante renait de CORNEILLE qui est à pied. Chez plusieurs, sases cendres; il a vu mourir et revivre sa répu- vant et pédant sont synonymes. tation en un même jour. Ce juge même si in- Souvent où le riche parle et parle de docfaillible et si ferme dans ses jugements, le pu- trine, c'est aux doctes à se taire, à écouter, à blic, a varié sur son sujet; ou il se trompe, ou Chapelain.

2 Corneille.

1

pour doctes.

applaudir, s'ils veulent du moins ne passer que le grec. Quelle vision, quel délire au grand, au

sage, au judicieux ANTONIN, de dire qu'alors Il y a une sorte de bardiesse à soutenir de les peuples seroient heureux , si l'empereur philovant certains esprits la honte de l'érudition : sophoit , ou si le philosophe, ou le grimaud, vel'on trouve chez eux une prévention tout éta- noit à l'empire ! blie contre les savants, à qui ils òlent les ma- Les langues sont la clef ou l'entrée des sciennières du monde, le savoir-vivre, l'esprit de ces, et rien davantage : le mépris des unes tombe société, et qu'ils renvoient ainsi dépouillés à sur les autres. Il ne s'agit point si les langues leur cabinet et à leurs livres. Comme l'igno- sont anciennes ou nouvelles, mortes ou vivantes; rance est un état paisible, et qui ne coûte au- mais si elles sont grossières ou polies, si les cune peine, l'on s'y range en foule, et elle livres qu'elles ont formés sont d'un bon ou d'un forme à la cour et à la ville un nombreux parti mauvais goût. Supposons que notre langue pùt qui l'emporte sur celui des savants. S'ils allè- un jour avoir le sort de la grecque et de la laguent en leur faveur les noms d'EsTRÉES, de tine; servil-on pédant, quelques siècles après HARLAY, Bossuet, Séguier, MONTAUSIER, VAR- qu'on ne la parleroit plus, pour lire MOLIÈRE DES, CHEVREUSE, Noviox, LAMOIGNON, Scu- ou LA FONTAINE ? DÉRY ", PELLISSON, et de tant d'autres person- Je nomme Euripile, et vous dites : C'est un nages également doctes et polis; s'ils osent bel esprit ; vous dites aussi de celui qui travaille mème citer les grands noms de CHARTRES, DE une poutre : Il est charpentier; et de celui qui Condé, DE Conti, DE BOURBON, DU MAINE, DE refait un mur : Il est maçon. Je vous demande VENDÔME, comme de princes qui ont su joindre quel est l'atelier où travaille cet homme de méaux plus belles et aux plus hautes connoissances tier, ce bel esprit? quelle est son enseigne? à et l'atticisme des Grecs et l'urbanité des Ro- quel habit le reconnoit-on ? quels sont ses outils ? mains, l'on ne feint point de leur dire que ce est-ce le coin? sont-ce le marteau ou l'enclume? sont des exemples singuliers; et, s'ils ont re- où fend-il, où cogne-t-il son ouvrage? où l'excours à de solides raisons, elles sont foibles pose-t-il en vente? un ouvrier se pique d'être contre la voix de la multitude. Il semble néan- ouvrier; Euripile se pique-t-il d'être bel esprit? moins que l'on devroit décider sur cela avec plus S'il est tel, vous me peignez un fat qui met l'esde précaution, et se donner seulement la peine prit en roture, une ame vile et mécanique à qui de douter si ce mème esprit qui fait faire de si ni ce qui est beau ni ce qui est esprit ne saugrands progrès dans les sciences, qui fait bien roient s'appliquer sérieusement; et s'il est vrai penser, bien juger, bien parler, et bien écrire, qu'il ne se pique de rien, je vous entends, c'est ne pourroit point encore servir à être poli. un homme sage et qui a de l'esprit. Ne dites

Il faut très peu de fonds pour la politesse vous pas encore du savantasse : Il est bel esprit, dans les manières : il en faut beaucoup pour et ainsi du mauvais poëte? Mais vous-même vous celle de l'esprit.

croyez-vous sans aucun esprit? et, si vous en Il est savant , dit un politique, il est donc in- avez, c'est sans doute de celui qui est beau et capable d'affaires, je ne lui confierois pas l'état convenable; vous voilà donc un bel esprit : ou de ma garde-robe; et il a raison. Ossat, XIME- s'il s'en faut peu que vous ne preniez ce nom NÈS, Richelieu, étoient savants : étoient-ils pour une injure, continuez, j'y consens, de le habiles? ont-ils passé pour de bons ministres? donner à Euripile, et d'employer cette ironie, Il sait le grec, continue l'homme d'état , c'est comme les sols, sans le moindre discernement un grimaud , c'est un philosophe. Et en effet, ou comme les ignorants qu'elle console d'une une fruitière à Athènes, selon les apparences, certaine culture qui leur manque, et qu'ils ne parloit grec, et par cette raison étoit philoso- voient que dans les autres. phe. Les BIGNON, les LAMOIGNON, étoient de Qu'on ne me parle jamais d'encre, de papier, purs grimauds; qui en peut douter? ils savoient de plume, de style, d'imprimeur, d'imprimerie;

qu'on ne se hasarde plus de me dire : Vous 1 Mademoiselle Scudéry. ( La Bruyère.)

écrivez si bien , Antisthène! continuez d'écrire, ne verrons-nous point de vous un in-folio? trai- vent rendre : écrire alors par jeu , par oisiveté, tez de toutes les vertus et de tous les vices dans et comme Tityre siffle ou joue de la flûte; cela, un ouvrage suivi, méthodique, qui n'ait point ou rien : j'écris à ces conditions, et je cède ainsi de fin; ils devroient ajouter : Et nul cours. Je à la violence de ceux qui me prennent à la gorrenonce à tout ce qui a été, qui est, et qui sera ge, et me disent : Vous écrirez. Ils liront pour livre. Berille tombe en syncope à la vue d'un titre de mon nouveau livre : DU BEAU, DU BON, chat, et moi à la vue d'un livre. Suis-je mieux DU VRAI, DES IDÉES, DU PREMIER PRINCIPE ; par nourri et plus lourdement vêtu , suis-je dans ma Antisthène, vendeur de marée. chambre à l'abri du nord, ai-je un lit de plume,

Si les ambassadeurs' des princes étrangers après vingt ans entiers qu'on me debite dans la étoient des singes instruits à marcher sur leurs place ? J'ai un grand nom, dites-vous, et beau-pieds de derrière, et à se faire entendre par coup de gloire; dites que j'ai beaucoup de vent interprèle, nous ne pourrions pas marquer un qui ne sert à rien : ai-je un grain de ce métal plus grand étonnement que celui que nous donqui procure toutes choses ? Le vil praticien gros- nent la justesse de leurs réponses, et le bon sens sit son mémoire, se fait rembourser de frais qui paroît quelquefois dans leurs discours. La qu'il n'avance pas, et il a pour gendre un comte prévention du pays, jointe à l'orgueil de la ou un magistrat. Un homme rouge ou feuille- nation, nous fait oublier que la raison est de morte" devient commis, et bientôt plus riche tous les climats , et que l'on pense juste parque son maître; il le laisse dans la roture, et tout où il y a des hommes. Nous n'aimerions avec de l'argent il devient noble. B**> s'enrichit pas à être traités ainsi de ceux que nous appeà montrer dans un cercle des marionnettes; lons barbares; et, s'il y a en nous quelque barBB*3, à vendre en bouteilles l'eau de la rivière. barie, elle consiste à être épouvantes de voir Un autre charlatan 4 arrive ici de delà les monts d'autres peuples raisonner comme nous. avec une malle; il n'est pas déchargé que les Tous les étrangers ne sont pas barbares, et pensions courent; et il est prêt de retourner tous nos compatriotes ne sont pas civilisés : de d'où il arrive, avec des mulets et des fourgons. même, toute campagne n'est pas agreste ?, et Mercure est Mercure, et rien davantage, et l'or toute ville n'est pas polie. Il y a dans l’Europe un ne peut payer ses médiations et ses intrigues : endroit d'une province maritime d'un grand on y ajoute la faveur et les distinctions. Et, sans royaume, où le villageois est doux et insinuant, parler que des gains licites, on paie au tuilier sa le bourgeois au contraire et le magistrat grostuile, et à l'ouvrier son temps et son ouvrage : siers , et dont la rusticité est héréditaire. paie-t-on à un auteur ce qu'il pense et ce qu'il Avec un langage si pur, une si grande reécrit? et , s'il pense très bien, le paie-t-on très cherche dans nos habits, des moeurs si cultivées, largement ? se meuble-t-il, s'anoblit-il à force de si belles lois et un visage blanc, nous somde penser et d'écrire juste ? Il faut que les hommes barbares pour quelques peuples. mes soient habillés, qu'ils soient rasés ; il faut

Si nous entendions dire des Orientaux qu'ils que, retirés dans leurs maisons, ils aient une boivent ordinairement d'une liqueur qui leur porte qui ferme bien : est-il nécessaire qu'ils monte à la tête, leur fait perdre la raison et soient instruits ? Folie, simplicité, imbecillité, les fait vomir, nous dirions : Cela est bien barcontinue Antisthène , de mettre l'enseigne d'au- bare. teur ou de philosophe! avoir, s'il se peut, un

in ce prélat se montre peu à la cour, il n'est de office lucratif, qui rende la vie aimable, qui fasse nul commerce, on ne le voit point avec des prêter à ses amis, et donner à ceux qui ne peu- femmes, il ne joue ni à grande ni à petite prime,

il n'assiste ni aux fêtes ni aux spectacles, il • Un laquais, à cause des habits de livrée qui étoient souvent n'est point homme de cabale, et il n'a point l'esde couleur rouge ou feuille-morte. 2 Benoit, qui a amassé du bien en montrant des figures de cire.

prit d'intrigue ; toujours dans son évêché, où il 3 Barbereau, qui a fait fortune en vendant de l'eau de la ri.

fait une résidence continuelle, il ne songe qu'à vière de Seine pour des eaux minérales.

4 Caretti , qui s'est enrichi par quelques secrets qu'il vendoit Ceux de Siam. qui vinrent à Paris dans ce temps-là. fort cher.

2 Ce terme s'entend ici metaphoriquement. (La Bruyere.)

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