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Argyre tire son gant pour montrer une belle mes avec les mêmes talents dont il se pique: main, et elle ne néglige pas de découvrir un pe- vice honteux, et qui par son excès rentre toutit soulier qui suppose qu'elle a le pied petit: jours dans la vanité et dans la présomption, et elle rit des choses plaisantes ou sérieuses pour ne persuade pas tant à celui qui en est blessé qu'il faire voir de belles dents : si elle montre son a plus d'esprit et de mérite que les autres, qu'il oreille, c'est qu'elle l'a bien faile; et, si elle ne lui fait croire qu'il a lui seul de l'esprit et du danse jamais, c'est qu'elle est peu contente de sa mérite. taille, qu'elle a épaisse : elle entend tous ses in L'émulation et la jalousie ne se rencontrent térêts, à l'exception d'un seul ; elle parle tou- guère que dans les personnes du même art, de jours, et n'a point d'esprit.

mêmes talents, et de même condition. Les plus Les hommes comptent presque pour rien lou- vils artisans sont les plus sujets à la jalousie. tes les vertus du ocur, et idolålrent les talents Ceux qui font profession des arts libéraux ou des du corps et de l'esprit : celui qui dit froidement belles-lettres, les peintres, les musiciens, les orade soi, et sans croire blesser la modestie, qu'il teurs, les poëtes, tous ceux qui se mêlent d'écriest bon, qu'il est constant, fidèle, sincère, équi- re, ne devroient être capables que d'émulation. table, reconnoissant, n'ose dire qu'il est vif, Toute jalousie n'est point exemple de quelque qu'il a les dents belles et la peau douce : cela est sorte d'envie, et souvent même ces deux passions trop fort.

se confondent. L'envie au contraire est quelIl est vrai qu'il y a deux vertus que les hom- quefois séparée de la jalousie, comme est celle mes admirent, la bravoure et la libéralité, par- qu'excitent dans notre ame les conditions fort cequ'il y a deux choses qu'ils estiment beau- élevées au-dessus de la nôtre, les grandes forcoup, et que ces vertus font négliger, la vie et tunes, la faveur, le ministère. l'argent : aussi personne n'avance de soi qu'il L'envie et la haine s'unissent toujours et se est brave ou libéral.

fortifient l'une l'autre dans un même sujet; et Personne ne dit de soi, et sur-tout sans fonde elles ne sont reconnoissables entre elles qu'en ment, qu'il est beau, qu'il est généreux, qu'il ce que l'une s'attache à la personne, l'autre à est sublime: on a mis ces qualités à un trop haut l'état et à la condition. prix : on se contente de le penser.

Un homme d'esprit n'est point jaloux d'un Quelque rapport qu'il paroisse de la jalousie à ouvrier qui a travaillé une bonne épée, ou d'un l'émulation, il y a entre elles le même éloignement statuaire qui vient d'achever une belle figure. que celui qui se trouve entre le vice et la vertu. Il sait qu'il y a dans ces arts des règles et une

La jalousie et l'émulation s'exercent sur le méthode qu'on ne devine point, qu'il y a des même objet, qui est le bien ou le mérite des au- outils à manier dont il ne connoit ni l'usage, ni tres; avec cette différence que celle-ci est un le nom, ni la figure; il lui suffit de penser qu'il sentiment volontaire, courageux, sincère, qui n'a point fait l'apprentissage d'un certain mérend lame féconde, qui la fait profiter des grands tier, pour se consoler de n'y ètre point maitre. exemples , et la porte souvent au-dessus de ce Il peut au contraire être susceptible d'envie, et qu'elle admire; et que celle-là au contraire est même de jalousie , contre un ministre el contre un mouvement violent et comme un aveu con ceux qui gouvernent, comme si la raison et le traint du mérite qui est hors d'elle; qu'elle va bon sens, qui lui sont communs avec eux, même jusqu'à nier la vertu dans les sujets où elle étoient les seuls instruments qui servent à régir existe, ou qui, forcée de la reconnoître, lui re un état et à présider aux affaires publiques, et fuse les éloges ou lui envie les récompenses ; qu'ils dussent suppléer aux règles, aux précepune passion stérile qui laisse l'homme dans l'élaties, à l'expérience. où elle le trouve, qui le remplit de lui-même, L'on voit peu d'esprits entièrement lourds et de l'idée de sa réputation, qui le rend froid et stupides': l'on en voit encore moins qui soient sec sur les actions ou sur les ouvrages d'autrui, sublimes et transcendants. Le commun des homqui fait qu'il s'étonne de voir dans le monde mes nage entre ces deux extrémités ; l'intervalle d'autres talents que les siens, ou d'autres hom- est rempli par un grand nombre de talents or

dinaires, mais qui sont d'un grand usage, ser- ils deviennent si farouches, que leur chute seule vent à la république, et renferment en soi l'u- peut les apprivoiser. tile et l'agréable; comme le commerce, les fi Un homme haut et robuste, qui a une poinances, le détail des armées, la navigation, trine large et de larges épaules, porte légèreles arts, les métiers , l'heureuse mémoire, l'es- ment et de bonne grace un lourd fardeau : il lui prit du jeu , celui de la société et de la conver- resteencore un bras de libre; un nain seroit écrasé sation.

de la moitié de sa charge : ainsi les postes émiTout l'esprit qui est au monde est inutile à nents rendent les grands hommes encore plus celui qui n'en a point ; il n'a nulles vues , et il grands, et les petits beaucoup plus petits. est incapable de profiter de celles d'autrui. Il y a des gens qui gagnent à être extraordi

Le premier degré dans l'homme après la rai-naires : ils voguent, ils cinglent dans une mer son, ce seroit de sentir qu'il l'a perdue : la folie où les autres échouent et se brisent; ils parvienmême est incompatible avec cette connoissance. nent, en blessant toutes les règles de parvenir; De même ce qu'il y auroit en nous de meilleur ils tirent de leur irrégularité et de leur folie tous après l'esprit , ce seroit de connoître qu'il nous les fruits d'une sagesse la plus consommée : manque : par-là on feroit l'impossible, on sau hommes dévoués à d'autres hommes, aux grands roit sans esprit n'être pas un sot, ni un fat, ni à qui ils ont sacrifié, en qui ils ont placé leurs un impertinent.

dernières espérances, ils ne les servent point, Un homme qui n'a de l'esprit que dans une mais ils les amusent : les personnes de mérite et certaine médiocrité est sérieux et tout d'une de service sont utiles aux grands, ceux-ci leur pièce : il ne rit point, il ne badine jamais, il ne sont nécessaires; ils blanchissent auprès d'eux tire aucun fruit de la bagatelle ; aussi incapable dans la pratique des bons mots, qui leur tiende s'élever aux grandes choses, que de s'accom- nent lieu d'exploits dont ils attendent la récommoder même par relâchement des plus petites, pense; ils s'attirent, à force d'être plaisants, des il sait à peine jouer avec ses enfants.

emplois graves, et s'élèvent par un continuel Tout le monde dit d'un fat qu'il est un fat, per- enjouement jusqu'au sérieux des dignités; ils sonne n'ose le lui dire à lui-même : il meurt sans finissent enfin , et rencontrent inopinément un le savoir, et sans que personne se soit vengé.

avenir qu'ils n'ont ni craint, ni espéré : ce qui Quelle mésintelligence entre l'esprit et le coeur! reste d’eux sur la terre c'est l'exemple de leur Le philosophe vit mal avec tous ses préceptes; fortune, fatal à ceux qui voudroient le suivre. et le politique, rempli de vues et de réflexions, L'on exigeroit de certains personnages qui ne sait pas se gouverner.

ont une fois été capables d'une action noble, L'esprit s'use comme toutes choses ; les scien- héroïque, et qui a été sue de toute la terre, ces sont aliments, elles le nourrissent et le con- que, sans paroître comme épuisés par un si sument.

grand effort, ils eussent du moins, dans le Les petits sont quelquefois chargés de mille reste de leur vie, cette conduite sage et judivertus inutiles; ils n'ont

pas

de quoi les mettre cieuse qui se remarque même dans les hommes en cuvre.

ordinaires ; qu'ils ne tombassent point dans des Il se trouve des hommes qui soutiennent fa- pelitesses indignes de la haute réputation qu'ils cilement le poids de la faveur et de l'autorité, avoient acquise ; que, se mêlant moins dans le qui se familiarisent avec leur propre grandeur, peuple, et ne lui laissant pas le loisir de les voir et à qui la tête ne tourne point dans les postes de près, ils ne le fissent point passer de la cules plus élevés. Ceux au contraire que la fortune, riosité et de l'admiration à l'indifférence, et aveugle, sans choix et sans discernement, a peut-être au mépris. comme accablés de ses bienfaits , en jouissent Il coûte moins 2 à certains hommes de s'enriavec orgueil et sans modération : leurs yeux,

Ce portrait ressemble fort au duc de La Feuillade. Les clefs leur démarche , leur ton de voix, et leur accès, le nomment; et ce que les écrits du temps nous apprennent de marquent long-temps en eux l'admiration où ils

ce grand seigneur feroit croire que les clefs ont raison.

? Il se pourroit que La Bruyère eût eu en vue dans ce parasont d'eux-mêmes et de se voir si éminents ; et graphe l'archevêque de Paris , Harlay de Chanvalons, qui avoit

chir de mille vertus que de se corriger d'un seul la société. Celui qui aime le travail a assez de défaut; ils sont même si malheureux, que ce soi-même. vice est souvent celui qui convenoit le moins La plupart des hommes emploient la première leur état, et qui pouvoit leur donner dans le partie de leur vie à rendre l'autre misérable. monde plus de ridicule : il affoiblit l'éclat de Il y a des ouvrages qui commencent par A leurs grandes qualités, empêche qu'ils ne soient et finissent par Z; le bon, le mauvais, le pire, des hommes parfaits , et que leur réputation ne tout y entre; rien, en un certain genre, n'est soit entière. On ne leur demande point qu'ils oublié : quelle recherche, quelle affectation soient plus éclairés et plus incorruptibles, qu'ils dans ces ouvrages ! on les appelle des jeux d'essoient plus amis de l'ordre et de la discipline, prit. De même il y a un jeu dans la conduite ; plus fidèles à leurs devoirs, plus zélés pour le on a commencé, il faut finir, on veut finir toute bien public, plus graves : on veut seulement la carrière. Il seroit mieux ou de changer ou de qu'ils ne soient point amoureux.

suspendre, mais il est plus rare et plus difficile Quelques hommes, dans le cours de leur vie, de poursuivre : on poursuit, on s'anime par les sont si différents d'eux-mêmes par le cæur et contradictions ; la vanité soutient, supplée à la par l'esprit , qu'on est sûr de se méprendre, si raison, qui cède et qui se désiste : on porte ce l'on en juge seulement par ce qui a paru d'eux raffinement jusque dans les actions les plus dans leur première jeunesse. Tels étoient pieux, vertueuses, dans celles même où il entre de la sages, savants, qui, par cette mollesse insépa- religion. rable d'une trop riante fortune, ne le sont plus. Il n'y a que nos devoirs qui nous coûtent, L'on en sait d'autres qui ont commencé leur vie parceque leur pratique ne regardant que les par les plaisirs , et qui ont mis ce qu'ils avoient choses que nous sommes étroitement obligés de d'esprit à les connoître, que les disgraces en- faire, elle n'est pas suivie de grands éloges, qui suite ont rendus religieux, sages, tempérants. est tout ce qui nous excite aux actions louables, Ces derniers sont, pour l'ordinaire, de grands et qui nous soutient dans nos entreprises. N... sujets, et sur qui l'on peut faire beaucoup de aime une piété fastueuse qui lui attire l'intenfond; ils ont une probité éprouvée par la pa- dance des besoins des pauvres, le rend dépotience et par l'adversité; ils entent sur cette sitaire de leur patrimoine, et fait de sa maison extrême politesse que le commerce des femmes un dépôt public où se font les distributions; les leur a donnée, et dont ils ne se défont jamais, gens à petits collets et les soeurs grises y ont une un esprit de règle, de réflexion, et quelquefois libre entrée ; toute une ville voit ses aumônes, et une baute capacité, qu'ils doivent à la chambre les publie: qui pourroit douter qu'il soit homme et au loisir d'une mauvaise fortune.

de bien, si ce n'est peut-être ses créanciers ? Tout notre mal vient de ne pouvoir être seuls : Géronte meurt de caducité, et sans avoir fait de là le jeu, le luxe, la dissipation, le vin , les ce testament qu'il projetoit depuis trente anfemmes, l'ignorance, la médisance, l'envie, nées : dix têtes viennent ab intestat partager sa l'oubli de soi-même et de Dieu.

succession. Il ne vivoit depuis long-temps que L'homme semble quelquefois ne se suffire pas par les soins d'Astérie, sa femme, qui jeune à soi-même : les ténèbres, la solitude, le trou encore s'étoit dévouée à sa personne, ne le blent, le jeltent dans des craintes frivoles, et perdoit pas de vue, secouroit sa vieillesse, et dans de vaines terreurs ; le moindre mal alors lui a enfin fermé les yeux. Il ne lui laisse pas qui puisse lui arriver est de s'ennuyer. assez de bien pour pouvoir se passer, pour

L'ennui est entré dans le monde par la pa- vivre, d'un autre vieillard. resse; elle a beaucoup de part dans la recherche que font les hommes des plaisirs, du jeu, de

Ces mols , qui commencent par A et finissent par 2, sembleroient indiquer un dictionnaire, et notamment celui de l'A

cadémie. Mais comment appeler un dictionnaire un jeu d'esde grands talents, de grandes qualités , et qui remplissoit par prit? comment trouver, dans un dictionnaire de langue, de la faitement tous les devoirs de son état à l'exception d'un seul. La

recherche et de l'affectation? Il me semble fort difficile de Bruyère nous dispense de dire lequel.

dire à quelle espèce d'ouvrage La Bruyère fait allusion.

doit payer.

Laisser perdre charges et bénéfices plutôt caducité des commodités de la vie, puisqu'ils que de vendre ou de résigner, même dans son s'en privent eux-mêmes volontairement pour extrême vieillesse, c'est se persuader qu'on satisfaire à leur avarice? Ce n'est point aussi n'est pas du nombre de ceux qui meurent; ou, l'envie de laisser de plus grandes richesses à si l'on croit que l'on peut mourir, c'est s'aimer leurs enfants, car il n'est pas naturel d'aimer soi-même, et n'aimer que soi.

quelque autre chose plus que soi-même, outre Fauste est un dissolu, un prodigue, un li- qu'il se trouve des avares qui n'ont point d'hébertin, un ingrat, un emporté, qu'Aurèle, son ritiers. Ce vice est plutôt l'effet de l'âge et de la oncle, n'a pu haïr ni déshériter.

complexion des vieillards qui s'y abandonnent Frontin, neveu d'Aurèle, après vingt années aussi naturellement qu'ils suivoient leurs plaisirs d'une probité connue, et d'une complaisance dans leur jeunesse, ou leur ambition dans l'âge aveugle pour ce vieillard, ne l'a pu fléchir en viril. Il ne faut ni vigueur, ni jeunesse, ni santé, sa faveur, et ne tire de sa dépouille qu'une lé- pour être avare; l'on n'a aussi nul besoin de gère pension que Fauste , unique légataire, lui s'empresser, ou de se donner le moindre mou

vement pour épargner ses revenus : il faut laisLes haines sont si longues et si opiniâtrées, ser seulement son bien dans ses coffres, et se que le plus grand signe de mort dans un homme priver de tout. Cela est commode aux vieillards, malade, c'est la réconciliation.

à qui il faut une passion, parcequ'ils sont homL'on s'insinue auprès de tous les hommes, mes. ou en les flatlant dans les passions qui occupent Il y a des gens qui sont mal logés, mal couleur ame, ou en compatissant aux infirmités qui chés, mal habillés , et plus mal nourris, qui affligent leur corps. En cela seul consistent les essuient les rigueurs des saisons, qui se privent soins que l'on peut leur rendre; de là vient que eux-mêmes de la société des hommes, et pascelui qui se porte bien, et qui desire peu de sent leurs jours dans la solitude, qui souffrent chose, est moins facile à gouverner.

du présent, du passé et de l'avenir, dont la vie La mollesse et la volupté naissent avec l'hom- est comme une pénitence continuelle, et qui ont me, et ne finissent qu'avec lui; ni les heureux, ainsi trouvé le secret d'aller à leur perte par ni les tristes évènements, ne l'en peuvent sépa- le chemin le plus pénible : ce sont les avares. rer : c'est pour lui ou le fruit de la bonne for Le souvenir de la jeunesse est tendre dans tune, ou un dédommagement de la mauvaise. les vieillards; ils aiment les lieux où ils l'ont

C'est une grande difformité dans la nature passée : les personnes qu'ils ont commencé de qu’un vieillard amoureux.

connoître dans ce temps leur sont chères ; ils Peu de gens se souviennent d'avoir été jeu- affectent quelques mots du premier langage nes, et combien il leur étoit difficile d'être qu'ils ont parlé; ils tiennent pour l'ancienne chastes et tempérants. La première chose qui manière de chanter, et pour la vieille danse ; ils arrive aux hommes après avoir renoncé aux vantent les modes qui régnoient alors dans les plaisirs, ou par bienséance, ou par lassitude, habits, les meubles et les équipages; ils ne ou par régime, c'est de les condamner dans les peuvent encore désapprouver des choses qui autres. Il entre dans cette conduite une sorte servoient à leurs passions , et qui étoient si utiles d'attachement pour les choses mêmes que l'on à leurs plaisirs, et qui en rappellent la mémoire: vient de quitter ; l'on aimeroit qu'un bien qui comment pourroient-ils leur préférer de noun'est plus pour nous ne fût plus aussi pour le veaux usages, et des modes toutes récentes où ils reste du monde : c'est un sentiment de jalousie. n'ont nulle part, dont ils n'espèrent rien, que

Ce n'est pas le besoin d'argent où les vieil- les jeunes gens ont faites, et dont ils tirent à leur lards peuvent appréhender de tomber un jour tour de si grands avantages contre la vieillesse? qui les rend avares, car il y en a de tels qui Une trop grande négligence comme une exont de si grands fonds, qu'ils ne peuvent guère cessive parure dans les vieillards multiplient leurs avoir cette inquiétude : et d'ailleurs comment rides , et font mieux voir leur caducité. pourroient-ils craindre de manquer dans leur Un vieillard est fier, dédaigneux, et d'un

:

nulle part;

commerce difficile, s'il n'a beaucoup d'esprit. écure ses dents, et il continue à manger. Il se

Un vieillard qui a vécu à la cour, qui a un fait, quelque part où il se trouve, une manière grand sens et une mémoire fidèle, est un trésor d'établissement, et ne souffre pas d'être plus inestimable : il est plein de faits et de maximes; pressé au sermon ou au théâtre que dans sa l'on y trouve l'histoire du siècle, revêtue de chambre. Il n'y a dans un carrosse que les places circonstances très curieuses, et qui ne se lisent du fond qui lui conviennent; dans toute autre,

l'on y apprend des règles pour la si on veut l'en croire, il pålit et tombe en foiconduite et pour les moeurs, qui sont toujours blesse. S'il fait un voyage avec plusieurs, il les sûres, parcequ'elles sont fondées sur l'expé- prévient dans les hôtelleries, et il sait toujours rience.

se conserver dans la meilleure chambre le meilLes jeunes gens, à cause des passions qui leur lit : il tourne tout à son usage; ses valets, les amusent, s'accommodent mieux de la soli ceux d'autrui, courent dans le même temps lude que les vieillards.

pour son service; tout ce qu'il trouve sous sa Philippe, déja vieux, raffine sur la propreté main lui est propre, hardes, équipages; il emet sur la mollesse ; il passe aux petites délica- barrasse tout le monde, ne se contraint pour tesses;

il s'est fait un art du boire, du manger, personne, ne plaint personne, ne connoit de du repos, et de l'exercice : les petites règles maux que les siens, que sa réplétion et sa bile, qu'il s'est prescrites, et qui tendent toutes aux ne pleure point la mort des autres, n'appréaises de sa personne, il les observe avec scru- hende que la sienne, qu'il rachèteroit volontiers pule, et ne les romproit pas pour une mai de l'extinction du genre humain. tresse, si le régime lui avoit permis d'en re Cliton n'a jamais eu toute sa vie que deux tenir. I s'est accablé de superfluités, que l'ha- affaires, qui sont de diner le matin, et de souper bitude enfin lui rend nécessaires. Il double ainsi le soir ; il ne semble né que pour la digestion ; et renforce les liens qui l'attachent à la vie, et il n'a de même qu'un entretien; il dit les entrées il veut employer ce qui lui en reste à en rendre qui ont été servies au dernier repas où il s'est la perte plus douloureuse : n'appréhendoit-il trouvé ; il dit combien il y a eu de polages, et pas assez de mourir ?

quels potages; il place ensuite le rôt et les enGnathon ne vit que pour soi, et tous les hom- tremets; il se souvient exactement de quels plats mes ensemble sont à son égard comme s'ils on a relevé le premier service; il n'oublie pas n'étoient point. Non content de remplir à une les hors-d'oeuvre, le fruit et les assiettes; il table la première place, il occupe lui seul nomme tous les vins et toutes les liqueurs dont celle de deux autres ; il oublie que le repas est il a bu; il possède le langage des cuisines autant pour lui et pour toute la compagnie; il se rend qu'il peut s'étendre, et il me fait envie de manmaitre du plat, et fait son propre de chaque ger à une bonne table où il ne soit point : il a service; il ne s'attache à aucun des mels, qu'il sur-tout un palais sûr, qui ne prend point le n'ait achevé d'essayer de lous; il voudroit pou change; et il ne s'est jamais vu exposé à l'horvoir les savourer lous tout à-la-fois : il ne se rible inconvénient de manger un mauvais rasert à table que de ses mains, il manie les vian- gout, ou de boire d'un vin médiocre. C'est un des, les remanie, démembre, déchire, et en personnage illustre dans son genre, et qui a use de manière qu'il faut que les conviés, s'ils porté le talent de se bien nourrir jusqu'où il veulent manger, mangent ses restes; il ne leur pouvoit aller; on ne reverra plus un homme qui épargne aucune de ces malpropretés dégoûtan- mange lant et qui mange si bien : aussi est-il les, capables d'ôler l'appétit aux plus affamés; l'arbitre des bons morceaux ; et il n'est guère le jus et les sauces lui dégouttent du menton et permis d'avoir du goût pour ce qu'il désapde la barbe : s'il enlève un ragoût de dessus un prouve. Mais il n'est plus, il s'est fait du moins plat, il le répand en chemin dans un autre plat porter à table jusqu'au dernier soupir ; il donet sur la nappe, on le suit à la trace; il mange noit à manger le jour qu'il est mort ; quelque haut et avec grand bruil, il roule les yeux en part où il soit, il mange ; et, s'il revient au mangeant ; la table est pour lui un râtelier; il monde, c'est pour manger.

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