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Nous faisons par vanité ou par bienséance les qu'on n'a d'application que pour les solides et mêmes choses et avec les mêmes dehors que essentielles. Un homine de guerre aime à dire nous les ferions par inclination ou par devoir : que c'étoit par trop d'empressement ou par tel vient de mourir à Paris de la fièvre qu'il a curiosité qu'il se trouva un certain jour à la gagnée à veiller sa femme qu'il n'aimoit point. tranchée, ou en quelque autre poste très péril

Les hommes dans le coeur veulent être esti- leux, sans être de garde ni commandé, et il més , et ils cachent avec soin l'envie qu'ils ont ajoute qu'il en fut repris de son général. De d'être estimés; parceque les hommes veulent même une bonne tête, ou un ferme génie qui se passer pour vertueux, et que vouloir tirer de la trouve né avec cette prudence que les autres verlu tout autre avantage que la même vertu, hommes cherchent vainement à acquérir; qui je veux dire l’estime et les louanges, ce ne se- a fortifié la trempe de son esprit par une grande roit plus être vertueux, mais aimer l'estime et expérience; que le nombre, le poids, la diverles louanges, ou être vain : les hommes sont sité, la difficulté, et l'importance des affaires, très vains, et ils ne haïssent rien tant que de occupent seulement, et n'accablent point; qui, passer pour tels.

par l'étendue de ses vues et de sa pénétration, Un homme vain trouve son compte à dire du se rend maître de tous les évènements ; qui, bien ou du mal de soi : un homme modeste ne bien loin de consulter toutes les réflexions qui parle point de soi.

sont écrites sur le gouvernement et la politique, On ne voit point mieux le ridicule de la va- est peut-être de ces ames sublimes nées pour nité, et combien elle est un vice honteux, qu'en régir les autres, et sur qui ces premières règles ce qu'elle n'ose se montrer, et qu'elle se cache ont été faites; qui est détourné, par les grandes souvent sous les apparences de son contraire. choses qu'il fait, des belles ou des agréables

La fausse modestie est le dernier raffinement qu'il pourroit lire, et qui au contraire ne perd de la vanité : elle fait que l'homme vain ne pa- rien à retracer et à feuilleter, pour ainsi dire, roit point tel, et se fait valoir au contraire par sa vie et ses actions; un homme ainsi fait peut la vertu opposée au vice qui fait son caractère : dire aisément, et sans se commettre, qu'il ne c'est un mensonge. La fausse gloire est l'écueil connoît aucun livre, et qu'il ne lit jamais. de la vanité; elle nous conduit à vouloir être On veut quelquefois cacher ses foibles, ou en estimés par des choses qui, à la vérité, se trou- diminuer l'opinion, par l'aveu libre que l'on en vent en nous, mais qui sont frivoles et indignes fait. Tel dit, je suis ignorant , qui ne sait rien : qu'on les relève : c'est une erreur.

un homme dit, je suis vieux, il passe soixante Les hommes parlent de manière, sur ce qui ans; un autre encore, je ne suis pas riche, et les regarde, qu'ils n'avouent d'eux-mêmes que il est pauvre. de petits défauts, et encore ceux qui supposent La modestie n'est point, ou est confondue en leurs personnes de beaux talents, ou de avec une chose boule différente de soi, si on la grandes qualités. Ainsi l'on se plaint de son peu prend pour un sentiment intérieur qui avilit de mémoire, content d'ailleurs de son grand l'homme à ses propres yeux, et qui est une sens et de son bon jugement : l'on reçoit le repro- vertu surnaturelle qu'on appelle humilité. che de la distraction et de la rêverie, comme L'homme, de sa nature, pense hautement el s'il nous accordoit le bel esprit : l'on dit de soi superbement de lui-même, et ne pense ainsi qu'on est maladroit, et qu'on ne peut rien faire que de lui-même : la modestie ne tend qu'à de ses mains, fort consolé de la perte de ces faire que personne n'en souffre; elle est une petits talents par ceux de l'esprit, ou par les vertu du dehors, qui règle ses yeux, sa dédons de l'ame que tout le monde nous connoît : marche, ses paroles , son ion de voix, et qui le l'on fait l'aveu de sa paresse en des termes qui fait agir extérieurement avec les autres comme signifient toujours son désintéressement, et que s'il n'étoit pas vrai qu'il les compte pour rien. l'on est guéri de l'ambition : l'on ne rougit point Le monde est plein de gens qui, faisant extéde sa malpropreté, qui n'est qu'une négligence rieurement et par habitude la comparaison pour les petites choses, et qui semble supposer d'eux-mêmes avec les autres, décident toujours

en faveur de leur propre mérite, et agissent | qui rient également des choses ridicules et de conséquemment.

celles qui ne le sont pas. Si vous êtes sot et inVous dites qu'il faut être modeste ; les gens considéré, et qu'il vous échappe devant eux bien nés ne demandent pas mieux : faites seu- quelque impertinence, ils rient de vous : si vous lement que les hommes n'empiètent pas sur êtes sage, et que vous ne disiez que des choses ceux qui cèdent par modestie, et ne brisent pas raisonnables, et du ton qu'il les faut dire, ils ceux qui plient.

rient de même. De même l'on dit, il faut avoir des habits Ceux qui nous ravissent les biens par la viomodestes ; les personnes de mérite ne desirent lence ou par l'injustice , et qui nous ótent l'honrien davantage : mais le monde veut de la pa- neur par la calomnie, nous marquent assez leur rure, on lui en donne ; il est avide de super- haine pour nous; mais ils ne nous prouvent pas fluité, on lui en montre. Quelques uns n'esti- également qu'ils aient perdu à notre égard toute ment les autres que par de beau linge ou par sorte d'estime : aussi ne sommes-nous pas incaune riche étoffe; l'on ne refuse pas toujours pables de quelque retour pour eux, et de leur d'être estimé à ce prix. Il y a des endroits où il rendre un jour notre amitié. La moquerie, au faut se faire voir : un galon d'or plus large ou contraire, est de toutes les injures celle qui se plus étroit vous fait entrer ou refuser. pardonne le moins; elle est le langage du mé

Notre vanité et la trop grande estime que pris, et l'une des manières dont il se fait le mieux nous avons de nous-mêmes nous fait soupçonner entendre; elle attaque l'homme dans son derdans les autres une fierté à notre égard, qui nier retranchement, qui est l'opinion qu'il a de y est quelquefois, et qui souvent n'y est pas : soi-même; elle veut le rendre ridicule à ses proune personne modeste n'a point cette délica- pres yeux ; et ainsi elle le convainc de la plus tesse.

mauvaise disposition où l'on puisse être pour lui, Comme il faut se défendre de cette vanité et le rend irréconciliable. qui nous fait penser que les autres nous regar- C'est une chose monstrueuse que le goût et la dent avec curiosité et avec estime, et ne parlent facilité qui est en nous de railler, d'improuver ensemble que pour s'entretenir de notre mérite et de mépriser les autres; et tout ensemble la et faire notre éloge; aussi devons-nous avoir colère que nous ressentons contre ceux qui nous une certaine confiance qui nous empêche de raillent, nous improuvent, et nous méprisent. croire qu'on ne se parle à l'oreille que pour dire La santé et les richesses , ôtant aux hommes du mal de nous, ou que l'on ne rit que pour l'expérience du mal, leur inspirent la dureté

pour leurs semblables ; et les gens déja charges D'où vient qu'Alcippe me salue aujourd'hui, de leur propre misère sont ceux qui entrent dame sourit, et se jette hors d'une portière de vantage par la compassion dans celle d'autrui. peur de me manquer? Je ne suis pas riche, et Il semble qu'aux ames bien nées les fêtes, les je suis à pied; il doit dans les règles ne me spectacles, la symphonie, rapprochent et font pas voir : n'est-ce point pour être vu lui-même mieux sentir l'infortune de nos proches ou de dans un même fond avec un grand ?

nos amis. L'on est si rempli de soi-même, que tout s'y Une grande ame est au-dessus de l'injure, de rapporte : l'on aime à être vu, montré, à être l'injustice, de la douleur, de la moquerie; et elle salué, même des inconnus : ils sont fiers s'ils seroit invulnérable, si elle ne souffroit par la l'oublient; l'on veut qu'ils nous devinent. compassion.

Nous cherchons notre bonheur hors de nous- Il y a une espèce de honte d'être heureux à mêmes, et dans l'opinion des hommes, que la vue de certaines misères. nous connoissons flatteurs, peu sincères, sans On est prompt à connoître ses plus petits avanéquité, pleins d'envie, de caprices, et de pré- tages, et lent à pénétrer ses défauts : on n'ignore ventions : quelle bizarrerie!

point qu'on a de beaux sourcils, les ongles bien Il semble que l'on ne puisse rire que des choses faits ; on sait à peine que l'on est borgne; on ne ridicules : l'on voit néanmoins de certaines gens sait point du tout que l'on manque d'esprit

.

s'en moquer.

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que

trop fort.

Argyre tire son gant pour montrer une belle mes avec les mêmes talents dont il se pique: main, et elle ne néglige pas de découvrir un pe- vice honteux, et qui par son excès rentre toulit soulier qui suppose qu'elle a le pied petit: jours dans la vanité et dans la présomption, et elle rit des choses plaisantes ou sérieuses pour ne persuade pas tant à celui qui en est blessé qu'il faire voir de belles dents : si elle montre son a plus d'esprit et de mérite

les autres, qu'il oreille, c'est qu'elle l'a bien faite; et, si elle ne lui fait croire qu'il a lui seul de l'esprit et du danse jamais, c'est qu'elle est peu contente de sa mérite. laille, qu'elle a épaisse : elle entend tous ses in- L'émulation et la jalousie ne se rencontrent térêts, à l'exception d'un seul; elle parle tou- guère que dans les personnes du même art, de jours, et n'a point d'esprit.

mêmes talents, et de même condition. Les plus Les hommes comptent presque pour rien lou- vils artisans sont les plus sujets à la jalousie. tes les vertus du cour, et idolàtrent les talents Ceux qui font profession des arts libéraux ou des du corps et de l'esprit : celui qui dit froidement belles-lettres, les peintres, les musiciens, les orade soi, et sans croire blesser la modestie, qu'il teurs,les poëtes, tous ceux qui se mêlent d'écriest bon, qu'il est constant, fidèle, sincère, équi- re, ne devroient être capables que d'émulation. table, reconnoissant, n'ose dire qu'il est vif, Toute jalousie n'est point exemple de quelque qu'il a les dents belles et la peau douce : cela est sorte d'envie, et souvent même ces deux passions

se confondent. L'envie au contraire est quelIl est vrai qu'il y a deux vertus que les hom- quefois séparée de la jalousie, comme est celle mes admirent, la bravoure et la libéralité, par- qu'excitent dans notre ame les conditions fort cequ'il y a deux choses qu'ils estiment beau- élevées au-dessus de la nôtre, les grandes forcoup, et que ces vertus font négliger, la vie et tunes, la faveur, le ministère. l'argent : aussi personne n'avance de soi qu'il L'envie et la haine s'unissent toujours et se est brave ou libéral.

fortifient l'une l'autre dans un même sujet; et Personne ne dit de soi, et sur-lout sans fonde elles ne sont reconnoissables entre elles qu'en ment, qu'il est beau, qu'il est généreux, qu'il ce que l'une s'attache à la personne, l'autre à est sublime: on a mis ces qualités à un trop haut l'état et à la condition. prix : on se contente de le penser.

Un homme d'esprit n'est point jaloux d'un Quelque rapport qu'il paroisse de la jalousie à ouvrier qui a travaillé une bonne épée, ou d'un l'émulation, il y a entre elles le même éloignement statuaire qui vient d'achever une belle figure. que celui qui se trouve entre le vice et la vertu. Il sait qu'il y a dans ces arts des règles et une

La jalousie et l'émulation s'exercent sur le méthode qu'on ne devine point, qu'il y a des même objet, qui est le bien ou le mérite des au- outils à manier dont il ne connoît ni l'usage, ni tres; avec cette différence que celle-ci est un le nom, ni la figure ; il lui suffit de penser qu'il sentiment volontaire, courageux, sincère, qui n'a point fait l'apprentissage d'un certain mérend lame féconde, qui la fait profiter des grands tier, pour se consoler de n'y ètre point maitre. exemples, et la porte souvent au-dessus de ce Il peut au contraire être susceptible d'envie , el qu'elle admire ; et que celle-là au contraire est même de jalousie , contre un ministre el contre un mouvement violent et comme un aveu con- ceux qui gouvernent, comme si la raison et le traint du mérite qui est hors d'elle; qu'elle va bon sens, qui lui sont communs avec eux, même jusqu'à nier la vertu dans les sujets où elle étoient les seuls instruments qui servent à régir existe , ou qui, forcée de la reconnoître, lui re- un état et à présider aux affaires publiques, et fuse les éloges ou lui envie les récompenses ; qu'ils dussent suppléer aux règles, aux précepune passion stérile qui laisse l'homme dans l'état les, à l'expérience. où elle le trouve, qui le remplit de lui-même, L'on voit peu d'esprits entièrement lourds et de l'idée de sa réputation, qui le rend froid et stupides : l'on en voit encore moins qui soient sec sur les actions ou sur les ouvrages d'autrui, sublimes et transcendants. Le commun des homqui fait qu'il s'étonne de voir dans le monde mes nage entre ces deux extrémités ; l'intervalle d'autres talents que les siens, ou d'autres hom- est rempli par un grand nombre de talents ordinaires, mais qui sont d'un grand usage, ser- ils deviennent si farouches, que leur chute seule vent à la république, et renferment en soi l'u- pent les apprivoiser. tile et l'agréable; comme le commerce, les fi- Un homme haut et robuste, qui a une poinances, le détail des armées, la navigation, trine large et de larges épaules, porte légèreles arts, les métiers , l'heureuse mémoire, l'es- ment et de bonne grace un lourd fardeau : il lui prit du jeu , celui de la société et de la conver- resteencore un bras de libre; un nain seroit écrasé sation.

de la moitié de sa charge : ainsi les postes émiTout l'esprit qui est au monde est inutile à nents rendent les grands hommes encore plus celui qui n'en a point; il n'a nulles vues , et il grands, et les petits beaucoup plus petits. est incapable de profiter de celles d'autrui. Il y a des gens qui gagnent à être extraordi

Le premier degré dans l'homme après la rai- naires : ils voguent, ils cinglent dans une mer son, ce seroit de sentir qu'il l'a perdue: la folie où les autres échouent et se brisent; ils parvienmême est incompatible avec cette connoissance. nent, en blessant toutes les règles de parvenir; De même ce qu'il y auroit en nous de meilleur ils tirent de leur irrégularité et de leur folie tous après l'esprit , ce seroit de connoitre qu'il nous les fruits d'une sagesse la plus consommée : manque: par-là on feroit l'impossible, on sau hommes dévoués à d'autres hommes, aux grands roit sans esprit n'être pas un sot, ni un fat, ni à qui ils ont sacrifié, en qui ils ont placé leurs un impertinent.

dernières espérances, ils ne les servent point, Un homme qui n'a de l'esprit que dans une mais ils les amusent : les personnes de mérite et certaine médiocrité est sérieux et tout d'une de service sont utiles aux grands, ceux-ci leur pièce : il ne rit point, il ne badine jamais, il ne sont nécessaires ; ils blanchissent auprès d'eux tire aucun fruit de la bagatelle ; aussi incapable dans la pratique des bons mots, qui leur tiende s'élever aux grandes choses, que de s'accom- nent lieu d'exploits dont ils attendent la récommoder même par relâchement des plus petites, pense; ils s'attirent, à force d'être plaisants, des il sait à peine jouer avec ses enfants.

emplois graves, et s'élèvent par un continuel Tout le monde dit d'un fat qu'il est un fat, per- enjouement jusqu'au sérieux des dignités ; ils sonne n'ose le lui dire à lui-même : il meurt sans finissent enfin , et rencontrent inopinément un le savoir, et sans que personne se soit vengé.

avenir qu'ils n'ont ni craint, ni espéré : ce qui Quelle mésintelligence entre l'esprit et le coeur! reste d'eux sur la terre c'est l'exemple de leur Le philosophe vit mal avec tous ses préceptes ; fortune, fatal à ceux qui voudroient le suivre. et le politique, rempli de, vues et de réflexions, L'on exigeroit de certains personnages qui ne sait pas se gouverner.

ont une fois été capables d'une action noble, L'esprit s'use comme toutes choses ; les scien- héroïque, et qui a été sue de toute la terre, ces sont aliments, elles le nourrissent et le con- que, sans paroître comme épuisés par un si sument.

grand effort, ils eussent du moins, dans le Les petits sont quelquefois chargés de mille reste de leur vie, cette conduite sage et judivertus inutiles; ils n'ont pas de quoi les mettre cieuse qui se remarque même dans les hommes

ordinaires ; qu'ils ne tombassent point dans des Il se trouve des hommes qui soutiennent fa- petitesses indignes de la haute réputation qu'ils cilement le poids de la faveur et de l'autorité, avoient acquise ; que, se mélant moins dans le qui se familiarisent avec leur propre grandeur, peuple, et ne lui laissant pas le loisir de les voir et à qui la tête ne tourne point dans les postes de près, ils ne le fissent point passer de la cules plus élevés. Ceux au contraire que la fortune, riosité et de l'admiration à l'indifférence, et aveugle, sans choix et sans discernement, a peut-être au mépris. comme accablés de ses bienfaits , en jouissent Il coûle moins 2 à certains hommes de s'enriavec orgueil et sans modération : leurs yeux ,

Ce portrait ressemble fort au duc de La Feuillade. Les clefs leur démarche , leur ton de voix, et leur accès, le nomment; et ce que les écrits du temps nous apprennent de marquent long-temps en eux l'admiration où ils

ce grand seigneur feroit croire que les clefs ont raison. sont d'eux-mêmes et de se voir si éminents ; et l graphe l'archevêque de Paris , Harlay de Chanvalons, qui avoit

? Il se pourroit que La Bruyère eût en en vue dans ce para

en Quvre.

chir de mille vertus que de se corriger d'un seul la société. Celui qui aime le travail a assez de défaut; ils sont même si malheureux, que ce soi-même. vice est souvent celui qui convenoit le moins à La plupart des hommes emploient la première leur état, et qui pouvoit leur donner dans le partie de leur vie à rendre l'autre misérable. monde plus de ridicule : il affoiblit l'éclat de l y a des ouvrages « qui commencent par A leurs grandes qualités, empêche qu'ils ne soient et finissent par Z; le bon, le mauvais, le pire, des hommes parfaits , et que leur réputation ne tout y entre; rien, en un certain genre, n'est soit entière. On ne leur demande point qu'ils oublié : quelle recherche, quelle affectation soient plus éclairés et plus incorruptibles, qu'ils dans ces ouvrages ! on les appelle des jeux d'essoient plus amis de l'ordre et de la discipline, prit. De même il y a un jeu dans la conduite ; plus fidèles à leurs devoirs, plus zélés pour le on a commencé, il faut finir, on veut finir loute bien public, plus graves : on veut seulement la carrière. Il seroit mieux ou de changer ou de qu'ils ne soient point amoureux.

suspendre, mais il est plus rare et plus difficile Quelques hommes, dans le cours de leur vie, de poursuivre : on poursuit, on s'anime par les sont si différents d'eux-mêmes par le cæur et contradictions; la vanité soutient, supplée à la par l'esprit, qu'on est sûr de se méprendre, si raison, qui cède et qui se désiste : on porte ce l'on en juge seulement par ce qui a paru d'eux raffinement jusque dans les actions les plus dans leur première jeunesse. Tels étoient pieux, vertueuses, dans celles même où il entre de la sages, savants, qui, par cette mollesse insépa- religion. rable d'une trop riante fortune, ne le sont plus. Il n'y a que nos devoirs qui nous coulent, L'on en sait d'autres qui ont commencé leur vie parceque leur pratique ne regardant que les par les plaisirs , et qui ont mis ce qu'ils avoient choses que nous sommes étroitement obligés de d'esprit à les connoitre, que les disgraces en faire, elle n'est pas suivie de grands éloges, qui suite ont rendus religieux, sages, tempérants. est tout ce qui nous excite aux actions louables, Ces derniers sont, pour l'ordinaire, de grands et qui nous soutient dans nos entreprises. N... sujets, et sur qui l'on peut faire beaucoup de aime une piété fastueuse qui lui attire l’intenfond; ils ont une probité éprouvée par la pa- dance des besoins des pauvres, le rend dépotience et par l'adversité; ils entent sur cette sitaire de leur patrimoine, et fait de sa maison extrême politesse que le commerce des femmes un dépôt public où se font les distributions; les leur a donnée, et dont ils ne se défont jamais, gens à petits collets et les soeurs grises y ont une un esprit de règle, de réflexion, et quelquefois libre entrée; toute une ville voit ses aumônes, et une baute capacité, qu'ils doivent à la chambre les publie : qui pourroit douter qu'il soit homme et au loisir d'une mauvaise fortune.

de bien, si ce n'est peut-être ses créanciers ? Tout notre mal vient de ne pouvoir être seuls: Géronte meurt de caducité, et sans avoir fait de là le jeu, le luxe, la dissipation, le vin , les ce testament qu'il projetoit depuis trente anfemmes, l'ignorance, la médisance, l'envie, nées : dix têtes viennent ab intestat partager sa l'oubli de soi-même et de Dieu.

succession. Il ne vivoit depuis long-temps que L'homme semble quelquefois ne se suffire pas par les soins d'Astérie, sa femme, qui jeune à soi-même : les ténèbres, la solitude, le trou- encore s'étoit dévouée à sa personne, ne le blent, le jellent dans des craintes frivoles , et perdoit pas de vue, secouroit sa vieillesse, et dans de vaines terreurs ; le moindre mal alors lui a enfin fermé les yeux. Il ne lui laisse pas qui puisse lui arriver est de s'ennuyer. assez de bien pour pouvoir se passer, pour

L'ennui est entré dans le monde par la pa- vivre, d'un autre vieillard. resse; elle a beaucoup de part dans la recherche que font les hommes des plaisirs, du jeu, de

Ces mots , qui commencent par A et finissent par 2, sem. bleroient indiquer un dictionnaire, et notamment celui de l'A.

cadémie. Mais comment appeler un dictionnaire un jeu d'esde grands talents, de grandes qualités , et qui remplissoit par- prit? comment trouver, dans un dictionnaire de langue, de la faitement tons les devoirs de son état à l'exception d'un seul. La

recherche et de l'affectation ? Il me semble fort difficile de Bruyère nous dispense de dire lequel.

dire à quelle espèce d'ouvrage La Bruyère fait allusion.

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