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Je me rachèterai toujours fort volontiers d'ê | l'eût pensé, on en jouit moins que l'on n'aspire tre fourbe, par être stupide et passer pour tel. encore à de plus grands. On ne trompe point en bien; la fourberie

Il y a des maux effroyables et d'horribles malajoute la malice au mensonge.

heurs où l'on n'ose penser, et dont la seule vue S'il y avoit moins de dupes, il y auroit moins fait frémir : s'il arrive que l'on y tombe, l'on de ce qu'on appelle des hommes fins ou enten- se trouve des ressources que l'on ne se connoisdus, et de ceux qui tirent autant de vanité que soit point, Pon se roidit contre son infortune, de distinction d'avoir su, pendant tout le cours et l'on fait mieux qu'on ne l'espéroit. de leur vie, tromper les autres. Comment vou Il ne faut quelquefois qu'une jolie maison dont tez-vous qu'Érophile , à qui le manque de pa- on hérite, qu'un beau cheval, ou un joli chien role, les mauvais offices, la fourberie, bien loin dont on se trouve le maitre, qu'une tapisserie, de nuire, ont mérité des graces et des bienfaits qu'une pendule, pour adoucir une grande doude ceux même qu'il a ou manqué de servir, ou leur, et pour faire moins sentir une grande désobligés, ne présume pas infiniment de soi perte. et de son industrie?

Je suppose que les hommes soient éternels sur L'on n'entend dans les places et dans les rues la terre, et je médite ensuite sur ce qui pourdes grandes villes, et de la bouche de ceux qui roit me faire connoître qu'ils se feroient alors passent, que les mots d'exploit, de saisie, d'in- une plus grande affaire de leur établissement, terrogatoire, de promesse , et de plaider contre qu'ils ne s'en font dans l'état où sont les choses. sa promesse : est-ce qu'il n'y auroit pas dans le Si la vie est misérable, elle est pénible à supmonde la plus petite équité? seroit-il, au con- porter; si elle est heureuse, il est horrible de la traire, rempli de gens qui demandent froide- perdre : l'un revient à l'autre. ment ce qui ne leur est pas dû, ou qui refusent Il n'y a rien que les hommes aiment mieux à nettement de rendre ce qu'ils doivent ? conserver, et qu'ils ménagent moins, que leur

Parchemins inventés pour faire souvenir ou propre vie. pour convaincre les hommes de leur parole: Irène" se transporte à grands frais en Épihonte de l'humanité!

daure, voit Esculape dans son temple, et le conOtez les passions, l'intérêt, l'injustice, quel sulte sur tous ses maux. D'abord elle se plaint calme dans les plus grandes villes ! Les besoins qu'elle est lasse et recrue de fatigue ; et le dieu et la subsistance n'y font pas le tiers de l'em- prononce que cela lui arrive par la longueur du barras.

chemin qu'elle vient de faire : elle dit qu'elle est Rien n'engage tant un esprit raisonnable à lesoir sans appétit; l'oracle lui ordonne de diner supporter tranquillement des parents et des amis peu : elle ajoute qu'elle est sujette à des insomles torts qu'ils ont à son égard, que la réflexion nies ; et il lui prescrit de n'être au lit que penqu'il fait sur les vices de l'humanité, et combien dant la nuit : elle lui demande pourquoi elle deil est pénible aux hommes d'être constants, gé- vient pesante, et quel remède ; l'oracle répond néreux, fidèles, d'être touchés d'une amitié qu'elle doit se lever avant midi, et quelquefois plus forte que leur intérêt. Comme il connoît se servir de ses jambes pour marcher : elle lui leur portée, il n'exige point d'eux qu'ils pénè- déclare que le vin lui est nuisible; l'oracle lui trent les corps, qu'ils volent dans l'air, qu'ils dit de boire de l'eau : qu'elle a des indigestions ; aient de l'équité : il peut haïr les hommes en et il ajoute qu'elle fasse diète. Ma vue s'affoigénéral, où il y a si peu de verlu; mais il ex- blit, dit Irène : prenez des lunettes, dit Escucuse les particuliers, il les aime même par des lape. Je m'affoiblis moi-même, continue-t-elle, motifs plus relevés, et il s'étudie à mériter le et je ne suis ni si forte ni si saine que j'ai été : moins qu'il se peut une pareille indulgence. c'est, dit le dieu, que vous vieillissez. Mais quel

Il y a de certains biens que l'on desire avec moyen de guérir de cette langueur? le plus emportement, et dont l'idée seule nous enlève et nous transporte : s'il nous arrive de les ob- Montespan aux eaux de Bourbon , où elle alloit souvent pour

On prétend qu'un médecin tint ce discours à madame de tenir, on les sent plus tranquillement qu'on ne des maladies imaginaires.

court, Irène, c'est de mourir, comme ont fait pas toujours à faire de celui qui leur reste à vivotre mère et votre aseule. Fils d'Apollon, s'é- vre un meilleur usage. crie Irène, quel conseil medonnez-vous ? Est-ce là La vie est un somineil. Les vieillards sont ceux toute cette science que les hommes publient, et dont le sommeil a été plus long: ils ne commenqui vous fait révérer de toute la terre? Que m'ap- cent à se réveiller que quand il faut mourir. S'ils prenez-vous de rare et de mystérieux ? Et ne repassent alors sur tout le cours de leurs ansavois-je pas tous ces remèdes que vous m'ensei- nées, ils ne trouvent souvent ni vertus, ni acgnez? Que n'en usiez-vous donc, répond le dieu, tions louables qui les distinguent les uns des ausans venir mechercher de si loin, et abréger vos tres : ils confondent leurs différents âges, ils jours par un long voyage?

n'y voient rien qui marque assez pour mesurer La mort n'arrive qu'une fois, et se fait sentir le temps qu'ils ont vécu. Ils ont eu un songe conà tous les moments de la vie : il est plus dur de fus, informe, et sans aucune suite : ils sentent, l'appréhender que de la souffrir.

néanmoins, comme ceux qui s'éveillent, qu'ils L'inquiétude, la crainte, l'abattement, n'é- ont dormi long-temps. loignent pas la mort; au contraire: je doute seu Il n'y a pour l'homme que trois évènements, lement que le ris excessif convienne aux hom- naître, vivre, et mourir : il ne se sent pas naimes, qui sont mortels.

tre, il souffre à mourir, et il oublie de vivre. -5, Ce qu'il y a de certain dans la mort est un peu Il y a un temps où la raison n'est pas encore, adouci par ce qui est incertain : c'est un indé- où l'on ne vit que par instinct, à la manière des fini dans le temps, qui tient quelque chose de animaux, et dont il ne reste dans la mémoire l'infini et de ce qu'on appelle éternité. aucun vestige. Il y a un second temps où la rai2 i Pensons que, comme nous soupirons présen- son se développe, où elle est formée, et où elle tement pour la florissante jeunesse qui n'est plus, pourroit agir , si elle n'éloit pas obscurcie et et ne reviendra point, la caducité suivra, qui comme éteinte par les vices de la complexion, nous fera regretter l'âge viril où nous sommes et par un enchainement de passions qui se sucencore, et que nous n'estimons pas assez. cèdent les unes aux autres, et conduisent jus

L'on craint la vieillesse, que l'on n'est pas sûr qu'au troisième et dernier âge. La raison, alors de pouvoir atteindre.

dans sa force, devroit produire; mais elle est L'on espère de vieillir, et l'on craint la vieil- refroidie et ralentie par les années, par la malesse ; c'est-à-dire l'on aime la vie, et l'on fuit ladie et la douleur, déconcertée ensuite par le la mort.

désordre de la machine qui est dans son déclin: C'est plus tôt fait de céder à la nature et de et ces temps néanmoins sont la vie de l'homme! craindre la mort, que de faire de continuels ef Les enfants sont hautains, dédaigneux, coforts, s'armer de raisons et de réflexions, et lères, envieux, curieux, intéressés, paresseux, être continuellement aux prises avec soi-même, volages, timides, intempérants, menteurs, dispour ne la pas craindre.

simulés ; ils rient et pleurent facilement; ils ont Si de tous les hommes les uns mouroient, les des joies immodérées et des afflictions amères autres non, ce seroit une désolante affliction que sur de très petits sujets ; ils ne veulent point de mourir.

souffrir de mal, et aiment à en faire : ils sont Une longue maladie semble être placée entre deja des hommes. la vie et la mort, afin que la mort même de Les enfants n'ont ni passé ni avenir ; et, ce vienne un soulagement et à ceux qui meurent qui ne nous arrive guère, ils jouissent du préet à ceux qui restent.

sent. A parler humainement, la mort a un bel en Le caractère de l'enfance paroit unique ; les droit, qui est de mettre fin à la vieillesse. maurs dans cet âge sont assez les mêmes ; et ce

La mort qui prévient la caducité arrive plus n'est qu'avec une curieuse attention qu'on en à propos que celle qui la termine.

pénètre la différence : elle augmente avec la Le regret qu'ont les hommes du mauvais em- raison , parcequ'avec celle-ci croissent les pasploi du temps qu'ils ont déjà vécu ne les conduit . sions et les vices, qui seuls rendent les hommes

si dissemblables entre eux, et si contraires à Aux enfants tout paroît grand, les cours, les eux-mêmes.

jardins, les édifices, les meubles, les hommes, Les enfants ont déja de leur ame l'imagina- les animaux : aux hommes les choses du monde tion et la mémoire, c'est-à-dire ce que les vieil- paroissent ainsi , et j'ose dire par la même railards n'ont plus ; et ils en tirent un merveilleux son, parcequ'ils sont petits. usage pour leurs petits jeux et pour tous leurs Les enfants commencent entre eux par l'élat amusements : c'est par elles qu'ils répètent ce populaire, chacun y est le maître; et, ce qui qu'ils ont entendu dire, qu'ils contrefont ce est bien naturel, ils ne s'en accommodent pas qu'ils ont vu faire ; qu'ils sont de tous métiers, long-temps, et passent au monarchique. Quelsoit qu'ils s'occupent en effet à mille petits ou- qu’un se distingue, ou par une plus grande vivrages, soit qu'ils imitent les divers artisans par vacité, ou par une meilleure disposition du le mouvement et par le geste ; qu'ils se trouvent corps, ou par une connoissance plus exacle des à un grand festin, et y font bonne chère; qu'ils jeux différents et des petites lois qui les compose transportent dans des palais et dans des lieux sent; les autres lui défèrent, et il se forme alors enchantés ; que,

bien

que seuls, ils se voient un un gouvernement absolu qui ne roule que sur riche équipage et un grand cortege ; qu'ils con- le plaisir. duisent des armées, livrent bataille, et jouis Qui doute que les enfants ne conçoivent , sent du plaisir de la victoire; qu'ils parlent aux qu'ils ne jugent, qu'ils ne raisonnent consérois et aux plus grands princes; qu'ils sont rois quemment? si c'est seulement sur de petites eux-mêmes, ont des sujets, possèdent des tré- choses, c'est qu'ils sont enfants, et sans une sors qu'ils peuvent faire de feuilles d'arbres ou longue expérience ; et, si c'est en mauvais terde grains de sable, et, ce qu'ils ignorent dans mes, c'est moins leur faute que celle de leurs la suite de leur vie, savent, à cet âge, être les parents ou de leurs maîtres. arbitres de leur fortune, et les maîtres de leur C'est perdre toute confiance dans l'esprit des propre félicité.

enfants, et leur devenir inutile, que de les puIl n'y a nuls vices extérieurs et nuls défauts du nir des fautes qu'ils n'ont point faites, ou même corps qui ne soient aperçus par les enfants ; ils sévèrement de celles qui sont légères. Ils savent les saisissent d'une première vue, et ils savent précisément et mieux que personne ce qu'ils les exprimer par des mots convenables; on ne méritent, et ils ne méritent guère que ce qu'ils nomme point plus heureusement : devenus craignent : ils connoissent si c'est à tort ou avec hommes, ils sont chargés à leur tour de toutes raison qu'on les châtie, et ne se gåtent pas les imperfections dont ils se sont moqués. moins par des peines mal ordonnées que par

L'unique soin des enfants est de trouver l'en- l'impunité. droit foible de leurs maîtres, comme de tous On ne vit point assez pour profiter de ses ceux à qui ils sont soumis : dès qu'ils ont pu les fautes : on en commet pendant tout le cours de enlamer, ils gagnent le dessus, et prennent sur sa vie ; et tout ce que l'on peut faire à force de oux un ascendant qu'ils ne perdent plus. Ce qui faillir , c'est de mourir corrigé. nous fait déchoir une première fois de cette su Il n'y a rien qui rafraichisse le sang comme périorité à leur égard est toujours ce qui nous d'avoir su éviter de faire une soulise. empêche de la recouvrer.

Le récit de ses fautes est pénible, on veut les La paresse , l'indolence et l'oisiveté, vices sicouvrir et en charger quelque autre; c'est ce naturels aux enfants, disparoissent dans leurs qui donne le pas au directeur sur le confesjeux, où ils sont vils, appliqués, exacts, amou- seur. reux des règles et de la symétrie, où ils ne se Les fautes des sots sont quelquefois si lourpardonnent nulle faute les uns aux autres, et re- des et si difficiles à prévoir, qu'elles mellent commencent eux-mêmes plusieurs fois une seule les sages en défaut, et ne sont utiles qu'à ceux chose qu'ils ont manquée : présages certains qui les font. qu'ils pourront un jour négliger leurs devoirs, L'esprit de parti abaisse les plus grands mais qu'ils n'oublieront rien pour leurs plaisirs. I hommes jusqu'aux petitesses du peuple,

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Nous faisons par vanité ou par bienséance les qu'on n'a d'application que pour les solides et mêmes choses et avec les mêmes dehors que essentielles. Un homme de guerre aime à dire nous les ferions par inclination ou par devoir : que c'étoit par trop d'empressement ou par tel vient de mourir à Paris de la fièvre qu'il a curiosité qu'il se trouva un certain jour à la gagnée à veiller sa femme qu'il n'aimoit point. tranchée, ou en quelque autre poste très péril

Les hommes dans le coeur veulent être esti- leux, sans être de garde ni commandé, et il més, et ils cachent avec soin l'envie qu'ils ont ajoute qu'il en fut repris de son général. De d'être estimés; parceque les hommes veulent même une bonne tête, ou un ferme génie qui se passer pour vertueux, et que vouloir tirer de la trouve né avec cette prudence que les autres verlu tout autre avantage que la même vertu, hommes cherchent vainement à acquérir ; qui je veux dire l'estime et les louanges, ce ne se- a fortifié la trempe de son esprit par une grande roit plus être vertueux, mais aimer l'estime et expérience; que le nombre, le poids, la diverles louanges, ou être vain : les hommes sont sité, la difficulté, et l'importance des affaires, très vains, et ils ne haissent rien tant que de occupent seulement, et n'accablent point ; qui, passer pour tels.

par l'étendue de ses vues et de sa pénétration, Un homme vain trouve son compte à dire du se rend maître de tous les évènements ; qui, bien ou du mal de soi : un homme modeste ne bien loin de consulter toutes les réflexions qui parle point de soi.

sont écrites sur le gouvernement et la politique, On ne voit point mieux le ridicule de la va- est peut-être de ces ames sublimes nées pour nité, et combien elle est un vice honteux, qu'en régir les autres, et sur qui ces premières règles ce qu'elle n'ose se montrer, et qu'elle se cache ont été faites; qui est détourné, par les grandes souvent sous les apparences de son contraire. choses qu'il fait, des belles ou des agréables

La fausse modestie est le dernier raffinement qu'il pourroit lire, et qui au contraire ne perd de la vanité : elle fait que l'homme vain ne pa- rien à retracer et à feuilleter, pour ainsi dire, roît point tel, et se fait valoir au contraire par sa vie et ses actions ; un homme ainsi fait peut la vertu opposée au vice qui fait son caractère : dire aisément, et sans se commettre, qu'il ne c'est un mensonge. La fausse gloire est l'écueil connoit aucun livre, et qu'il ne lit jamais. de la vanité; elle nous conduit à vouloir être On veut quelquefois cacher ses foibles, ou en estimés par des choses qui, à la vérité, se trou- diminuer l'opinion, par l'aveu libre que l'on en vent en nous, mais qui sont frivoles et indignes fait. Tel dit, je suis ignorant, qui ne sait rien : qu'on les relève : c'est une erreur.

un homme dit, je suis vieux, il passe soixante Les hommes parlent de manière, sur ce qui ans; un autre encore, je ne suis pas riche, et les regarde, qu'ils n'avouent d'eux-mêmes que il est pauvre. de petits défauts, et encore ceux qui supposent La modestie n'est point, ou est confondue en leurs personnes de beaux talents, ou de avec une chose toule différente de soi, si on la grandes qualités. Ainsi l'on se plaint de son peu prend pour un sentiment intérieur qui avilit de mémoire, content d'ailleurs de son grand l'homme à ses propres yeux, et qui est une sens et deson bon jugement : l'on reçoit le repro- vertu surnaturelle qu'on appelle humilité. che de la distraction et de la rêverie, comme L'homme, de sa nature, pense hautement el s'il nous accordoit le bel esprit : l'on dit de soi superbement de lui-même, et ne pense ainsi qu'on est maladroit, et qu'on ne peut rien faire que de lui-même : la modestie ne tend qu'à de ses mains, fort consolé de la perte de ces faire que personne n'en souffre; elle est une petits talents par ceux de l'esprit, ou par les vertu du dehors, qui règle ses yeux, sa dédons de l'ame que tout le monde nous connoît : marche, ses paroles, son ton de voix, et qui le Pon fait l'aveu de sa paresse en des termes qui fait agir extérieurement avec les autres comme signifient toujours son désintéressement, et que s'il n'étoit pas vrai qu'il les comple pour rien. l'on est guéri de l'ambition : l'on ne rougit point Le monde est plein de gens qui, faisant extéde sa malpropreté, qui n'est qu'une négligence rieurement et par habitude la comparaison pour les petites choses , et qui semble supposer d'eux-mêmes avec les autres, décident loujours

tesse.

en faveur de leur propre mérite, et agissent qui rient également des choses ridicules et de conséquemment.

celles qui ne le sont pas. Si vous êtes sot et inVous dites qu'il faut être modeste; les gens considéré, et qu'il vous échappe devant eux bien nés ne demandent pas mieux : faites seu- quelque impertinence, ils rient de vous : si vous lement que les hommes n'empiètent pas sur êtes sage, et que vous ne disiez que des choses ceux qui cèdent par modestie, et ne brisent pas raisonnables, et du ton qu'il les faut dire, ils ceux qui plient.

rient de même. De même l'on dit, il faut avoir des habits Ceux qui nous ravissent les biens par la viomodestes ; les personnes de mérite ne desirent lence ou par l'injustice , et qui nous ôtent l’honrien davantage : mais le monde veut de la pa- neur par la calomnie, nous marquent assez leur rure, on lui en donne ; il est avide de super- haine pour nous; mais ils ne nous prouvent pas fluité, on lui en montre. Quelques uns n'esti- également qu'ils aient perdu à notre égard toute ment les autres que par de beau linge ou par sorte d'estime : aussi ne sommes-nous pas incaune riche étoffe; l'on ne refuse pas toujours pables de quelque retour pour eux, et de leur d'être estimé à ce prix. Il y a des endroits où il rendre un jour notre amitié. La moquerie, au faut se faire voir : un galon d'or plus large ou contraire, est de toutes les injures celle qui se plus étroit vous fait entrer ou refuser. pardonne le moins; elle est le langage du mé

Notre vanité et la trop grande estime que pris, et l'une des manières dont il se fait le mieux nous avons de nous-mêmes nous fait soupçonner entendre; elle attaque l'homme dans son derdans les autres une fierté à notre égard, qui nier retranchement, qui est l'opinion qu'il a de y est quelquefois, et qui souvent n'y est pas : soi-même; elle veut le rendre ridicule à ses proune personne modeste n'a point cette délica- pres yeux; et ainsi elle le convainc de la plus

mauvaise disposition où l'on puisse être pour lui, Comme il faut se défendre de cette vanité et le rend irréconciliable. qui nous fait penser que les autres nous regar C'est une chose monstrueuse que le goût et la dent avec curiosité et avec estime, et ne parlent facilité qui est en nous de railler, d'improuver ensemble que pour s'entretenir de notre mérite et de mépriser les autres; et tout ensemble la et faire notre éloge; aussi devons-nous avoir colère que nous ressentons contre ceux qui nous une certaine confiance qui nous empêche de raillent, nous improuvent, et nous méprisent. croire qu'on ne se parle à l'oreille que pour dire La santé et les richesses , ôtant aux bommes du mal de nous, ou que l'on ne rit que pour l'expérience du mal, leur inspirent la durelé

pour leurs semblables ; et les gens déja chargés D'où vient qu'Alcippe me salue aujourd'hui, de leur propre misère sont ceux qui entrent dame sourit, et se jette hors d'une portière de vantage par la compassion dans celle d'autrui. peur de me manquer? Je ne suis pas riche, et Il semble qu'aux ames bien nées les fêtes, les je suis à pied; il doit dans les règles ne me spectacles, la symphonie, rapprochent et font pas voir : n'est-ce point pour être vu lui-même mieux sentir l'infortune de nos proches ou de dans un même fond avec un grand ?

nos amis. L'on est si rempli de soi-même, que tout s'y Une grande ame est au-dessus de l'injure, de rapporte : l'on aime à être vu, montré, à être l'injustice, de la douleur, de la moquerie; et elle salué, même des inconnus : ils sont fiers s'ils seroit invulnérable, si elle ne souffroit par la l'oublient; l'on veut qu'ils nous devinent. compassion.

Nous cherchons notre bonheur hors de nous Il y a une espèce de honte d'être heureux à mêmes, et dans l'opinion des hommes, que la vue de certaines misères. nous connoissons flatteurs, peu sincères, sans On est prompt à connoître ses plus petits avanéquité, pleins d'envie, de caprices, et de pré- tages, et lent à pénétrer ses défauts : on n'ignore ventions : quelle bizarrerie!

point qu'on a de beaux sourcils, les ongles bien Il semble que l'on ne puisse rire que des choses faits ; on sait à peine que l'on est borgne; on ne ridicules : l'on voit néanmoins de certaines gens sait point du tout que l'on manque d'esprit.

s'en moquer.

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