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ou il vous regarde sans vous rendre le salut; | manquent pas de l'interroger sur les circonpour un inconsidéré, car il parle de banqueroute stances; et il leur dit : Demandez à mes gens, au milieu d'une famille où il y a cette tache; ils y étoient. d'exécution et d'échafaud devant un homme L'incivilité, n'est pas un vice de l'ame; elle dont le père y a monté; de roture devant des est l'effet de plusieurs vices, de la sotte vanité, roturiers qui sont riches et qui se donnent pour de l'ignorance de ses devoirs, de la paresse, de nobles. De même il a dessein d'élever auprès la stupidité, de la distraction, du mépris des de soi un fils naturel, sous le nom et personnage autres, de la jalousie : pour ne se répandre que d'un valet; et, quoiqu'il veuille le dérober à la sur les dehors, elle n'en est que plus haïssable, connoissance de sa femme et de ses enfants, il parceque c'est toujours un défaut visible et malui échappe de l'appeler son fils dix fois le jour. nifeste ; il est vrai cependant qu'il offense plus Il a pris aussi la résolution de marier son fils à ou moins, selon la cause qui le produit. la fille d'un homme d'affaires, et il ne laisse pas Dire d'un homme colère, inégal, querelleur, de dire de temps en temps, en parlant de sa chagrin, pointilleux, capricieux, c'est son humaison et de ses ancêtres, que les Ménalques ne meur, n'est pas l'excuser, comme on le croit, se sont jamais mésalliés. Enfin il n'est ni présent mais avouer, sans y penser, que de si grands ni attentif, dans une compagnie, à ce qui fait défauts sont irremediables. le sujet de la conversation : il pense et il parle Ce qu'on appelle humeur est une chose trop tout à-la-fois; mais la chose dont il parle est négligée parmi les hommes; ils devroient comrarement celle à laquelle il pense; aussi ne prendre qu'il ne leur suffit pas d'être bons, parle-t-il guère conséquemment et avec suite : mais qu'ils doivent encore paroître tels, du où il dit non, souvent il faut dire oui; et où il moins s'ils tendent à être sociables, capables dit qui, croyez qu'il veut dire non : il a, en vous d'union et de commerce, c'est-à-dire à être des répondant si juste, les yeux fort ouverts, mais hommes. L'on n'exige pas des ames malignes il ne s'en sert point, il ne regarde ni vous ni qu'elles aient de la douceur et de la souplesse: personne, ni rien qui soit au monde : tout ce elle ne leur manque jamais, et elle leur sert de que vous pouvez tirer de lui, et encore dans le piége pour surprendre les simples, et pour temps qu'il est le plus appliqué et d'un meilleur faire valoir leurs artifices; l'on desireroit de commerce, ce sont ces mots : Oui, vraiment : ceux qui ont un bon coeur qu'ils fussent toujours C'est vrai : Bon! Tout de bon? Oui-: Je pense pliants, faciles, complaisants, et qu'il fùt moins qu’oui : Assurément: Ah ciel! et quelques autres vrai quelquefois que ce sont les méchants qui monosyllabes qui ne sont pas même places à nuisent, et les bons qui font souffrir. propos. Jamais aussi il n'est avec ceux avec qui Le commun des hommes va de la colère à l'inil paroît être : il appelle sérieusement son la- jure : quelques uns en usent autrement, ils ofquais monsieur; et son ami, il l'appelle la Ver- fersent, et puis ils se fåchent; la surprise où dure : il dit votre révérence à un prince du sang, l'on est toujours de ce procédé ne laisse pas de et votre altesse à un jésuite. Il entend la messe, place au ressentiment. le prêtre vient à éternuer, il lui dit : Dieu vous Les hommes ne s'attachent pas assez à ne point assiste! Il se trouve avec un magistrat; cet manquer les occasions de faire plaisir : il semble homme, grave par son caractère, vénérable que l'on n'entre dans un emploi que pour poupar son âge et par sa dignité, l'interroge sur voir obliger et n'en rien faire; la chose la plus un évènement, et lui demande si cela est ainsi ; prompte et qui se présente d'abord, c'est le reMénalque lui répond : Oui, mademoiselle. Il fus, et l'on n'accorde que par réflexion. revient une fois de la campagne; ses laquais en Sachez précisément ce que vous pouvez atlivrée entreprennent de le voler, et y réussis- tendre des hommes en général, et de chacun sent; ils descendent de son carrosse, lui portent d'eux en particulier, et jetez-vous ensuite dans un bout de flambeau sous la gorge, lui de- le commerce du monde. mandent la bourse, et il la rend : arrivé chez Si la pauvreté est la mère des crimes, le désoi, il raconte son aventure à ses amis, qui ne | faut d'esprit en est le père.

• Il est difficile qu'un fort malhonnête homme lèrent , le changent, le bouleversent; il n'est ait assez d'esprit : un génie qui est droit et per- point précisément ce qu'il est, ou ce qu'il paroit çant conduit enfin à la règle, à la probité, à la étre. vertu. Il manque du sens et de la pénétration à La vie est courte et ennuyeuse; elle se passe celui qui s'opiniâtre dans le mauvais comme dans toute à desirer : l'on remet à l'avenir son repos le faux : l'on cherche en vain à le corriger par et ses joies, à cet åge souvent où les meilleurs des traits de satire qui le désignent aux autres, biens ont déja disparu, la santé et la jeunesse. et où il ne se reconnoit pas lui-même; ce sont ce temps arrive, qui nous surprend encore dans des injures dites à un sourd. Il seroit desirable, les desirs : on en est là, quand la fièvre nous pour le plaisir des honnêtes gens et pour la ven- saisit et nous éteint ; si l'on eût guéri, ce n'étoit geance publique, qu’un coquin ne le fût pas au que pour desirer plus long-temps. point d'être privé de tout sentiment.

Lorsqu'on desire, on se rend à discrétion à Il y a des vices que nous ne devons à per- celui de qui l'on espère : est-on sûr d'avoir, on sonne, que nous apportons en naissant, et que temporise, on parlemente, on capitule. nous fortifions par l'habitude; il y en a d'autres Il est si ordinaire à l'homme de n'être pas que l'on contracte, et qui nous sont étrangers. heureux, et si essentiel à tout ce qui est un bien L'on est né quelquefois avec des moeurs faciles, d'être acheté par mille peines, qu'une affaire de la complaisance, et tout le désir de plaire; qui se rend facile devient suspecte. L'on commais par les traitements que l'on reçoit de ceux prend à peine, ou que ce qui coûte si peu puisse avec qui l'on vit, ou de qui l'on dépend, l'on nous être fort avantageux, ou qu'avec des meest bientôt jeté hors de ses mesures , et même de sures justes l'on doive si aisément parvenir à son naturel ; l'on a des chagrins, et une bile que la fin que l'on se propose. L'on croit mériter les l'on ne se connoissoit point; l'on se voit une bons succès, mais n'y devoir compter que fort autre complexion, l'on est enfin étonné de se rarement. trouver dur et épineux.

L'homme qui dit qu'il n'est pas né heureux L'on demande pourquoi tous les hommes en pourroit du moins le devenir par le bonheur de semble ne composent pas comme une seule na- ses amis ou de ses proches. L'envie lui ôle cetle tion, et n'ont point voulu parler une même lan- dernière ressource. gue, vivre sous les mêmes lois, convenir entre Quoi que j'aie pu dire ailleurs, peut-être que eux des mêmes usages et d'un même culte; et les affligés ont tort : les hommes semblent être moi, pensant à la contrariété des esprits, des nés pour l'infortune, la douleur et la pauvreté, goûts et des sentiments, je suis étonné de voir peu en échappent; et, comme toute disgrace jusqu'à sept ou huit personnes se rassembler peut leur arriver, ils devroient être préparés à sous un même toit, dans une même enceinte, toute disgrace. et composer une seule famille.

Les hommes ont tant de peine à s'approcher Il y a d'étranges pères, et dont toute la vie ne sur les affaires, sont si épineux sur les moindres semble occupée qu'à préparer à leurs enfants des intérêts, si hérissés de difficultés, veulent si raisons de se consoler de leur mort.

fort tromper et si peu être trompés, mettent si Tout est étranger dans l'humeur, les moeurs haut ce qui leur appartient, et si bas ce qui apet les manières de la plupart des hommes. Tel a partient aux autres, que j'avoue que je ne sais vécu pendant toute sa vie chagrin, emporté, par où et comment se peuvent conclure les maavare, rampant, soumis, laborieux, intéressé, riages, les contrats, les acquisitions, la paix, qui étoit né gai, paisible, paresseux, magnifi- la trève, les traités, les alliances. que, d'un courage fier, et éloigné de toute bas- A quelques uns l'arrogance tient lieu de gransesse : les besoins de la vie, la situation où l'on deur; l'inhumanité, de fermeté; et la fourberie, se trouve, la loi de la nécessité, forcent la na- d'esprit. lure et y causent ces grands changements. Ainsi Les fourbes croient aisément que les autres tel homme au fond et en lui-même ne se peut le sont : ils ne peuvent guère être trompés, et définir : trop de choses qui sont hors de lui l'al- | ils ne trompent pas long-temps.

Je me rachèterai toujours fort volontiers d'é- | l'eût pensé, on en jouit moins que l'on n'aspire tre fourbe, par être stupide et passer pour tel. encore à de plus grands.

On ne trompe point en bien; la fourberie Il y a des maux effroyables et d'horribles malajoute la malice au mensonge.

heurs où l'on n'ose penser, et dont la seule vue S'il y avoit moins de dupes, il y auroit moins fait frémir : s'il arrive que l'on y tombe, l'on de ce qu'on appelle des hommes fins ou enten se trouve des ressources que l'on ne se connoisdus, et de ceux qui tirent autant de vanité que soit point, lon se roidit contre son infortune, de distinction d'avoir su, pendant tout le cours et l'on fait mieux qu'on ne l'espéroit. de leur vie, tromper les autres. Comment vou- Il ne faut quelquefois qu'une jolie maison dont lez-vous qu Érophile, à qui le manque de pa- on hérite, qu'un beau cheval, ou un joli chien role, les mauvais offices, la fourberie, bien loin dont on se trouve le maitre, qu'une tapisserie, de nuire, ont mérité des graces et des bienfaits qu'une pendule, pour adoucir une grande doude ceux même qu'il a ou manque de servir, ou leur, et pour faire moins sentir une grande désobligés, ne présume pas infiniment de soi perte. et de son industrie?

Je suppose que les hommes soient éternels sur L'on n'entend dans les places et dans les rues la terre, et je médite ensuite sur ce qui pourdes grandes villes, et de la bouche de ceux qui roit me faire connoître qu'ils se feroient alors passent, que les mots d'exploit, de saisie , d'in- une plus grande affaire de leur établissement, terrogatoire, de promesse , et de plaider contre qu'ils ne s'en font dans l'état où sont les choses. sa promesse : est-ce qu'il n'y auroit pas dans le Si la vie est misérable, elle est pénible à supmonde la plus petite équité? seroit-il, au con- porter; si elle est heureuse, il est horrible de la traire, rempli de gens qui demandent froide- perdre : l'un revient à l'autre. ment ce qui ne leur est pas dû, ou qui refusent Il n'y a rien que les hommes aiment mieux à netlement de rendre ce qu'ils doivent ? conserver, et qu'ils ménagent moins, que leur

Parchemins inventés pour faire souvenir ou propre vie. pour convaincre les hommes de leur parole: Irène se transporte à grands frais en Épihonte de l'humanité !

daure, voit Esculape dans son temple, et le conOtez les passions, l'intérêt, l'injustice, quel sulte sur tous ses maux. D'abord elle se plaint calme dans les plus grandes villes ! Les besoins qu'elle est lasse et recrue de fatigue ; et le dieu et la subsistance n'y font pas le tiers de l'em- prononce que cela lui arrive par la longueur du barras.

chemin qu'elle vient de faire : elle dit qu'elle est Rien n'engage tant un esprit raisonnable à lesoir sans appétit; l'oracle lui ordonne de diner supporter tranquillement des parents et des amis peu : elle ajoute qu'elle est sujette à des insomles torts qu'ils ont à son égard, que la réflexion nies; et il lui prescrit de n'être au lit que penqu'il fait sur les vices de l'humanité, et combien dant la nuit : elle lui demande pourquoi elle deil est pénible aux hommes d'être constants, gé- vient pesante, et quel remède ; l'oracle répond néreux , fidèles, d'être touches d'une amitié qu'elle doit se lever avant midi, et quelquefois plus forte que leur intérêt. Comme il connoît se servir de ses jambes pour marcher : elle lui leur portée, il n'exige point d'eux qu'ils pénè- déclare que le vin lui est nuisible; l'oracle lui trent les corps, qu'ils volent dans l'air, qu'ils dit de boire de l'eau : qu'elle a des indigestions ; aient de l'équité : il peut haïr les hommes en et il ajoute qu'elle fasse diète. Ma vue s'affoigénéral, où il y a si peu de verlu; mais il ex- blit, dit Irène : prenez des lunettes, dit Escucuse les particuliers, il les aime même par des lape. Je m'affoiblis moi-même, continue-t-elle, motifs plus relevés, et il s'étudie à mériter le et je ne suis ni si forte ni si saine que j'ai été : moins qu'il se peut une pareille indulgence. c'est, dit le dieu, que vous vieillissez. Mais quel

Il y a de certains biens que l'on desire avec moyen de guérir de cette langueur? le plus emportement , et dont l'idée seule nous enlève et nous transporte : s'il nous arrive de les ob

On prétend qu'un médecin tint ce discours à madame de

Montespan aux eaux de Bourbon , où elle alloit souvent pour tenir, on les sent plus tranquillement qu'on ne des maladies imaginaires,

court, Irène, c'est de mourir, comme ont fait pas toujours à faire de celui qui leur reste à vivotre mère et votre aieule. Fils d'Apollon, s'é- vre un meilleur usage.

là toute cette science que les hommes publient, et dont le sommeil a été plus long: ils ne commenqui vous fait révérer de toute la terre? Que m'ap- cent à se réveiller que quand il faut mourir. S'ils prenez-vous de rare et de mystérieux ? Et ne repassent alors sur tout le cours de leurs ansavois-je pas tous ces remèdes que vous m'ensei- nées, ils ne trouvent souvent ni vertus, ni acgnez? Que n'en usiez-vous donc, répond le dieu, tions louables qui les distinguent les uns des ausans venir mechercher de si loin, et abréger vos tres : ils confondent leurs différents âges, ils jours par un long voyage?

n'y voient rien qui marque assez pour mesurer La mort n'arrive qu'une fois, et se fait sentir le temps qu'ils ont vécu. Ils ont eu un songe conà tous les moments de la vie : il est plus dur de fus, informe, et sans aucune suite : ils sentent. l'appréhender que de la souffrir.

néanmoins, comme ceux qui s'éveillent, qu'ils L'inquiétude, la crainte, l'abattement, n'é- ont dormi long-temps. loignent pas la mort; au contraire: je doute seu- Il n'y a pour l'homme que trois évènements, lement que le ris excessif convienne aux hom- naitre, vivre, et mourir : il ne se sent pas naimes, qui sont mortels.

tre, il souffre à mourir, et il oublie de vivre. Ce qu'il y a de certain dans la mort est un peu Il y a un temps où la raison n'est pas encore, adouci par ce qui est incertain : c'est un indé- où l'on ne vit que par instinct, à la manière des fini dans le temps, qui tient quelque chose de animaux, et dont il ne reste dans la mémoire l'infini et de ce qu'on appelle éternité. aucun vestige. Il y a un second temps où la rai

Pensons que, comme nous soupirons présen- son se développe, où elle est formée, et où elle tement pour la florissante jeunesse qui n'est plus, pourroit agir , si elle n'étoit pas obscurcie et et ne reviendra point, la caducité suivra, qui comme éteinte par les vices de la complexion, nous fera regretter l'âge viril où nous sommes et par un enchainement de passions qui se sucencore, et que nous n'estimons pas assez. cèdent les unes aux autres, et conduisent jus

L'on craint la vieillesse, que l'on n'est pas sûr qu'au troisième et dernier âge. La raison, alors de pouvoir atteindre.

dans sa force, devroit produire; mais elle est L'on espère de vieillir, et l'on craint la vieil- refroidie et ralentie par les années, par la malesse ; c'est-à-dire l'on aime la vie, et l'on fuit ladie et la douleur, déconcertée ensuite par le la mort.

désordre de la machine qui est dans son déclin : C'est plus tôt fait de céder à la nature et de et ces temps néanmoins sont la vie de l'homme! craindre la mort, que de faire de continuels ef- Les enfants sont hautains, dédaigneux, coforts, s'armer de raisons et de réflexions, et lères, envieux , curieux, intéressés, paresseux, être continuellement aux prises avec soi-même, volages, timides , intempérants , menteurs, dispour ne la pas craindre.

simulés ; ils rient et pleurent facilement ; ils ont Si de tous les hommes les uns mouroient, les des joies immodérées et des afflictions amères autres non, ce seroit une désolante affliction que sur de très petits sujets; ils ne veulent point de mourir.

souffrir de mal, et aiment à en faire : ils sont Une longue maladie semble être placée entre deja des hommes. la vie et la mort, afin que la mort même de- Les enfants n'ont ni passé ni avenir ; et, ce vienne un soulagement et à ceux qui meurent qui ne nous arrive guère, ils jouissent du préet à ceux qui restent.

sent. A parler humainement, la mort a un bel en- Le caractère de l'enfance paroît unique ; les droit, qui est de mettre fin à la vieillesse. meurs dans cet âge sont assez les mêmes ; et ce

La mort qui prévient la caducité arrive plus n'est qu'avec une curieuse attention qu'on en à propos que celle qui la termine.

pénètre la différence : elle augmente avec la Le regret qu'ont les hommes du mauvais em- raison , parcequ'avec celle-ci croissent les pasploi du temps qu'ils ont déjà vécu ne les conduitsions et les vices, qui seuls rendent les hommes pas

si dissemblables entre eux, et si contraires à Aux enfants tout paroît grand , les cours, les eux-mêmes.

jardins, les édifices, les meubles, les hommes, Les enfants ont déja de leur ame l'imagina- | les animaux : aux hommes les choses du monde tion et la mémoire, c'est-à-dire ce que les vieil- paroissent ainsi , et j'ose dire par la même railards n'ont plus ; et ils en tirent un merveilleux son , parcequ'ils sont petits. usage pour leurs petits jeux et pour tous leurs Les enfants commencent entre eux par l'élat amusements : c'est par elles qu'ils répètent ce populaire, chacun y est le maître; et, ce qui qu'ils ont entendu dire, qu'ils contrefont ce est bien naturel, ils ne s'en accommodent qu'ils ont vu faire ; qu'ils sont de tous métiers, long-temps, et passent au monarchique. Quelsoit qu'ils s'occupent en effet à mille petits ou- qu’un se distingue, ou par une plus grande vivrages, soit qu'ils imitent les divers artisans par vacité, ou par une meilleure disposition du le mouvement et par le geste ; qu'ils se trouvent corps, ou par une connoissance plus exacle des à un grand festin, et y font bonne chère; qu'ils jeux différents et des petites lois qui les compose transportent dans des palais et dans des lieux sent ; les autres lui défèrent, et il se forme alors enchantés ; que, bien que seuls, ils se voient un

que seuls , ils se voient un un gouvernement absolu qui ne roule que sur riche équipage et un grand cortége; qu'ils con- le plaisir. duisent des armées, livrent bataille, et jouis- Qui doute que les enfants ne conçoivent, sent du plaisir de la victoire ; qu'ils parlent aux qu'ils ne jugent, qu'ils ne raisonnent consérois et aux plus grands princes; qu'ils sont rois quemment ? si c'est seulement sur de pelites eux-mêmes, ont des sujets , possèdent des tré- choses, c'est qu'ils sont enfants, et sans une sors qu'ils peuvent faire de feuilles d'arbres ou longue expérience; et, si c'est en mauvais terde grains de sable, et, ce qu'ils ignorent dans mes, c'est moins leur faute que celle de leurs la suite de leur vie, savent , à cet âge, être les parents ou de leurs maîtres. arbitres de leur fortune, et les maîtres de leur C'est perdre toute confiance dans l'esprit des

enfants, et leur devenir inutile, que de les puIl n'y a nuls vices extérieurs et nuls défauts du nir des fautes qu'ils n'ont point faites, ou même corps qui ne soient aperçus par les enfants ; ils sévèrement de celles qui sont légères. Ils savent les saisissent d'une première vue, et ils savent précisément et mieux que personne ce qu'ils les exprimer par des mots convenables ; on ne méritent, et ils ne méritent guère que ce qu'ils nomme point plus heureusement : devenus craignent : ils connoissent si c'est à tort ou avec hommes, ils sont chargés à leur tour de toutes raison qu'on les châlie, et ne se gâtent pas les imperfections dont ils se sont moqués. moins par des peines mal ordonnées que par

L'unique soin des enfants est de trouver l'en- l'impunité. droit foible de leurs maîtres, comme de tous On ne vit point assez pour profiter de ses ceux à qui ils sont soumis : dès qu'ils ont pu les fautes : on en commet pendant tout le cours de enlamer, ils gagnent le dessus, et prennent sur sa vie ; et tout ce que l'on peut faire à force de oux un ascendant qu'ils ne perdent plus. Ce qui faillir , c'est de mourir corrige. nous fait déchoir une première fois de cette su- Il n'y a rien qui rafraîchisse le sang comme périorité à leur égard est toujours ce qui nous d'avoir su éviter de faire une soulise. empêche de la recouvrer.

Le récit de ses fautes est pénible, on veut les La paresse, l'indolence et l'oisiveté, vices si couvrir et en charger quelque autre; c'est ce naturels aux enfants, disparoissent dans leurs qui donne le pas au directeur sur le confesjeux, où ils sont vils, appliqués, exacts, amou- seur. reux des règles et de la symétrie, où ils ne se Les fautes des sots sont quelquefois si lourpardonnent nulle faute les uns aux autres, et re- des et si difficiles à prévoir, qu'elles mettent commencent eux-mêmes plusieurs fois une seule | les sages en défaut, et ne sont utiles qu’à ceux chose qu'ils ont manquée : présages certains qui les font. qu'ils pourront un jour négliger leurs devoirs, L'esprit de parti abaisse les plus grands mais qu'ils n'oublieront rien pour leurs plaisirs. I hommes jusqu'aux petitesses du peuple,

propre félicité.

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