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les vertus. Ce Triphonqui a tous les vices , je l'ai place qu'à l'éviter, qui'ne lui rendoient pas le cru sobre, chaste, libéral, humble et même dé- salut, ou qui le saluoient par son nom, qui ne vot; je le croirois encore, s'il n'eût enfin fait sa daignoient pas l'associer à leur table, qui le refortune.

gardoient comme un homme qui n'étoit pas riche, L'on ne se rend point sur le desir de posséder et qui faisoit un livre? que deviendront les Fauet de s'agrandir : la bile gagne, et la mort ap- connets? iront-ils aussi loin dans la postérité proche, qu'avec un visage flétri, et des jambes que DESCARTES, né François et mort en Suède ? déja foibles , l'on dit : Ma fortune , mon établis-Du même fonds d'orgueil dont l'on s'élève fièsement.

rement au-dessus de ses inférieurs, l'on rampe Il n'y a au monde que deux manières de s'é- vilement devant ceux qui sont au-dessus de soi. lever, ou par sa propre industrie, ou par l'im- C'est le propre de ce vice , qui n'est fondé ni bécillité des autres.

sur le mérite personnel ni sur la vertu , mais sur Les traits découvrent la complexion et les les richesses, les postes, le crédit, et sur de vaimours; mais la mine désigne les biens de for- nes sciences, de nous porter également à métune : le plus ou le moins de mille livres de rente priser ceux qui ont moins que nous de cette esse trouve écrit sur les visages.

pèce de biens, et à estimer trop ceux qui en ont Chrysante, homme opulent et impertinent, ne une mesure qui excède la nôtre. veut pas être vu avec Eugène, qui est homme Il y a des ames sales, pétries de boue et d'orde mérite, mais pauvre : il croiroit en être dés- dure, éprises du gain et de l'intérêt, comme honoré. Eugène est pour Chrysante dans les les belles ames le sont de la gloire et de la vertu; mêmes dispositions : ils ne courent pas risque capables d'une seule volupté, qui est celle d'acde se heurter.

quérir ou de ne point perdre; curieuses et aviQuand je vois de certaines gens , qui me pré- des du denier dix; uniquement occupées de leurs venoient autrefois par leurs civilités, attendre débiteurs; toujours inquiètes sur le rabais ou au contraire que je les salue, et en être avec sur le décri des monnoies; enfoncées et comme moi sur le plus ou le moins, je dis en moi-même: abymées dans les contrats, les titres, et les Fort bien, j'en suis ravi; tant mieux pour eux : parchemins. De telles gens ne sont ni parents, vous verrez que cet homme-ci est mieux logé, ni amis, ni citoyens, ni chrétiens, ni peut-être mieux meublé, et mieux nourri qu'à l'ordinaire; des hommes : ils ont de l'argent. qu'il sera entré depuis quelques mois dans quel- Commençons par excepter ces ames nobles que affaire, où il aura déja fait un gain raison et courageuses , s'il en reste encore sur la terre, nable. Dieu veuille qu'il en vienne dans peu de secourables, ingénieuses à faire du bien, que temps jusqu'à me mépriser!

nuls besoins, nulle disproportion , nuls artifices, Si les pensées, les livres et leurs auteurs dé- ne peuvent séparer de ceux qu'ils se sont une pendoient des riches et de ceux qui ont fait une fois choisis pour amis ; et, àprès celte précaubelle fortune, quelle proscription! Il n'y auroit tion, disons hardiment une chose triste et douplus de rappel : quel ton, quel ascendant, ne loureuse à imaginer : Il n'y a personne au monde prennent-ils pas sur les savants! quelle majesté si bien lié avec nous de société et de bienveiln'observent-ils pas à l'égard de ces hommes ché- lance, qui nous aime , qui nous goûte, qui nous tifs que leur mérite n'a ni placés ni enrichis, et fait mille offres de services, et qui nous sert quelqui en sont encore à penser et à écrire judicieu-quefois, qui n'ait en soi , par l'attachement à son sement! Il faut l'avouer, le présent est pour les intérêt, des dispositions très proches à rompre riches, et l'avenir pour les vertueux et les ha- avec nous, et à devenir notre ennemi. biles. HOMÈRE est encore, et sera toujours; les receveurs de droits, les publicains, ne sont plus : · Il y avoit un bail des fermes sous ce nom. ont-ils été? leur patrie , leurs noms,

.. On connoissoit déja du temps de La Bruyère ce qu'on a sont-ils con

appelé depuis l'éloquence des italiques. En imprimant ainsi les nus? y a-t-il eu dans la Grèce des partisans? que mots mori en Suède, il a certainement voulu insister sur cette sont devenus ces importants personnages qui circonstance, et rappeler à ses lecteurs les déplorables cabales méprisoient Homère, qui ne songeoient dans la qui ont éloigné Descartes de son pays, et l'ont envoyé mourir Pendant qu'Oronte augmente avec ses an- | voir à l'agonie de nos proches : celui qui s'emnées son fonds et ses revenus, une fille naît pêche de souhaiter que son père y passe biendans quelque famille, s'élève, croît, s'embellit tôt est homme de bien. et entre dans sa seizième année ; il se fait prier Le caractère de celui qui veut hériter de à cinquante ans pour l'épouser jeune , belle , spi- quelqu'un rentre dans celui du complaisant : rituelle: cet homme, sans naissance, sans es- nous ne sommes point mieux flattés, mieux prit, et sans le moindre mérite, est préféré à obéis, plus suivis, plus entourés, plus cultivés, tous ses rivaux.

plus ménagés, plus caressés de personne penLe mariage, qui devroit être à l'homme dant notre vie , que de celui qui croit gagner à une source de tous les biens, lui est souvent, notre mort, et qui desire qu'elle arrive. par la disposition de sa fortune, un lourd far

Tous les hommes, par les postes différents , deau sous lequel il succombe : c'est alors qu'une par les titres, et par les successions, se regarfemme et des enfants sont une violente tenta- dent comme héritiers les uns des autres, et cultion à la fraude, au mensonge, et aux gains tivent par cet intérêt, pendant tout le cours de illicites. Il se trouve entre la friponnerie et l'in- leur vie, un desir secret et enveloppé de la digence : étrange situation !

mort d'autrui : le plus heureux dans chaque Épouser une veuve, en bon françois , signifie condition est celui qui a plus de choses à perfaire sa fortune: il n'opère pas toujours ce qu'il dre par sa mort, et à laisser à son successeur. signifie.

L'on dit du jeu qu'il égale les conditions ; Celui qui n'a de partage avec ses frères que mais elles se trouvent quelquefois si étrangepour vivre à l'aise bon praticien, veut être offi- ment disproportionnées, et il y a entre telle et cier ; le simple officier se fait magistrat, et le telle condition un abyme d'intervalle si immense magistrat veut présider ; et ainsi de toutes les et si profond, que les yeux souffrent de voir detelconditions où les hommes languissent serrés et les extrémités se rapprocher : c'est comme une indigents, après avoir tenté au-delà de leur for- musique qui détonne, ce sont comme des coutune , et forcé pour ainsi dire leur destinée, in- leurs mal assorties, comme des paroles qui jurent capables tout à-la-fois de ne pas vouloir être et qui offensent l'oreille, comme de ces bruits riches et de demeurer riches.

ou de ces sons qui font frémir ; c'est, en un Dine bien, Cléarque, soupe le soir, mets du mot , un renversement de toutes les bienséances. bois au feu, achète un manteau , tapisse ta Si l'on m'oppose que c'est la pratique de tout chambre : tu n'aimes point ton héritier ; tu ne l'Occident, je réponds que c'est peut-être aussi le connois point, tu n'en as point.

l'une de ces choses qui nous rendent barbares Jeune, on conserve pour sa vieillesse; vieux, à l'autre partie du monde, et que les Orientaux on épargne pour la mort. L'héritier prodigue qui viennent jusqu'à nous remportent sur leurs paie de superbes funérailles, et dévore le reste. tablettes : je ne doute pas même que cet excès

L'avare dépense plus mort, en un seul jour, de familiarité ne les rebute davantage que nous qu'il ne faisoit vivant en dix années ; et son hé- ne sommes blessés de leur zombaye", et de leurs ritier plus en dix mois, qu'il n'a su faire lui-même autres prosternations. en toute sa vie.

Une tenue d'états, ou les chambres assemCe que l'on prodigue, on l'ôte à son héritier : blées pour une affaire très capitale, n'offre point ce que l'on épargne sordidement, on se l'ôte à aux yeux rien de si grave et de si sérieux qu'une soi-même. Le milieu est justice pour soi et pour table de gens qui jouent un grand jeu : une triste les autres.

sévérité règne sur leur visage ; implacables l'un Les enfants peut-être seroient plus chers à pour l'autre, et irréconciliables ennemis penleurs pères, et réciproquement les pères à leurs dant que la séance dure, ils ne reconnoissent plus enfants, sans le titre d'héritiers.

ni liaisons , ni alliance, ni naissance, ni distincTriste condition de l'homme, et qui dégoûte tions. Le hasard seul, aveugle et farouche dide la vie ! il faut suer, veiller , fléchir , dépendre , pour avoir un peu de fortune, ou la de- · Voyez les relations du royaume de Siam. ( La Bruyère.)

vinité, préside au cercle, et y décide souverai- | sur une carte ou à la fortune du dé la sienne nement : ils l'honorent tous par un silence pro- propre, celle de sa femme et de ses enfants, fond, et par une attention dont ils sont par-tout est-ce une chose qui soit permise ou dont l'on ailleurs fort incapables ; toutes les passions , doive se passer? Ne faut-il pas quelquefois se comme suspendues, cèdent à une seule : le faire une plus grande violence, lorsque, poussé courtisan alors n'est ni doux, ni flatteur, ni par le jeu jusqu'à une déroute universelle, il faut complaisant, ni même dévot.

même que l'on se passe d'habits et de nourriL'on ne reconnoit plus en ceux que le jeu et ture, et de les fournir à sa famille? le gain ont illustrés la moindre trace de leur pre- Je ne permets à personne d'être fripon; mais mière condition. Ils perdent de vue leurs égaux, je permets à un fripon de jouer un grand jeu : et atteignent les plus grands seigneurs. Il est je le défends à un honnête homme. C'est une vrai que la fortune du dé ou du lansquenet les trop grande puérilité que de s'exposer à une remet souvent où elle les a pris.

grande perte. Je ne m'étonne pas qu'il y ait des brelans pu- Il n'y a qu'une affliction qui dure, qui est celle blics, comme autant de pièges tendus à l'ava- qui vient de la perte de biens : le temps, qui adourice des hommes, comme des gouffres où l'ar-cit toutes les autres, aigrit celle-ci. Nous sentons gent des particuliers tombe et se précipite sans à tous moments, pendant le cours de notre vie, retour, comme d'affreux écueils où les joueurs où le bien que nous avons perdu nous manque. viennent se briser et se perdre; qu'il parte de Il fait bon avec celui qui ne se sert pas de son ces lieux des émissaires pour savoir à heure bien à marier ses filles, à payer ses dettes, ou marquée qui a descendu à terre avec un argent à faire des contrats, pourvu que l'on ne soit ni frais d'une nouvelle prise, qui a gagné un pro- ses enfants, ni sa femme. cès d'où on lui a compté une grosse somme, Ni les troubles, Zénobie, qui agitent votre qui a reçu un don, qui a fait au jeu un gain empire, ni la guerre que vous soutenez viconsidérable, quel fils de famille vient de re- rilement contre une pation puissante depuis la cueillir une riche succession, ou quel commis im- mort du roi votre époux, ne diminuent rien de prudent veut hasarder sur une carte les deniers votre magnificence: vous avez préféré à toute de sa caisse. C'est un sale et indigne métier, il est autre contrée les rives de l'Euphrate pour y vrai, que de tromper ; mais c'est un métier qui elever un superbe édifice; l'air y est sain et est ancien, connus pratique de tout temps par tempéré, la situation en est riante; un bois sace genre d'hommes que j'appelle des brelan- cré l'ombrage du côté du coachant; les dieux de diers. L'enseigne est à leur porte; on y liroit Syrie, qui habitent quelquefois la terre, n'y presque, Ici l'on trompe de bonne foi; car se auroient pu choisir une plus belle demeure; la voudroient-ils donner pour irréprochables? Qui campagne autour est couverte d'hommes qui ne sait pas qu'entrer et perdre dans ces maisons taillent et qui coupent, qui vont et qui viennent, est une même chose ? Qu'ils trouvent donc sous qui roulent ou qui charrient le bois du Liban, leur main autant de dupes qu'il en faut pour l'airain et le porphyre; les grues et les maleur subsistance, c'est ce qui me passe. chines gémissent dans l'air, et font espérer à

Mille gens se ruinent au jeu, et vous disent ceux qui voyagent vers l'Arabie de revoir à leur froidement qu'ils ne sauroient se passer de retour en leurs foyers ce palais achevé, et dans jouer : quelle excuse! Y a-t-il une passion, quel- cettesplendeur où vous desirez de le porteravant que violente ou honteuse qu'elle soit, qui ne pût de l'habiter , vous et les princes vos enfants. Ny tenir ce même langage? seroit-on reçu à dire épargnez rien, grande reine; employez-y l'or et qu'on ne peut se passer de voler, d'assassiner, de tout l'art des plus excellents ouvriers; que les Phise précipiter? Un jeu effroyable, continuel, sans dias et les Zeuxis de votre siècle déploient toute retenue, sans bornes, où l'on n'a en vue que leur science sur vos plafonds et sur vos lambris; la ruine totale de son adversaire , où l'on est tracez-y de vastes et de délicieux jardins, dont transporte du desir du gain, désespéré sur la l'enchantement soit tel qu'ils ne paroissent pas perte, consumé par l'avarice, où l'on expose faits de la main des hommes; épuisez vos trésors et votre industrie sur cet ouvrage incompara- | crement tout ce qu'il lui dit ; il déploie un ample ble; et après que vous y aurez mis, Zénobie, mouchoir, et se mouche avec grand bruit; il la dernière main, quelqu'un de ces pâtres qui crache fort loin, et il éternue fort haut ; il dort habitent les sables voisins de Palmyre, devenu le jour, il dort la nuit, et profondément; il riche par les péages de vos rivières, achètera ronfle en compagnie. Il occupe à table et à la un jour à deniers comptants cette royale maison, promenade plus de place qu'un autre; il tient pour l'embellir, et la rendre plus digne de lui le milieu en se promenant avec ses égaux ; il et de sa fortune.

s'arrête, et l'on s'arrête ; il continue de marCe palais, ces meubles, ces jardins, ces cher, et l'on marche; tous se règlent sur lui : il belles eaux, vous enchantent, et vous font ré- interrompt, il redresse ceux qui ont la parole; crier d'une première vue sur une maison si on ne l'interrompt pas, on l'écoute aussi longdélicieuse, et sur l'extrême bonheur du maître temps qu'il veut parler; on est de son avis, on qui la possède. Il n'est plus ; il n'en a pas joui si croit les nouvelles qu'il débite. S'il s'assied , agréablement ni si tranquillement que vous; il vous le voyez s'enfoncer dans un fauteuil , n'y a jamais eu un jour serein, ni une nuit tran- croiser les jambes l'une sur l'autre, froncer le quille ; il s'est noyé de dettes pour la porter à sourcil, abaisser son chapeau sur ses yeux pour ce degré de beauté où elle vous ravit : ses créan- ne voir personne, ou le relever ensuite, et déciers l'en ont chassé ; il a tourné la tête, et il l'a couvrir son front par fierté et par audace. Il regardée de loin une dernière fois; et il est est enjoué, grand rieur, impatient, présompmort de saisissement.

tueux, colère, libertin, politique, mystérieux L'on ne sauroit s'empêcher de voir dans cer- sur les affaires du temps; il se croit des talents taines familles ce qu'on appelle les caprices du et de l'esprit. Il est riche. hasard ou les jeux de la fortune : il y a cent Phédon a les yeux creux, le teint échauffé, ans qu'on ne parloit point de ces familles, le corps sec et le visage maigre : il dort peu et qu'elles n'étoient point. Le ciel tout d'un coup d'un sommeil fort léger, il est abstrait, rêveur, et s'ouvre en leur faveur : les biens, les honneurs, il a avec de l'esprit l'air d'un stupide ; il oublie les dignités, fondent sur elles à plusieurs re- de dire ce qu'il sait, ou de parler d'évènements prises; elles nagent dans la prospérité. Eumolpe, qui lui sont connus : et, s'il le fait quelquefois, l'un de ces hommes qui n'ont point de grands- il s'en tire mal; il croit peser à ceux à qui il pères, a eu un père du moins qui s'étoit élevé parle; il conte brièvement, mais froidement; il si haut, que tout ce qu'il a pu souhaiter pendant ne se fait pas écouter , il ne fait point rire: il le cours d'une longue vie, c'a été de l'atteindre; applaudit, il sourit à ce que les autres lui disent, et il l'a atteint. Étoit-ce dans ces deux person- il est de leur avis ; il court, il vole pour leur nages éminence d'esprit, profonde capacité? rendre de petits services : il est complaisant, étoit-ce les conjonctures ? La fortune enfin ne flatteur, empressé ; il est mystérieux sur ses afleur rit plus; elle se joue ailleurs, et traite leur faires, quelquefois menteur; il est superstitieux, postérité comme leurs ancêtres.

scrupuleux, timide: il marche doucement et La cause la plus immédiate de la ruine et de légèrement; il semble craindre de fouler la la déroute des personnes des deux conditions, terre; il marche les yeux baissés, et il n'ose les de la robe et de l'épée, est que l'état seul, et lever sur ceux qui passent : il n'est jamais du non le bien, règle la dépense.

nombre de ceux qui forment un cercle pour Si vous n'avez rien oublié pour votre fortune, discourir ; il se met derrière celui qui parle, quel travail! si vous avez négligé la moindre recueille furtivement ce qui se dit, et il se rechose, quel repentir!

tire si on le regarde. Il n'occupe point de lieu, Gilon a le teint frais, le visage plein et les il ne tient point de place : il va les épaules serjoues pendantes, l'oeil fixe et assuré, les épaules rées, le chapeau abaissé sur ses yeux pour n'être larges, l'estomac haut, la démarche ferme et point vu; il se replie et se renferme dans son délibérée: il parle avec confiance; il fait répéter manteau : il n'y a point de rues ni de galeries celui qui l'entretient, et il ne goûte que médio- si embarrassées et si remplies de monde où il ne trouve moyen de passer sans effort, et de Dans ces lieux d'un concours général, où les se couler sans être aperçu : si on le prie de s'as- femmes se rassemblent pour montrer une belle seoir, il se met à peine sur le bord d'un siége; étoffe, et pour recueillir le fruit de leur toiil parle bas dans la conversation, et il articule lette, on ne se promène pas avec une compagne mal : libre néanmoins sur les affaires publiques, par la nécessité de la conversation ; on se joint chagrin contre le siècle, médiocrement pré- ensemble pour se rassurer sur le théâtre, s'apvenu des ministres et du ministère, il n'ouvre privoiser avec le public, et se raffermir contre la bouche que pour répondre: il tousse, il se la critique : c'est là précisément qu'on se parle mouche sous son chapeau ; il crache presque sans se rien dire, ou plutôt qu'on parle pour sur soi, et il attend qu'il soit seul pour éter- les passants, pour ceux même en faveur de qui nuer , ou, si cela lui arrive, c'est à l'insu de la l'on hausse sa voix ; l'on gesticule et l'on bacompagnie ; il n'en coûte à personne ni salut, dine, l'on penche négligemment la tête, l'on ni compliment. Il est pauvre.

passe et l'on repasse.

La ville est partagée en diverses sociétés, qui CHAPITRE VII.

sont comme autant de petites républiques, qui

ont leurs lois, leurs usages, leur jargon et leurs De la ville.

mols pour rire : tant que cet assemblage est

dans sa force, et que l'entêtement subsiste, L'on se donne à Paris, saps se parler, comme

l'on ne trouve rien de bien dit ou de bien fait un rendez-vous public, mais fort exact, tous que ce qui part des siens , et l'on est incapable les soirs , au cours ou aux Tuileries, pour se de goûter ce qui vient d'ailleurs ; cela va jusregarder au visage et se désapprouver les uns qu'au mépris pour les gens qui ne sont pas iniles autres.

tiés dans leurs mystères. L'homme du monde L'on ne peut se passer de ce même monde d'un meilleur esprit, que le hasard a porté au que l'on n'aime point, et dont on se moque.

milieu d'eux, leur est étranger. Il se trouve là L'on s'attend au passage réciproquement ni les routes, ni les mæurs, ni la langue, ni la

comme dans un pays lointain , dont il ne connoit dans une promenade publique ; l'on y passe en revue l'un devant l'autre : carrosse, chevaux, coutume: il voit un peuple qui cause, bourdonne, livrées, armoiries , rien n'échappe aux yeux; ensuite dans un morne silence ; il y perd son

parle à l'oreille, éclate de rire, et qui retombe tout est curieusement ou malignement observé; et, selon le plus ou le moins de l'équipage, ou maintien, ne trouve pas où placer un seul mot, et l'on respecte les personnes, ou on les dédaigne. n'a pas même de quoi écouter. Il ne manque

Tout le monde connoit cette longue levée jamais là un mauvais plaisant qui domine, et qui borne et qui resserre le lit de la Seine du qui est comme le héros de la société : celui-ci côté où elle entre à Paris avec la Marne qu'elle s'est chargé de la joie des autres, et fait touvient de recevoir : les hommes s'y baignent au jours rire avant que d'avoir parlé. Si quelquepied pendant les chaleurs de la canicule: on les fois une femme survient qui n'est point de leurs voit de fort près se jeter dans l'eau , on les en plaisirs , la bande joyeuse ne peut comprendre voit sortir : c'est un amusement. Quand cette qu'elle ne sache point rire des choses qu'elle saison n'est pas venue, les femmes de la ville n'entend point , et paroisse insensible à des fane s'y promènent pas encore; et, quand elle est daises qu'ils n'entendent eux-mêmes que parcepassée, elles ne s'y promènent plus".

qu'ils les ont faites : ils ne lui pardonnent ni son ton de voix, ni son silence, ni sa taille, ni son

visage, ni son habillement, ni son entrée, ni Dans ce temps-là les hommes alloient se baigner dans la la manière dont elle est sortie. Deux années Seine, au-dessus de la porte Saint-Bernard; et, dans la saison des bains , le bord de la rivière, à cet endroit, étoit fréquente cependant ne passent point sur une même copar beaucoup de femmes. Plusieurs auteurs satiriques ou co- terie. Il y a toujours, dès la première année, miques se sont morqués du choix peu décent de cette promenade. des semences de division pour rompre dans LES BAINS DE LA PORTE SAINT-BERNARD sont le titre d'une comédie jouée au Théâtre Italien, en 1696.

celle qui doit suivre. L'intérêt de la beauté,

1 Le quai Saint-Bernard.

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