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laisser Aronce parler proverbe, et Mélinde | votre rôle : ayez, si vous pouvez, un langage parler de soi, de ses vapeurs, de ses migraines, simple, et tel que l'ont ceux en qui vous ne et de ses insomnies,

trouvez aucun esprit; peut-être alors croira-t-on L'on voit des gens qui, dans les conversations que vous en avez. ou dans le peu de commerce qu'on a avec eux, Qui peut se promettre d'éviter dans la société vous dégoûtent par leurs ridicules expressions, des hommes la rencontre de certains esprits par la nouveauté, et j'ose dire par l'impropriété vains, légers, familiers, délibérés, qui sont des termes dont ils se servent, comme par l'al- toujours dans une compagnie ceux qui parlent liance de certains mots qui ne se rencontrent et qu'il faut que les autres écoutent? On les enensemble que dans leur bouche, et à qui ils font tend de l'antichambre; on entre impunément signifier des choses que leurs premiers inven- et sans crainte de les interrompre : ils contiteurs n'ont jamais eu l'intention de leur faire nuent leur récit sans la moindre attention pour dire. Ils ne suivent en parlant ni la raison ni l'u- ceux qui entrent ou qui sortent, comme pour sage, mais leur bizarre génie, que l'envie de le rang ou le mérite des personnes qui compotoujours plaisanter, et peut-être de briller, sent le cercle: ils font taire celui qui commence tourne insensiblement à un jargon qui leur est à conter une nouvelle, pour la dire de leur fapropre, et qui devient enfin leur idiome natu- çon, qui est la meilleure; ils la tiennent de Zarel; ils accompagnent un langage si extrava- met, de Ruccelaï , ou de Conchini ', qu'ils ne gant d'un gesle affecté et d'une prononciation connoissent point, à qui ils n'ont jamais parlé, qui est contrefaite. Tous sont contents d'eux- et qu'ils traiteroient de monseigneur s'ils leur mêmes et de l'agrément de leur espril, et l'on parloient; ils s'approchent quelquefois de l'one peut pas dire qu'ils en soient entièrement reille du plus qualifié de l'assemblée pour le dénués ; mais on les plaint de ce peu qu'ils en gratifier d'une circonstance que personne ne ont; et, ce qui est pire, on en souffre. sait, et dont ils ne veulent pas que les autres

Que dites - vous ? comment ? je n'y suis pas : soient instruits; ils suppriment quelques noms vous plairoit-il de recommencer ? j'y suis encore pour déguiser l'histoire qu'ils racontent, et moins ; je devine enfin : vous voulez, Acis, me pour détourner les applications : vous les priez, dire qu'il fait froid ; que ne disiez-vous : Il fait vous les pressez inutilement, il y a des choses froid? Vous voulez m'apprendre qu'il pleut ou qu'ils ne diront pas; il y a des gens qu'ils ne qu'il neige; dites : Il pleut, il neige. Vous me sauroient nommer, leur parole y est engagée; trouvez bon visage, et vous desirez de m'en fé- c'est le dernier secret, c'est un mystère , outre liciter; dites : Je vous trouve bon visage. Mais, que vous leur demandez l'impossible: car, sur répondez-vous, cela est bien uni et bien clair; ce que vous voulez apprendre d'eux, ils ignoet d'ailleurs, qui ne pourroit pas en dire autant? rent le fait et les personnes. Qu'importe, Acis? est-ce un si grand mal d'ètre Arrias a tout lu, a lout vu; il veut le persuaentendu quand on parle, et de parler comme der ainsi : c'est un homme universel, et il se tout le monde! Une chose vous manque, Acis, donne pour tel; il aime mieux mentir que de se à vous et à vos semblables, les diseurs de phé- taire ou de paroitre ignorer quelque chose. On bus, vous ne vous en défiez point, et je vais parle à la table d'un grand d'une cour du Nord; vous jeter dans l'étonnement; une chose vous il prend la parole, et l’ôte à ceux qui alloient manque, c'est l'esprit : ce n'est pas tout ; il y a dire ce qu'ils en savent : il s'oriente dans cette en vous une chose de trop, qui est l'opinion d'en région lointaine comme s'il en étoit originaire; avoir plus que les autres : voilà la source de il discourt des meurs de cette cour, des femmes votre pompeux galimatias, de vos phrases em- du pays, de ses lois, et de ses coutumes; il rébrouillées, et de vos grands mots qui ne signifient rien. Vous abordez cet homme, ou vous Sans dire inonsieur. (La Bruyère. ) - La Bruyère transporte entrez dans cette chambre, je vous tire par ici la scène sous le règne de Henri IV. Zamet, Ruccelai et convotre habit

, et vous dis à l'oreille : Ne songez chi pictoient trois Italiens amenés en France par la reine Marie point à avoir de l'esprit , n'en ayez point; c'est | dernier, qui étoit devenu le maréchal d'Ancre.

cite des historiettes qui y sont arrivées; il les J'entends Théodecte de l'antichambre; il grostrouve plaisantes ; il en rit le premier jusqu'à sit sa voix à mesure qu'il s'approche : le voilà éclater. Quelqu'un se hasarde de le contredire, entré; il rit, il crie, il éclate; on bouche ses et lui prouve nettement qu'il dit des choses qui oreilles ; c'est un tonnerre : il n'est pas moins ne sont pas vraies ; Arrias ne se trouble point, redoutable par les choses qu'il dit que par le ton prend feu au contraire contre l'interrupteur. dont il parle; il ne s'apaise et il ne revient de ce Je n'avance, lui dit-il, je ne raconte rien que je grand fracas que pour bredouiller des vanités ne sache d'original ; je l'ai appris de Sethon, et des sottises ; il a si peu d'égard au temps, ambassadeur de France dans cette cour, revenu aux personnes, aux bienséances, que chacun a à Paris depuis quelques jours, que je connois son fait sans qu'il ait eu intention de le lui donfamilièrement, que j'ai fort interrogé, et qui ner; il n'est pas encore assis, qu'il a, à son ne m'a caché aucune circonstance. Il reprenoit insu , désobligé toute l'assemblée. A-t-on servi, le fil de sa narration avec plus de confiance qu'il il se met le premier à table, et dans la prene l'avoit commencée, lorsque l'un des conviés mière place; les femmes sont à sa droite et à sa lui dit:C'est Sethon à qui vous parlez, lui-même, gauche: il mange, il boil, il conte, il plaisante, et qui arrive fraîchement de son ambassade. il interrompt tout à-la-fois ; il n'a nul discerne

Il y a un parti à prendre dans les entretiens ment des personnes, ni du maître, ni des conentre une certaine paresse qu'on a de parler, ou vies; il abuse de la folle déférence qu'on a pour quelquefois un esprit abstrait, qui, nous jetant lui. Est-ce lui, est-ce Eutidème qui donne le loin du sujet de la conversation, nous fait faire repas ? Il rappelle à soi toute l'autorité de la ou de mauvaises demandes ou de sottes répon- table; et il y a un moindre inconvénient à la lui ses ; et une attention importune qu'on a au laisser entière qu'à la lui disputer : le vin et les moindre mot qui échappe pour le relever, ba- viandes n'ajoutent rien à son caractère. Si l'on diner autour, y trouver un mystère que les joue, il gagne au jeu ; il veut railler celui qui autres n'y voient pas, y chercher de la finesse perd, et il l'offense : les rieurs sont pour lui; il et de la subtilité, seulement pour avoir occa- n'y a sorte de fatuités qu'on ne lui passe. Je cède sion d'y placer la sienne.

enfin, et je disparois, incapable de souffrir plus Être infatué de soi, et s'être fortement per long-temps Théodecte et ceux qui le souffrent. suadé qu'on a beaucoup d'esprit , est un acci- Troïle est utile à ceux qui ont trop de biens; dent qui n'arrive guère qu’à celui qui n'en a il leur ôte l'embarras du superflu; il leur sauve point, ou qui en a peu : malheur pour lors à qui la peine d'amasser de l'argent, de faire des conest exposé à l'entretien d'un tel personnage! trats, de fermer des coffres, de porter des clefs Combien de jolies phrases lui faudra-t-il es sur soi, et de craindre un vol domestique ; il les suyer! combien de ces mots aventuriers qui aide dans leurs plaisirs, et il devient capable paroissent subitement, durent un temps, et que ensuite de les servir dans leurs passions : bienbientôt on ne revoit plus! S'il conte une nou-tôt il les règle et les maîtrise dans leur conduite. velle, c'est moins pour l'apprendre à ceux qui Il est l'oracle d'une maison, celui dont on altend, l'écoutent que pour avoir le plaisir de la dire, que dis-je ? dont on prévient, dont on devine les et de la dire bien; elle devient un roman entre décisions; il dit de cet esclave: Il faut le punir, ses mains ; il fait penser les gens à sa manière, et on le fouette ; et de cet autre: Il faut l'affranleur met en la bouche ses petites façons de par- chir, et on l'affranchit. L'on voit qu'un parasite ler, et les fait toujours parler long-temps; il ne le fait pas rire; il peut lui déplaire, il est tombe ensuite en des parenthèses qui peuvent congédié : le maître est heureux si Troile lui passer pour épisodes, mais qui font oublier le laisse sa femme et ses enfants. Si celui-ci est à gros de l'histoire, et à lui qui vous parle, et à table, et qu'il prononce d'un mets qu'il est vous qui le supportez : que seroit-ce de vous et friand, le maître et les conviés, qui en mande lui, si quelqu'un ne survenoit heureusement geoient sans réflexion, le trouvent friand, et ne pour déranger le cercle et faire oublier la nar- s'en peuvent rassasier ; s'il dit au contraire d'un ration ?

autre mets qu'il est insipide, ceux qui commen

çoient à le goûter n'osant avaler le morceau que d'avoir pensé ; il y en a d'autres qui ont une qu'ils ont à la bouche, ils le jettent à terre: fade attention à ce qu'ils disent, et avec qui l'on tous ont les yeux sur lui, observent son main- souffre dans la conversation de tout le travail de tien et son visage avant de prononcer sur le vin leur esprit ; ils sont comme pétris de phrases et ou sur les viandes qui sont servies. Ne le cher- de petits tours d'expression, concertés dans chez pas ailleurs que dans la maison de ce riche leur geste et dans tout leur maintien; ils sont qu'il gouverne; c'est là qu'il mange, qu'il dort, puristes' et ne hasardent pas le moindre et qu'il fait digestion, qu'il querelle son valet, mot, quand il devroit faire le plus bel effet du qu'il reçoit ses ouvriers, et qu'il remet ses monde : rien d'heureux ne leur échappe; rien créanciers : il régente, il domine dans une salle; ne coule de source et avec liberté : ils parlent il y reçoit la cour et les hommages de ceux qui, proprement et ennuyeusement. plus fins que les autres, ne veulent aller au mai- L'esprit de la conversation consiste bien moins tre que par Troile. Si l'on entre par malheur à en montrer beaucoup qu'à en faire trouver aux sans avoir une physionomie qui lui agrée, il ride autres : celui qui sort de votre entretien, conson front et il détourne sa vue ; si on l'aborde, tent de soi et de son esprit, l'est de vous paril ne se lève pas; si l'on s'assied auprès de lui, faitement. Les hommes n'aiment point à vous il s'éloigne; si on lui parle, il ne répond point; admirer; ils veulent plaire: ils cherchent moins si l'on continue de parler, il passe dans une à être instruits, et même réjouis, qu’à être autre chambre; si on le suit , il gagne l'escalier: goûtés et applaudis; et le plaisir le plus délicat il franchiroit tous les étages, ou il se lanceroit est de faire celui d'autrui. par une fenêtre, plutôt que de se laisser joindre Il ne faut pas qu'il y ait trop d'imagination par quelqu'un qui a un visage ou un son de dans nos conversations ni dans nos écrits; elle voix qu'il désapprouve; l'un et l'autre sont ne produit souvent que des idées vaines et puéagréables en Troile, et il s'en est servi heureu- riles, qui ne servent point à perfectionner le sement pour s'insinuer ou pour conquérir. Tout goût, et à nous rendre meilleurs : nos pensées devient, avec le temps, au-dessous de ses soins, doivent être prises dans le bon sens et la droite comme il est au-dessus de vouloir se soutenir ou raison, et doivent être un effet de notre jugecontinuer de plaire par le moindre des talents ment. qui ont commencé à le faire valoir. C'est beau- C'est une grande misère que de n'avoir pas coup qu'il sorte quelquefois de ses méditations assez d'esprit pour bien parler, ni assez de juet de sa taciturnité pour contredire, que même gement pour se taire. Voilà le principe de toute pour critiquer il daigne une fois le jour avoir de impertinence. l'esprit : bien loin d'attendre de lui qu'il défère Dire d'une chose modestement, ou qu'elle est à vos sentiments, qu'il soit complaisant , qu'il bonne, ou qu'elle est mauvaise, et les raisons vous loue, vous n'êtes pas sûr qu'il aime tou- pourquoi elle est telle, demande du bon sens jours votre approbation, ou qu'il souffre votre et de l'expression; c'est une affaire. Il est plus complaisance.

court de prononcer d'un ton décisif, et qui emIl faut laisser parler cet inconnu que le hasard porte la preuve de ce qu'on avance, ou qu'elle a placé auprès de vous dans une voiture publi- est exécrable, ou qu'elle est miraculeuse. que, à une fête, ou à un spectacle; et il ne vous Rien n'est moins selon Dieu et selon le monde coûtera bientôt, pour le connoître, que de que d'appuyer tout ce que l'on dit dans la conl'avoir écouté : vous saurez son nom, sa de versation, jusqu'aux choses les plus indiffémeure, son pays, l'état de son bien , son em- rentes, par de longs et de fastidieux serments. ploi, celui de son père, la famille dont est sa Un honnête homme qui dit oui et non mérite mère, sa parenté, ses alliances, les armes de sa d'être cru : son caractère jure pour lui, donne maison; vous comprendrez qu'il est noble, qu'il créance à ses paroles, et lui attire toute sorte de a un château, de beaux meubles, des valets, et confiance. un carrosse.

Gens qui affectent une grande pureté de langage. Il y a des gens qui parlent un moment avant

(La Bruyère.)

Celui qui dit incessamment qu'il a de l'hon- ainsi dire, en peu de paroles , et ne songent neur et de la probité, qu'il ne nuit à personne, qu'à se dégager de vous : on leur parle encore qu'il consent que le mal qu'il fait aux autres lui qu'ils sont partis, et ont disparu. Ils ne sont arrive, et qui jure pour le faire croire, ne sait pas moins impertinents que ceux qui vous arpas mème contrefaire l'homme de bien. rêtent seulement pour vous ennuyer; ils sont

Un homme de bien ne sauroit empêcher, par peut-être moins incommodes. toute sa modestie, qu'on ne dise de lui ce qu'un Parler et offenser pour de certaines gens est malhonnête homme sait dire de soi.

précisément la même chose : ils sont piquants et Cléon parle peu obligeamment ou peu juste, amers ; leur style est mêlé de fiel et d'absinthe; c'est l'un ou l'autre; mais il ajoute qu'il est fait la raillerie, l'injure, l'insulte, leur découlent des ainsi , et qu'il dit ce qu'il pense.

lèvres comme leur salive. Il leur seroit utile Il y a parler bien, parler aisément, parler d'être nés muets ou stupides. Ce qu'ils ont de juste, parler à propos : c'est pécher contre ce vivacité et d'esprit leur nuit davantage que ne dernier genre que de s'étendre sur un repas fait à quelques autres leur sottise. Ils ne se conmagnifique que l'on vient de faire, devant des tentent pas toujours de répliquer avec aigreur, gens qui sont réduits à épargner leur pain ; de ils attaquent souvent avec insolence : ils frappent dire merveilles de sa santé devant des infirmes ; sur tout ce qui se trouve sous leur langue, sur d'entretenir de ses richesses, de ses revenus et les présents, sur les absents ; ils heurtent de front de ses ameublements, un homme qui n'a ni et de côté, comme des béliers : demande-t-on rentes ni domicile; en un mot, de parler de son à des béliers qu'ils n'aient pas de cornes? de bonheur devant des misérables. Cette conver- même n'espère-t-on pas de reformer par cette sation est trop forte pour eux ; et la comparai- peinture des naturels si durs, si farouches, si inson qu'ils font alors de leur état au vôtre est dociles. Ce que l'on peut faire de mieux, d'aussi odieuse.

loin qu'on les découvre, est de les fuir de toute Pour vous, dit Eutiphron , vous êtes riche, sa force et sans regarder derrière soi. ou vous devez l'être : dix mille livres de rente, Il y a des gens d'une certaine étoffe ou d'un et en fonds de terre, cela est beau, cela est certain caractère avec qui il ne faut jamais se doux, et l'on est heureux à moins; pendant que commettre, de qui l'on ne doit se plaindre que lui, qui parle ainsi, a cinquante mille livres de le moins qu'il est possible, et contre qui il n'est revenu , et croit n'avoir que la moitié de ce pas même permis d'avoir raison.

qu'il mérite : il vous taxe, il vous apprécie, il "Entre deux personnes qui ont eu ensemble

fixe votre dépense; et s'il vous jugeoit digne une violente querelle, dont l'un a raison et d'une meilleure fortune, et de celle même où l'autre ne l'a pas, ce que la plupart de ceux qui il aspire, il ne manqueroit pas de vous la sou- y ont assisté ne manquent jamais de faire, ou haiter. Il n'est pas le seul qui fasse de si mau- pour se dispenser de juger, ou par un tempévaises estimations ou des comparaisons si déso- rament qui m'a toujours paru hors de sa place, bligeantes; le monde est plein d'Euliphrons. c'est de condamner tous les deux : leçon im

Quelqu'un, suivant la pente de la coutume portante, motif pressant et indispensable de qui veut qu'on loue, et par l'habitude qu'il a à fuir à l'orient quand le fat est à l'occident, pour la flatterie et à l'exagération, congratule Théo- éviter de partager avec lui le même tort. dème sur un discours qu'il n'a point entendu, Je n'aime pas un homme que je ne puis aboret dont personne n'a pu encore lui rendre der le premier, ni saluer avant qu'il me salue, compte; il ne laisse pas de lui parler de son ge- sans m'avilir à ses yeux, et sans tremper dans nie, de son geste, et sur-tout de la fidélité de sa la bonne opinion qu'il a de lui-même. MontAIGNE mémoire : : et il est vrai que Théodème est de- diroit' : « Je veux avoir mes coudées franches, meuré court.

( et être courtois et affable à mon point, sans L'on voit des gens brusques, inquiets, suffi- < remords ni conséquence. Je ne puis du tout sants , qui, bien qu'oisifs, et sans aucune affaire qui les appelle ailleurs , vous expédient, pour Jinité de Montaignc. ( La Bruyère.)

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(estriver contre mon penchant, et aller au | a d'autres qui ne servent qu'aux grands talents, « rebours de mon naturel , qui m'emmène vers ou à une vertu solide. Il est vrai que les manières ( celui que je trouve à ma rencontre. Quand il polies donnent cours au mérite, et le rendent

m'est égal, et qu'il ne m'est point ennemi, agréable; et qu'il faut avoir de bien éminentes « j'anticipe son bon accueil ; je le questionne qualités pour se soutenir sans la politesse. (sur sa disposition et santé; je lui fais offre Il me semble que l'esprit de politesse est une « de mes offices sans tant marchander sur le certaine attention à faire que, par nos paroles « plus ou sur le moins, ne ètre, comme disent et par nos manières, les autres soient contents « aucuns, sur le qui-vive. Celui-là me déplait, de nous et d'eux-mêmes. « qui, par la connoissance que j'ai de ses cou- C'est une faute contre la politesse que de

tumes et façons d'agir, me tire de cette liberté louer immodérément, en présence de ceux i et franchise : comment me ressouvenir tout à que vous faites chanter ou toucher un instru( propos, et d'aussi loin que je vois cet homme, ment, quelque autre personne qui a ces mêmes

d'emprunter une contenance grave et impor- talents ; comme devant ceux qui vous lisent « tante, et qui l'avertisse que je crois le valoir leurs vers, un autre poëte. « bien et au-delà ; pour cela de me ramentevoir Dans les repas ou les fêtes que l'on donne aux « de mes bonnes qualités et conditions, et des autres, dans les présents qu'on leur fait, et dans « siennes mauvaises, puis en faire la comparai- tous les plaisirs qu'on leur procure, il y a faire « son? C'est trop de travail pour moi, et ne suis bien et faire selon leur goût : le dernier est į du tout capable de si roide et si subite atten- préférable.

ion; et, quand bien elle m'auroit succédé Il y auroit une espèce de férocité à rejeter « une première fois, je ne laisserois de fléchir indifféremment toutes sortes de louanges : l'on i et me démentir à une seconde tâche : je ne doit être sensible à celles qui nous viennent des « puis me forcer et contraindre pour quelcon- gens de bien, qui louent en nous sincèrement «que à être fier. »

des choses louables. Avec de la vertu, de la capacité, et une bonne Un homme d'esprit, et qui est né fier, ne conduite, on peut être insupportable. Les ma- perd rien de sa fierté et de sa roideur pour se pières que l'on néglige comme de petites choses, trouver pauvre : si quelque chose au contraire sont souvent ce qui fait que les hommes déci- doit amollir son humeur, le rendre plus doux dent de vous en bien ou en mal : une légère et plus sociable, c'est un peu de prospérité. attention à les avoir douces et polies prévient Ne pouvoir supporter tous les mauvais caracleurs mauvais jugements. Il ne faut presque rien tères dont le monde est plein , n'est pas un fort pour ètre cru fier, incivil, méprisant, dés- bon caractère : il faut, dans le commerce, des obligeant; il faut encore moins pour être estimé pièces d'or et de la monnoie. tout le contraire.

Vivre avec des gens qui sont brouillés, et La politesse n'inspire pas toujours la bonté, dont il faut écouter de part et d'autre les plaintes l'équité, la complaisance, la gratitude ; elle en réciproques, c'est, pour ainsi dire, ne pas sordonne du moins les apparences , et fait paroitre tir de l'audience, et entendre du matin au soir l'homme au dehors comme il devroit être in- plaider et parler procès. térieurement.

L'on sait des gens qui avoient coulé leurs L'on peut définir l'esprit de politesse; l'on ne jours dans une union étroite : leurs biens étoient peut en fixer la pratique : elle suit l'usage et en commun ; ils n'avoient qu'une mème deles coulumes reçues; elle est attachée aux temps, meure; ils ne se perdoient pas de vue. Ils se aux lieux, aux personnes, et n'est point la même sont aperçus à plus de quatre-vingts ans qu'ils dans les deux sexes, ni dans les différentes con- devoient se quitter l'un l'autre, et finir leur ditions : l'esprit tout seul ne la fait pas deviner; société ; ils n'avoient plus qu'un jour à vivre, et il fait qu'on la suit par imitation, et que l'on ils n'ont osé entreprendre de le passer ensemble; s'y perfectionne. Il y a des tempéraments qui ne ils se sont dépêchés de rompre avant que de sont susceptibles que de la politesse, et il y en mourir; ils n'avoient de fonds pour la complai

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