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enfin il m'échappe, et j'espère même que ma joli sermon. Elles alloient le lundi perdre leur franchise sera utile à celles qui, n'ayant pas argent chez Ismène ; le mardi, leur temps chez assez d'un confesseur pour leur conduite, n'u- Climène; et le mercredi, leur réputation chez sent d'aucun discernement dans le choix de leurs Célimène : elles savoient dès la veille toute la directeurs. Je ne sors pas d'admiration et d'é- joie qu'elles devoient avoir le jour d'après et le tonnement à la vue de certains personnages lendemain : elles jouissoient tout à-la-fois du que je ne nomme point. J'ouvre de fort grands plaisir présent et de celui qui ne leur pouvoit yeux sur eux ; je les contemple : ils parlent, je manquer; elles auroient souhaité de les pouvoir prête l'oreille, je m'informe; on me dit des rassembler tous en un seul jour. C'étoit alors faits , je les recueille ; et je ne comprends pas leur unique inquiétude, et tout le sujet de leurs comment des gens en qui je crois voir toutes distractions ; et, si elles se trouvoient quelquechoses diametralement opposées au bon esprit, fois à l'opéra, elles y regrettoient la comédie. au sens droit, à l'expérience des affaires du Autres temps, autres mæurs : elles outrent monde, à la connoissance de l'homme, à la l'austérité et la retraite ; elles n'ouvrent plus les science de la religion et des mæuis, présu- yeux qui leur sont donnés pour voir ; elles ne ment que Dieu doive renouveler en nos jours mettent plus leurs sens à aucun usage, et, chose la merveille de l'apostolat, et faire un miracle incroyable! elles parlent peu : elles pensent en leurs personnes, en les rendant capables , encore et assez bien d'elles-mêmes, comme astout simples et petits esprits qu'ils sont, du sez mal des autres. Il y a chez elles une émulaministère des ames, celui de tous le plus déli- tion de vertu et de réforme qui tient quelque cat et le plus sublime : et, si au contraire ils se chose de la jalousie. Elles ne haïssent pas de pricroient nés pour un emploi si relevé, si difficile, mer dans ce nouveau genre de vie, comme elles accordé à si peu de personnes , et qu'ils se per- faisoient dans celui qu'elles viennent de quitter suadent de ne faire en cela qu'exercer leurs ta- par politique ou par dégoût. Elles se perdoient lents naturels et suivre une vocation ordinaire, gaiement par la galanterie, par la bonne chère, je le comprends encore moins.

et par l'oisiveté; et elles se perdent tristement Je vois bien que le goût qu'il y a à deve- par la présomption et par l'envie. nir le dépositaire du secret des familles, à se Si j'épouse, Hermas, une femme avare, elle rendre nécessaire pour les réconciliations, à ne me ruinera point; si une joueuse, elle pourra procurer des commissions ou à placer des do- s'enrichir ; si une savante, elle saura m’inmestiques, à trouver toutes les portes ouvertes struire; si une prude, elle ne sera point empordans les maisons des grands, à manger sou- tée; si une emportée, elle exercera ma pavent à de bonnes tables, à se promener en car- tience; si une coquette, elle voudra me plaire; rosse dans une grande ville, et à faire de déli- si une galante, elle le sera peut-être jusqu'à cieuses retraites à la campagne, à voir plusieurs m'aimer; si une dévote', répondez, Hermas, personnes de nom et de distinction s'intéresser que dois-je attendre de celle qui veut tromper à sa vie et à sa santé , et à ménager pour les Dieu, et qui se trompe elle-même? autres et pour soi-même tous les intérêts hu- Une femme est aisée à gouverner, pourvu mains: je vois bien, encore une fois, que cela que ce soit un homme qui s'en donne la peine. seul a fait imaginer le spécieux et irrépréhen- Un seul mème en gouverne plusieurs; il cultive sible prétexte du soin des ames, et semé dans leur esprit et leur mémoire, fixe et détermine le monde cette pépinière intarissable de direc- leur religion ; il entreprend même de régler leur teurs.

coeur. Elles n'approuvent et ne désapprouvent, La dévotion vient à quelques uns, et sur-tout ne louent et ne condamnent qu'après avoir conaux femmes, comme une passion, ou comme sulté ses yeux et son visage. Il est le dépositaire le foible d'un certain åge, ou comme une de leurs joies et de leurs chagrins, de leurs demode qu'il faut suivre. Elles comptoient sirs, de leurs jalousies, de leurs haines et de leurs autrefois une semaine par les jours de jeu, de spectacle, de concert, de mascarade, ou d'un 1 Fausse dévote. (Note de La Bruyère.)

amours; il les fait rompre avec leurs galants ; il deur qui est petitesse ; une fausse vertu qui est les brouille et les réconcilie avec leurs maris; et hypocrisie; une fausse sagesse qui est pruderie. il profite des interrègnes. Il prend soin de leurs Une femme prude paie de maintien et de paaffaires, sollicite leurs procès, et voit leurs ju- roles ; une femme sage paie de conduite. Celleges;

il leur donne son médecin , son marchand, là suit son humeur et sa complexion, celle-ci sa ses ouvriers; il s'ingère de les loger, de les raison et son caur. L'une est sérieuse et ausmeubler; et il ordonne de leur équipage. On tère; l'autre est , dans les diverses rencontres, le voit avec elles dans leurs carrosses, dans les précisément ce qu'il faut qu'elle soit. La prerues d'une ville , et aux promenades, ainsi que mière cache des foibles sous de plausibles dedans leur banc à un sermon, et dans leur loge hors ; la seconde couvre un riche fonds sous un à la comédie. Il fait avec elles les mêmes visites; air libre et naturel. La pruderie contraint l’esil les accompagne au bain , aux eaux, dans les prit, ne cache ni l'âge ni la laideur; souvent voyages; il a le plus commode appartement elle les suppose. La sagesse, au contraire, palchez elles à la campagne. Il vieillit sans déchoir lie les défauts du corps , ennoblit l'esprit, ne de son autorité : un peu d'esprit et beaucoup rend la jeunesse que plus piquante, et la beauté de temps à perdre lui suffit pour la conserver. que plus périlleuse. Les enfants, les héritiers, la bru , la nièce, les Pourquoi s'en prendre aux hommes de ce que domestiques, tout en dépend. Il a commencé les femmes ne sont pas savantes ? Par quelles par se faire estimer; il finit par se faire crain- lois, par quels edils, par quels rescrits, leur a-tdre. Cet ami si ancien, si nécessaire, meurt on défendu d'ouvrir les yeux et de lire, de resans qu'on le pleure ; et dix femmes dont tenir ce qu'elles ont lu, et d'en rendre compte il étoit le tyran héritent, par sa mort, de la ou dans leur conversation ou dans leurs ouvraliberté.

ges? Ne se sont-elles pas au contraire établies Quelques femmes ont voulu cacher leur con- elles-mêmes dans cet usage de ne rien savoir, duite sous les dehors de la modestie ; et tout ce ou par la foiblesse de leur complexion, ou par que chacune a pu gagner par une continuelle la paresse de leur esprit, ou par le soin de leur affectation, et qui ne s'est jamais démentie, a beauté, ou par une certaine légèreté qui les emété de faire dire de soi : On l'auroit prise pour pêche de suivre une longue étude, ou par le une vestale.

talent et le génie qu'elles ont seulement pour les C'est dans les femmes une violente preuve ouvrages de la main, ou par les distractions d'une réputation bien nette et bien établie, que donnent les détails d'un domestique, ou qu'elle ne soit pas même effleurée par la fami- par un éloignement naturel des choses pénibles liarité de quelques unes qui ne leur ressemblent et sérieuses, ou par une curiosité toute diffépoint, et qu'avec toute la pente qu'on a aux rente de celle qui contente l'esprit, ou par un malignes explications, on ait recours à une tout tout autre goût que celui d'exercer leur méautre raison de ce commerce qu'à celle de la moire? Mais, à quelque cause que les hommes convenance des moeurs.

puissent devoir cette ignorance des femmes, ils Un comique outre sur la scène ses person- sont heureux que les femmes , qui les domiuent nages; un poëte charge ses descriptions; un d'ailleurs par tant d'endroits , aient sur eux cet peintre qui fait d'après nature force et exagère avantage de moins. une passion, un contraste, des attitudes; et ce- On regarde une femme savante comme on lui qui copie , s'il ne mesure au compas les fait une belle arme : elle est ciselée artistement, grandeurs et les proportions, grossit ses figu- d'une polissure admirable, et d'un travail fort res , donne à toutes les pièces qui entrent dans recherché; c'est une pièce de cabinet que l'on l'ordonnance de son tableau plus de volume montre aux curieux, qui n'est pas d'usage, que n'en ont celles de l'original : de même la pru- qui ne sert ni à la guerre ni à la chasse, non derie est une imitation de la sagesse.

plus qu'un cheval de manege, quoique le mieux Il y a une fausse modestie qui est vanité; une instruit du monde. sausse gloire qui est légèreté ; une fausse gran- Si la science et la sagesse se trouvent unies en un même sujet, je ne m'informe plus du sexe, qu'au sien propre ; une femme, au contraire, j'admire; et, si vous me dites qu’une femme garde mieux son secret que celui d'autrui. sage ne songe guère à être savante, ou qu'une Il n'y a point dans le coeur d'une jeune perfemme savante n'est guère sage, vous avez sonne un si violent amour auquel l'intérêt ou déja oublié ce que vous venez de lire, que les l'ambition n'ajoute quelque chose. femmes ne sont détournées des sciences que par Il y a un temps où les filles les plus riches de certains défauts : concluez donc vous-même doivent prendre parti. Elles n'en laissent guère que moins elles auroient de ces défauts, plus échapper les premières occasions sans se préelles seroient sages, et qu'ainsi une femme parer un long repentir. Il semble que la répusage n'en seroit que plus propre à devenir sa- tation des biens diminue en elles avec celle de vante, ou qu'une femme savante , n'étant telle leur beauté. Tout favorise au contraire une jeune que parcequ'elle auroit pu vaincre beaucoup personne, jusques à l'opinion des hommes, qui de défauts, n'en est que plus sage.

aiment à lui accorder tous les avantages qui peuLa neutralité entre des femmes qui nous sont vent la rendre plus souhaitable. également amies, quoiqu'elles aient rompu pour Combien de filles à qui une grande beauté n'a des intérêts où nous n'avons nulle part, est un jamais servi qu'à leur fairc espérer une grande point difficile: il faut choisir souvent entre elles, fortune! ou les perdre toutes deux.

Les belles filles sont sujettes à venger ceux de Il y a telle femme qui aime mieux son argent leurs amants qu'elles ont maltraités, ou par de que ses amis, et ses amants que son argent. laids, ou par de vieux, ou par d'indignes maris.

Il est étonnant de voir dans le coeur de cer- La plupart des femmes jugent du mérite et taines femmes quelque chose de plus vif et de de la bonne mine d'un homme par l'impression plus fort que l'amour pour les hommes, je veux qu'ils font sur elles, et n'accordent presque ni dire l'ambition et le jeu : de telles femmes ren- l'un ni l'autre à celui pour qui elles ne sentent dent les hommes chastes; elles n'ont de leur rien. sexe que les habits.

Un homme qui seroit en peine de connoître Les femmes sont extrêmes ; elles sont meilleu- s'il change, s'il commence à vieillir, peut conres ou pires que les hommes.

sulter les yeux d'une jeune femme qu'il aborde, La plupart des femmes n'ont guère de prin- et le ton dont elle lui parle : il apprendra ce cipes; elles se conduisent par le cour, et dépen- qu'il craint de savoir. Rude école! dent pour leurs mæurs de ceux qu'elles aiment. Une femme qui n'a jamais les yeux que sur

Les femmes vont plus loin en amour que la une même personne, ou qui les en détourne plupart des hommes; mais les hommes l'empor- toujours, fait penser d'elle la même chose. tent sur elles en amitié.

Il coûte peu aux femmes de dire ce qu'elles Les hommes sont cause que les femmes ne ne sentent point : il coûte encore moins aux s'aiment point.

hommes de dire ce qu'ils sentent. Il y a du péril à contrefaire. Lise , déja vieille, Il arrive quelquefois qu'une femme cache à veut rendre une jeune femme ridicule, et elle- un homme toute la passion qu'elle sent pour même devient difforme; elle me fait peur. Elle lui, pendant que de son côté il feint pour elle use, pour l'imiter, de grimaces et de contor- toute celle qu'il ne sent pas. sions : la voilà aussi laide qu'il faut pour em

L'on suppose un homme indifférent, mais bellir celle dont elle se moque.

qui voudroit persuader à une femme une pasOn veut à la ville que bien des idiots et des sion qu'il ne sent pas ; et l'on demande s'il ne idiotes aient de l'esprit. On veut à la cour que lui seroit pas plus aisé d'imposer à celle dont il bien des gens manquent d'esprit, qui en ont est aimé qu'à celle qui ne l'aime point. beaucoup; et, entre les personnes de ce dernier Un homme peut tromper une femme par un genre, une belle femme ne se sauve qu'à peine feint altachement, pourvu qu'il n'en ait pas ailavec d'autres femmes.

leurs un véritable. Un homme est plus fidèle au secret d'autrui Un homme éclate contre une femme qui ne l'aime plus , et se console : une femme fait moins coiffure plate et négligée, en simple déshabillé, de bruit quand elle est quittée , et demeure long- sans corps, et avec des mules : elle est belle en temps inconsolable.

cet équipage, et il ne lui manque que de la fraiLes femmes guérissent de leur paresse par la cheur. On remarque néanmoins sur elle une rivanité ou par l'amour.

che attache, qu'elle dérobe avec soin aux yeux La paresse, au contraire, dans les femmes de son mari; elle le flatte, elle le caresse; elle vives, est le présage de l'amour.

invente tous les jours pour lui de nouveaux noms; Il est fort sûr qu'une femme qui écrit avec elle n'a pas d'autre lit que celui de ce cher époux, emportement est emportée; il est moins clair et elle ne veut pas découcher. Le matin , elle se qu'elle soit touchée. Il semble qu'une passion partage entre sa toilette et quelques billets qu'il vive et tendre est morne et silencieuse; et que faut écrire. Un affranchi vient lui parler en se le plus pressant intérêt d'une femme qui n'est cret ; c'est Parmenon, qui est favori, qu'elle plus libre, celui qui l'agite davantage, est moins soutient contre l'antipathie du maître et la jade persuader qu'elle aime que de s'assurer si lousie des domestiques. Qui, à la vérité, fait elle est aimée.

mieux connoître des intentions, et rapporte Glycère n'aime pas les femmes ; elle hait leur mieux une réponse que Parmenon? qui parle commerce et leurs visites, se fait céler pour elles, moins de ce qu'il faut taire? qui sait ouvrir une et souvent pour ses amis, dont le nombre est porte secrète avec moins de bruit? qui conduit pelit, à qui elle est sévère, qu'elle resserre dans plus adroitement par le petit escalier? qui fait leur ordre, sans leur permettre rien de ce qui mieux sortir par où l'on est entré ? passe l'amitié : elle est distraite avec eux, leur Je ne comprends pas comment un mari qui répond par des monosyllabes, et semble cher- s'abandonne à son humeur et à sa complexion, cher à s'en défaire. Elle est solitaire et farouche qui ne cache aucun de ses défauts, et se montre dans sa maison; sa porte est mieux gardée, et au contraire par ses mauvais endroits, qui est sa chambre plus inaccessible que celles de Mon- avare , qui est trop négligé dans son ajustement, thoron' et d'Hémery". Une seule, Corinne , y brusque dans ses réponses, incivil, froid et taest attendue, y est reçue, et à toutes les heu- citurne, peut espérer de défendre le coeur d'une res : on l'embrasse à plusieurs reprises; on croit jeune femme contre les entreprises de son gal'aimer; on lui parle à l'oreille dans un cabinet | lant, qui emploie la parure et la magnificence, où elles sont seules ; on a soi-même plus de deux la complaisance, les soins, l'empressement, les oreilles pour l'écouter; on se plaint à elle de dons, la flatterie. toute autre qu'elle; on lui dit toutes choses, et Un mari n'a guère un rival qui ne soit de sa on ne lui apprend rien; elle a la confiance de main, comme un présent qu'il a autrefois fait à tous les deux. L'on voit Glycère en partie car- sa feinme. Il le loue devant elle de ses belles rée au bal, au théâtre, dans les jardins publics, dents et de sa belle tête; il agrée ses soins; il sur lechemin de Venouze, où l'on mange les pre- reçoit ses visites; et, après ce qui lui vient de miers fruits; quelquefois seule en litière sur la son crù, rien ne lui paroît de meilleur goût que route du grand faubourg où elle a un verger le gibier et les truffes que cet ami lui envoie. Il délicieux, ou à la porte de Canidie , qui a de si donne à souper, et il dit aux conviés : Goûtez beaux secrets, qui promet aux jeunes femmes bien cela, il est de Léandre, et il ne me coûte de secondes noces, et qui en dit le temps et les qu’un grand merci. circonstances. Elle paroit ordinairement avecune Il y a telle femme qui anéantit ou qui enterre

son mari, au point qu'il n'en est fait dans le · Monthoron ou Montauron, trésorier de l'épargne , le même monde aucune mention : vit-il encore? ne vit-il à qui Corneille dédia sa tragédie de Cinna en le comparant à plus? on en doute. Il ne sert dans sa famille qu'à Auguste. - D'Hémery. ou plutôt Emeri, fils d'un paysan de Sienne, et

montrer l'exemple d'un silence timide et d'une sous le surintendant des finances Nicolas Bailleul, et devint lui 'ni conventions; mais à cela près, et qu'il n'acprotégé du cardinal Mazarin , fut d'abord contrôleur-général parfaite soumission. Il ne lui est dû ni douaire même surintendant après la démission du maréchal de La Meilleraye.

couche pas, il est la femme, et elle le mari. Ils

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passent les mois entiers dans une mème maison étoit si contente. Elle ne parloit que d'Euphrosans le moindre danger de se rencontrer; il est sine, c'étoit le nom de cette fidèle amie; et tout vrai seulement qu'ils sont voisins. Monsieur paie Smyrne ne parloit que d'elle et d'Euphrosine: le rôtisseur et le cuisinier ; et c'est toujours chez leuramitié passoit en proverbe. Émire avoit deux madame qu'on a soupé. Ils n'ont souvent rien frères qui étoient jeunes, d'une excellente beaude commun, ni le lit, ni la table , pas même le té, et dont toutes les femmes de la ville étoient nom : ils vivent à la romaine ou à la grecque; éprises : et il est vrai qu'elle les aima toujours chacun a le sien; et ce n'est qu'avec le temps, comme une sæur aime ses frères. Il y eut un et après qu'on est initié au jargon d'une ville, prêtre de Jupiter qui avoit accès dans la maison qu'on sait enfin que M. B... est publiquement, de son père, à qui elle plut, qui osa le lui dedepuis vingt années, le mari de madame L...'. clarer, et ne s'attira que du mépris ; un vieil

Telle autre femme, à qui le désordre manque lard, qui, se confiant en sa naissance et en ses pour mortifier son mari, y revient par sa no- grands biens, avoit eu la même audace, eut blesse et ses alliances, par la riche dot qu'elle a aussi la même aventure. Elle triomphoit cepenapportée, par les charmes de sa beauté, par son dant, et c'étoit jusqu'alors au milieu de ses frèmérite, par ce que quelques uns appellent vertu. res, d'un prêtre et d'un vieillard , qu'elle se

Il y a peu de femmes si parfaites qu'elles em- disoit insensible. Il sembla que le Ciel voulůt pêchent un mari de se repentir, du moins une l’exposer à de plus fortes épreuves, qui ne serfois le jour, d'avoir une femme, ou de trouver virent néanmoins qu'à la rendre plus vaine, et heureux celui qui n'en a point.

qu'à l'affermir dans la réputation d'une fille que Les douleurs muettes et stupides sont hors l'amour ne pouvoit toucher. De trois amants que d'usage : on pleure, on récite, on répète, on est ses charmes lui acquirent successivement, et si touchée de la mort de son mari, qu'on n'en dont elle ne craignit pas de voir toute la pasoublie pas la moindre circonstance.

sion, le premier, dans un transport amoureux, Ne pourroit-on point découvrir l'art de se se perça le sein à ses pieds ; le second, plein de faire aimer de sa femme?

désespoir de n'être pas écouté, alla se faire tuer Une femme insensible est celle qui n'a pas en- à la guerre de Crète ; et le troisième mourut de core vu celui qu'elle doit aimer.

langueur et d'insomnie. Celui qui les devoit venIl y avoit à Smyrne une très belle fille qu'on ger n'avoit pas encore paru. Ce vieillard qui appeloit Émire, et qui étoit moins connue dans avoit été si malheureux dans ses amours s'en toute la ville par sa beauté que par la sévérité étoit guéri par des réflexions sur son âge et sur de ses meurs, et sur-tout par l'indifférence le caractère de la personne à qui il vouloit plaire: qu'elle conservoit pour tous les hommes, qu'elle il desira de continuer de la voir; et elle le soufvoyoit , disoit-elle, sans aucun peril, et sans d'au- frit. Il lui amena un jour son fils, qui étoit jeune, tres dispositions que celles où elle se trouvoit d'une physionomie agréable, et qui avoit une pour ses amics ou pour ses frères. Elle ne croyoit taille fort noble. Elle le vit avec intérêt; et, pas la moindre partie de toutes les folies qu’on comme il se tut beaucoup en la présence de son disoit que l'amour avoit fait faire dans tous les père, elle trouva qu'il n'avoit pas assez d'esprit, temps; et celles qu'elle avoit vues elle-même, et desira qu'il en eût eu davantage. Il la vit seule, elle ne les pouvoit comprendre : elle ne connois- parla assez, et avec esprit ; et comme il la resoit que l'amitié. Une jeune et charmante per- garda peu, et qu'il parla encore moins d'elle et sonne, à qui elle devoit cette expérience, la lui de sa beauté, elle fut surprise et comme indiavoit rendue si douce , qu'elle ne pensoit qu'à la gnée qu'un homme si bien fait et si spirituel ne faire durer, et n'imaginoit pas par quel autre fût pas galant. Elle s'entretint de lui avec son sentiment elle pourroit jamais se refroidir sur amie, qui voulut le voir. Il n'eut des yeux que celui de l'estime et de la confiance , dont elle pour Euphrosine : il lui dit qu'elle étoit belle;

et Émire, si indifférente, devenue jalouse, com• Bet L sont encore de ces lettres initiales d'une signification prit que Ctésiphon étoit persuadé de ce qu'il raine et incertaine , que La Bruyère employoit pour dépayser ses lecteurs, et les dégoûter des applications.

disoit, et que non seulement il étoit galant, mais

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