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n'ayons pas la liberté de suivre des exemples, convient de marcher à la tête d'un régiment et et de joindre à nous des qualités utiles et néces- à une promenade. saires que la nature ne nous a pas données. Les Il y en a qui ne se contentent pas de renoncer arts et les sciences conviennent à la plupart de à leur air propre et naturel pour suivre celui du ceux qui s'en rendent capables. La bonne grace rang et des dignités où ils sont parvenus. Il y et la politesse conviennent à tout le monde ; mais en a même qui prennent par avance l'air des ces qualités acquises doivent avoir un certain dignités et du rang où ils aspirent. Combien de rapport, et une certaine union avec nos propres lieutenants généraux apprennent à être maréqualités, qui les étende et les augmente imper- chaux de France ! combien de gens de robe ceptiblement.

répètent inutilement l'air de chancelier, et comNous sommes élevés à un rang et à des digni- bien de bourgeoises se donnent l'air de duchesse! tés au-dessus de nous; nous sommes souvent Ce qui fait qu'on déplait souvent, c'est que engagés dans une profession nouvelle où la personne ne sait accorder son air et ses manières nature ne nous avoit pas destinés. Tous ces états avec sa figure, ni ses tons et ses paroles avec ont chacun un air qui leur convient, mais qui ses pensées et ses sentiments : on s'oublie soine convient pas toujours avec notre air naturel. même, et on s'en éloigne insensiblement; tout Ce changement de notre fortune change sou- le monde presque tombe par quelque endroit vent notre air et nos manières, et y ajoute l'air dans ce défaut; personne n'a l'oreille assez juste de la dignité, qui est toujours faux quand il est pour entendre parfaitement cette sorte de catrop marqué, et qu'il n'est pas joint et confondu dence. avec l'air que la nature nous a donné. Il faut Mille gens déplaisent avec des qualités aimales unir et les mêler ensemble, et faire en sorte bles; millegens plaisent avecde moindres talents. qu'ils ne paroissent jamais séparés.

C'est que les uns veulent paroitre ce qu'ils ne On ne parle pas de toutes choses sur un même sont pas, les autres sont ce qu'ils paroissent, et ton, et avec les mêmes manières. On ne marche enfin quelques avantages ou quelques désavanpas à la tête d'un régiment comme on marche tages que nous ayons reçus de la nature, on en se promenant. Mais il faut qu'un même air plaît à proportion de ce qu'on suit l'air, les tons, nous fasse dire naturellement des choses diffé- les manières et les sentiments qui conviennent à rentes , et qu'il nous fasse marcher différem- notre état et à notre figure, et on déplaît à proment, mais toujours naturellement et comme il portion de ce qu'on s'en éloigne.

FIN DES RÉFLEXIONS DIVERSES.

EXAMEN CRITIQUE

DES

RÉFLEXIONS OU SENTENCES

ET MAXIMES MORALES

DE LA ROCHEFOUCAULD;

PAR LOUIS AIMÉ-MARTIN.

Intueri naturam et sequi.

Quint.

INTRODUCTION.

de cette liberté est le repentir qui nous presse lorsque ce choix est mauvais. Borner notre ame à une seule passion, c'est ravaler la nature de l'homme ; c'est l'assimiler à

l'instinct des animaux. Telle est la conclusion rigoureuse Voulant écrire de l'Homme , et se tracer une route du livre des Maximes : il faut, ou rejeter le système, ou nouvelle, l'illustre auteur des Maximes nie, dès l'abord, en subir les conséquences. l'existence de la vertu. Ainsi débarrassé du seul titre que Frappé des vices de la cour , La Rochefoucauld s'est nous ayons devant Dieu, il nous livre au néant' et mar- contenté de les peindre. Il a vu l'homme ouvrage de la che rapidement à l'athéisme. Cette accusation, qui peut société, il a oublié l'homme ouvrage de Dieu. Son livre surprendre, ne restera pas sans preuve '. Les Doctrines est un tableau du siècle, digne d'être étudié; et l'histoire de La Rochefoucauld sont beaucoup plus mauvaises que y répand une vive lumière qui nous en fait reconnoitre les leur réputation. Elles s'appuient sur l'égoïsme, vice honteux personnages. A le considérer sous ce rapport, il offre des qui isole l'homme, mais que l'auteur confond à dessein lignes admirables. Jamais, dans un espace si court, on ne avec l'amour de soi, sentiment conservateur qui unit les renferma tant de vérités de détails, d'aperçus neufs, et de sociétés. Il est donc indispensable de remarquer cette con- ces observations déliées qui entrent dans la partie perverse fusion , presque toujours inaperçue , parcequ'elle donne à des ceurs. C'est quelquefois le pinceau de Tacite, ce n'est son système une apparence de vérité : elle est le trait le jamais son ame! Tacite nous émeut pour la vertu, La plus subtil de son génie, et c'est ainsi que l'incertitude où Rochefoucauld nous laisse froid devant la dégradation il nous jette nous persuade trop souvent qu'il prend dans humaine : on voit que le but de son livre n'est pas de faire notre conscience le principe fondamental de son livre. haïr le vice, mais de faire croire à son triomphe. Plein de

Ce n'est point ici le lieu d'examiner le fond de ce sys- cette pensée, il nie jusqu'à la possibilité de le combattre ' : tème ?; mais je ne puis m'empêcher de remarquer que sa confiance est dans le mal”, sa vertu dans l'intérêt, sa l'idée de soumettre toutes nos actions à un mobile unique, volonté dans la disposition de ses organes 3. Il commence est peut-être la plus grande injure que l'homme ait jamais par nous Rétrir et finit par nous corrompre; et c'est en faite à l'homme. Les animaux n'ont reçu qu’un rayon nous inspirant le mépris de notre cour qu'il nous accoud'intelligence qui, sous le nom d'instinct , règle leur vie tume aux actions méprisables. Sent-on en soi quelque entière; ils sont commandés par la nécessité : mais notre penchant à la vanité, à l'envie, à l'égoïsme, à l'ingratiame est une sphère parfaite d'intelligence et d'amour; elle tude, on s'applique ses maximes insidieuses qui se gravent si s'étudie , se connoit et se juge. Le signe de son excellence facilement dans la mémoire; puis on se dit : La nature est est la liberté de choisir entre le bien et le mal, et la preuve ainsi faite; et l'on cesse de rongir de soi-même. l'oye: la Maxime 504.

i l'oyje: la Maxime !77. Foyez les Maximes 44 et 504.

a l'ove: la Maxime 238. Voyez la Maxime 262,

3 l'oyes la Maxime 44.

Pour écrire de la morale , il a manqué à La Rochefou- | de Montaigne, devoit être toute familiére et commune ; et cauld de bien connoitre ce qui étoit vice et vertu. Il s'est en me réduisant aux principes vulgaires, j'étois bien sûr de égaré faute de definition, et ses erreurs ont été d'autant ne point affoiblir ma cause. C'est une vérité qui atteste à plus graves que son esprit avoit plus d'étendue : lorsque la fois la bonté de la Providence et la dignité de notre élre, l'ame reste sans principes, les ténèbres semblent croitre que la morale la plus simple conduit aux mêmes résultats avec notre intelligence!

que la plus haute philosophie; elle suffit à qui veut la suiVauvenargues, plus habile , posa le principe avant d'en-vre, non pas seulement pour étre un bon citoyen, mais trer dans la carrière : « Afin, dit-il, qu'une chose soit regar- pour devenir un héros. Une mère, en recevant les adieux « dée comme un bien par toute la société, il faut qu'elle de son fils , lui recommande d'aimer Dieu , de fuir l'envie, a tende à l'avantage de toute la société ; » c'est le propre de d'être loyal en faits et dits, et charitable envers les malla vertu. « Et afin qu'on la regarde comme un mal, il heureux : la vie entière du jeune guerrier est consacrée à « faut qu'elle tende à sa ruine; » c'est le propre du vice. l'accomplissement de ces trois préceptes, et ce guerrier,

Ce principe, que la mauvaise foi mème ne sauroit con- qui reçut de la France le titre de chevalier sans peur et tester, est une résutation complète da système de La Ro- sans reproche, fut Bayard · chefoucauld : rien dans ce système ne tend à l'avantage de Tel est le plan que nous avons cru devoir suivre. Il nous la société; tout, au contraire, y tend à sa ruine. Rapporter a privé sans doute de quelques développements philosopbinos inclinations les plus naturelles, nos mouvements les ques; mais il nous a permis de nous appuyer des vérités de plus imprévus, nos actions les plus innocentes à la vanité l'histoire ; vérités que nous devions préférer à tout, parceou à l'intérêt, c'est méconnoître la vertu; et méconnoître qu'elles éloient des exemples. Rousseau a dit qu'une maula vertu, c'est anéantir l'homme.

vaise maxime est pire qu'une mauvaise action : il auroit po La vertu est la loi sublime qui veille à notre conserva- ajouter avec non moins de sens que les bons exemples tion : sans elle il n'y auroit nj famille, ni société, ni genre valent mieux que les meilleurs préceptes. humain. Voyez seulement ce que deviennent les familles La Rochefoucauld a peint les hommes comme les fait qui ont un guide corrompu, et songez à ce que deviendroit quelquefois le monde ; Marc-Aurèle', comme les fait rareun pays où les lois , qui sont la vertu des nations, ne répri- ment la philosophie; et nous, comme les fait toujours la meroient rien. L'homme sans vertu est comme un peuple nature. sans loi. Vous lui ôtez la force qui triomphe des passions, Qu'il nous soit permis, en terminant, d'adresser une et vous vous étonnez de sa foiblesse! Vous lui donnez le prière à nos lecteurs : c'est de ne pas nous juger d'après les vice pour guide, et vous vous étonnez de sa perversité ! passions de la société, mais d'après les sentiments de leur

Vous saisissez habilement les bassesses , les ruses , les tur- ame. Nous croirons avoir tout obtenu s'ils s'interrogent 'pitudes de quelques ames dépravées, vous les surprenez eux-mêmes : car il suffit de descendre profondément en soi dans leur hypocrisie, et vous attribuez à tous la honte de pour y trouver le bien ; et la vérité qui est dans notre cour quelques uns ! C'est comme si vous écriviez au bas de la nous instruit mieux que les paroles qui passent. statue de Tersite ou de Néron : Voilà l'homme!

L. AIMÉ-MARTIN. Celui qui a pu tracer un pareil tableau n'est pas loin de Mai 1822. l'athéisme; toutes les doctrines immorales nous y poussent, et l'auteur y arrive enfin environné du cortege de tous les vices. Alors seulement, forcé de reconnoitre qu'il n'y a EXAMEN CRITIQUE. rien d'immortel dans une créature sans vertu , il s'effraie de trouver le néant et de ne pouvoir l'éviter. Voilà comment, après nous avoir réduits à l'intelligence, il s'est vu dans la nécessité de réduire l'intelligence à rien. Tant il est dan

ÉPIGRAPHE. gereux de calomnier l'humanité: l'injustice envers l'homme conduit presque toujours à l'impiété envers Dieu !

Nos vertus ne sont le plus souvent que des vices déguisés. Ma tåche à moi étoit d'opposer la raison à tant de sophismes; les sentiments naturels du cæur, aux fausses lumières

Dès la première ligne, l'auteur nous met en garde d'un esprit superbe ; et des vérités consolantes, au système contre ce qu'il y a de plus sacré sur la terre, la vertu. le plus désolant : j'ai voulu prouver qu'une corruption Il ne la nie point encore , mais il la réduit aux appagénérale est impossible, parce qu'elle entraineroit la perte rences, il en empoisonne la source; et, jetant notre de la société; d'où j'ai tiré cette conclusion , que la vertu ame dans le doute de ses propres sentiments, il nous a été donnée à l'homme parcequ'elle lui est nécessaire , et laisse flotter indécis entre le bien et le mal , le vice et qu'elle lui est nécessaire parcequ'il importe à Dieu de la vertu. On objectera , sans doute, que La Rocheconserver son propre ouvrage. Pour atteindre ce but, je ne me suis point appuyé de

foucauld ne présente pas sa pensée d'une manière cette haute philosophie qui maintint la sagesse de Marc- absolue; mais, pour détruire cette objection, il suffit Aurèle, malgré les flatteurs et le trône. Ni La Rochefou- de tourner quelques feuillets. L'auteur ne reste pas cauld, ni Marc-Aurèle n'ont tracé un tableau fidèle de long-temps dans le cercle étroit qu'il vient de se tra-. l'humanité, qui n'est ni si dépravée, ni si sublime. C'est cer, et bientôt, négligeant toute précaution oratoire, le cæur de l'homme naturel qu'il falloit opposer au cour de l'homme avili. Ma philosophie , pour parler le langage " Voyez les Mémoires du Secrétaire de Bayard, chap. 2.

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il reproduit les mêmes maximes sans exceptions et térêt ne change pas. Les vices, au contraire, se désans restrictions': contradiction évidente, mais iné- guisent suivant les circonstances; leur hypocrisie ne vitable. La Rochefoucauld devoit , ou renoncer à son peut tromper qu'un moment, car ils ne s'attachent système, ou généraliser sa pensée : car, pour détruire qu'à des intérêts passagers, et à mesure que ces inte un système, il suffit d'une exception.

rets changent, l'ame se montre, et la vérité reste. Maintenant il faut choisir entre deux opinions : ou Ainsi disparoit , par la force des choses , l’espèce de l'on restreint le sens de cette maxime à quelques cas confusion que La Rochefoucauld vouloit établir entre particuliers, et alors elle ne renferme plus qu'une le vice et la vertu. vérité commune dont il est inutile de nous occuper; La fausse vertu est celle du publicain qui s'enviou l'on veut en faire une application générale, et ronne de faste et de mensonge; la véritable est celle alors c'est une calomnie qui tend à déshonorer le du samaritain qui fait le bien par amour de l'humagenre humain. Dans cette dernière hypothèse, il nité; et s'il existe une vertu supérieure, elle est le parfaudroit ainsi traduire la pensée : Tous les hommes lage des humbles qui exercent la charité sur la terre sont des hypocrites; rien n'est vrai que le vice. Poser en attachant leurs regards au ciel : de pauvres filles ainsi la question, c'est la juger.

renoncent au monde pour se consacrer à des auvres Mais comment une pareille maxime se trouve-t-elle de piété; ce monde qu'elles abandonnent doit ignoà la tête d'un livre qui porte le titre de Rėsierions ou rer jusqu'à leur sacrifice; elles ne seront vues que sentences et maximes morales ? Tous ces titres pro- des malheureux. La contagion ravage l'Espagne : mettent, non une suite de sophismes propres à ren- elles y courent', et s'enferment avec les pestiférés. verser tout principe, mais un développement des Tous les maux qu'elles viennent soulager les menabonnes et saintes doctrines propres à faire aimer la cent; déja elles exhalent l'odeur des cadavres; on vérité. Un titre plus convenable eût été celui-ci : s'effraie, on fuit à leur approche; rien ne les occupe Observations critiques sur les maurs. Plus on étu- que les souffrances qu'elles soulagent; elles suppordie le tour d'esprit de La Rochefoucauld et le secret tent avec calme d'horribles travaux...... des choses de sa composition, plus on est convaincu que le livre dont la seule pensée peut glacer les plus fermes coudes Maximes est une critique du siècle, et non un rages et dénaturer même le cæur d'une mère ! Pentraité de morale. Condé, Turenne, Richelieu , Ma- sez-vous que leur récompense soit de ce monde ? zarin, le cardinal de Retz, la duchesse de Longue- Seroit-ce la gloire ? leur nom même nous est inconnu! ville, Ninon, La Fayette, Sévigné, Anne d'Autri- Les richesses ? elles ont fait væu de pauvreté ! L'intéche, viennent tour à tour se présenter à lui, mais il rêt? oh oui ! l'intérêt de l'humanité, celui du ciel , car ne les montre qu'en partie. Ni la reconnoissance , ni elles ne tiennent plus à la terre que par nos maux, et l'amour, ni la justice, ne peuvent lui arracher un c'est dans la mort qu'elles ont mis leur espérance. éloge. Il semble que ces divers personnages se soient Voilà la vertu telle que la fait la religion; mais réfusés à laisser voir leurs vertus au peintre du vice. La Rochefoucauld ne suit point notre ame dans ces Ce livre est donc une satire du monde, et non un hauteurs où elle se divinise. Il ne voit que la cour; portrait de l'homme. Rien n'y est d'une application ses maximes sont le fruit d'un temps de trouble et de générale : chaque maxime, au contraire, rappelle discorde; elles s'appliquent aux hommes deshumanicelui dont elle exprime les opinions ou les actions; et sés par les factions, et non aux sociéiés bien ordonlorsque , toujours préoccupé de la corruption qui l'en-nées. Car si la plupart de nos vices naissent de la so vironne, l'auteur essaie de généraliser sa triste phi-ciété, nous lui devons aussi la plupart de nos vertus; losophie , nous lui échappons par les plus doux senti- c'est le commerce des hommes qui nous inspire les ments de la nature.

beaux dévouements de la charité, et c'est la pensée

de Dieu qui les rend sublimes. MAXIME I.

Le seul trait des saurs de Saint-Camille suffit Ce que nous prenons pour des vertus, n'est souvent qu'un as- toire des hommes comme celle de la nature, et qu'il

pour nous convaincre que la Providence règle l'hissemblage de diverses actions et de divers intérêts que la fortune ou notre industrie savent arranger; et ce n'est pas toujours par peut résulter de l'étude même des désordres et des valeur et par chasteté, que les hommes sont vaillants et que les maux de nos sociétés , une théologie aussi lumineuse femmes sont chastes.

que celle qui résulte de l'étude de l'harmonie des Le caractère de la vertu est d'être immuable. Les

mondes! évènements les plus opposés la trouvent toujours la

Il faut encore conclure de ces observations, que même, car son intérêt est de faire le bien, et cet in- l'auteur a peint les hommes d'une manière au moins 'Joyez les Maximes 5, 18, 20, 29, 44, etc.

· Les saurs de Saint-Camille.

bien incomplète. Il est comme ces artistes qui sacri- | c'est la puissance donnée au génie de régner sur le fient l'ensemble de leurs tableaux à un seul coup de monde, c'est la puissance donnée au sage de régner lumière : on ne voit sortir de la toile qu'une figure sur lui-même. Nier cette puissance, c'est nier la éclatante ; l'obscurité couvre le reste. Ainsi La Ro- vertu , c'est-à-dire la possibilité des sacrifices; c'est chefoucauld nous éblouit en éclairant nos vices, et nier le repentir qui tourmente le coupable, et rejenous empêche de reconnoitre la vertu qu'il a rejetée ter la sagesse, cette noble faculté qui nous montre dans l'ombre. Sa plume, dont on a justement vanté dans l'homme un Dieu déchu, mais libre encore de l'élégance, est guidée souvent par les aperçus d'un reprendre son rang. Non seulement la conscience esprit fin et délicat, mais elle ne l'est jamais par ce repousse ce système, mais il est en contradiction sentiment vif qui, en s'échappant du cæur, nous fait avec l'assentiment de tous les peuples de la terre. aimer la vertu , et qui suffiroit seul pour confondre Tous attachent une gloire immense à triompher de les sophistes qui la nient.

l'amour, de l'ambition, de la haine, de la vengeance!

tous élèvent le courage qui surmonte ces passions III.

au-dessus de celui qui dédaigne la vie. Cette pensée Quelque découverte que l'on ait faite dans le pays de l'amour du genre humain ne seroit-elle qu'une erreur ? et propre, il y reste encore bien des terres inconnues.

les grands exemples de nos grands hommes, Féne

lon condamnant ses propres ouvrages, Louis XIV C'est ici le premier mot du système que l'auteur rendant les sceaux au président Voisin , saint Louis va développer. Il a voulu chercher dans un vice le maitre de son ame, et ne lui permettant que des mobile de toutes nos actions; mais il est utile de re

vertus, ne seroient-ils que des mensonges qu'il faumarquer que ce mobile unique ne lui suffisant pas, droit effacer de notre histoire? il s'est vu obligé d'appeler d'autres passions au secours de son système, et de confondre sans cesse

VIII. l'orgueil, la vanité, l'intérêt et l’égoisme , avec l'amour-propre. Non seulement cette confusion détruit

Les passions sont les seuls orateurs qui persuadent toujours. l'unité de son principe, mais encore elle le conduit Elles sont comme un art de la nature dont les règles sont infailsouvent à des résultats opposés à ce principe. Le mo

libles ; et l'homme le plus simple, qui a de la passion, persuade

mieux que le plus éloquent qui n'en a point. bile de nos actions cessant d'être vil, la vertu doit reprendre ses droits , et c'est ce qui arrive toutes les

Cette pensée est trop générale. L'art de persuader fois que l'auteur confond l'amour de soi avec l'inté

ne vient pas tant de la passion qu'on éprouve, que rêt ou l'égoisme; car l'amour de soi n'est pas tou- de celle qu'on sait exciter. C'est le véritable objet de jours un vice. Le législateur qui a le mieux connu l’éloquence! On se méfie d'un homme colère, à la nature de l'homme , sa force et sa foiblesse, pose moins qu'il ne réveille un sentiment d'indignation; en principe qu'il faut aimer le prochain comme soi- d’un orgueilleux, s'il n'a l'adresse de flatter l'orgueil. même, et Dieu par-dessus tout. Tant que nous ne dé- Or on peut être très passionné, et manquer ce but passons pas cette proportion, nous sommes dans qui vient de la réflexion. l'ordre; tant que nous ne nous faisons pas centre, nous sommes dans l'ordre; tant que nous ne voulons

X. notre bien-être qu'avec celui des autres, nous sommes dans l'ordre. L'amour de soi peut donc entrer Il y a dans le cæur humain une génération perpétuelle de pasdans une action vertueuse : ce n'est pas l'abnégation sions, en sorte que la ruine de l'une est presque toujours l'étaentière de ce sentiment qui fait la vertu, c'est sa

blissement d'une autre. juste proportion. Aimer le prochain comme soi

Et cependant, quelles que soient leur rapidité et même, voilà la vertu; s'aimer plus que tous les au

notre inconstance, les passions, dit énergiquement tres , voilà le vice; aimer les autres plus que nous , Bossuet, ont une infinité qui se fâche de ne pouvoir c'est s'élever au-dessus de l'humanité, c'est être un

être assouvie'; ah! sans doute, cette infinité est sage, un saint, un héros, Socrate, Fénelon, saint

comme l'instinct de l'ame, qui sent le besoin de Louis ! ( Voyez la note de la Maxime 262.)

s'attacher à quelque chose d'éternel. Ainsi la pensée V.

de La Rochefoucauld nous révèle un bienfait de la

nature: car, dans leur passage rapide, toutes les pasLa durée de nos passions ne dépend pas plus de nous, que la sions nous laissent mécontents d'elles et de nous, de durée de notre vie.

leurs plaisirs comme de leurs peines; et ce mécontenSi cela étoit juste , de quoi nous serviroit la volonté? La volonté des hommes fait leur caractère: Sermon pour le troisième dimanche de l'Avent.

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