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VII.

maine, se montre avec un visage naturel, et se lité de leur bonne fortune. (1665 - n° 97.) découvre par la fierté; de sorte qu'à proprement parler , la fierté est l'éclat et la déclaration de

XV. l'orgueil. (1665 — n° 37.)

Dans l'adversité de nos meilleurs amis, nous trouvons toujours quelque chose qui ne nous dé

plait pas. (1665 - n° 99.) C'est une espèce de bonheur de connoître jusques à quel point on doit être malheureux.

XVI. (1665 - n° 53. )

Comment prétendons-nous qu'un autre garde VIII.

notre secret, si nous n'avons pas pu le garder Quand on ne trouve pas son repos en soi- nous-mêmes ? (1665. - no 100.) même, il est inutile de le chercher ailleurs.

XVII. (1665-n° 55.) IX.

Comme si ce n'étoit pas assez à l'amourIl faudroit pouvoir répondre de sa fortune,

d'avoir la vertu de se transformer lui

propre pour pouvoir répondre de ce que l'on fera. même, il a encore celle de transformer les ob(1665 - n° 70.)

jets, ce qu'il fait d'une manière fort étonnante; X.

car non seulement il les déguise si bien qu'il y

est lui-même trompé, mais il change aussi l'état L'amour est à l'ame de celui qui aime, ce que et la nature des choses. En effet, lorsqu'une l'ame est au corps qu'elle anime. (1665 - no 77.) personne nous est contraire et qu'elle tourne sa

haine et sa persécution contre nous, c'est avec XI.

toute la sévérité de la justice que l'amour-propre Comme on n'est jamais en liberté d'aimer, ou juge de ses actions : il donne à ses défauts une de cesser d'aimer, l'amant ne peut se plaindre étendue qui les rend énormes , et il met ses avec justice de l'inconstance de sa maîtresse, ni bonnes qualités dans un jour si désavantageux, elle de la légèreté de son amant. (1665—n°81.) qu'elles deviennent plus dégoûtantes que ses dé

fauts. Cependant dès que cette même personne XII.

nous devient favorable, ou que quelqu'un de La justice dans les juges qui sont modérés, nos intérêts la réconcilie avec nous , n'est que l'amour de leur élévation. (1665 — seule satisfaction rend aussitôt à son mérite le no 89.)

lustre que notre aversion venoit de lui ôter. Les XIII.

mauvaises qualités s'effacent, et les bonnes pa

roissent avec plus d'avantage qu'auparavant ; Quand nous sommes las d'aimer, nous sommes

nous rappelons même toute notre indulgence bien aises que l'on devienne infidèle pour nous

pour la forcer à justifier la guerre qu'elle nous dégager de notre fidélité. (1665 - n° 85.)

a faite. Quoique toutes les passions montrent XIV.

cette vérité, l'amour la fait voir plus clairement

que les autres; car nous voyons un amoureux Le premier mouvement de joie que nous agité de la rage où l'a mis l'oubli ou l'infidélité avons du bonheur de nos amis, ne vient ni de de ce qu'il aime, méditer pour sa vengeance la bonté de notre naturel, ni de l'amitié que tout ce que cette passion inspire de plus violent. nous avons pour eux; c'est un effet de l'amour- Néanmoins aussitôt que sa vue a calmé la fureur. propre qui nous flatte de l'espérance d'être heu- de ses mouvements, son ravissement rend cette reux à notre tour, ou de retirer quelque uti

beauté innocente; il n'accuse plus que lui-même, On lit dans les éditions de Brotier et de M. de Fortia : pour il condamne ses condamnations; et par cette nous dégager de notre infidélité. Cependant les éditions de

vertu miraculeuse de l'amour-propre, il ole la 1666, 1671 et 1675, dans lesquelles on retrouve encore cette

noirceur aux mauvaises actions de sa maîtresse, pensée, sont conformes à celle de 1665,

et en sépare le crime pour s'en charger lui

XXVII. même. XVIII.

La louange qu'on nous donne sert au moins

à nous fixer dans la pratique des vertus. (1665 Il n'y en a point qui pressent tant les autres - n° 455. ) que les paresseux lorsqu'ils ont satisfait à leur

XXVIII. paresse, afin de paroître diligents. (1666

L'amour-propre empêche bien que celui qui no 91.)

nous flatte ne soit jamais celui qui nous flatte XIX.

le plus. (1665 — no 157.) L'aveuglement des hommes est le plus dan

XXIX. gereux effet de leur orgueil : il sert à le nourrir et à l'augmenter, et nous ôte la connois On ne blâme le vice, et on ne loue la vertu sance des remèdes qui pourroient soulager nos que par intérêt. (1665 — no 151.) misères et nous guérir de nos défauts. (1665— n° 102.)

XXX.
XX.

On ne fait point de distinction dans les espèces On n'a plus de raison, quand on n'espère plus de colère, bien qu'il y en ait une légère et quasi d'en trouver aux autres. (1665 — no 103.) innocente, qui vient de l'ardeur de la com

plexion, et une autre très criminelle, qui est à XXI.

proprement parler la fureur de l'orgueil. (1665 Les philosophes, et Sénèque sur tous, n'ont

-no 159.)

XXXI. point öté les crimes par leurs préceptes : ils n'ont fait que les employer au bâtiment de l'or Les grandes ames ne sont pas celles qui ont gueil. (1665 - n° 105.)

moins de passions, et plus de vertus que les

ames communes, mais celles seulement qui ont XXII.

de plus grands desseins. (1665 — no 461.) C'est une preuve de peu d'amitié de ne s'aper

XXXII. cevoir pas du refroidissement de celle de nos amis. (1666 — no 97.)

Les rois font des hommes comme des pièces,

de monnoie ; ils les font valoir ce qu'ils veulent, XXII.

et l'on est forcé de les recevoir selon leur cours, Les plus sages le sont dans les choses indiffé- et non pas selon leur véritable prix. (1665 rentes, mais ils ne le sont presque jamais dans no 165.)

XXXIII. leurs plus sérieuses affaires. (1665— no 132.)

La férocité naturelle fait moins de cruels que XXIV.

l'amour-propre. (1665 - n° 174.) La plus subtile folie se fait de la plus subtile

XXXIV. sagesse. (1665 - n° 134.)

On peut dire de toutes nos vertus ce qu'un XXV.

poète italien a dit de l'honnêteté des femmes,

que ce n'est souvent autre chose qu’un art de La sobriété est l'amour de la santé, ou paroître honnête. (1665 — no 176.) l'impuissance de manger beaucoup. (1665 – n° 135.)

XXXV.
XXVI.

Il y a des crimes qui devier ent innocents et On n'oublie jamais mieux les choses, que niême glorieux par leur éclat, leur nombre et quand on s'est lassé d'en parler. (1665-n°144.) | leur excès: de là vient que les voleries publiques

sont des habiletés, et que prendre des provinces

XLIII. injustement s'appelle faire des conquêtes. (1665 -no 192.)

On donne plus souvent des bornes à sa reconXXXVI.

noissance qu'à ses desirs et à ses espérances.

(1665 - n° 241:) On ne trouve point dans l'homme le bien ni

XLIV. le mal dans l'excès. (1665 - n° 201.)

L'imitation est toujours malheureuse, et tout XXXVII.

ce qui est contrefait déplaît avec les mêmes

choses qui charment lorsqu'elles sont naturelles. Ceux qui sont incapables de commettre de (1665—no 245.) grands crimes n'en soupçonnent pas facilement

XLV. les autres. (1665 - no 208.)

Nous ne regrettons pas la perte de nos amis XXXVIII.

selon leur mérite, mais selon nos besoins et se

lon l'opinion que nous croyons leur avoir donLa pompe des enterrements regarde plus la née de ce que nous valons. (1665 — n° 248.) vanité des vivants que l'honneur des morts. (1665–° 215 )

XLVI.
XXXIX.

Il est bien malaisé de distinguer la bonté gé

nérale et répandue sur tout le monde, de la Quelque incertitude et quelque variété qui grande habileté. (1665 — n° 252.) paroisse dans le monde, on y remarque néanmoins un certain enchaînement secret, et un

XLVII. ordre réglé de tout temps par la Providence, qui fait que chaque chose marche en son rang,

Pour pouvoir être toujours bon, il faut que et suit le cours de sa destinée. (1665—no 225.) les autres croient qu'ils ne peuvent jamais nous

être impunément méchants. (1665 — n° 254.) XL.

XLVIII. L'intrépidité doit soutenir le coeur dans les conjurations, au lieu que la seule valeur lui

La confiance de plaire est souvent un moyen fournit toute la fermeté qui lui est nécessaire de déplaire infailliblement. (1665 - n° 256.) dans les périls de la guerre. (1665 — no 231.)

XLIX.
XLI.

La confiance que l'on a en soi fait naître la Ceux qui voudroient définir la victoire par plus grande partie de celle que l'on a aux autres. sa naissance seroient tentés, comme les poètes, | (1665 — no 258.) de l'appeler la fille du ciel, puisqu'on ne trouve

L. point son origine sur la terre. En effet, elle est

Il y a une révolution générale qui change le reproduite par une infinité d'actions, qui, au goût des esprits, aussi-bien que les fortunes du lieu de l'avoir pour but, regardent seulement

monde. (1665 -- n° 259.) les intérêts particuliers de ceux qui les font; puisque tous ceux qui composent une armée,

LI. allant à leur propre gloire et à leur élévation, procurent un bien si grand et si général. (1665

La vérité est le fondement et la raison de la - n° 232.)

perfection et de la beauté; une chose, de quelXLII.

que nature qu'elle soit, ne sauroit être belle et

parfaite, si elle n'est véritablement tout ce On ne peut répondre de son courage, quand qu'elle doit être, et si elle n'a tout ce qu'elle on n'a jamais été dans le péril. (1665-n° 236.) doit avoir. (1665— n° 260.)

LI BIS.

ver sa santé par un trop grand régime. (1665

- n° 298.) Il y a de belles choses qui ont plus d'éclat

LVII. quand elles demeurent imparfaites, que quand elles sont trop achevées. (1665 - no 262.) Il est plus facile de prendre de l'amour quand

on n'en a pas, que de s'en défaire quand on en a. LII.

(1665 - n° 300.)

LVIII. La magnanimité est un noble effort de l'orgueil par lequel il rend l'homme maître de lui

La plupart des femmes se rendent plutôt par même, pour le rendre maître de toutes choses. foiblesse que par passion. De là vient que, pour (1665 - n° 271.)

l'ordinaire, les hommes entreprenants réussisLIII.

sent mieux que les autres, quoiqu'ils ne soient

pas plus aimables. (1665 - n° 301.) Le luxe et la trop grande politesse dans les états sont le présage assuré de leur décadence,

LIX. parceque tous les particuliers s'attachant à leurs

N'aimer guère en amour, est un moyen asintérêts propres, ils se détournent du bien pu- suré pour être aimé. (1665 — n° 302.) blic. (1665 — no 282.)

LX.
LIV.

La sincérité que se demandent les amants et De toutes les passions , celle qui est la plus in- les maitresses pour savoir l'un et l'autre quand connue à nous-mêmes, c'est la paresse; elle est ils cesseront de s'aimer, est bien moins pour la plus ardente et la plus maligne de toutes, vouloir être avertis quand on ne les aimera quoique sa violence soit insensible, et que les plus, que pour être mieux assurés qu'on les dommages qu'elle cause soient très cachés : si aime, lorsque l'on ne dit point le contraire. nous considérons attentivement son pouvoir, (1665 - no 303.) nous verrons qu'elle se rend en toutes rencon

LXI. tres maîtresse de nos sentiments, de nos intérêts et de nos plaisirs : c'est la rémore qui a la La plus juste comparaison qu'on puisse faire force d'arrêter les plus grands vaisseaux, c'est de l'amour, c'est celle de la fièvre; nous n'avons une bonace plus dangereuse aux plus impor- non plus de pouvoir sur l'un que sur l'autre, tantes affaires que les écueils et que les plus soit pour sa violence ou pour sa durée. (1665 grandes tempêtes. Le repos de la paresse est un - no 505.) charme secret de l'ame qui suspend soudaine

LXII. ment les plus ardentes poursuites et les plus

La plus grande habileté des moins habiles est opiniâtres résolutions. Pour donner enfin la vé- de savoir se soumettre à la bonne conduite d'auritable idée de cette passion, il faut dire que

la

trui. (1665 — no 309.) paresse est comme une beatitude de l'ame, qui la console de toutes ses pertes, et qui lui tient

LXIII. lieu de tous les biens. ( 1665 - n° 290.)

On craint toujours de voir ce qu'on aime, LV.

quand on vient de faire des coquetteries ail

leurs. (1675 - n° 372.) On aime bien à deviner les autres, mais l'on

LXIV. n'aime pas à être deviné. (1665 - n° 296.)

On doit se consoler de ses fautes, quand on LVI.

a la force de les avouer. (1675 – no 375.) C'est une ennuyeuse maladie que de conser

SECOND SUPPLEMENT. est fait, on en est assez content pour ne se

mettre pas d'ordinaire fort en peine du succès

de l'entreprise que l'on veut faire réussir ; et il PENSÉES

est certain que ceux qui s'exposent et font au

tant qu'il est nécessaire pour prendre une place TIRÉES DES LETTRES MANUSCRITES que l'on attaque, ou pour conquérir une pro

vince, ont plus de mérite, sont meilleurs offiQUI SE TROUVENT A LA BIBLIOTHÈQUE DU ROI'.

ciers, et ont de plus grandes et plus utiles vues que ceux qui s'exposent seulement pour mettre

leur honneur à couvert; il est fort commun de I.

trouver des

gens de la dernière espèce, et fort L'intérêt est l'ame de l'amour-propre : de rare d'en trouver de l'autre. (MAXIME 219.) sorte que comme le corps privé de son ame

Lettre à M. Esprit, manusc., folio 173. est sans vue, sans ouïe, sans connoissance, sans

V. sentiment et sans mouvement; de même l'amour-propre séparé, s'il le faut dire ainsi , de Le goût change, mais l'inclination ne change son intérêt, ne voit, n'entend, ne sent et ne point. (MAXIME 252.) se remue plus : de là vient qu'un même homme Lettre à madame de Sablé, manusc., folio 223. qui court la terre et les mers pour son intérêt devient soudainement paralytique pour l'inté

VI. rêt des autres; de là vient le soudain assou

Le pouvoir que des personnes que nous aipissement et cette mort que nous causons à tous

mons ont sur nous, est presque toujours plus ceux à qui nous contons nos affaires; de là vient

celui

que nous avons nous - mêmes. leur prompte résurrection lorsque dans notre

(MAXIME 259.) narration nous y melons quelque chose qui les

Lettre à madame de Sablé, manusc., folio 241. regarde : de sorte que nous voyons dans nos conversations et dans nos traités, que dans un

VII. même moment un homme perd connoissance et revient à soi, selon que son propre intérêt

Ce qui fait croire si facilement que les autres s'approche de lui ou qu'il s'en retire. ont des défauts, c'est la facilité que l'on a de Lettre à madame de Sablé, manusc., folio 211.

croire ce que l'on souhaite. (Maxime 397.)

Lettre à madame de Sablé, manusc., folio 223. JI.

VIII. Ce qui fait tant crier contre les maximes qui découvrent le coeur de l'homme, est que l'on

Je sais bien que le bon sens et le bon esprit craint d'y être découvert. (MAXIME 103.)

ennuient à tous les âges, mais les goûts n'y Manusc., folio 310. mènent pas toujours, et ce qui seroit bien en III.

un temps, ne seroit pas bien en un autre. Ce

qui me fait croire que peu de gens savent être L'espérance et la crainte sont inséparables. vieux. (Maxime 423.) (MAXIME 168.)

Lettre à madame de Sablé, manusc., folio 202. Lettre à madame de Sablé, manusc., folio 222.

IX.
IV.

Dieu a permis, pour punir l'homme du péIl est assez ordinaire de hasarder sa vie pour ché originel, qu'il se fit un bien de son amourempêcher d'être déshonoré; mais quand cela propre pour en être tourmenté dans toutes les

actions de sa vie. (MAXIME 494.) · Nous avons indiqué les numéros des Maximes auxquelles les Pensées de ce Supplement peuvent servir de variantes.

Manusc., folio 510.

grand que

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