Page images
PDF
EPUB
[ocr errors]

CXVI.

CXXII. Rien n'est moins sincère que la manière de Si nous résistons à nos passions, c'est plus demander et de donner des conseils. Celui qui par leur foiblessse que par notre force. en demande paroît avoir une déférence respec

CXXIII. tueuse pour les sentiments de son ami, bien qu'il ne pense qu'à lui faire approuver les siens,

On n'auroit guère de plaisir si on ne se flatet à le rendre garant de sa conduite; et celui toit jamais. qui conseille, paie la confiance qu'on lui té

* CXXIV. moigne d'un zèle ardent et désintéressé, quoiqu'il ne cherche le plus souvent, dans les con

Les plus habiles affectent toute leur vie de seils qu'il donne, que son propre intérêt ou blåmer les finesses, pour s'en servir en quelsa gloire.

que grande occasion et pour quelque grand

intérêt. CXvu.

CXXV. La plus subtile de toutes les finesses est de

L'usage ordinaire de la finesse est la marque savoir bien feindre de tomber dans les piéges d'un petit esprit, et il arrive presque toujours qu'on nous tend ; et l'on n'est jamais si aisément trompé que quand on songe à tromper les que celui qui s'en sert pour se couvrir en un

en

autres.

[blocks in formation]

Nous sommes si accoutumés à nous déguiser

Le vrai moyen d'être trompé, c'est de se aux autres, qu'enfin nous nous déguisons à croire plus fin que les autres ?. nous-mêmes ?.

CXXVIII.
CXX.

La trop grande subtilité est une fausse déliL'on fait plus souvent des trahisons par foi- catesse; et la véritable délicatesse est une solide blesse que par un dessein formé de trahir. subtilité.

CXXIX.
CXXI.

Il suffit quelquefois d'être grossier pour n'être On fait souvent du bien pour pouvoir impu- pas trompé par un habile homme. nément faire du mal.

CXXX.

· Var. Rien n'est plus divertissant que de voir deux hommes La foiblesse est le seul défaut que l'on ne sauassemblés, l'un pour demander conseil et l'autre pour le donner: roit corriger. l'un paroit avec une déférence respectueuse, et dit qu'il vient recevoir des instructions pour sa conduite, et son dessein le plus

CXXXI. souvent est de faire approuver ses sentiments, et de rendre celui qu'il vient consulter garant de l'affaire qu'il lui propose. Celui Le moindre défaut des femmes qui se sont qui conseille paie d'abord la confiance de son ami des marques abandonnées à faire l'amour, c'est de faire d'un zèle ardent et désintéressé, et il cherche en même temps, dans ses propres intérêts, des règles de conseiller; de sorte que l'amour. son conseil lui est bien plus propre qu'à celui qui le reçoit. (1663 -19 118.)

· Var. Si on étoit toujours assez habile, on ne feroit jamais de 2 Var. La coutume que nous avons de nous déguiser aux au- finesses ni de trahisons. (1663–no 128.) tres pour acquérir leur estime, fait qu'enfin nous nous déguisons Var. On est fort sujet à être trompé, quand on croit être à nous-mêmes. (1665 - n° 123.)

plus fin que les autres, ( 1663 – no 129.)

CXXXII.

bien écouter et bien répondre est une des plus Il est plus aisé d'être sage pour les autres,

grandes perfections qu'on puisse avoir dans la

conversation. que de l'être pour soi-même.

* CXL. CXXXIII.

Un homme d'esprit seroit souvent bien emLes seules bonnes copies sont celles qui nous

barrassé sans la compagnie des sots. font voir le ridicule des méchants originaux '.

CXLI. • CXXXIV.

Nous nous vantons souvent de ne nous point On n'est jamais si ridicule par les qualités ennuyer, et nous sommes si glorieux, que nous que l'on a, que par celles que l'on affecte ne voulons pas nous trouver de mauvaise comd'avoir.

pagnie CXXXV.

CXLII. On est quelquefois aussi différent de soi- de faire entendre en peu de paroles beaucoup

Comme c'est le caractère des grands esprits même que des autres.

de choses, les petits esprits, au contraire, ont CXXXVI.

le don de beaucoup parler et de ne rien dire. Il y a des gens qui n'auroient jamais été

* CXLII. amoureux, s'ils n'avoient jamais entendu parler

C'est plutôt par l'estime de nos propres sende l'amour.

timents que nous exagérons les bonnes qualités CXXXVIJ.

des autres, que par l'estime de leur mérite; et On parle peu quand la vanité ne fait pas nous voulons nous attirer des louanges, lorsparler ?

qu'il semble que nous leur en donnons ?. CXXXVIII.

CXLIV. On aime mieux dire du mal de soi-même, que de n'en point parler.

On n'aime point à louer, et on ne loue ja

mais personne sans intérêt. La louange est une CXXXIX.

flatterie habile, cachée et délicate, qui satisfait

différemment celui qui la donne et celui qui la Une des choses qui fait que l'on trouve si peu reçoit : l'un la prend comme une récompense de gens qui paroissent raisonnables, et agréa- de son mérite ; l'autre la donne pour faire rebles dans la conversation, c'est qu'il n'y a pres marquer son équité et son discernement. que personne qui ne pense plutôt à ce qu'il veut marquer son équité et son discernement. dire, qu'à répondre précisément à ce qu'on lui

CXLV. dit. Les plus habiles et les plus complaisants se

Nous choisissons souvent des louanges empoicontentent de montrer seulement une mine attentive, au même temps que l'on voit dans sonnées, qui font voir par contre-coup en ceux leurs yeux et dans leur esprit un égarement que nous louons des défauts que nous n'osons pour ce qu'on leur dit, et une précipitation découvrir d'une autre sorte. pour retourner à ce qu'ils veulent dire; au lieu

CXLVI. de considérer que c'est un mauvais moyen de plaire aux autres ou de les persuader, que de

On ne loue d'ordinaire que pour être loué. chercher si fort à se plaire à soi-même, et que I Var. On se vante souvent mal à propos de ne se point en

nuyer; et l'homme est si glorieux, qu'il ne veut pas se trouver "Var. Dans l'édition de 1666, qui est celle où cette réflexion de mauvaise compagnie. ( 1663 — no 143.) a paru pour la première fois, on lit des excellents orig

2 Var. C'est plutôt par l'estime de nos sentiments que nous au lieu de des méchants originaux.

exagérons les bonnes qualités des autres, que par leur mérite, et a Bar. Quand la vanité ne fait point parler, on n'a pas envie nous nous louons en effet, lorsqu'il semble que nous Icur donde dire grand chose. (166) — no 159.)

nons des louanges. ( 1665—no 146.)

CXLVII.

gåteroient tout s'ils changeoient de conduite.

[ocr errors]
[ocr errors]

CLII.

Peu de gens sont assez sages pour préférer le

CLVII. blâme qui leur est utile à la louange qui les

La gloire des grands hommes se doit toujours trahit. CXLVIII.

mesurer aux moyens dont ils se sont servis

pour l'acquérir. Il y a des reproches qui louent, et des louan

CLVIII. ges qui médisent.

La flatterie est une fausse monnoie qui n'a CXLIX.

de cours que par notre vanité. Le refus des louanges est un desir d'être loué

CLIX. deux fois ". CL.

Ce n'est pas assez d'avoir de grandes qualités, Le desir de mériter les louanges qu'on nous il en faut avoir l'économie. donne, fortifie notre vertu; et celles que l'on

CLX. donne à l'esprit, à la valeur et à la beauté, contribuent à les augmenter ?.

Quelque éclatante que soit une action, elle

ne doit pas passer pour grande, lorsqu'elle n'est CLI.

pas l'effet d'un grand dessein. Il est plus difficile de s'empêcher d'être gou

CLXI. verné, que de gouverner les autres.

Il doit y avoir une certaine proportion entre

les actions et les desseins, si on en veut tirer Si nous ne nous flattions pas nous-mêmes, la tous les effets qu'elles peuvent produire. flatlerie des autres ne nous pourroit nuire.

CLXII.
CLIII.

L'art de savoir bien mettre en æuvre de La nature fait le mérite, et la fortune le met médiocres qualités, dérobe l'estime , et donne en cuvre.

souvent plus de réputation que le véritable CLIV.

mérite, La fortune nous corrige de plusieurs défauts

CLXIII. que la raison ne sauroit corriger.

Il y a une infinité de conduites qui paroissent * CLV.

ridicules, et dont les raisons cachées sont très

sages et très solides 2.
Il y a des gens dégoûlants avec du mérite, et
d'autres qui plaisent avec des défauts 3.

CLXIV.
CLVI.

Il est plus facile de paroître digne des em

plois qu'on n'a pas, que de ceux que l'on exerce. Il y a des gens dont tout le mérite consiste à dire et à faire des sotlises utilement, et qui

CLXV. "Var. La modestie qui semble refuser les louanges, n'est en

Notre mérite nous attire l'estime des honeffet qu'un desir d'en avoir de plus délicates. (1663– no 147.) nêtes gens, et notre étoile celle du public.

a l'ur. L'approbation que l'on donne à l'esprit, à la beauté et à la valeur, les augmente, les perfectionne, et leur fait faire de Var. On se mécompte toujours dans le jugement que l'on plus grands effets qu'ils n'auroient été capables de faire d'eux- fait de nos actions, quand elles sont plus grandes que nos desmêmes. (1663 – no 156.)

seins. ( 1665 -- no 167.) 3 Var. Comme il y a de bonnes viandes qui affadissent le cæur, a Var. Il y a une infinité de conduites qui ont un ridicule ap, il y a un mérite fade, et des personnes qui dégoûtent avec des parent, et qui sont, dans leurs raisons cachées, très sages et très. qualités bonnes et estimables. ( 1663 — no 162.)

solides. (1665 - no 170.)

CLXVI.

CLXXIV.

Le monde récompense plus souvent les appa- Il vaut mieux employer notre esprit à suprences du mérite , que le mérite même. porter les infortunes qui nous arrivent, qu'à

prévoir celles qui nous peuvent arriver. CLXVII.

CLXXV. L'avarice est plus opposée à l'économie, que la libéralité.

La constance en amour est une inconstance . CLXVIII.

perpétuelle , qui fait que notre cæur s'attache

successivement à toutes les qualités de la perL'espérance, toute trompeuse qu'elle est, sert sonne que nous aimons, donnant tantôt la préau moins à nous mener à la fin de la vie par férence à l'une, tantôt à l'autre; de sorte que un chemin agréable.

cette constance n'est qu'une inconstance arrêtée

et renfermée dans un même sujet. CLXIX.

CLXVI. Pendant que la paresse et la timidité nous retiennent dans notre devoir , notre vertu en a Il y a deux sortes de constance en amour : souvent tout l'honneur '.

l'une vient de ce que l'on trouve sans cesse dans

la personne que l'on aime de nouveaux sujets * CLXX.

d'aimer; et l'autre vient de ce que l'on se fait

. Il est difficile de juger si un procédé net, sin- un honneur d'être constant. cère et honnête, est un effet de probité ou d'ha

* CLXXVII. bileté ». CLXXI.

La persévérance n'est digne ni de blâme ni Les vertus se perdent dans l'intérêt, comme goûts et des sentiments, qu'on ne s'öte et qu'on

de louange, parce qu'elle n'est que la durée des les fleuves se perdent dans la mer.

ne se donne point. CLXXI.

CLXXVIII. Si on examine bien les divers effets de l'en

Ce qui nous fait aimer les nouvelles connoisnui, on trouvera qu'il fait manquer à plus de

sances,

n'est

pas tant la lassitude que nous avons devoirs que l'intérêt.

des vieilles , ou le plaisir de changer, que le déCLXXIII.

goût de n'être pas assez admirés de ceux qui nous

connoissent trop, et l'espérance de l'être davanIl y a diverses sortes de curiosités : l'une d'in- tage de ceux qui ne nous connoissent pas tant. térêt, qui nous porte à desirer d'apprendre ce qui nous peut être utile; et l'autre d'orgueil,

CLXXIX. qui vient du desir de savoir ce que les autres ignorent 3.

Nous nous plaignons quelquefois légèrement

de nos amis, pour justifier par avance notre "Var. Pendant que la paresse et la timidité ont seules le mé- légèreté. rite de nous tenir dans notre devoir, notre vertu en a tout

CLXXX. l'honneur. ( 1663 — no 177.) *Var. Il n'y a personne qui sache si un procédé net, sincère

Notre repentir n'est pas tant un regret du et honnête est plutôt un cffet de probité que d'habileté. (1663 — no I78.)

mal que nous avons fait , qu’une crainte de 3 var. La curiosité n'est pas, comme l'on croit, un simple celui qui nous en peut arriver. amour de la nouveauté; il y en a une d'intérét qui fait que nous voulons savoir les choses pour nous en prévaloir; il y en a une

CLXXXI. autre d'orgueil qui nous donne envie d'être au-dessus de ceux qui ignorent les choses, et de n'étre pas au-dessous de ceux qui les savent. (166) -- n° 182.)

Il y a une inconstance qui vient de la légèreté de l'esprit, ou de sa foiblesse , qui

CLXXXIX. lui fait recevoir toutes les opinions d'autrui; et

Il semble que la nature ait prescrit à chaque il y en a une autre, qui est plus excusable,

homme, dès sa naissance, des bornes pour les qui vient du dégoût des choses.

vertus et pour les vices. * CLXXXII.

CXC. Les vices entrent dans la composition des Il n'appartient qu'aux grands hommes d'avertus, comme les poisons entrent dans la voir de grands défauts. composition des remèdes. La prudence les assemble et les tempère, et elle s'en sert utile

* CXCI. ment contre les maux de la vie.

On peut dire que les vices nous attendent * CLXXXIII.

dans le cours de la vie, comme des hôtes chez

qui il faut successivement loger; et je doute Il faut demeurer d'accord , à l'honneur de la que l'expérience nous les fit éviter, s'il nous vertu, que les plus grands malheurs des hommes étoit permis de faire deux fois le même chemin. sont ceux où ils tombent par les crimes.

СХСІ.
CLXXXIV.

Quand les vices nous quittent , nous nous Nous avouons nos défauts pour réparer par

flattons de la créance que c'est nous qui les notre sincérité le tort qu'ils nous font dans quittons.

CXCIII.

. l'esprit des autres !

Il y a des rechutes dans les maladies de l'ame * CLXXXV.

comme dans celles du corps. Ce que nous preIl y des héros en mal comme en bien. nons pour notre guérison , n'est le plus souvent

qu'un relâche ou un changement de mal. CLXXXVI.

CXCIV. On ne méprise pas tous ceux qui ont des vices; mais on méprise tous ceux qui n'ont

Les défauts de l'ame sont comme les blesaucune vertu ?.

sures du corps; quelque soin qu'on prenne de

les guérir, la cicatrice paroît toujours, et elles CLXXXVII.

sont à tout moment en danger de se rouvrir. Le nom de la vertu sert à l'intérêt aussi

CXCV. utilement que les vices.

Ce qui nous empêche souvent de nous abanCLXXXVIII.

donner à un seul vice , est que nous en avons La santé de l'ame n'est pas plus assurée

plusieurs. que

CXCVI. celle du corps ; et quoique l'on paroisse éloigné des passions, on n'est pas moins en danger Nous oublions aisément nos fautes, lorsde s'y laisser emporter, que de tomber ma- qu'elles ne sont sues que de nous'. lade quand on se porte bien.

CXCVII. i Var. Nous avouons nos défauts, afin qu'en donnant bonne opinion de la justice de notre esprit, nous réparions le tort qu'ils

Il y a des gens de qui l'on peut ne jamais nous ont fait dans l'esprit des autres. (1665 -no 193. ) - Nous n'avouons jamais nos défauts que par vanité. ( 1665 --no 200.)

croire du mal sans l'avoir vu; mais il n'y en Var. On peut haïr et mépriser les vices, sans haïr ni mépriser les vicieux; mais on a toujours du mépris pour ceux qui Var. Quand il n'y a que nous qui savons nos crimes, ils manquent de vertu. ( 1665 -- no 195.)

sont bientôt oubliés. (1663 — no 207.)

2

« PreviousContinue »