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ponds que, bien loin de m'en repentir, si j'étois à les faire, je les ferois encore plus fortes.

et l'on se fait en même temps une conscience | repens pas d'avoir fait les Provinciales. Je réfondée sur l'honnêteté des sentiments qu'on y voit, qui éteint la crainte des ames pures, lesquelles s'imaginent que ce n'est pas blesser la pureté; d'aimer d'un amour qui leur semble si sage. Ainsi l'on s'en va de la comédie le cœur si rempli de toutes les beautés et de toutes les douceurs de l'amour, l'ame et l'esprit si persuadés de son innocence, qu'on est tout préparé à recevoir ses premières impressions, ou plutôt à chercher l'occasion de les faire naître dans le cœur de quelqu'un, pour recevoir les mêmes plaisirs et les mêmes sacrifices que l'on a vus si bien dépeints dans la comédie.

LXXVI.

Les opinions relâchées plaisent tant aux hommes naturellement, qu'il est étrange qu'elles leur déplaisent. C'est qu'ils ont excédé toutes les bornes. Et de plus, il y a bien des gens qui voient le vrai, et qui ne peuvent y atteindre. Mais il y en a peu qui ne sachent que la pureté de la religion est contraire aux opinions relachées, et qu'il est ridicule de dire qu'une récompense éternelle est offerte à des moeurs licencieuses.

LXXVII.

J'ai craint que je n'eusse mal écrit, me voyant condamné; mais l'exemple de tant de pieux écrits me fait croire au contraire. Il n'est plus permis de bien écrire.

Toute l'Inquisition est corrompue ou ignorante. Il est meilleur d'obéir à Dieu qu'aux hommes. Je ne crains rien ; je n'espère rien : le Port-Royal craint, et c'est une mauvaise politique de les séparer ; car quand ils ne craindront plus, ils se feront plus craindre.

Le silence est la plus grande persécution. Jamais les saints ne se sont tus. Il est vrai qu'il faut vocation; mais ce n'est pas des arrêts du conseil qu'il faut apprendre si l'on est appelé; c'est de la nécessité de parler.

Si mes lettres sont condamnées à Rome, ce que j'y condamne est condamné dans le ciel. L'Inquisition et la Société sont les deux fléaux

de la vérité.

LXXVIII.

Secondement, on m'a demandé pourquoi j'ai dit le nom des auteurs où j'ai pris toutes ces propositions abominables que j'y ai citées. Je réponds que, si j'étois dans une ville où il y eût douze fontaines, et que je susse certainement qu'il y en eût une empoisonnée, je serois obligé d'avertir tout le monde de ne point aller puiser de l'eau à cette fontaine ; et comme on pourroit croire que c'est une pure imagination de ma part, je serois obligé de nommer celui qui l'a empoisonnée, plutôt que d'exposer toute une ville à s'empoisonner.

En troisième lieu, on m'a demandé pourquoi j'ai employé un style agréable, railleur et divertissant. Je réponds que si j'avois écrit d'un style dogmatique, il n'y auroit eu que les savants qui les auroient lues, et ceux-là n'en avoient pas besoin, en sachant, pour le moins, autant que moi là-dessus. Ainsi j'ai cru qu'il falloit écrire d'une manière propre à faire lire mes Lettres par les femmes et les gens du monde, afin qu'ils connussent le danger de toutes ces maximes et de toutes ces propositions qui se répandoient alors, et dont on se laissoit facilement persuader.

Enfin, on m'a demandé si j'ai lu moi-même tous les livres que j'ai cités. Je réponds que non. Certainement il auroit fallu que j'eusse mauvais livres : mais j'ai lu deux fois Escobar passé une grande partie de ma vie à lire de très tout entier ; et pour les autres, je les ai fait lire par quelques-uns de mes amis; mais je n'en ai pas employé un seul passage sans l'avoir lu moimême dans le livre cité, et sans avoir examiné

la matière sur laquelle il est avancé, et sans avoir lu ce qui précède et ce qui suit, pour ne point hasarder de citer une objection pour une réponse, ce qui auroit été reprochable et in

juste.

LXXIX.

approchent plus de la pensée que tout ce que La machine arithmétique fait des effets qui font les animaux; mais elle ne fait rien qui· puisse faire dire qu'elle a de la volonté comme

On m'a demandé, premièrement, si je ne me les animaux.

LXXX.

Certains auteurs, parlant de leurs ouvrages, disent: Mon livre, mon commentaire, mon histoire, etc. Ils sentent leurs bourgeois qui ont pignon sur rue, et toujours un chez moi à la bouche. Ils feroient mieux de dire: Notre livre, notre commentaire, notre histoire, etc., vu que d'ordinaire il y a plus en cela du bien d'autrui que du leur.

LXXXI.

La piété chrétienne anéantit le moi humain, et la civilité humaine le cache et le supprime,

LXXXII.

Si j'avois le cœur aussi pauvre que l'esprit, je serois bienheureux; car je suis merveilleusement persuadé que la pauvreté est un grand moyen pour faire son salut.

LXXXIII.

J'ai remarqué une chose, que, quelque pauvre qu'on soit, on laisse toujours quelque chose en

mourant.

LXXXIV.

LXXXV.

La maladie est l'état naturel des Chrétiens, parcequ'on est par-là, comme on devroit toudans jours être, dans la souffrance des maux, la privation de tous les biens et de tous les plaisirs des sens, exempt de toutes les passions qui travaillent pendant tout le cours de la vie, sans ambition, sans avarice, dans l'attente continuelle de la mort. N'est-ce pas ainsi que les chrétiens devroient passer la vie? Et n'est-ce pas un grand bonheur quand on se trouve par nécessité dans l'état où l'on est obligé d'être, et qu'on n'a autre chose à faire qu'à se soumettre humblement et paisiblement? C'est pourquoi je ne demande autre chose que de prier Dieu qu'il me fasse cette grace.

LXXXVI.

C'est une chose étrange que les hommes aient voulu comprendre les principes des choses, et arriver jusqu'à connoître tout! car il est sans doute qu'on ne peut former ce dessein sans une présomption ou sans une capacité infinie comme la nature.

LXXXVII.

La nature a des perfections, pour montrer qu'elle est l'image de Dieu; et des défants, pour montrer qu'elle n'en est que l'image.

LXXXVIII.

Les hommes sont si nécessairement fous, que ce seroit être fou par un autre tour de folie que de ne pas être fou.

LXXXIX.

J'aime la pauvreté, parceque Jésus-Christ l'a aimée. J'aime les biens, parcequ'ils donnent moyen d'en assister les misérables. Je garde la fidélité à tout le monde. Je ne rends pas le mal à ceux qui m'en font; mais je leur souhaite une condition pareille à la mienne, où l'on ne reçoit pas le mal, ni le bien de la plupart des hommes. J'essaie d'être toujours véritable, sincère et fidèle à tous les hommes. J'ai une tendresse de cœur pour ceux que Dieu m'a unis plus étroiteOtez la probabilité, on ne peut plus plaire au ment. Soit que je sois seul, ou à la vue des hom-monde : mettez la probabilité, on ne peut plus mes, j'ai en toutes mes actions la vue de Dieu qui doit les juger, et à qui je les ai toutes consacrées. Voilà quels sont mes sentiments; et je bénis tous les jours de ma vie mon Rédempteur, qui les a mis en moi, et qui, d'un homme plein de foiblesse, de misère, de concupiscence, d'orgueil et d'ambition, a fait un homme exempt de tous ces maux par la force de la grace à laquelle tout en est dû, n'ayant de moi que la misère et l'horreur,

lui déplaire.

XC.

L'ardeur des saints à rechercher et pratiquer le bien étoit inutile, si la probabilité est sûre.

XCI.

Pour faire d'un homme un saint, il faut que ce soit la grace; et qui en doute ne sait ce que c'est qu'un saint et qu'un homme.

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On aime la sûreté. On aime que le pape soit Il est indigne de Dieu de se joindre à l'homme infaillible en la foi, et que les docteurs graves le misérable ; mais il n'est pas indigne de Dieu de le soient dans leurs moeurs, afin d'avoir son assu- tirer de sa misère.

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rance,

CI.

XCIII.

C. Il ne faut pas juger de ce qu'est le pape par Qui l'a jamais compris ! Que d'absurdités !... quelques paroles des pères, comme disoient les Des pécheurs purifiés sans pénitence, des justes Grecs dans un concile (règle importante!), mais sanctifiés sans la grace de Jésus-Christ, Dieu sans par les actions de l'Église et des pères, et par pouvoir sur la volonté des hommes, une prédesles canons.

tination sans mystère, un Rédempteur sans cerXCIV.

titude. Le pape est le premier. Quel autre est connu de tous ? Quel autre est reconnu de tous ayant Unité, multitude. En considérant l'Église pouvoir d'influer par tout le corps , parcequ'il comme unité, le pape en est le chef, comme tout. tient la maîtresse branche qui influe par-tout? En la considérant comme multitude, le papen'en

est qu'une partie. La multitude qui ne se réduit XCV.

pas à l'unité est confusion ; l'unité qui n'est pas Il y a hérésie à expliquer toujours omnes de multitude est tyrannie. tous, et hérésie à ne pas l'expliquer quelquefois de tous. Bibile ex hoc omnes : les hugue

CII. nots, hérétiques, en l'expliquant de tous. In quo omnes peccaverunt : les huguenots, hérétiques, ordinaire de son Église. C'en seroit un étrange,

Dieu ne fait point de miracles dans la conduite en exceptant les enfants des fidèles. Il faut donc suivre les pères et la tradition pour savoir la multitude, cela paroit si naturel , que la con

si l'infaillibilité étoit dans un; mais d'être dans quand , puisqu'il y a hérésie à craindre de part duite de Dieu est cachée sous la nature, comme et d'autre. XCVI.

en tous ses ouvrages.

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Tous les hommes se haïssent naturellement.

CIV. On s'est servi comme on a pu de la concupis

Dans un état établi en république, comme cence pour la faire servir au bien public. Mais ce n'est que feinte, et une fausse image de la Venise, ce seroit un très grand mal de contricharité; réellement ce n'est que haine. Ce vi- des peuples à qui Dieu l'a donnée. Mais dans un

buer à y mettre un roi, et à opprimer la liberté lain fonds de l'homme, figmentum malum , n'est état où la puissance royale est établie, on ne que couvert; il n'est pas ôté.

pourroit violer le respect qu'on lui doit sans une XCVIII.

espèce de sacrilége; parceque la puissance que

Dieu y a attachée étant non seulement une image, Si l'on veut dire que l'homme est trop peu mais une participation de la puissance de Dieu, pour mériter la communication avec Dieu, il faut on ne pourroit s'y opposer sans résister maniêtre bien grand pour en juger.

festement à l'ordre de Dieu. De plus la guerre

civile , qui en est une suite, étant un des plus l'objet de l'Écriture sainte; mais elle en est grands maux qu'on puisse commettre contre la aussi la porte. charité du prochain, on ne peut assez exagérer

CVII. la grandeur de cette faute. Les premiers Chrétiens ne nous ont pas appris la révolte , mais la

S'il ne falloit rien faire que pour le certain, patience, quand les princes ne s'acquittent pas on ne devroit rien faire pour la religion ; car elle bien de leur devoir.

n'est pas certaine. Mais combien de choses faitM. Pascal ajoutoit : J'ai un aussi grand éloi-on pour l'in certain, les voyages sur mer , les gnenient de ce péché que pour assassiner le batailles ! Je dis donc qu'il ne faudroit rien faire monde et voler sur les grands chemins : il n'y a du tout, car rien n'est certain ; et il y a plus de rien qui soit plus contraire à mon naturel, et certitude à la religion qu'à l'espérance que nous sur quoi je sois moins tenté.

voyions le jour dedemain: car il n'est pas certain

que nous voyions demain; mais il est certainecy.

ment possible que nous ne le voyions pas. On L'éloquence est un art de dire les choses de n'en peut pas dire autant de la religion. Il n'est telle façon : 1° que ceux à qui l'on parle puissent pas certain qu'elle soit ; mais qui osera dire les entendre sans peine et avec plaisir; 2° qu'ils qu'il est certainement possible qu'elle ne soit s’y sentent intéressés, en sorte que l'amour- pas ? Or, quand on travaille pour demain et propre les porte plus volontiers à y faire re- pour l'incertain , on agit avec raison. flexion. Elle consiste donc dans une correspon

CVIII. dance coeur de ceux à qui l'on parle, d'un côté, et, de les inventions des hommes vont en avançant l'autre, les pensées et les expressions dont on se de siècle en siècle. La bonté et la malice du sert; ce qui suppose qu'on aura bien étudié le monde en général reste la même. coeur de l'homme pour en savoir tous les ressorts,

CIX. et pour trouver ensuite les justes proportions du discours qu'on veut y assortir. Il faut se mettre Il faut avoir une pensée de derrière, et juger à la place de ceux qui doivent nous entendre, du tout par-là : en parlant cependant comme le et faire essai sur son propre coeur du tour qu'on peuple. donne à son discours, pour voir si l'un est fait

СХ. . par l'autre, et si l'on peut s'assurer que l'auditeur sera comme forcé de se rendre. Il faut se l'opinion; mais l'opinion est celle qui use de la

La force est la reine du monde, et non pas

force. simple naturel; ne pas faire grand ce qui est

CXI. petit, ni petit ce qui est grand. Ce n'est pas assez qu'une chose soit belle, il faut qu'elle soit Le hasard donne les pensées ; le hasard propre au sujet , qu'il n'y ait rien de trop, ni les ôte; point d'art pour conserver ni pour ac

quérir. L'éloquence est une peinture de la pensée ; et

CXII. ainsi ceux qui, après avoir peint, ajoutent encore, font un tableau au lieu d'un portrait.

Vous voulez que l'Église ne juge ni de l'intérieur, parceque cela n'appartient qu'à Dieu, ni de l'extérieur, parceque Dieu ne s'arrête qu'à

l'intérieur; et ainsi, lui Otant tout choix des L'Écriture sainte n'est pas une science de l'es- hommes, vous retenez dans l'Église les plus prit, mais du coeur. Elle n'est intelligible que débordés, et ceux qui la déshonorent si fort, pour ceux qui ont le coeur droit. Le voile qui que les synagogues des Juifs et les sectes des est sur l'Écriture pour les Juifs y est aussi pour philosophes les auroient exilés comme indignes, les Chrétiens. La charité est non seulement et les auroient abhorrés.

rien de manque.

CVI.

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CXIII.

machine, cela est ridicule; car cela est inutile, et incertain et pénible. Et quand cela seroit vrai,

Est fait prêtre maintenant qui veut l'être, nous n'estimons pas que toute la philosophie vaille une heure de peine.

comme dans Jeroboam.

CXIV.

La multitude qui ne se réduit pas à l'unité est confusion; l'unité qui ne dépend pas de la multitude est tyrannie.

CXV.

On ne consulte que l'oreille, parcequ'on de cœur. manque

CXVI.

Il faut, en tout dialogue et discours, qu'on puisse dire à ceux qui s'en offensent: De quoi vous plaignez-vous?

CXVII.

Les enfants qui s'effraient du visage qu'ils ont barbouillé sont des enfants; mais le moyen que ce qui est si foible, étant enfant, soit bien fort étant plus âgé ? on ne fait que changer de foiblesse.

CXVIII.

Incompréhensible que Dieu soit, et incompréhensible qu'il ne soit pas; que l'ame soit avec le corps, que nous n'ayons pas d'ame; que le monde soit créé, qu'il ne le soit pas, etc.; que le péché originel soit, ou qu'il ne soit

pas.

CXIX.

Les athées doivent dire des choses parfaitement claires; or, il n'est point parfaitement clair que l'ame soit matérielle.

CXX.

Incrédules, les plus crédules. Ils croient les miracles de Vespasien pour ne pas croire ceux de Moïse.

Sur la philosophie de Descartes.

Il faut dire en gros: Cela se fait par figure et mouvement, car cela est vrai. Mais de dire quelle figure et mouvement, et composer la

ARTICLE XVIII.

Pensées sur la mort, qui ont été extraites d'une lettre écrite par Pascal, au sujet de la mort de son père.

I.

Quand nous sommes dans l'affliction à cause de la mort de quelque personne pour qui nous avons de l'affection, ou pour quelque autre malheur qui nous arrive, nous ne devons pas chercher la consolation dans nous-mêmes, dans les hommes, ni dans tout ce qui est créé;

ni

mais nous devons la chercher en Dieu seul. Et la raison en est, que toutes les créatures ne sont pas la première cause des accidents que nous appelons maux; mais que la providence de Dieu en étant l'unique et véritable cause, l'arbitre et la souveraine, il est indubitable qu'il faut recourir directement à la source, et remonter jusques à l'origine pour trouver un solide allégement. Que si nous suivons ce précepte, et que nous considérions cette mort qui nous afflige, non pas comme un effet du hasard, ni comme une nécessité fatale de la nature, ni comme le jouet des éléments et des parties qui composent l'homme (car Dieu n'a pas abandonné ses élus au caprice du hasard), mais comme une suite indispensable, inévitable, juste, et sainte, d'un arrêt de la providence de Dieu, pour être exécuté dans la plénitude de son temps; et enfin que tout ce qui est arrivé a été de tout temps présent et préordonné en Dieu : si, dis-je, par un transport de grace, nous regardons cet accident, non dans lui-même, et hors de Dieu, mais hors de lui-même, et dans la volonté même de Dieu; dans la justice de son arrêt, dans l'ordre de sa providence, qui en est la véritable cause, sans qui il ne fût pas arrivé, par qui seul il est arrivé, et de la manière dont il est arrivé; nous adorerons dans un humble silence la hauteur impénétrable de ses secrets; nous vénérerons la sainteté de ses arrêts, nous bénirons la conduite de sa provi

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