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a misère, de concupiscence, d'orgueil et d'ambi- | soumis comme un enfant. C'est par cette même sima tion, a fait un homme exempt de tous ces maux plicité qu'on avoit une liberté tout entière pour l'aa par la force de la grace à laquelle tout en est dû, vertir de ses défauts, et il se rendoit aux avis qu'on « n'ayant de moi que la misère et l'horreur. » lui donnoit, sans résistance. L'extrême vivacité de

Il s'étoit ainsi dépeint lui-même, afin qu'ayant son esprit le rendoit quelquefois si impatient, qu'on continuellement devant les yeux la voie par laquelle avoit peine à le satisfaire; mais quand on l'avertisDieu le conduisoit, il ne pût jamais s'en détourner. soit, ou qu'il s'apercevoit qu'il avoit fåché quelqu'un Les lumières extraordinaires, jointes à la grandeur dans ses impatiences , il réparoit incontinent cela par de son esprit, n'empêchoient pas une simplicité mer- des traitements si doux et par tant de bienfaits, que veilleuse qui paroissoit dans toute la suite de sa vie, jamais il n'a perdu l'amitié de personne par là. Je et qui le rendoit exact à toutes les pratiques qui re- tâche tant que je puis d'abréger, sans cela j'aurois gardoient la religion. Il avoit un amour sensible pour bien des particularités à dire sur chacune des choses tout l'office divin, mais surtout pour les petites heu- que j'ai marquées ; mais comme je ne veux pas m'éres, parce qu'elles sont composées du psaume 118, tendre, je viens à sa dernière maladie. dans lequel il trouvoit tant de choses admirables, Elle commença par un dégoût étrange qui lui prit qu'il sentoit de la delectation à le réciter. Quand il deux mois avant sa mort': son médecin lui conseilla s’entretenoit avec ses amis de la beauté de ce psaume, de s'abstenir de manger du solide, et de se purger; il se transporteit en sorte qu'il paroissoit hors de lui- pendant qu'il étoit en cet état, il fit une action de même; et cette méditation l'avoit rendu si sensible à charité bien remarquable. Il avoit chez lui un bontoutes les choses par lesquelles on lâche d'htonorer homme avec sa femme et tout son ménage, à qui il Dieu, qu'il n'en négligeoit pas une. Lorsqu'on lui avoit donné une chambre, et à qui il fournissoit du envoyoit des billets tous les mois, comme on fait en bois, tout cela par charité; car il n'en tiroit point beaucoup de lieux, il les recevoit avec un respect ad- d'autre service que de n'être point seul dans sa maimirable; il en récitoit tous les jours la sentence ; et son. Çe bonhomme avoit un fils, qui étant tombé dans les quatre dernières années de sa vie, comme malade , en ce temps-là, de la petite-vérole, mon il ne pouvoit travailler, son principal divertissement frère , qui avoit besoin de mes assistances, eut peur étoit d'aller visiter les églises où il y avoit des reli- que je n'eusse de l'appréhension d'aller chez lui à ques exposées, ou quelque solennité; et il avoit pour cause de mes enfants. Cela l'obligea à penser de se cela un almanach spirituel qui l'instruisoit des lieux séparer de ce malade; mais comme il craignoit qu'il où il y avoit des dévotions particulières; et il faisoit ne fût en danger si on le transportoit en cet état hors tout cela si dévotement et si simplement, que ceux de sa maison, il aima mieux en sortir lui-même, quoiqui le voyoient en étoient surpris : ce qui a donné qu'il fût déja fort mal, disant: Il y a moins de danger lieu à cette belle parole d'une personne très ver- pour moi dans ce changement de demeure, c'est tueuse et très éclairée : Que la grace de Dieu se fait pourquoi il faut que ce soit moi qui quilte. Ainsi il connoitre dans les grands esprits par les petites cho- sortit de sa maison le 29 juin , pour venir chez nous, ses, et dans les esprits communs par les grandes. et il n'y rentra jamais ; car trois jours après il com

Cette grande simplicité paroissoit lorsqu'on lui mença d'être attaqué d'une colique très violente qui parloit de Dieu , ou de lui-même; de sorte que la lui ôtoit absolument le sommeil. Mais comme il avoit veille de sa mort , un ecclésiastique qui est un homme unegrande force d'esprit et un grand courage, il endud'une très grande science, et d'une très grande ver-roit ses douleurs avec une patience admirable. Il ne tu , l’étant venu voir, comme il l'avoit souhaité, et laissoit pas de se lever tous les jours et de prendre luiayant demeuré une heure avec lui, il en sortit si même ses remèdes, sans vouloir souffrir qu'on lui renédifié, qu'il me dit : Allez, consolez-vous; si Dieu dit le moindre service. Les médecins qui le traitoient l'appelle , vous avez bien sujet de le louer des graces voyoient que ses douleurs éloient considérables ; mais qu'il lui fait; j'avois toujours admiré beaucoup de parce qu'il avoit le pouls fort bon, sans aucune altégrandes choses en lui, mais je n'y avois jamais re- ration ni apparence de fièvre, ils assuroient qu'il n'y marqué la grande simplicité que je viens de voir : avoit aucun péril, se servant même de ces mots : Il cela est incomparable dans un esprit tel que le sien, n'y a pas la moindre ombre de danger. Nonobstant je voudrois de tout mon cæur être en sa place. ce discours, voyant que la continuation de ses dou

Monsieur le curé de Saint-Etienne * qui l'a vu leurs et de ses grandes veilles l'affoiblissoit , dès le dans sa maladie, y voyoit la même chose , et disoit à quatrième jour de sa colique, et avant même que toute heure : C'est un enfant : il est humble , il est d'être alite il envoya querir M. le curé et se confessa.

Cela fit du bruit parmi ses amis, et on obligea quel*C'étoit le père Beurrier, depuis abbé de Sainte-Geneviève. ques uns de le venir voir, tout épouvantés d'appré

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hension. Les médecins mêmes en furent si surpris, | devroit toujours être, dans la souffrance des maux, qu'ils ne purent s'empêcher de le témoigner, disant dans la privation de tous les biens et de tous les plaique c'étoit une marque d'appréhension à quoi ils ne sirs des sens, exempt de toutes les passions qui tras'attendoient pas de sa part. Mon frère voyant l’émo- vaillent pendant tout le cours de la vie, sans ambition, tion que cela avoit causé, en fut fâché et me dit : sans avarice, dans l'attente continuelle de la mort. J'eusse voulu communier; mais puisque je vois qu'on N'est-ce pas ainsi que les chrétiens devroient passer est surpris de ma confession, j'aurois peur qu'on ne la vie ? Et n'est-ce pas un grand bonheur quand on le fût davantage; c'est pourquoi il vaut mieux diffé- se trouve par nécessité dans l'état où l'on est obligé rer. M. le curé ayant élé de cet avis, il ne communia d'être, et qu'on n'a autre chose à faire qu'à se soupas. Cependant son mal continuoit, et comme M. le mettre humblement et paisiblement ? C'est pourquoi curé le venoit voir de temps en temps par visite, il je ne demande autre chose que de prier Dieu qu'il ne perdoit pas une de ces occasions pour se confes me fasse cette grace. Voilà dans quel esprit il enduser, et n'en disoit rien, de peur d'effrayer le monde, roit tous ses maux. parce que les médecins assuroient toujours qu'il n'y Il souhaitoit beaucoup de communier ; mais les avoit nul danger à sa maladie; et en effet il y eut médecins s'y opposoient, disant qu'il ne le pouvoit quelque diminution en ses douleurs, ensorte qu'il se faire à jeun, à moins que ce ne fût la nuit : ce qu'il levoit quelquefois dans sa chambre. Elles ne le quit- ne trouvoit pas à propos de faire sans nécessité, et tèrent jamais néanmoins tout-à-fait, et même elles que pour communier en viatique il falloit être en revenoient quelquefois, et il maigrissoit aussi beau- danger de mort; ce qui ne se trouvant pas en lui, ils coup, ce qui n'effrayoit pas beaucoup les médecins : ne pouvoient pas lui donner ce conseil. Cette résismais, quoi qu'ils pussent dire, il dit toujours qu'il tance le fåchoit; mais il étoit contraint d'y céder. étoit en danger, et ne manqua pas de se confesser Cependant sa colique continuant toujours, on lui ortoutes les fois que M. le curé le venoit voir. I fit donna de boire des eaux, qui en effet le soulagèrent même son testament durant ce temps-là, où les beaucoup : mais au sixième d'août il sentit un grand pauvres ne furent pas oubliés, et il se fit violence étourdissement avec une grande douleur de tête; et pour ne leur pas donner davantage, car il me dit quoique les médecins ne s'étonnassent pas de cela, et que si M. Périer eût été à Paris, et qu'il y eût con- qu'ils l'assurassent que ce n'étoit que la vapeur des senti, il auroit disposé de tout son bien en faveur des eaux, il ne laissa pas de se confesser, et il demanda pauvres; et enfin il n'avoit rien dans l'esprit et dans avec des instances incroyables qu'on le fit communier, le cour que les pauvres , et il me disoit quelquefois : et qu'au nom de Dieu on trouvât moyen de remédier D'où vient que je n'ai jamais rien fait pour les pau- à tous les inconvénients qu'on lui avoit allégués jusTres, quoique j'aie toujours eu un si grand amour qu'alors; et il pressa tant pour cela, qu'une personne pour eux ? Je lui dis : C'est que vous n'avez jamais qui se trouva présente lui reprocha qu'il avoit de l'ineu assez de bien pour leur donner de grandes assis- quiétude, et qu'il devoit se rendre au sentiment de ses tances. Et il me répondit : Puisque je n'avois pas de amis; qu'il se portoit mieux, et qu'il n'avoit presque plus bien pour leur en donner, je devois leur avoir donne de colique ; et que ne lui restant plus qu'une vapeur mon temps et ma peine; c'est à quoi j'ai failli; et si d'eau, il n'étoit pas juste qu'il se fit porter le saintles medecins disent vrai, et si Dieu permet que je me sacrement; qu'il valoit mieux différer, pour faire cette relève de cette maladie, je suis résolu de n'avoir action à l'église. Il répondit à cela : On ne sent pas point d'autre emploi ni point d'autre occupation mon mal, et on y sera trompé; ma douleur de tête a tout le reste de ma vie que le service des pauvres. Ce quelque chose de fort extraordinaire. Néanmoins sont les sentiments dans lesquels Dieu l'a pris. voyant une sigrande opposition à son desir, il n'osa plus

Il joignoit à cette ardente charité pendant sa ma- en parler ; mais il dit : Puisqu'on ne me veut pas acladie une patience si admirable, qu'il édifioit et sur-corder cette grâce, j'y voudrois bien suppléer par quelprenoit toutes les personnes qui étoient autour de que bonne æuvre, et ne pouvant pas communier dans lui, et il disoit à ceux qui lui témoignoient avoir de la lechef je voudrois bien communier dans les membres, peine de voir l'état où il étoit , que, pour lui, il n'en et pour cela j'ai pensé d'avoir céans un pauvre malade avoit pas, et qu'il appréhendoit même de guérir; et à qui on rende les mêmes services comme à moi, quand on lui en demandoit la raison, il disoit : C'est qu'on prenne une garde exprès, et enfin qu'il n'y que je connois les dangers de la santé et les avantages ait aucune différence de lui à moi, afin que j'aie de la maladie. Il disoit encore au plus fort de ses

cette consolation de savoir qu'il y a un pauvre aussi douleurs, quand on s'affligeoit de les lui voir souf- bien traité que moi, dans la confusion que je souffre frir : Ne me plaignez point, la maladie est l'état na- de me voir dans la grande abondance de toutes choses turel des chrétiens, parcequ'on est par là, comme on

ou je me vois. Car quand je pense qu'au même temps

que je suis si bien, il y a une infinité de pauvres qui lui donner la communion, il fit un effort, et il se sont plus malades que moi, et qui manquent des leva seul à moitié, pour le recevoir avec plus de reschoses les plus nécessaires, cela me fait une peine pect; et monsieur le curé l'ayant interrogé, suivant que je ne puis supporter , et ainsi je vous prie de de la coutume, sur les principaux mystères de la foi, il mander un malade à monsieur le curé pour le dessein répondit distinctement : Oui, monsieur, je crois tout que j'ai.

cela de tout mon ceur. Ensuite il reçut le saint J'envoyai à monsieur le curé à l'heure même, viatique et l'extrême-onction avec des sentiments qui manda qu'il n'y en avoit point qui fût en état si tendres, qu'il en versoit des larmes. Il répondit à d'être transporté; mais qu'il lui donneroit, aussitôt tout, remercia monsieur le curé; et lorsqu'il le bénit qu'il seroit guéri, un moyen d'exercer sa charité, avec le saint ciboire, il dit : Que Dieu ne m'abanen se chargeant d'un vieux homme dont il prendroit donne jamais. Ce qui fut comme ses dernières parosoin le reste de sa vie : car monsieur le curé ne dou- les; car après avoir fait son action de graces, un toit pas alors qu'il ne dût guérir.

moment après ses convulsions le reprirent, qui ne le Comme il vit qu'il ne pouvoit pas avoir un pauvre quittèrent plus, et qui ne lui laissèrent pas un instant en sa maison avec lui, il me pria donc de lui faire de liberté d'esprit : elles durèrent jusqu'à sa mort, cette grace de le faire porter aux Incurables, parce qui fut vingt-quatre heures après, le dix-neuvième qu'il avoit grand desir de mourir en la compagnie d'août mil six cent soixante-deux, à une heure du des pauvres. Je lui dis que les médecins ne trou- matin, âgé de trente-neuf ans deux mois. voient pas à propos de le transporter en l'état où il étoit : ce qui le fåcha beaucoup; il me fit promettre que s'il avoit un peu de relâche, je lui donnerois cette satisfaction.

PRÉFACE, Cependant cette douleur de tête augmentant, il la souffroit toujours comme tous les autres maux, où l'on fait voir de quelle manière ces Pensées ont été écrites et c'est-à-dire sans se plaindre; et une fois, dans le recueillies; ce qui en a fait retarder l'impression; quel étoit plus fort de sa douleur, le dix-septième d'août, il me

le dessein de l'auteur dans cet ouvrage, et comment il a passé

les dernières années de sa vie. pria de faire une consultation ; mais il entra en même temps en scrupule, et me dit : Je crains qu'il n'y ait trop de recherche dans cette demande. Je ne laissai pourtant pas de la faire; et les médecins lui Pascal, ayant quitté fort jeune l’étude des maordonnèrent de boire du petit-lait, lui assurant tou- thématiques, de la physique et des autres sciences jours qu'il n'y avoit nul danger, et que ce n'étoit profanes , dans lesquelles il avoit fait un si grand proque la migraine mêlée avec la vapeur des eaux. grès, commença, vers la trentième année de son Néanmoins , quoi qu'ils pussent dire, il ne les crut âge, à s'appliquer à des choses plus sérieuses et plus jamais , et me pria d'avoir un ecclésiastique pour relevées, et à s'adonner uniquement, autant que sa passer la nuit auprès de lui, et moi-même je le santé le put permettre , à l'étude de l'Ecriture, des trouvai si mal, que je donnai ordre, sans en rien Pères, et de la morale chrétienne. dire, d'apporter des cierges et tout ce qu'il falloit Mais quoiqu'il n'ait pas moins excellé dans ces pour le faire communier le lendemain matin. sortes de sciences, comme il l'a bien fait paroître par

Ces apprêts ne furent pas inutiles ; mais ils servi- des ouvrages qui passent pour assez achevés en leur rent plus tôt que nous n'avions pensé : car environ genre, on peut dire néanmoins que, si Dieu eût minuit, il lui prit une convulsion si violente, que, permis qu'il eût travaillé quelque temps à celui qu'il quand elle fut passée, nous crûmes qu'il étoit mort, avoit dessein de faire sur la religion, et auquel il et nous avions cet extrême déplaisir avec tous les vouloit employer tout le reste de sa vie, cet ouvrage autres, de le voir mourir sans le saint-sacrement, eût beaucoup surpassé tous les autres qu’on a vus après l'avoir demandé si souvent avec tant d'ins- de lui; parcequ'en effet les vues qu'il avoit sur ce tance. Mais Dieu, qui vouloit récompenser un desir sujet étoient infiniment au-dessus de celles qu'il si fervent et si juste, suspendit comme par un mira- avoit sur toutes les autres choses. cle cette convulsion, et lui rendit son jugement en- Je crois qu'il n'y aura personne qui n'en soit fatier, comme dans sa parfaite santé; en sorte que cilement persuadé en voyant seulement le peu que monsieur le curé entrant dans sa chambre avec le l'on en donne à présent, quelque imparfait qu'il saint-sacrement, lui cria : Voici celui que vous paroisse , et principalement sachant la manière dont avez tant desiré. Ces paroles achevèrent de le ré- il y a travaillé , et toute l'histoire du recueil qu'on en veiller; et comme monsieur le curé approcha pour l a fait. Voici comment tout cela s'est passé.

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Pascal conçut le dessein de cet ouvrage plusieurs force et la capacité; qui avoit accoutumé de travailler années avant sa mort; mais il ne faut pas néanmoins tellement tous ses ouvrages, qu'il ne se contentoit s'étonner s'il fut si long-temps sans en rien mettre presque jamais de ses premières pensées, quelque par écrit : car il avoit toujours accoutumé de songer bonnes qu'elles parussent aux autres, et qui a refait beaucoup aux choses, et de les disposer dans son souvent, jusqu'à huit ou dix fois, des pièces que esprit avant que de les produire au dehors, pour tout autre que lui trouvoit admirables dès la prebien considérer et examiner avec soin celles qu'il mière. falloit mettre les premières ou les dernières, et l'ordre Après qu'il leur eut fait voir quelles sont les preuves qu'il leur devoit donner à toutes, afin qu'elles pus- qui font le plus d'impression sur l'esprit des hommes, sent faire l'effet qu'il desiroit. Et comme il avoit une et qui sont les plus propres à les persuader , il entremémoire excellente , et qu'on peut dire même pro- prit de montrer que la religion chrétienne avoit audigieuse, en sorte qu'il a souvent assuré qu'il n'avoit tant de marques de certitude et d'évidence que les jamais rien oublié de ce qu'il avoit une fois bien choses qui sont reçues dans le monde pour les plus imprimé dans son esprit; lorsqu'il s'étoit ainsi quel- indubitables. que temps appliqué à un sujet, il ne craignoit pas Il commença d'abord par une peinture de l'homme, que les pensées qui lui étoient venues lui pussent où il n'oublia rien de tout ce qui le pouvoit faire jamais échapper ; et c'est pourquoi il différoit assez connoitre et au dedans et au dehors de lui-même, et souvent de les écrire, soit qu'il n'en eût pas le loisir, jusqu'aux plus secrets mouvements de son cæur. Il soit que sa santé, qui a presque toujours été languis- supposa ensuite un homme qui, ayant toujours vécu sante, ne fût pas assez forte pour lui permettre de dans une ignorance générale, et dans l'indifférence travailler avec application.

à l'égard de toutes choses , et sur-tout à l'égard de C'est ce qui a été cause que l'on a perdu à sa soi-même, vient enfin à se considérer dans ce tableau, mort la plus grande partie de ce qu'il avoit déja conçu et à examiner ce qu'il est. Il est surpris d'y découvrir touchant son dessein ; car il n'a presque rien écrit une infinité de choses auxquelles il n'a jamais pensé; des principales raisons dont il vouloit se servir, des et il ne sauroit remarquer , sans étonnement et sans fondements sur lesquels il prétendoit appuyer son admiration, tout ce que Pascal lui fait sentir de sa ouvrage, et de l'ordre qu'il vouloit y garder : ce qui grandeur et de sa bassesse , de ses avantages et de étoit assurément très considérable. Tout cela étoit ses foiblesses, du peu de lumières qui lui reste, et parfaitement bien gravé dans son esprit et dans sa des ténèbres qui l'environnent presque de toutes mémoire; mais, ayant négligé de l'écrire lorsqu'il parts, et enfin de toutes les contrariétés étonnantes l'auroit peut-être pu faire, il se trouva, lorsqu'il qui se trouvent dans sa nature. Il ne peut plus après l'auroit bien voulu, hors d'état d'y pouvoir du tout cela demeurer dans l'indifférence , s'il a tant soit peu travailler.

de raison; et quelque insensible qu'il ait été jusques Il se rencontra néanmoins une occasion , il y a alors, il doit souhaiter, après avoir ainsi connu ce environ dix ou douze ans, en laquelle on l'obligea , qu'il est, de connoitre aussi d'où il vient et ce qu'il non pas d'écrire ce qu'il avoit dans l'esprit sur ce doit devenir. sujet-là, mais d'en dire quelque chose de vive voix. Pascal , l'ayant mis dans cette disposition de cherIl le fit donc en présence et à la prière de plusieurs cher à s'instruire sur un doute si important, l'adresse personnes très considérables de ses amis. Il leur dé- premièrement aux philosophes; et c'est là qu'après Feloppa en peu de mots le plan de tout son ouvrage: lui avoir développé tout ce que les plus grands phiil leur représenta ce qui en devoit faire le sujet et la losophes de toutes les sectes ont dit sur le sujet de matière : il leur en rapporta en abrégé les raisons l'homme, il lui fait observer tant de défauts, tant et les principes , et il leur expliqua l'ordre et la suite de foiblesses , tant de contradictions, et tant de fausdes choses qu'il y vouloit traiter. Et ces personnes, setés dans tout ce qu'ils ont avancé, qu'il n'est pas qui sont aussi capables qu'on le puisse être de juger difficile à cet homme de juger que ce n'est pas là où de ces sortes de choses , avouent qu'elles n'ont jamais il doit s'en tenir. rien entendu de plus beau, de plus fort, de plus Il lui fait ensuite parcourir tout l'univers et tous touchant, ni de plus convaincant; qu'elles en furent les âges, pour lui faire remarquer une infinité de charmées ; et que ce qu'elles virent de ce projet et religions qui s'y rencontrent; mais il lui fait voir dere dessein dans un discours de deux ou trois heures en même temps , par des raisons si fortes et si confait ainsi sur-le-champ, et sans avoir été prémédité vaincantes, que toutes ces religions ne sont remplies ni travaillé, leur fit juger ce que ce pourroit être un que de vanité, de folies, d'erreurs, d'égarements et jur, s'il étoit jamais exécuté et conduit à sa per- d’extravagances, qu'il n'y trouve rien encore qui Section par une personne dont elles connoissoient la le puisse satisfaire.

Enfin il lui fait jeter les yeux sur le peuple juif, | encore qu'il trouvera dans ce même livre de quoi se et il lui en fait observer des circonstances si extraor- consoler. Et en effet, il lui fait remarquer qu'il y est dinaires, qu'il attire facilement son attention. Après dit que le remède est entre les mains de Dieu; que lui avoir représenté tout ce que ce peuple a de sin- c'est à lui que nous devons recourir pour avoir les gulier, il s'arrète particulièrement à lui faire remar- forces qui nous manquent; qu'il se laissera fléchir, quer un livre unique par lequel il se gouverne, et et qu'il enverra même aux hommes un libérateur, qui comprend tout ensemble son histoire, sa loi et qui satisfera pour eux, et qui suppléera à leur imsa religion. A peine a-t-il ouvert ce livre, qu'il lui puissance. apprend que le monde est l'ouvrage d'un Dieu, et Après qu'il lui a expliqué un grand nombre de reque c'est ce même Dieu qui a créé l'homme à son marques très particulières sur le livre de ce peuple, image, et qui l'a doué de tous les avantages du corps il lui fait encore considérer que c'est le seul qui ait et de l'esprit qui convenoient à cet état. Quoiqu'il parlé dignement de l'Être souverain , et qui ait donné n'ait rien encore qui le convainque de cette vérité, l'idée d'une véritable religion. Il lui en fait concevoir elle ne laisse pas de lui plaire; et la raison seule suffit les marques les plus sensibles qu'il applique à celles pour lui faire trouver plus de vraisemblance dans cette que ce livre a enseignées ; et il lui fait faire une attensupposition, qu’un Dieu est l'auteur des hommes et tion particulière sur ce qu'elle fait consister l'essence de tout ce qu'il y a dans l'univers, que dans tout ce de son culte dans l'amour du Dieu qu'elle adore : ce que ces mêmes hommes se sont imaginé par leurs qui est un caractère tout singulier, et qui la distingue propres lumières. Ce qui l'arrête en cet endroit, est visiblement de toutes les autres religions, dont la de voir, par la peinture qu'on lui a faite de l'homme, fausseté paroît par le défaut de cette marque si essenqu'il est bien éloigné de posséder tous ces avantages | tielle. qu'il a dû avoir lorsqu'il est sorti des mains de son Quoique Pascal, après avoir conduit si avant cet auteur; mais il ne demeure pas long-temps dans ce homme qu'il s'étoit proposé de persuader insensibledoute: car, dès qu'il poursuit la lecture de ce même ment, ne lui ait encore rien dit qui le puisse convainlivre, il y trouve qu'après que l'homme eut été créé cre des vérités qu'il lui a fait découvrir , il l'a mis de Dieu dans l'état d'innocence, et avec toute sorte néanmoins dans la disposition de les recevoir avec de perfections , sa première action fut de se révolter plaisir , pourvu qu'on puisse lui faire voir qu'il doit contre son créateur, et d’employer à l'offenser tous s'y rendre, et de souhaiter même de tout son cæur les avantages qu'il en avoit reçus.

qu'elles soient solides et bien fondées, puisqu'il y Pascal lui fait alors comprendre que ce crime ayant trouve de si grands avantages pour son repos et pour été le plus grand de tous les crimes en toutes ses cir- l'éclaircissement de ses doutes. C'est aussi l'état où constances, il avoit été puni non seulement dans ce devroit être tout homme raisonnable, s'il étoit une premier homme, qui, étant déchu par-là de son fois bien entré dans la suite de toutes les choses que état , tomba tout d'un coup dans la misère, dans la Pascal vient de représenter : il y a sujet de croire foiblesse , dans l'erreur et dans l'aveuglement, mais qu'après cela il se rendroit facilement à toutes les encore dans tous ses descendants, à qui ce même preuves que l'auteur apportera ensuite pour confirhomme a communiqué et communiquera encore sa mer la certitude et l'évidence de toutes ces vérités corruption dans toute la suite des temps.

importantes dont il avoit parlé, et qui font le fondeIl lui montre ensuite divers endroits de ce livre où ment de la religion chrétienne, qu'il avoit dessein il a découvert cette vérité. Il lui fait prendre garde de persuader. qu'il n'y est plus parlé de l'homme que par rapport à cet état de foiblesse et de désordre; qu'il y est dit preuves , après qu'il eut montré en général que les souvent que toute chair est corrompue, que les hom- vérités dont il s'agissoit étoient contenues dans un mes sont abandonnés à leurs sens, et qu'ils ont une livre de la certitude duquel tout homme de bon sens pente au mal dès leur naissance. Il lui fait voir encore ne pouvoit douter, il s'arrêta principalement au livre que cette première chute est la source, non seule- de Moise, où ces vérités sont particulièrement rément de tout ce qu'il y a de plus incompréhensible pandues, et il fit voir, par un très grand nombre de dans la nature de l'homme, mais aussi d'une infinité circonstances indubitables, qu'il étoit également imd'effets qui sont hors de lui, et dont la cause lui est possible que Moise eût laissé par écrit des choses inconnue. Enfin il lui représente l'homme si bien fausses, ou que le peuple à qui il les avoit laissées dépeint dans lout ce livre, qu'il ne lui paroit plus dif- s'y fût laissé tromper , quand même Moise auroit été férent de la première image qu'il lui en a tracée. capable d'être fourbe.

Ce n'est pas assez d'avoir fait connoître à cet Il parla aussi des grands miracles qui sont rapporhomme son état plein de misère; Pascal lui apprend / tés dans ce livre; et comme ils sont d'une grande

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ide pour dire en peu de mots quelque chose de ces

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