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XLIV.

jamais (car les capitaines et les princes mêmes Un , ,

sont toujours esclaves et dépendants); mais il On parle ainsi quand on ne le voit pas. Les rai- espère toujours l'indépendance, et travaille tousons qui, étant vues de loin, semblent borner veu de ne jamais être indépendant. Ils ne diffè

jours à y venir; au lieu que le chartreux fait notre vue, ne la bornent plus quand on y est arrivé. On commence à voir au-delà. Rien n'ar rent pas dans la servitude perpétuelle que tous rète la volubilité de notre esprit. Il n'y a point, l'un a toujours, et que l'autre n'a pas.

deux ont toujours, mais dans l'espérance que dit-on, de règle qui n'ait quelque exception, ni de vérité si générale qui n'ait quelque face par

XLIX. où elle manque. Il suffit qu'elle ne soit pas ab

La propre volonté ne se satisferoit jamais solument universelle pour nous donner prétexte quand elle auroit tout ce qu'elle souhaite ; mais d'appliquer l'exception au sujet présent, et de on est satisfait dès l'instant qu'on y renonce. dire : Cela n'est pas toujours vrai ; donc il y a Avec elle, on ne peut être que malcontent; sans des cas où cela n'est pas. Il ne reste plus qu'à elle, on ne peut être que content. montrer que celui-ci en est; et il faut être bien

La vraie et unique vertu est de se haïr, car maladroit, si on n'y trouve quelque jour.

on est haïssable par sa concupiscence; et de XLV.

chercher un être véritablement aimable, pour

l'aimer. Mais comme nous ne pouvons aimer La charité n'est pas un précepte figuratif. ce qui est hors de nous, il faut aimer un Dire que Jésus-Christ, qui est venu ôter les être qui soit en nous, et qui ne soit pas nous. figures pour mettre la vérité, ne soit venu que Or, il n'y a que l'Etre universel qui soit tel. Le pour mettre la figure de la charité, et pour en royaume de Dieu est en nous (Luc, 17, 21); le ôter la réalité qui étoit auparavant : cela est bien universel est en nous, et n'est pas nous. horrible.

Il est injuste qu'on s'attache à nous, quoiqu'on XLVI.

le fasse avec plaisir et volontairement. Nous Combien les lunettes nous ont-elles décou- tromperons ceux à qui nous en ferons naître le vert d'êtres qui n'étoient point pour nos philo-desir; car nous ne sommes la fin de personne, sophes d'auparavant! On attaquoit franchement et nous n'avons pas de quoi les satisfaire. Ne l'Ecriture sainte sur le grand nombre des étoiles, sommes-nous pas prêts à mourir :? Et ainsi l'oben disant : Il n'y en a que mille vingt-deux ; jet de leur attachement mourroit. Comme nous nous le savons.

serions coupables de faire croire une fausseté, XLVII.

quoique nous la persuadassions doucement , et

qu'on la crût avec plaisir, et qu'en cela on nous L'homme est ainsi fait , qu'à force de lui dire fit plaisir : de même nous sommes coupables , si qu'il est un sot, il le croit ; et à force de se le nous nous faisons aimer, et si nous attirons les dire à soi-même, on se le fait croire. Car l'homme gens à s'attacher à nous. Nous devons avertir fait lui seul une conversation intérieure, qu'il ceux qui seroient prêts à consentir au mensonge importe de bien régler : Corrumpunt mores bo- qu'ils ne doivent pas le croire, quelque avantage nos colloquia mala. (I Cor., 15, 33.) Il faut se qui nous en revînt. De même nous devons les tenir en silence autant qu'on peut, et ne s'en- avertir qu'ils ne doivent pas s'attacher à nous ; tretenir que de Dieu ; et ainsi on se le persuade car il faut qu'ils passent leur vie à plaire à Dieu, à soi-même.

ou à le chercher. XLVIII.

· Tout en suivant scrupuleusement le texte, je crois devoir Quelle différence entre un soldat et un char- relever cette faute d'expression. Fréts à mourir signifie pré

parés, disposés à la mort. La pensée même de l'auteur indique treux , quant à l'obéissance? Car ils sont égale- que ce n'est pas là ce qu'il a voulu dire. Il faudroit donc lire ment obéissants et dépendants, et dans des ici : Ne sommes-nous pas prés de mourir? Ce qui signifie, en

d'autres termes : Notre vie est si courte, et sujette à tant d'acexercices également pénibles. Mais le soldat es

cidents, que nous ne pouvons jamais regarder la mort comme père toujours devenir maître, et ne le devient fort éloignée.

(Note de l'edit. de 1822.)

L.

dans la foiblesse et dans l'agonie, affronter un C'est être superstitieux de mettre son espé- | Dieu tout-puissant el éternel ? rance dans les formalités et dans les cérémo

LVI. nies; mais c'est être superbe de ne vouloir pas s'y soumettre.

Je crois volontiers les histoires dont les téLI.

moins se font égorger.

Toutes les religions et toutes les sectes du

LVII. monde ont eu la raison naturelle pour guide. Les seuls Chrétiens ont été astreints à prendre crainte vient du doute. La bonne crainte porte

La bonne crainte vient de la foi; la fausse leurs règles hors d'eux-mêmes, et à s'informer de celles Jésus-Christ a laissées aux anciens

à l'espérance, parcequ'elle naît de la foi, et que pour nous être transmises. Il y a des gens que vaise porte au désespoir, parcequ'on craint le

qu'on espère au Dieu que l'on croit : la maucette contrainte lasse. Ils veulent avoir, comme Dieu auquel on n'a point de foi. Les uns crailes autres peuples, la liberté de suivre leurs imaginations. C'est en vain que nous leur crions, gnent de le perdre, et les autres de le trouver. comme les prophètes faisoient autrefois aux

LVIII. Juifs : Allez au milieu de l’Église; informezvous des lois

que les anciens lui ont laissées, et sui- Salomon et Job ont le mieux connu la misère vez ses sentiers. Ils répondent comme les Juifs : de l'homme, et en ont le mieux parlé : l’un le Nous n'y marcherons pas : nous voulons suivre les plus heureux des hommes, et l'autre le plus pensées de notre cour, et être comme les autres malheureux ; l’un connoissant la vanité des plaipeuples.

sirs par expérience, l'autre la réalité des maux.

LII.

LIX. Il y a trois moyens de croire : la raison, la coutume et l'inspiration. La religion chrétienne, Les païens disoient du mal d'Israël, et le proqui seule a la raison, n'admet pas pour ses vrais phète aussi : et tant s'en faut que les Israélites enfants ceux qui croient sans inspiration : ce eussent droit de lui dire : Vous parlez comme n'est pas qu'elle exclue la raison et la coutume; les païens; qu'il fait sa plus grande force sur ce au contraire, il faut ouvrir son esprit aux preu que les païens parlent comme lui. (ÉzÉCHIEL.) ves par la raison, et s'y conformer par la coutume; mais elle veut qu'on s'offre par l'humi

LX. liation aux inspirations, qui seules peuvent faire le vrai et salutaire effet : Ut non evacuetur

Dieu n'entend pas que nous soumetlions notre crux Christi. (I Cor., 1, 17.)

croyance à lui sans raison, ni nous assujettir avec

tyrannie. Mais il ne prétend pas aussi nous renLIII.

dre raison de toutes choses ; et pour accorder Jamais on ne fait le mal si pleinement et si ces contrariétés, il entend nous faire voir clai

rement des marques divines en lui, qui nous congaiement que quand on le fait par un faux prin- vainquent de ce qu'il est, et s'attirer autorité cipe de conscience,

par des merveilles et des preuves que nous ne LIV.

puissions refuser; et qu'ensuite nous croyions Les Juifs, qui ont été appelés à dompter les sans hésiter les choses qu'il nous enseigne quand nations et les rois, ont été esclaves du péché; et

nous n'y trouverons d'autre raison de les refules Chrétiens, dont la vocation a été à servir et connoître si elles sont ou non,

ser, sinon que nous ne pouvons par nous-mêmes à être sujets, sont les enfants libres. LV.

LXI. Est-ce courage à un homme mourant d'aller, Il n'y a que trois sortes de personnes : les uns

sons donc

qui servent Dieu l'ayant trouvé ; les autres qui grande par sa nature! qu'elle est basse par ses s’emploient à le chercher ne l'ayant pas encore défauts !

LXV. trouvé; et d'autres enfin qui vivent sans le chercher ni l'avoir trouvé. Les premiers sont rai

S'il y a un Dieu , il ne faut aimer que lui, et sonnables et heureux ; les derniers sont fous et

non les créatures. Le raisonnement des impies, malheureux; ceux du milieu sont malheureux dans le livre de la Sagesse, n'est fondé que sur et raisonnables.

ce qu'ils se persuadent qu'il n'y a point de Dieu. LXII.

Cela posé, disent-ils, jouissons donc des créa

tures. Mais s'ils eussent su qu'il y avoit un Dieu, Les hommes prennent souvent leur imagina-ils eussent conclu tout le contraire. Et c'est la tion pour

leur cour; et ils croient être conver- conclusion des sages : Il y a un Dieu , ne jouistis dès qu'ils pensent à se convertir.

pas des créatures. Donc tout ce qui La raison agit avec lenteur, et avec tant de nous incite à nous attacher à la créature est vues et de principes différents qu'elle doit avoir mauvais, puisque cela nous empêche, ou de toujours présents, qu'à toute heure elle s'assou- servir Dieu si nous le connoissons, ou de le pit ou elle s'égare, faute de les voir tous à-la-chercher si nous l'ignorons. Or, nous sommes fois. Il n'en est pas ainsi du sentiment; il agit pleins de concupiscence : donc nous sommes en un instant, et toujours est prêt à agir. Il faut pleins de mal ; done nous devons nous haïr donc, après avoir connu la vérité par la raison, nous-mêmes, et tout ce qui nous attache à autre tâcher de la sentir, et de mettre notre foi dans chose qu'à Dieu seul. le sentiment du cour; autrement elle sera toujours incertaine et chancelante.

LXVI. Le coeur a ses raisons que la raison ne connoît point : on le sent en mille choses. C'est le Quand nous voulons penser à Dieu , combien cæur qui sent Dieu, et non la raison. Voilà ce sentons-nous de choses qui nous en détournent, que c'est que la foi parfaite, Dieu sensible au et qui nous tentent de penser ailleurs! Tout cela cour.

est mauvais, et même né avec nous. LXIII.

LXVII. Il est de l'essence de Dieu que sa justice soit

Il est faux que nous soyons dignes que les infinie aussi- bien que sa miséricorde : cependant sa justice et sa sévérité envers les réprou- voulions. Si nous naissions raisonnables, et avec

autres nous aiment : il est injuste que nous le vés est encore moins étonnante que sa miséricorde envers les élus.

quelque connoissance de nous-mêmes et des au

tres, nous n'aurions point cette inclination. LXIV.

Nous naissons pourtant avec elle : nous nais

sons donc injustes ; car chacun tend à soi. Cela L'homme est visiblement fait pour penser: est contre tout ordre : il faut tendre au généc'est toute sa dignité et tout son mérite. Tout ral; et la pente vers soi est le commencement son devoir est de penser comme il faut; et l'or- de tout désordre, en guerre, en police, en écodre de la pensée est de commencer par soi , par nomie, etc. son auteur et sa fin. Cependant à quoi pense- Si les membres des communautés naturelles t-on dans le monde ? Jamais à cela; mais à se et civiles tendent au bien du corps, les commudivertir, à devenir riche, à acquérir de la ré-nautés elles-mêmes doivent tendre à un autre putation, à se faire roi, sans penser à ce que corps plus général. c'est que d'être roi et d'être homme.

Quiconque ne hait point en soi cet amourLa pensée de l'homme est une chose admira- propre et cet instinct qui le porte à se mettre ble par sa nature. Il falloit qu'elle eût d'étranges au-dessus de tout, est bien aveugle, puisque défauts pour être méprisable. Mais elle en a de rien n'est si opposé à la justice et à la vérité. tels, que rien n'est plus ridicule. Qu'elle est | Car il est faux que nous méritions cela ; et il est injuste et impossible d'y arriver, puisque tous faire centre et corps soi-même. Mais on se trouve demandent la même chose. C'est donc une ma- en cet état comme un membre séparé de son nifeste injustice où nous sommes nés, dont nous corps, qui, n'ayant point en soi de principe de ne pouvons nous défendre, et dont il faut nous vie, ne fait que s'égarer et s'étonner dans l'indéfaire.

certitude de son être. Enfin, quand on comCependant nulle autre religion que la chré- mence à se connoître, l'on est comme revenu tienne n'a remarqué que ce fût un péché, ni chez soi; on sent que l'on n'est pas corps; on que nous y fussions nés, ni que nous fussions comprend que l'on n'est qu'un membre du corps obligés d'y résister, ni n'a pensé à nous en don- universel; qu'être membre, est n'avoir de vie, ner les remèdes.

d'être et de mouvement, que par l'esprit du LXVIII.

corps et pour le corps; qu'un membre séparé

du corps auquel il appartient n'a plus qu'un être Il y a une guerre intestine dans l'homme en périssant et mourant; qu'ainsi l'on ne doit s'aitre la raison et les passions. Il pourroit jouir de mer que pour ce corps, ou plutôt qu'on ne doit quelque paix, s'il n'avoit que la raison sans aimer que lui , parcequ'en l'aimant, on s'aime passions, ou s'il n'avoit que les passions sans soi-même, puisqu'on n'a d'être qu'en lui, par raison. Mais ayant l'un et l'autre, il ne peut être lui et pour lui. sans guerre, ne pouvant avoir la paix avec l'un Pour régler l'amour qu'on se doit à soi-même, qu'il ne soit en guerre avec l'autre. Ainsi il est il faut s'imaginer un corps composé de memtoujours divisé et contraire à lui-même. bres pensants, car nous sommes membres du

Si c'est un aveuglement qui n'est pas naturel, tout, et voir comment chaque membre devroit de vivre sans chercher ce qu'on est , c'en est s'aimer. encore un bien plus terrible, de vivre mal en Le corps aime la main ; et la main, si elle croyant Dieu. Tous les hommes presque sont avoit une volonté, devroit s'aimer de la même dans l'un ou dans l'autre de ces deux aveugle- sorte que le corps l'aime. Tout amour qui va

au-delà est injuste. LXIX.

Si les pieds et les mains avoient une volonté

particulière, jamais ils ne seroient dans leur orIl est indubitable que l'ame est mortelle ou dre, qu'en la soumettant à celle du corps : hors immortelle. Cela doit mettre une différence en- de lá, ils sont dans le désordre et dans le maltière dans la morale ; et cependant les philoso- heur; mais en ne voulant que le bien du corps, phes ont conduit la morale indépendamment de ils font leur propre bien. cela. Quel étrange aveuglement!

Les membres de notre corps ne sentent pas Le dernier acte est toujours sanglant, quel- le bonheur de leur union, de leur admirable que belle que soit la comédie en tout le reste. intelligence, du soin que la nature a d'y influer On jelle enfin de la terre sur la tête , et en voilà les esprits, de les faire croître et durer. S'ils pour jamais.

étoient capables de le connoitre, et qu'ils se LXX.

servissent de cette connoissance pour retenir Dieu ayant fait le ciel et la terre, qui ne sen- en eux-mêmes la nourriture qu'ils reçoivent, tent pas le bonheur de leur être, a voulu faire sans la laisser passer aux autres membres, ils des êtres qui le connussent, et qui composas- seroient non seulement injustes, mais encore sent un corps de membres pensants. Tous les misérables, et se haïroient plutôt que de s'aihommes sont membres de ce corps; et pour mer: leur béatitude, aussi-bien que leur devoir, être heureux , il faut qu'ils conforment leur vo- consistant à consentir à la conduite de l'ame lonté particulière à la volonté universelle qui universelle à qui ils appartienneït, qui les aime gouverne le corps entier. Cependant il arrive mieux qu'ils ne s'aiment eux-mêmes. souvent que l'on croit être un tout, et que, ne Qui adhæret Domino, unus spiritus est. (I Cor., se voyant point de corps dont on dépende, l'on 6, 17.) On s'aime parcequ'on est membre de croit ne dépendre que de soi, et l'on veut se Jésus-Christ. On aime Jésus-Christ parcequ'il

ments.

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est le chef du corps dont on est le membre : cette guerre qu'il est venu apporter. Je suis venu tout est un, l'un est en l'autre.

apporter la guerre, dit-il, et pour instruire de La concupiscence et la force sont les sources cette guerre, je suis venu apporter le fer et le de toutes nos actions purement humaines : la feu. (Matth., 10, 34. Luc., 12, 46.) Avant lui, concupiscence fait les volontaires ; la force, les le monde vivoit dans une fausse paix. involontaires. LXXI.

LXXII. Les platoniciens, et même Épictète et ses sec- Dieu ne regarde que l'intérieur : l'Église ne tateurs, croient que Dieu est seul digne d'être juge que par l'extérieur. Dieu absout aussitôt aimé et admiré; et cependant ils ont desiré d'é- qu'il voit la pénitence dans le coeur; l'Église, tre aimés et admirés des hommes. Ils ne connois- quand elle la voit dans les œuvres. Dieu fera sent pas leur corruption. S'ils se sentent portés une Église pure au-dedans, qui confonde par à l'aimer et à l'adorer, et qu'ils y trouvent leur sa sainteté intérieure et toute spirituelle l'imprincipale joie, qu'ils s'estiment bons, à la bonne piété extérieure des sages superbes et des Phaheure. Mais s'ils y sentent de la répugnance; risiens : et l'Église fera une assemblée d'hommes s'ils n'ont aucune pente qu'à vouloir s'établir dont les mours extérieures soient si pures, dans l'estime des hommes, et que pour toute qu'elles confondent les mours des païens. S'il perfection ils fassent seulement que, sans for- y a des hypocrites si bien déguisés, qu'elle n'en cer les hommes, ils leur fassent trouver leur connoisse pas le venin , elle les souffre; car enbonheur à les aimer, je dirai que cette perfec- core qu'ils ne soient pas reçus de Dieu, qu'ils ne tion est horrible. Quoi ! ils ont connu Dieu, et peuvent tromper, ils le sont des hommes qu'ils n'ont pas desiré uniquement que les hommes trompent. Ainsi elle n'est pas déshonorée par l'aimassent; ils ont voulu que les hommes s'ar- leur conduite qui paroit sainte. rétassent à eux; ils ont voulu être l'objet du bonheur volontaire des hommes !

LXXIV.
LXXII.

La loi n'a pas détruit la nature; mais elle l'a

instruite : la grace n'a pas détruit la loi ; mais Il est vrai qu'il y a de la peine en s'exerçant elle l'a fait exercer. dans la piété. Mais cette peine ne vient pas de

On se fait une idole de la vérité même : car la la piété qui commence d'être en nous, mais de vérité, hors de la charité, n'est pas Dieu; elle l'impiété qui y est encore. Si nos sens ne s'op- est son image, et une idole qu'il ne faut point posoient pas à la pénitence, et que notre cor- aimer ni adorer; et encore moins faut-il aimer ruption ne s'opposât pas à la pureté de Dieu, et adorer son contraire, qui est le mensonge. il n'y auroit en cela rien de pénible pour nous.

LXXV. Nous ne souffrons qu'à proportion que le vice qui nous est naturel résiste à la grace surnatu- Tous les grands divertissements sont dangerelle. Notre cour se sent déchiré entre ces ef- reux pour la vie chrétienne; mais entre tous forts contraires. Mais il seroit bien injuste d'im- ceux que le monde a inventés, il n'y en a point puter cette violence à Dieu qui nous attire, au qui soit plus à craindre que la comédie. C'est lieu de l'attribuer au monde qui nous retient. une représentation si naturelle et si delicate des C'est comme un enfant que sa mère arrache passions, qu'elle les émeut et les fait naître dans d'entre les bras des voleurs, et qui doit aimer notre cour, et surtout celle de l'amour : prindans la peine qu'il souffre la violence amoureuse cipalement lorsqu'on le représente fort chaste et légitime de celle qui procure sa liberté, et et fort honnête. Car plus il paroît innocent aux ne détester que la violence impétueuse et tyran-ames innocentes, plus elles sont capables d'en nique de ceux qui le retiennent injustement. être touchées. Sa violence plait à notre amourLa plus cruelle guerre que Dieu puisse faire aux propre, qui forme aussitôt un desir de causer les hommes dans cette vie, est de les laisser sans mêmes effets que l'on voit si bien représentés ;

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