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phique, écrit dans le seul but d'écraser l'infâme ! c'està-dire de détruire la douce et bienfaisante religion chrétienne, qui, depuis dix-neuf cents ans, moralise l'humanité et la conduit dans les voies du progrès.

D'autres sont entrés dans cette voie, en suivant la pente de leurs études, de leur esprit et du milieu dans lequel ils ont vécu; j'ai pensé que je pouvais y entrer aussi, mais avec un but contraire aux philosophes du XVIIIe siècle.

Montrer ce que l'humanité doit au Christianisme ne peut être qu'une œuvre utile, la vérité ne peut que gagner à être mise en lumière, même par une main inhabile ou une plume médiocre. Il suftit qu'elle soit impartiale et consciencieuse.

Arrière donc tout système préconçu, tout parti-pris, toute passion mesquine ou haineuse ! Ce livre, fruit de longues recherches et de méditations sérieuses, est, comme les Essais de Michel Montaigne, « un livre de » bonne foy.

S'il se rencontre sur ma route un raisonnement fort et concluant, une preuve solide, je les reproduis « en rendant à César ce qui est à César ». Dans un ouvrage de cette nature, fait par un seul homme, il n'est guère possible que cet homme tire tout de son propre fond. Il est alors obligé de recourir aux maîtres de toutes les nations et de tous les siècles, mais il doit faire connaître les sources où il a puisé (1).

N'ayant, en aucune façon, la prétention de faire un dictionnaire historique ou biographique, je me suis borné à esquisser la vie des hommes qui se sont occupés de philosophie morale ou religieuse, comme Confucius, Zoroastre, Socrate, Platon, Cicéron, parmi les anciens;

(1) Si je cite textuellement, je fais précéder la citation d'un trait —; si je ne prends que des fragments, je les indique par des guillemets « ..... » ou par des notes au bas des pages. Enfin, si c'est un simple résumé, si je n'ai pris que les idées générales, je le dis aussi . Ce qui appartient en propre à l'auteur doit toujours venir en première ligne, les citations suivent pour corroborer l'idée première.

Abélard, Montaigne, François de Sales, dans le moyen âge; Descartes, Pascal, Reid ou Dugald-Stewart, dans les temps modernes; encore l'ai-je fait d'une manière sommaire, plutôt pour indiquer les sources où l'on peut puiser que pour résumer leur vie et leur doctrine.

Je commence chaque article par la définition exacte du mot, d'après les meilleurs lexiques; j'y joins des observations raisonnées et plus étendues sur la portée, la valeur et l'application de ce mot à la philosophie morale; puis, viennent les citations, c'est-à-dire l'opinion des auteurs anciens et modernes, de quelque autorité, sur le même sujet.

Cette mine inépuisable qu'on appelle le cour humain a été fouillée par d'illustres écrivains; je ne sache pas qu'aucun l'ait encore fait à ce point de vue : montrer les bienfaits dont le Christianisme a doté le monde moral.

Je m'explique: J'admets que l'homme comprenne que le sensualisme est une doctrine fausse, que la sa. gesse ancienne est une transaction vicieuse, que le spiritualisme est incomplet, quelle loi suivra-t-il ? Le renoncement à lui-même, l'abnégation, l'amour du bien. – Soit !... Mais où prendra-t-il la force pour cette abnégation ? Comment parviendra-t-il à faire ce bien qu'il aime ? Peut-il, pour servir une abstraction, sacrifier son corps, souffrir, faire taire ses appétits, ses passions et souvent les plus doux sentiments? Non, une idée, une abstraction, quelque admirables qu'elles paraissent, n'ont pas cette puissance. Il n'aurait jamais cru à la possibilité d'un pareil sacrifice, si l'exemple ne lui en eût été donné avec le précepte, s'il ne lui eût été démontré humainement que le passage dans ce monde est une épreuve et que la mort du corps est le commencement de la vie de l'âme.

Alors seulement, il a pu comprendre l'espérance et la charité; alors seulement, il a su être patient sans apathie, courageux sans orgueil, humble sans lacheté. C'est que le mystère de l'humilité et de la souffrance

lui a été expliqué. Le Christ, avec l'enseignement, lui a donné le modèle.

On ne sera point étonné de ne pas trouver dans ce dictionnaire les mots abstraction, aperception, intuition, syndérèse, modalité, ontologie, identité, monade, etc., car nous n'avons pas à nous occuper de la science purement métaphysique, comme l'ont fait récemment quelques professeurs éminents de l'Université (1). Tout ici doit être clair et à la portée de la majorité des lecteurs pour lesquels j'écris.

(1) V. le Dictionnaire des Sciences philosophiques ; 6 vol. in-8.

DICTIONNAIRE RAISONNÉ

DE

PHILOSOPHIE MORALE

A

Abandon. — Avec des idées nouvelles, les mots changent souvent de signification. D'après les anciens dictionnaires le mot abandon signifiait seulement indolence, négligence de ses intérêts. Le Christianisme a fait de ce mot le synonyme de résignation en l'appliquant à la volonté de Dieu. Abandon n'a plus été que le renoncement à soi. « Il faut vivre, a dit Bourdaloue, dans un plein abandon de soi-même à la volonté de Dieu. » « Si quelque chose est capable de mettre un cæur au large et en liberté, dit à son tour Fénelon, c'est cet abandon à la Providence. »

Le grain de blé devient épi, le gland prend les proportions du chêne, la pluie rafraichit la terre, le soleil éclaire le monde, les constellations se balancent autour de ces globes dans un admirable ensemble, sans que rien trouble cette magnifique harmonie. C'est que la main de Dieu, qui les a créés, n'y trouve point d'obstacles; aussi le poète a-t-il pu dire :

Cæli enarrant gloriam Dei. Pourquoi n'en est-il pas de même de l'homme ?

C'est que Dieu a voulu le faire libre et que, trompé par ses sens, par ses passions, il abuse de sa liberté et laisse le bonheur pour l'ombre, l'avenir pour le présent et l'éternité pour le temps.

Il n'y a donc qu'une chose sage en ce monde, sage et ration

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nelle en même temps : l'abandon. L'abandon complet et sans retour sur soi-même. Quand on a accompli tous ses devoirs, on ne goûte de vrai repos, de vrai bonheur qu'en cet état de l'âme.

Avec l'abandon, on goûte, au lieu des passions et des poisons que la Société distille incessamment, une paix, une douceur qui surpasse tout ce qui, en tout autre état, peut être senti et goûté de plus consolant.

Mais il faut pour cela nous défier des consolations qui nous viennent des hommes. Elles sont passagères et souvent trompeuses.

Ne rejetons pas sur les exigences de notre position, de nos fonctions, de notre famille, l'obstacle à notre abandon à Dieu... Ne peut-on se donner à lui et se laisser guider au milieu des embarras du monde, aussi bien que dans la solitude ? Notre faiblesse et nos fautes ne nous font-elles pas sentir au contraire le besoin que nous avons de sa main toute puissante ?

Le meilleur moyen de réparer une faute, c'est, au moment où on s'en aperçoit, de jeter un simple regard vers Dieu, de s'en repentir et de se replonger en lui, comme dans un asile inaccessible à l'ennemi. Puis marcher avec courage, comme si on n'était pas tombé.

Nous ne sommes troublés, inquiets, découragés que lorsque nous hésitons à nous abandonner. C'est un fait facile à vérifier; qu'il porte donc ses fruits.

Travaillons à modérer notre vivacité, même pour le bien. Tout ce que nous faisons humainement et de nous-mêmes est souvent de travers; mais que cette idée ne nous conduise pas au découragement, ce serait une misère plus grande que les autres.

Il y a dans l'homme un fonds inépuisable d'orgueil; combattons cette tendance.

Laissons les riens pour posséder le tout; vivons jour à jour, heure à heure, sans soucis, sans désirs, sans prévoyance inquiète et sans crainte. Donnons-nous à Dieu avec cette confiance parfaite qu'il demande de nous. Quand il nous console, c'est que cela nous est utile; quand il nous alllige, c'est qu'il voit que cela nous est nécessaire; acceptons avec reconnaissance et respectons ce qu'il nous envoie.

Abattement.

baite

Langueur de l'âme; assaiblisse

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