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LA BIBLIOTHÈQUE UNIVERSELLE.

NOUVELLE PÉRIODE.

Fondé en 1796 sous le nom de Bibliothèque Britannique, auquel fut substitué en 1816 celui de Bibliothèque Universelle, ce recueil périodique a essuyé, pendant les soixante-deux années de son existence, bien des fortunes diverses, et il a vu naître et mourir à côté de lui beaucoup d'entreprises semblables à la sienne. En entrant aujourd'hui dans une phase nouvelle, la Bibliothèque Universelle, revue suisse et étrangère, ne se dénature ni ne s'altère, elle se modifie et se rajeunit.

Les modifications qu'elle reçoit sont de deux sortes. Nous ne nous étendrons pas sur celles qui concernent simplement la constitution matérielle du journal; les principales consistent dans l'augmentation, sans changement de prix, du nombre des pages de chacun des numéros et dans la fixation d'un terme précis pour la publication de notre revue, qui, désormais, paraîtra régulièrement le 20 de chaque mois. Ce sont là des modifications d'une importance secondaire, sans doute, mais néanmoins réelle. En effet, loin de nous restreindre dans le choix des sujets qui pourront être traités par nos collaborateurs, loin de diminuer le nombre de ces derniers, nous nous proposons au contraire d'étudier toutes les matières d'un intérêt général avec encore plus d'extension que notre journal ne l'a fait jusqu'ici, et nous nous sommes assuré la coopération active de plusieurs écrivains demeurés jusqu'à présent étrangers à notre euvre. Il fallait donc, pour correspondre à ce développement, donner plus d'unité, plus d'ordre, plus d'ampleur à l'organisation matérielle de la Bibliothèque.

Mais l'organisation matérielle n'est, après tout, qu'un ressort, qu’un agent mis au service d'une idée. Il importe, sans contredit, que cette idée soit bien servie, mais il importe bien plus encore qu'elle soit digne de l'être. Quelles sont les modifications apportées à la direction morale et littéraire de la Bibliothèque Universelle? Voilà la vraie question, à laquelle nous nous empressons de répondre que ces modifications sont moins, comme nous l'avons déjà dit, une transformation qu'un épanouissement. Le passé de notre Revue est la base sur laquelle nous comptons asseoir l'avenir. Ce n'est point par contrainte, c'est avec joie que nous acceptons l'héritage de ce passé. Les traditions morales, intellectuelles, patriotiques de la Bibliothèque Universelle sont de celles qu'il serait insensé de répudier. Consacrées par une durée de plus d'un demi-siècle, par la mémoire des hommes éminents qui les ont inaugurées et maintenues, par l'estime du public choisi qui les a sanctionnées, par l'approbation et le concours de nos amis, ces traditions ont droit à tout notre respect et à toute notre reconnaissance. Mais il y a plus: elles ont aussi toute notre sympathie, et c'est un grand bonheur pour nous que de pouvoir y rattacher le développement de nos propres opinions.

A bien des égards, sans doute, la tâche nous est rendue par là plus difficile. Nous ne nous dissimulons point la responsabilité que nous prenons en acceptant la succession de tant d'honorables souvenirs. Notre seule excuse, c'est d'avoir pensé que de toutes les noblesses la noblesse intellectuelle et morale est celle qui oblige le plus. C'est parce que nous connaissons nos obligations, que nous sentons profondément notre insuffisance ; et cependant, ces traditions de la Bibliothèque Universelle ne créent pas seulement pour nous des devoirs; elles nous inspirent comme une sorte de courageuse ambition. Ce n'est pas assez de les maintenir, nous aspirons à les étendre.

Rédigée exclusivement à Genève, où elle avait été fondée, la Bibliothèque Universelle avait, par cela même, revêtu un caractère trop local pour qu'il fût entièrement compatible avec les justes exigences des autres centres intellectuels de la Suisse. L'appui qu'elle avait souvent trouvé hors du lieu de son origine, n'avait pas suffi à lui enlever ce caractère. De là un double inconvénient : le mérite intrinsèque et l'influence de notre revue eussent été bien plus grands si la circonstance que nous venons de signaler ne l'avait pas privée des ressources littéraires sur lesquelles un journal suisse aurait eu le droit de compter. Un second inconvénient, qui n'est, en réalité, qu'une conséquence du premier, c'est que la Bibliothèque Universelle était considérée, à l'intérieur aussi bien qu'au dehors, comme un organe non pas de la Suisse, mais d'une partie de la Suisse, qu'elle demeurait plus ou moins étrangère à la pensée de la patrie commune, qu'elle n'était, en définitive, qu'une représentation insuffisante du mouvement intellectuel dans

notre pays.

Nous nous proposons donc, pour but principal, d'ameDer cette représentation à être aussi complète qu'il dépend de nous. Nos efforts tendront toujours à grouper les forces plus ou moins éparses jusqu'ici, de manière à obtenir le concours actif et à mériter la confiance du pays tout entier. Notre plus vif désir, c'est que la Bibliothèque Universelle devienne un journal suisse, à la prospérité duquel chacun travaille, chacun s'intéresse, chacun mette son

amour-propre et son patriotisme. Ce veu, nous ne pouvons le réaliser qu'en offrant à tous les talents dont notre patrie s'honore une large hospitalité, et en les conviant à entreprendre avec nous cette œuvre désormais commune. Notre appel a été entendu, et, tout près de nous, en particulier, il a été accueilli avec une chaleureuse bienveillance et une cordiale sympathie. Il est inutile d'entrer à ce sujet dans de plus amples détails, mais il nous est permis de dire que la Bibliothèque Universelle occupe désormais dans la presse suisse une place nouvelle, et qu'elle revendique hautement les charges, la responsabilité et l'honneur d'une revue nationale.

L'existence de la Suisse ne repose pas uniquement sur ses lois politiques, sur son activité industrielle, ni même sur sa gloire militaire. Nous avons une autre indépendance que celle qui se trouve écrite dans nos constitutions ; une autre nationalité que celle qui est issue du sang versé par nos pères; ou, pour mieux dire, toutes les libertés se tiennent, et le drapeau de la Suisse n'abrite l'indépendance de la pensée, que parce qu'il est le symbole de l'indépendance du sol. Notre histoire littéraire est là pour nous montrer que nous possédons une vie intellectuelle qui nous est propre, et dont l'action s'est souvent étendue au delà des frontières dans lesquelles est renfermée notre existence politique. Faut-il citer les noms de Rousseau ou de Lavater, de Jean de Müller ou de Vinet, de Haller ou de de Saussure, pour rappeler comment des idées nées en Suisse sont devenues européennes ? Et dans un ordre moins relevé peut-être, mais digne encore d’être signalé, la littérature suisse ne peut-elle pas nommer, pour ne parler encore ici que des morts, des romanciers populaires comme Jérémias Gotthelf, de charmants conteurs comme Rodolphe Töpffer, dont la renommée a promptement franchi les limites du sol natal? C'est le propre de la liberté de fécon

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