Lettres originales de Mirabeau: écrites du donjon de Vincennes, pendant les années 1777, 78, 79 et 80 : Contenant tous les détails sur sa vie privée, ses malheurs, et ses amours avec Sophie Ruffei, marquise de Monnier

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Page 151 - Sa femme, cette épouse, qui depuis — (il ne l'aimait pas davantage alors, mais il s'en faisait servir) sa femme, dis-je, venait, chaque jour, verser des consolations dans son sein; sa mère recevait ses lettres ; son frère , ses amis , correspondaient avec lui : une semaine vit naître et finir sa servitude. Cependant il s'est cru, il s'est dit le martyr du bien public; et les économistes comptent cette détention, si adoucie et si courte, dans les fastes de leur secte, comme les fanatiques...
Page 131 - Gautier sortait du carrosse pour donner quelques ordres, s'avança et ouvrit la portière pour voir la personne qu'on lui cachait avec tant de soin et qu'il supposait être une femme. Il vit un homme en bonnet de nuit, les fers aux mains, un bâillon à la bouche. La barrière se ferma ; Gautier et ses recors furent saisis et eurent la tête tranchée. Je n'ai pas pu lire cette anecdote, que je connaissais, mais que j'avais perdue de vue, sans de bien tristes réflexions.
Page 189 - Voulez-vous qu'elle ait fait une imprudence? elle seule l'a expiée. Personne au monde qu'elle et son amant n'a été puni de leur erreur, si vous appelez ainsi leur démarche. Mais comment nommerez-vous le courage avec lequel elle a soutenu le plus affreux des revers; la persévérance dans ses opinions et ses sentiments; la hauteur de ses démarches au milieu de la plus cruelle détresse; la décence de sa conduite dans des circonstances si critiques; l'uniformité de ses principes; l'héroïsme...
Page 71 - Sophie! que tous les riens pompeux ou frivoles ont peu d'accès dans son ame! que tous les rois de la terre lui paraissent petits auprès de son amant! Oui, chère épouse, j'ose le croire, tes regards ne se détourneraient pas de dessus les miens , pour fixer le plus puissant des mortels qui t'adresserait son hommage. Gabriel , fût-il né dans un état obscur, dans un rang subalterne, eût touché sa Sophie, s'il eût été connu d'elle.
Page 21 - Ion amour. Eh ! quel autre bien me reste-t-il? quelle autre consolation? quel autre espoir? Tu penses peut-être qu'il y aurait plus que de l'injustice à moi, qu'il y aurait de l'ingratitude à en douter. Mais prends garde, chère amante, que l'amour passé est plus que prouvé par ta conduite passée, sans doute ; mais que le présent seul peut prouver l'amour présent. Certainement j'ai de toi la plus haute opinion que jamais amant ait eue de sa maîtresse ; je te l'ai dit cent fois, je suis plus...
Page 70 - ... qu'elle leur en obtint. Sa tendresse lui coûta la vie. Le bruit courut en Italie, pendant une grande maladie du roi, qu'il était mort. Cette fausse nouvelle trancha les jours de son amante. Thomassine s'enferma dans une chambre obscure, où, tout entière à sa douleur, elle invoquait la mort. Une fièvre ardente la consuma en moins de huit jours. L'ingrat Louis XII lui donna quelques larmes et fit graver une épitaphe sur un magnifique tombeau que lui élevèrent les Génois. Ne te sens-tu...
Page 348 - Je ne puis soutenir un tel genre de vie, mon père, je ne le puis. Souffrez que je voie le soleil, que je respire plus au large, que j'envisage des humains; que j'aie des ressources littéraires, depuis si long-temps unique soulagement à mes maux; que je sache si mon fils respire et ce qu'il fait. Permettez que je mette à vos pieds quelques propositions, entre lesquelles je vous prie de choisir.
Page 102 - ... que j'en viendrais à bout. Je ne me suis pas trompé; mais, en séduisant, j'ai été séduit ; et je ne m'y attendais pas ; et je le craignais même. Insensé que j'étais! à quel bonheur je voulais me refuser ! Je substituais l'orgueil à l'amour. Pardonne, ô ma Sophie, pardonne; je ne connaissais pas les délices d'une tendresse mutuelle : toi seule pouvais me les faire goûter. J'ai bien expié mon crime. Ahi je chéris mes chaînes mille fois plus que je ne les ai craintes.
Page 80 - Toutes les facultés de mon ame tendent vers toi ; c'est Sophie que je veux voir, entendre, aimer: c'est d'elle seule que je suis capable de recevoir le plaisir et l'exercice de tous mes sens intérieurs et extérieurs. Ainsi, si le bonheur d'une autre vie doit être le bonheur de l'homme tout entier, c'est ma Sophie qui le constituerait encore. Quand bien même on parviendrait donc à nous rendre de...
Page 99 - On peut tout sacrifier, que dis-je ? on dûjyre tout sacrifier, excepté la tendresse de l'objet aimé. S'il est un être humain qui pense autrement, qu'il ne se croie pas plus désintéressé que moi ; il n'est que moins amoureux. Il n'est qu'un seul moyen de sacrifier l'amour de ce qu'on idolâtre ; c'est de se percer le cœur. Si je croyais que ma mort fût nécessaire à ton bonheur, et que tu pusses le recouvrer à ce prix, je ne balancerais pas un instant à m'immoler. Je le ferais avec joie,...

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