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nous avons

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tion. La connaissance de ces conditions ne nous apprend
rien sur l'essence même du phénomène,
dit d'ailleurs que ce n'est pas cela que nous cherchons,--
mais elle conduit notre raison à admettre dans la percep-
tion autre chose qu'un mouvement percevant, car les
mouvements percevants n'ont pas encore cours dans la
science. Il faut donc que le mouvement impressionneur
arrivé au terme de sa course, c'est-à-dire dans le cerveau,
agisse sur quelque chose qui n'est pas lui et qui soit
capable de percevoir de différentes façons. Or, ce quelque
chose, qu'est-ce?

Ce n'est pas certainement l'âme séparée du corps, car on se figure difficilement un esprit pur placé dans le cerveau en ce point où viennent aboutir toutes les fibres sentives.On ne saisit pas, dans ces conditions, le lien nécessaire qui doit unir l'esprit à la matière ; on ne comprend pas enfin que cet esprit pur, formant un tout indivisible, puisse être simultanément odeur, son, couleur, principe de mouvement.

Toutes ces difficultés disparaissent si on consent à voir les choses telles qu'elles sont, c'est-à-dire l'âme vivifiant par sa présence les cellules qui terminent les nerfs sensitifs, et qui par leur agglomération forment les couches optiques.

Dans ces conditions, l'âme n'a pas besoin de l'intermédiaire du mouvement comme le voulait Stahl (1); elle est intimement unie à la matière et c'est elle-même qui est mouvement. C'est elle qui communique aux cellules la faculté de percevoir, et les cellules à leur tour fournissent à l'ame, par leurs propriétés particulières, l'occasion d'être multiple sans cesser d'être une, d'ètre la diversité dans l'homogénéité. Ceci paraîtra plus clair aver le secours d'une figure descriptive.

Le cercle 0 représente une des couches optiques. A, B, C, D, E, représentent les fibres sensitives qui pro

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(1) Voir notre critique de l'âme de Stahl un peu plus loin.

viennent de toutes les parties sensibles et aboutissent chacune à une cellule différente A', B', C', D', E'. Il faut remarquer en outre que les cellules optiques ne sont pas isolées, mais qu'elles sont unies entre elles par des prolongements.

L'âme, se trouvant répandue dans chacune des cellules A', B', C', D', E', qu'elle imprègne de son essence, ne cesse

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pas d'être une, car toutes ces cellules sont unies les unes aux autres par des prolongements ; elle représente ainsi un tout divers quant à la forme, mais continu comme essence. Or qu'arrivera-t-il quand des impressions variées, agissant sur les nerfs A, B, C, D, E, viendront réveiller successivement l'activité des cellules A', B', C', D', E'? Il arrivera que l'âme sera affectée en divers points de son étendue par des causes différentes, et, comme ces divers points sont unis entre eux,l'émotion provoquée par chaque cause impressionnante rayonnera vers toute l'étendue de l'âme. C'est donc la même âme qui sentira toutes les impressions, et ceci en vertu des lois de la physique les mieux établies.

Quant à la diversité des perceptions, elle s'explique par la diversité même des mouvements qui les provoquent. Chaque perception étant provoquée dans l'âme par un mouvement différent, il est assez naturel que l'émotion

éprouvée par l'âme soit différente selon le mouvement qui l'affecte.

Du centre de perception. - Si l'on considère à présent que toutes les fibres sensitives, sans exception, viennent aboutir aux cellules des couches optiques, et si l'on n'oublie pas que toutes ces cellules sont unies entre elles par des prolongements, on aura une idée exacte de cette unité imposante que nous appelons centre de perception. Ce centre est la base fondamentale de l’ime physiologique. Nous disons l'âme physiologique parce que tous les phéno. mènes dont elle se compose peuvent être déterminés dans les conditions de leur développement, comme nous venons de le faire pour le centre de perception.

Cette ame, virtuellement unie aux éléments matériels, ne se manifeste qu'avec le concours de la matière, et c'est en ne perdant pas de vue cette union nécessaire, caractéristique de l'âme humaine, que l'on peut expliquer les phénomènes qui lui sont propres. L'âme purement spirituelle, formant un tout distinct séparé du corps, ne soutient pas un examen sérieux, et peut être désormais classée parmi les ingénieuses inventions de l'esprit humain. D'ailleurs avec cette conception on n'explique absolument rien, pas même les idées innées ; tout est attaquable. Quant à l'âme purement matérielle, elle n'est qu'un mot complaisant pour ceux qui, en fait de science, se contentent de mots ; mais ce mot est déplorable parce qu'il est la négation de l'activité de l'esprit humain dans les hautes régions de la pensée.

L'âme physiologique seule peut s'affirmer parce que, tout en consacrant l'existence d'un principe, elle fournit les motifs de l'intermittence de son action, de la succession des phénomènes, et qu'elle donne justement la raison de tout ce qui n'est explicable qu'en admettant l'union intime de l'âme et du corps.

Cette âme, nous ne la connaissons encore que par un de ses côtés, le côté par où elle perçoit ; mais c'était le plus important à établir. Lorsque nous aurons déterminé

tous les éléments qui la composent, nous la montrerons dans son ensemble.

Après avoir fait connaître ce qui est connaissable dans le phénomène perception, nous devons faire un pas de plus ; nous devons faire le dénombrement scientifique de tous les éléments simples qui, sous le nom de perceptions, servent de fondement et de base à l'esprit humain tout entier.

Dans ce dénombrement il sera bon de se rappeler notre division de la vie organique et de la vie fonctionnelle, car c'est dans la profondeur de ces deux vies que nous irons chercher la cause et les conditions de toutes nos perceptions.

CHAPITRE II.

Perceptions qui proviennent de la vie organique.

$1.

BESOINS. PASSIONS.
CARACTÈRES DU BESOIN ET DE LA PASSION.

L'absence de filets nerveux, concourant directement à l'évolution de la matière organique, nous explique le silence qui accompagne ce mouvement et l'absence de sensations de la rie organique, c'est-à-dire l'absence de perceptions capables de nous faire connaître directement ce qui se passe dans l'intimité des tissus de la vie. Pour qu'il existat des perceptions de cette nature, il faudrait que de chaque molécule du corps partit un nerf capable de transmettre au moi les impressions variées que reçoit cette molécule, et qu'en même temps les volitions fussent transmises à cette molécule par l'intermédiaire d'un nerf particulier.

A ces conditions la vie organique serait sensible, comme d'aucuns le prétendent avec Cabanis; elle serait même intelligente. En plongeant ses regards dans l'organisme à travers les nerfs du sentiment, l'homme verrait comment l'aliment se transforme en chyme, le chyle en sang, le sang en bile, en salive, en matière nerveuse ; il se verrait lui-même enfin, et, bientôt, par la connaissance des lois qui régissent le monde physique, il s'élèverait au niveau d'une puissance créatrice.

Mais il n'en est pas ainsi : la porte de notre organisme

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