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leurs à tout observateur sérieux qui voudrait s'éclairer sur ce point, de répéter ces expériences devant lui. Nous ferons plus encore : un autre expérimentateur pratiquera l'expérience, et nous déclarons être en mesure de dire quelle partie du cerveau aura été lésée, rien que par l'examen des symptômes que présentera l'animal. Ces symptômes sont souvent très-complexes, mais il est possible de les débrouiller.

Pour donner une idée exacte des conditions anatomiques fondamentales qui permettent aujourd'hui d'expliquer physiologiquement les divers modes d'activité de l'esprit humain, nous avons tracé une figure schématique qui représente bien ces conditions.

Explication de la figure. - Dans la région n°1, nous voyons les nerfs sensitifs ou impressionneurs, c'est-à-dire

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les nerfs qui portent vers le cerveau le résultat d'une impression reçue et qui occupent la partie postérieure de la moelle. Ces nerfs aboutissent à la région no 2, connue

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sous le nom de couches optiques, et composée en grande partie de cellules nerveuses; des fibres partent de ce centre sous forme de rayons et le font communiquer, d'un côté, avec la région n° 3, composée de cellules et désignées sous le nom de couche corticale du cerveau, de l'autre, avec la région n° 4, composée, elle aussi, de cellules, et désignée sous le nom de corps striés. De cette dernière ré. gion partent les nerfs du mouvement qui occupent dans la région no 5 la partie antérieure de la moelle. Ces cinq régions représentent la plupart des localisations acquises à la science.

Afin que le lecteur se grave plus facilement cette figure dans la mémoire, nous dirons un mot du rôle fonctionnel de chacune des parties qui la composent.

Le phénomène de la perception simple a bien son siège dans les couches optiques, car, si on détruit cet organe chez le chien vivant, l'animal n'est plus sensible à aucune impression : il n'odore plus, il ne voit plus; en un mot, il vit, mais il ne sent pas. Quand l'homme est modifié dans les couches optiques, il sent, et voilà tout. Sentir, c'est vivre d'une certaine façon. Nous voulons dire par là que, pour sentir avec connaissance, il faut autre chose que cette perception simple : il faut cette perception simple et quelque chose de plus que nous allons faire connaître.

Le phénomène-perception s'accompagne nécessairement d'un mouvement propre des cellules. Or, ce mouvement ne s'épuise pas sur place; les couches optiques ne sont pas isolées au milieu de la substance cérébrale, et il est tout naturel que le mouvement dont elles sont le siége se communique aux parties voisines. C'est ce qui arrive : des couches optiques, le mouvement impressionneur s'étend de proche en proche, à travers les fibres du noyau blanc, pour aboutir, en définitive, aux cellules qui forment la couche pépériphérique du cerveau. Ces cellules sont modifiées d'une certaine façon par le mouvement impressionneur, et nous

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de

devons nous demander quel phénomène correspond à cette modification. L'expérimentation sur les animaux vivants et l'observation pathologique nous permettent de répondre à cette question d'une manière formelle.

Déjà, depuis longtemps, on avait remarqué que, chez les déments, la couche corticale du cerveau était ramollie ou plus ou moins lésée. Nous-même, dans nos expériences sur les chiens, nous avions remarqué que, lorsque nous détruisions cette région par le caustique, nous provoquions une sorte de folie; l'animal conservait tous ses sens comme chez les déments, mais il ne connaissait pas, il n'avait plus de mémoire. Notre conclusion fut que le phénomène-perception, que nous avions ru se produire dans les couches optiques, ne se produisait pas dans la couche corticale, puisque les déments, ainsi que les chiens dont la couche corticale est lésée, conservent leur sensibilité. Mais comme, d'un autre côté, les couches optiques ne concourent qu'à la perception simple, à la perception sans connaissance,

eûmes à rechercher par quel mécanisme la perception simple, dans les couches optiques, se transforme en perception avec connaissance, grâce au concours de l'activité des cellules de la couche corticale du cerveau. Ce mécanisme, qui est celui de la mémoire, sera exposé plus loin.

Disons seulement que les cellules de la couche corticale du cerveau représentent, sous forme de modalité dynamique in posse, toutes les notions acquises, et que c'est aux connexions anatomiques qui unissent ces cellules aux couches optiques qu'elles empruntent la possibilité de réveiller successivement le centre de perception pour donner naissance aux phénomènes de mémoire.

Le rêve n'est autre chose que le réveil du centre de perception par l'activité des cellules de la couche corticale, alors que ce même centre est fermé aux influences extérieures.

Toutes les cellules de la couche corticale sont unies entre elles par leurs prolongements ; elles peuvent donc

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réveiller mutuellement leur propre activité. Il suffit, en effet, qu'une d'elles fonctionne pour que le fonctionnement des autres s'ensuive.

La route que nous avons assignée tout à l'heure au mouvement impressionneur, des nerfs sensitifs aux couches optiques, et de ces dernières aux cellules de la couche corticale, n'est pas la seule voie suivie par ce mouvement. Les couches optiques sont unies par des fibres spéciales à un autre noyau de cellules que l'on désigne sous le nom de corps striés. C'est dans ce noyau que viennent aboutir toutes les fibres des nerfs du mouvement.

Ces connexions anatomiques sont déjà une présomption en faveur du rôle important que nous attribuons aux corps striés dans l'exécution des mouvements. Cette présomption s'est transformée en certitude, quand nous avons vu l'abolition de tout mouvement succéder, chez les chiens vivants, à la destruction de ces organes. Dès lors, il nous a paru possible d'expliquer le mécanisme fonctionnel de tous les mouvements volontaires ou involontaires.

Les mouvements sont involontaires lorsque la cause impressionnante, un danger, par exemple, est assez vive pour réveiller directement l'activité des corps striés et provoquer aussitôt, par l'intermédiaire des nerfs moteurs, un mouvement déterminé.

Les mouvements sont volontaires lorsque la cause impressionnante donne le temps à l'attention de soumettre l'impression sentie à la pierre de touche des connaissances acquises, de réveiller, par conséquent, l'activité des cellules de la couche corticale. Ce n'est qu'après cet examen que l'impression dominante, dans les couches optiques, détermine l'exécution du mouvement qui lui est corrélatil.

Dans le cas des mouvements involontaires, le mouvement exécuté est ce qu'on appelle vulgairement un premier mouvement. Dans le cas des mouvements volontaires,

l'examen préalable a fait prévaloir dans les couches optiques une impression dominante qui donne au mouvement exécuté les caractères d'un mouvement raisonné et voulu. Les mouvements de la parole rentrent dans ces derniers mouvements.

Là s'arrêtent les résultats de nos expériences; il est temps de revenir au phénomène perception.

Tout sentiment, toute sensation actuelle ou de souvenir, se produisent donc dans les couches optiques. Ne pouvant pas déterminer l'essence même de ce phénomène merveilleux, unique en son genre, nous essaierons du moins d'indiquer les conditions nécessaires qui président à son développement.

Toute cause impressionnante est un certain mode de mouvement : le son, l'image, les odeurs, les saveurs, considérés comme causes impressionnantes, sont des mouvements particuliers. Ces divers mouvements impressionnent les nerfs d'une façon différente. C'est pourquoi à chaque espèce de mouvement est affecté un nerf spécial susceptible d'être impressionné seulement par cette espèce de mouvement : les nerfs de l'odorat ne sont pas impressionnés par le mouvement lumineux; les nerfs du goût ne sont pas impressionnés par le mouvement sonore, etc., etc. Tout est divers, spécial, dans les causes comme dans les agents qui transmettent leur influence. Le microscope, l'histochimie, n'ont pas encore dévoilé dans les nerfs et dans les cellules cérébrales la cause immédiate et matérielle de cette diversité, mais elle existe, nous dirons plus, elle est nécessaire.

Voilà donc des mouvements divers, spéciaux, qui impressionnent les nerfs sensitifs; ceux-ci, sous l'influence de l'impression, sont le siége d'un certain mouvement, et ce mouvement est transmis de proche en proche jusqu'aux couches optiques. Ce certain mouvement est accompagné d'une perception et à chaque mouvement différent correspond une perception différente. Telles sont les conditions exactes, physiologiques du phénomène percep

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