Page images
PDF
EPUB

nous trouvions quand nous exposions les caractères et le mécanisme des mouvements de l'être sensible. Pour atteindre ce dernier but, nous n'avions qu'à considérer la sensibilité comme un principe d'action sollicité par les causes impressionnantes de toute nature, et provoquant des mouvements corrélatifs.

En nous plaçant au point de vue de l'instinct, nous sommes tenus de considérer dans la sensibilité un élément nouveau, mais qui ne nous est pas inconnu. Nous voulons parler des besoins de toute nature qui, provenant des organes du corps et du cerveau lui-même, spécialisent par leur impression le mode d'action de la sensibilité. Ces besoins prennent, dans le cerveau, le nom d'impulsions. Ce sont eux qui impriment leur propre caractère au mouvement exécuté sous leur influence, et, dans ce cas, nous désignons la sensibilité, qui ne cesse pas de présider à l'exécution du mouvement, sous le nom d'instinct. L'instinct n'est donc pas un principe autre que la sensibilité : c'est la sensibilité elle-même provoquant des mouvements, variables selon les espèces, dans le but spécial de donner satisfaction à un des besoins naturels de l'etre sensible.

Les impulsions instinctives peuvent être ramenées à trois types, selon qu'elles poussent l'animal à donner satisfaction aux besoins organiques de la vie de relation, de la vie de nutrition ou de la vie de reproduction. Ces impulsions, nécessaires, fatales, comme tous les besoins, et communes à tous les animaux, nous les avons désignées sous le nom d'instincts généraux et communs, parce qu'elles existent indépendamment de la structure ou de la forme du corps; tous les animaux se meuvent poussés par le besoin de la faim ; tous se meuvent pour fuir ou pour approcher les objets extérieurs; tous enfin recherchent, par le mouvement, la satisfaction du besoin génésique.

Nous avons réservé le nom d'instinct particulier aux impulsions qui poussent l'être sensible à satisfaire les ins

tincts généraux selon des procédés particuliers. En d'autres termes, les instincts particuliers ne sont que la spécialisation des instincts généraux à la faveur de procédés et d'organes propres à chaque espèce.

Quelques mots sur les instincts généraux et particuliers compléteront notre pensée sur l'instinct.

Instincts généraux et communs. — D'après la définition que nous avons donnée de ces instincts, chacun peut en faire le dénombrement en considérant les besoins de relation, de nutrition, de reproduction.

Nous nous bornerons à signaler le mécanisme général qui préside à la manifestation motrice de ces instincts :

1° Réveil de l'activité sensible par une impression de besoin provenant des organes de relation, de nutrition et de reproduction;

2. Réveil de l'activité motrice qui s'exerce sur les sens et le système musculaire;

3o Application répétée des sens sur les objets extérieurs jusqu'à ce que la sensibilité, affectée d'une manière agréable ou désagréable, accueille ou repousse l'objet impressionnant.

Grâce à ce mécanisme, point n'est besoin de faire intervenir un principe distinct de la sensibilité pour expliquer les tendances naturelles, si variables dans les espèces animales; l'activité sensible, éclairée par les sens, et l'activité motrice, dirigée par la notion sensible, nous rendent suffisamment compte des phénomènes observés. Cependant cette explication serait insuffisante si nous voulions l'appliquer aux impulsions qui poussent les animaux à remplir leur destinée, en agissant d'une certaine façon, par le moyen d'organes spéciaux. Dans ce cas nous devrions faire intervenir l'influence même de ces organes, et les modifications variables de l'organisation cérébrale. C'est ce que nous ferons à propos des instincts particuliers.

Instincts particuliers. - Les instincts particuliers à cha

que espèce animale ne sont autre chose que les instincts généraux donnant satisfaction aux divers besoins de l'organisme par des procédés et des organes spéciaux : l'instinct du castor construisant sa cabane, l'instinct de l'abeille, etc., etc.

Il suit de là que, dans l'étude des instincts particuliers, on doit tenir compte :

1° Des impressions de besoin ou impulsions;

2° Des perceptions qui provoquent l'activité fonctionnelle;

3° De l'organisation particulière des instruments qui doivent servir l'instinct;

4° De la structure du cerveau.

C'est en se préoccupant de l'influence particulière de chacun de ces éléments, dans les manifestations instinctives, que l'on peut arriver à se faire une juste idee des instincts particuliers.

Les impressions de besoin qui s'élèvent des profondeurs de l'organisme, vont retentir dans le cerveau d'une manière impérieuse pour exciter cet organe à entrer en activité, et le maintenir dans une sorte de tension fonctionnelle.

Les impressions qui viennent à travers les organes des sens provoquent la perception qui, à son tour, doit réveiller l'activité motrice sollicitée par les besoins.

Les impressions de besoin et les impressions extérieures se complètent les unes les autres au point de vue qui nous occupe : les impressions de besoin, vagues et indéterminées, sollicitent le cerveau à agir d'une manière générale ; les impressions qui proviennent de l'extérieur donnent à l'impression de besoin l'occasion de se définir elle-même, de se transformer, en un mot, en impulsion déterminée. Il est évident qu'une impulsion à faire quelque chose suppose que l'on connaît, que l'on sent cette chose, qu'on l'odore, qu'on la touche, qu'on la goûte, qu'on l'entend. Mais sentir d'une certaine façon et être poussé à agir d'une manière corrélative ne sont pas des

[ocr errors]

éléments suffisants pour expliquer les actes variables des animaux; on ne peut pas être poussé à agir d'une certaine façon, si déjà on ne connaît le résultat possible de cette action.

Comment les animaux connaissent-ils le résultat possible de leurs actes ? Par un mécanisme très-simple, et qui repose sur les relations harmoniques anatomiquement établies entre les instruments et le cerveau. Le cerveau est le commencement et la fin des nerfs. Il suit de là qu'il existe chez les animaux une relation harmonieuse entre la constitution du cerveau et le nombre d'organes. Le cerveau d'une abeille, par exemple, sera constitué autrement que celui d'un chien, parce que les organes étant différents en nombre et en nature, les éléments nerveux qui proviendront de ces organes devront être également différents et constituer, par leur ensemble, un cerveau différent; nous ne tenons compte ici que d'une seule cause de variabilité, car il y en a d'autres.

Dans ces conditions, qu'arrive-t-il lorsque l'animal, poussé par le besoin, excité par une impression sentie, se dispose à agir? Il lui arrive ce qui arrive à l'homme: il examine ses possibilités motrices, et comme ces possibilités sont représentées, dans son cerveau, par les fibres qui proviennent des instruments que la nature lui a départis, cet examen n'exige pas une grande science; il se fait en quelque sorte automatiquement.

Cet examen donne à l'animal la notion de ce qu'il peut en tant que mouvement, et, ainsi éclairé, il se détermine à agir. Il faut noter que le cerveau de l'être sensible ne peut réellement vouloir que ce qui est possible dans les instruments, et réciproquement, que ceux-ci ne peuvent exécuter que les mouvements seuls que le cerveau leur commande.

L'examen des conditions que nous venons d'énumérer, nous éclaire suffisamment sur le mécanisme selon lequel s'accomplissent les actions instinctives; mais il laisse un peu dans l'ombre le côté le plus intéressant de l'instinct,

c'est-à-dire l'impulsion propre à chaque espèce animale. Des impressions venant du dedans et du dehors, des mouvements exécutés par des organes spéciaux, et un centre de perception placé entre les deux, ne nous expliquent pas pourquoi le lion se nourrit d'une proie vivante, et pourquoi le mouton s'accommode de l'herbe des champs.Quand on dit que l'instinct les guide, on se paye d'un mot qui ne prouve rien. Nous essayerons de soulever le voile qui cache une des plus mystérieuses manifestations de l'activité psychique.

Immédiatement après leur naissance, les animaux choisissent dans le milieu où ils vivent ce qui convient à leur entretien, et rejettent ce qui ne leur convient pas. Les uns choisissent les graines, et particulièrement celles qui peuvent les nourrir et non les empoisonner; les autres choisissent les herbages; il en est enfin qui se nourrissent d'animaux vivants. Les espèces animales n'ont fait, en naissant, ni un cours de botanique, ni un cours de zoologie, ni un cours de toxicologie, et cependant elles en démontreraient, dans la pratique, aux plus illustres de nos savants. Le secret de cette grande science apparente est renfermé dans un mot : la sensibilité.

La sensibilité synthétise toutes les sciences, et les résume dans deux impressions : l'une agréable, l'autre désagréable. Esclave de ces deux impressions, l'animal ne saurait jamais se tromper dans ses déterminations ni dans ses mouvements, parce qu'en obéissant aux premières ou en exécutant les seconds, il sait s'il est impressionné agréablement ou désagréablement, et que, selon les cas, il n'a qu'à fuir ou qu'à s'approcher. Mais, dira-t-on, ceci n'explique pas les déterminations si diverses des espèces animales dans le choix de leur nourriture; la sensibilité seule ne nous dit pas comment ce qui plaît à certaines espèces déplaît à d'autres, ce qui est une bonne alimentation pour les unes devient un poison mortel pour les autres. Rien n'est plus vrai, et tout au moins sommesnous tenu de donner quelques explications.

« PreviousContinue »