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qu'il met les résultats de sa propre vie en rapport avec les résultats de la vie des autres organes pour produire un effet vital déterminé.

L'organe qui vit simplement de sa vie organique est bien loin d'être une puissance; il subit, au contraire, l'impression du sang; mais, lorsqu'il se débarrasse du produit de sa vie pour concourir, en dehors de lui, a l'accomplissement d'un phénomène physiologique déterminé, il ne subit plus : il fournit un instrument, une puissance, et c'est pourquoi nous disons qu'alors seulement il fonctionne.

D'après ce qui précède, on comprend aisément ce que nous entendons par vie fonctionnelle : c'est l'ensemble des mouvements à la faveur desquels les produits de la vie organique sont mis en rapport les uns avec les autres, afin de concourir ensemble à l'une des trois destinées de l'être vivant.

Voyons à présent les éléments qui entrent dans une fonction.

Ercitant fonctionnel. Nul organe ne fournit le produit de sa vie organique s'il n'y est sollicité par un excitant spécial : la bile ne serait pas excrétée si les substances ingérées ou une cause morbide ne venaient pas en provoquer la sortie; le muscle ne se contracterait jamais si l'excitation nerveuse n'intervenait pas; le cerveau enfin ne fournirait jamais à la fibre musculaire son cxcitant spécial si le mouvement impressionneur ne venait pas le réveiller.

Matière fonctionnelle. - Lorsque l'excitant fonctionnel a exercé son action sur l'organe, celui-ci entre en activité et fournit ce que nous appelons la matière fonctionnelle, c'est-à-dire ce quelque chose qui sort de chaque organe pour concourir à la vie fonctionnelle générale. Cette matière est constituée par les produits de la vie organique ; et comme ces produits sont variables selon les organes, nous aurons des matières fonctionnelles variables, mais que nous pourrons diviser en trois ordres, selon que le produit de la vie or

ganique ressort des lois de la chimie, de la mécanique ou de la dynamique moléculaire. La nature essentiellement différente de ces produits exige que l'on emploie, pour les analyser, des procédés spéciaux pour chacun d'eux : les produits ressortant de la chimie, par les procédés chimiques; les prodụits ressortant de la mécanique, par les procédés mécaniques; et les produits ressortant de la dynamique moléculaire, par les procédés que l'on emploie dans l'étude de la chaleur, de l'électricité, et aussi par un procédé spécial que la nature même du phénomène perception nous permet d'employer ici : nous voulons parler de l'investigation de soi-même par l'attention et par la réflexion.

Mouvements fonctionnels. - Mais les produits de la vie organique ne deviennent réellement matière fonctionnelle que s'ils sont transportés au dehors de l'organe pour exercer leur influence spéciale sur les autres produits de la vie organique. Ce transport, cette influence ne peuvent s'exercer qu'à la faveur de certains mouvements ; c'est à ces mouvements que nous donnons le nom de mouvements fonctionnels : le produit de la vie organique du foie n'est réellement matière fonctionnelle qu'en sortant des vésicules biliaires pour se mettre en rapport avec les produits de la vie organique de l'intestin; l'aptitude des fibres musculaires à se contracter devient matière fonctionnelle lorsque, sous l'influence de l'excitant fonctionnel, la fibre musculaire se contracte et concourt par son action sur d'autres tissus à un phénomène physiologique déterminé; l'aptitude du cerveau à fournir des perceptions ne devient matière fonctionnelle que si l'excitant fonctionnel vient provoquer la transformation des perceptions en mouvements fonctionnels, c'est-à-dire en incitations mo trices (1)

(1) Nous verrons plus loin que l'exercice de la pensée exige l'intervention des signes du langage répétés tacitement,

Ainsi donc, toute fonction est composée de trois éléments bien distincts :

1° L'excitant fonctionnel ;
2. La matière fonctionnelle ;
3° Les mouvements fonctionnels.

Les divisions que nous venons d'établir, la classification essentiellement physiologique qui en est la conséquence, ne sont pas seulement nécessaires : elles nous paraissent indispensables pour apprécier sainement les phénomènes de la vie et pour arriver à la solution des problèmes biologiques, parmi lesquels celui de l'intelligence occupe la première place.

Il est évident pour nous que l'auteur fameux de la doctrine cellulaire, l'inventeur belliqueux des « quadrilatères vasculaires » et des « territoires cellulaires », Virchow enfin, n'aurait pas établi les fondements de son système sur la « fonction des cellules » si par l'analyse physiologique il fût parvenu à une conception plus rationnelle et plus vraie des phénomènes de la vie : les cellules vivent et ne fonctionnent pas.

Il est évident encore qu'on ne chercherait pas dans le même organe, dans le foie, par exemple, deux ordres de fonctions, une fonction glycogénique et une fonction biliaire, si, par l'analyse physiologique, on fut arrivé à cette conviction scientifique que chaque organe n'a qu'une fonction, ce qui ne veut pas dire que les produits de la vie organique ne puissent être complexes. Nous aurions à nous étendre beaucoup sur ces critiques; mais ce n'est pas le lieu ici. Bornons-nous à montrer par la pratique quel précieux avantage on peut retirer de ces notions dans la détermination de la fonction du cerveau.

1° En quoi consiste la vie organique du cerveau ? Le cerveau, semblable en cela à tous les organes, retire du sang les éléments nécessaires à son entretien et, de plus, il donne naissance à un produit qui est une aptitude spéciale : de même que les fibres musculaires fournissent un produit de la vie organique qui est une aptitude à la

contraction, de même le cerveau fournit un produit de la vie organique qui est une aptitude à la perception.

Analogue à tous les phénomènes de la vie de même ordre, le phénomène perception n'est pas explicable dans son essence; il est un produit de la vie agissante, et, de même que nous n'expliquons pas comment le sang se transforme en bile, en salive, en matière contractile, de même nous n'expliquons pas comment le sang peut se transformer en cellule capable de percevoir. La perception est un phénomène vital élémentaire indécomposable ; on ne saurait en dire plus.

2° Quel est l'excitant fonctionnel du cerveau ? — L'excitant fonctionnel du cerveau, comme les excitants fonctionnels des autres organes, est transmis au cerveau par l'intermédiaire des nerfs sensitifs, et il est représenté par toutes les causes qui peuvent réveiller l'activité des nerfs impressionneurs, qui de la périphérie s'étendent, jusqu'au cerveau. On pourrait croire que le cerveau peut entrer en activité sous d'autres influences, lorsque, par exemple, à l'abri des causes impressionnantes extérieures, l'homme est plongé dans une sorte de réflexion contemplative. Dans cette circonstance, en effet, il semble que le cerveau pujse en lui-même les conditions de son activité; mais cette illusion ne peut tromper que ceux qui ne connaissent pas bien le mécanisme de la pensée. Nous nous expliquerons sur ce sujet important dans le chapitre consacré à l'activité.

3° Quelle est la matière fonctionnelle du cerveau? – La matière fonctionnelle du cerveau ne peut être que le produit de la vie organique de cet organe, mis en évidence par l'excitant fonctionnel. Ce produit est une aptitude qui, sous l'influence de l'excitant fonctionnel, devient une réalité, c'est-à-dire une perception. La perception est l'élément simple, irréductible de la vie cérébrale; c'est sur lui et avec lui que toutes les activités s'exercent. Nous lui donnons le nom d'élément psychique.

4o Quels sont les mouvements fonctionnels du cerveau?

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Si la matière fonctionnelle du cerveau, composée de perceptions, restait sans cesse emprisonnée dans la boîte crânienne, nous ne connaîtrions jamais la matière fonctionnelle du cerveau de nos semblables. Cette matière, analogue en cela à toutes les matières fonctionnelles, doit donc sortir de l'organe, et elle en sort effectivement à la faveur des mouvements fonctionnels. Ces mouvements sont représentés par les mouvements instinctifs et par les mouvements intelligents. Parmi ces derniers le langage occupe évidemment la première place.

Si l'on a suivi l'enchaînement logique des idées qui nous a conduit à déterminer chacun des éléments qui entrent dans le fonctionnement du cerveau, on doit reconnaître avec nous combien il était utile de considérer les phénomènes de la vie d'après des vues nouvelles; on doit convenir aussi que, en restant fidèle aux termes de notre analyse, nous avons trouvé le moyen le plus sûr d'arriver au but que nous nous sommes proposé d'atteindre. Quant au plan que nous suivrons dans l'exposition de notre travail, il nous est entièrement tracé par l'analyse physiologique qui précède.

En premier lieu, nous devrons déterminer les éléments de la vie cérébrale, les éléments psychiques; en d'autres termes, nous devrons étudier le phénomène perception et énumérer toutes les perceptions qui se développent sous l'influence de l'excitant fonctionnel.

Après cette exposition fondamentale, nous montrerons l'activité psychique s'exerçant à propos des perceptions dans le but de transformer ces dernières en notions acquises, sensibles ou intelligentes. Nous montrerons ensuite les conditions de la mémoire.

Passant à un autre ordre d'idées, nous nous occuperons de l'activité motrice, et, après avoir énuméré tous les mouvements instinctifs et intelligents qui sont sous sa dépendance, nous caractériserons l'instinct et l'intelligence d'après la nature même des mouvements qui sont sous leur dépendance.

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