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le lien fonctionnel que l'âme pose elle-même dans un but déterminé, et c'est réellement dans cet acte que réside l'activité fonctionnelle.

Il suit de la que, dans toute activité fonctionnelle, l'ame fournit quelque chose qui n'est ni perception ni mouvement. Ce quelque chose est son activité propre sous forme d'impulsion instinctive ou de détermination volontaire, et provoquant un mouvement corrélatif à une perception donnée.

Le mécanisme de l'activité fonctionnelle est des plus simples, et toujours le même chez l'homme comme chez l'animal.

L'excitant fonctionnel, soit qu'il provienne du dehors, soit qu'il provienne de la périphérie corticale du cerveau, réveille l'activité sensible dans les couches optiques, et cette activité à son tour réveille l'activité motrice dans les corps striés, pour provoquer des mouvements immédiats, ou bien des mouvements calculés, après le réveil préalable des notions acquises.

Le développement de l'activité sensible par les causes impressionnantes étrangères au cerveau; le développement de l'activité sensible par les causes impressionnantes résidant à la périphérie corticale du cerveau; enfin le réveil de l'activité motrice, représentent les trois phases du phénomène désigné sous le nom de fonction.

L'âme ne manifeste utilement chacun de ses attributs qu'à la faveur de l'activité fonctionnelle. C'est sur ce fait d'ailleurs que repose la possibilité d'établir la fonction cérébrale. En effet, le fonctionnement cérébral ne s'accomplit pas, comme on le supposait généralement, selon des lois qui diffèrent de celles des autres organes. Ces lois sont les mêmes pour tous, et c'est en comparant chaque élément fonctionnel du cerveau à l'élément correspondant de la fonction des autres organes, que nous avons pu soulever le voile qui dérobait à notre investigation les mystères de la vie cérébrale.

SV.

ACTIVITÉS FONDAMENTALES DE L'AME.

Disons tout de suite, pour éloigner une confusion possible, que les activités fondamentales sont des activités fonctionnelles. Nous n'avons donc qu'à justifier ici la désignation nouvelle dont nous nous servons.

Lorsque l'on considère l'âme à l'état de développement complet, comme on le fait d'habitude, elle représente un instrument admirable.

Mais l'âme n'a pas toujours été un instrument complet ; elle a commencé par être une puissance douée d'admirables aptitudes, d'incomparables facultés, et tant que ces aptitudes, ces facultés, ne s'étaient pas exercées, l'àme n'était qu'une tabula rasa, pour parler comme les anciens.

L'âme, à l'état natif, est une puissance ; mais cette puissance ne devient telle que nous la connaissons que par l'exercice fonctionnel ; c'est elle qui détermine par son activité les éléments de la notion sensible et intelligente; c'est elle qui, par certains procédés, évoque volontairement les éléments du souvenir ; c'est elle enfin qui par l'invention des mouvements intelligents s'enrichit tous les jours de notions nouvelles, et finalement constitue cet instrument merveilleux qui porte le nom d'intelligence humaine.

Or, avant d'être instrument complet, avant d'être cette unité imposante qui se manifeste par la pensée, la conscience et la volonté, l'ame se constitue d'abord ellemême, et c'est là, dans cette cuvre préalable, que nous devons trouver ce que nous désignons sous le nom de : Activités fondamentales de l'âme. Ce n'est, en effet, que par son activité, par son fonctionnement, que l'âme acquiert la notion sensible et la notion intelligente. L'âme est

sensible et intelligente par essence ; mais l'activité seule rend ses pouvoirs effectifs.

Ce n'est que par son activité fonctionnelle que l'àme évoque dans le souvenir les notions acquises pour les soumettre à la pierre de touche de ses perfectionnements successifs ; se souvenir est dans ses aptitudes, mais, pour se souvenir quand elle le veut, il faut nécessairement qu'elle soit fonctionnellement active. Enfin ce n'est que par son activité fonctionnelle que l'âme se donne un de ses plus beaux apanages en provoquant les mouvements intelligents parmi lesquels nous trouvons les mouvements du langage.

Sans les mouvements du langage qu'elle se donne ellemême, l'âme şerait un instrument intelligent, mais cet instrument serait nécessairement très-imparfait. Nous nous bornerons à dire ici que sans le langage l'homme ne penserait pas, ne raisonnerait pas, n'aurait pas la conscience intelligente, la conscience du verbe, n'aurait pas enfin la volonté raisonnée de ses actes.

La notion sensible et la notion intelligente, la mémoire, les mouvements et le langage, telles sont les activités fondamentales au moyen desquelles l'âme se fait et se constitue elle-même. A elle les attributs, la puissance; à son activité fonctionnelle, la mise en oeuvre, le développement et le résultat presque divin de ses incomparables facultés.

Après avoir justifié, comme nous venons de le faire, le nom d'activités fondamentales que nous appliquons à certaines activités fonctionnelles de l'ame, nous examinerons dans les chapitres suivants chacune de ces activités, et peut-être l'on appréciera mieux alors les motifs de ces nouvelles dénominations.

CHAPITRE II.

PREMIÈRE ACTIVITÉ FONDAMENTALE DE L'AME.

La notion sensible et la notion intelligente.

SI.

DE LA NOTION SENSIBLE.

Qu'est-ce qu'une notion sensible?

Pour se faire une juste idée de cette activité fondamentale de l'âme, il faut la distinguer de ce qui lui ressemble le plus, c'est-à-dire de la perception distincte.

La perception distincte est celle qui résulte de l'attention de l'ame sur une cause impressionnante déterminée. Quand nous embrassons un paysage dans une vue générale, nous en avons une perception confuse; mais si nous reposons notre attention sur un point, la perception que nous avons de ce point est une perception distincte. Toute notion sensible est une perception distincte, mais la réciproque n'est pas vraie. Toute perception distincte n'est pas une notion sensible. Nous sommes à tout instant impressionnés par des causes dont nous ignorons les caractères distinctifs, et nous agissons malheureusement trop souvent sous l'influence de ces causes.

La notion sensible est une perception avec quelque chose de plus, et ce quelque chose de plus est un certain mode d'activité de l'âme qui transforme les perceptions en notions sensibles,

Pour transformer une perception en notion sensible, l'âme entre en activité fonctionnelle dans un but déterminé, et ce but, toujours le même, consiste à distinguer la perception destinée à devenir notion sensible de toutes les perceptions déjà connues. Tel est le but de l'activité fonctionnelle de l'âme dans l'acquisition de toute notion sensible : distinguer par des caractères formels une perception de toute autre.

Tant que cette distinction n'est pas faite, la perception est une perception quelconque dont les traits s'effacent peu à peu. Dès que la distinction est établie, la perception est une notion sensible, une notion acquise et durable.

Nous remarquerons ici, qu'il ne faut pas confondre perception distincte avec perception distincte de toute autre : la première est une perception distincte en elle-même, clairement sentie; la seconde emprunte son caractère essentiel à la comparaison qui a été établie entre elle et une autre perception.

Après avoir déterminé les éléments qui constituent la notion sensible, nous pousserons plus loin notre analyse en considérant la notion sensible en elle-même; nous nous appliquerons surtout à montrer en quoi consiste la distinction établie par l'activité de l'ame dans l'acquisition d'une notion sensible.

Pour simplifier autant que possible les données du problème, nous laisserons de côté, pour le moment, les notions complexes, telles que la notion sensible d'un objet, celle d'un animal, celle d'une plante, et nous ne nous occuperons que des notions qui portent sur des perceptions élémentaires. Les notions complexes ne sont d'ailleurs que la résultante des notions sensibles comme nous le verrons bientôt.

Les perceptions élémentaires, nous les avons énumérées toutes, sont des perceptions de besoin, de plaisir, de douleur, des perceptions de couleur, de son, d'odeur, de tact, des perceptions de rapports, etc. Comment l'âme

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