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bút dans la quatrième Partie qui commence par l'extrait d'une petite comédie. Cet extrait, aux yeux d'un lecteur formé, n'aura pas le mérite de quelques scènes prises dans Molière, Regnard, Destouches, etc.; mais on conviendra du moins qu'en voulant faire connaître le dialogue comique en vers, nous ne pouvions guères trouver un sujet traité avec plus de décence et de circonspection, Le même esprit nous a guidés dans le choix des Stances, des Idylles, Portraits, Madrigaux, Sonnets, Rondeaux, Triolets, Epigrammes, Enigmes, etc.; en un mot, des poésies légères qui terminent ce Recueil, dont plusieurs ont fait et font encore l'agrément des sociétés choisies. Il est bon de faire sentir aux jeunes gens la grâce et la finesse de ce badinage innocent, afin qu'ils puissent le lire avec goût, lorsque l'occasion s'en présente,

Mais quel que soit le genre de poésie qu'ils aient à lire ou à réciter, ils le feront toujours sans plaisir pour les autres et pour eux-mêmes, s'ils ignorent totalement la structure des vers, et la manière de les lire. En voici quelques Notions Préliminaires.

De la Structure des Vers français.

Elle consiste dans un certain nombre de syllabes dont la dernière doit rimer avec la fin d'un autre vers de même longueur ou de longueur différente. Quelques-uns des vers doivent avoir une césure ou coupure, c'est-à-dire, une espèce de repos après quelques mots.

Douze syllabes constituent nos plus longs vers, qu'on appelle héroïques ou alexandrins. Ceux qui ont dix syllabes s'appellent vers communs. Il y a aussi des vers de huit, de sept, de six, de cinq, de quatre, et même de trois syllabes. Ces derniers ne se trouvent que dans les pièces badines. On

ne fait point de vers de onze syllabes ; ceux de neuf sont rares, parce qu'ils n'ont point d'harmonie.

Avant de pouvoir mesurer un vers français, il faut savoir:10, que, dans le corps du vers, l’e muet à la fin d'un mot, soit seul, soit accompagné d'un signe de pluriel, se compte pour une syllabe, lorsque le mot suivant commence par une consonne; mais qu'il ne fait pas une syllabe lorsque le mot suivant commence par une voyelle ou une h muette; 2°. que ce même e muet n'est jamais compté à la fin du vers, excepté qu'il ne fasse partie des finales oient, aient ; parce que ces syllabes rendent toujours un son ouvert *.

Les vers de douze syllabes et ceux de dix, sont les seuls qui aient une césure. Dans les vers alexandrins, la césure s'observe après la sixième syllabe, de sorte qu'elle forme deux hémistiches ou demi-vers, chacun de six syllabes. Dans les vers communs, la césure a lieu après la quatrième syllabe, de sorte qu'elle fait un premier hémistiche de quatre syllabes, et un autre de six. Deux syllabes font un pied; ainsi le vers alexandrin a six pieds et le vers commun est de cinq pieds. Pour que la césure soit bonne, il faut que le sens soit suspendu de manière qu'on puisse respirer un peu, sans commettre une faute contre l'art de bien lire. On sait

que la rime est une ressemblance de sons à la fin des mots. Si deux mots finissent par un e muet, soit seul, soit accompagné d'un signe de pluriel, leur rime s'appelle féminine: s'ils finissent par toute autre lettre que cet e muet, leur rime s'appelle masculine.

Les vers sont en rimes suivies, lorsque deux vers de rime masculine suivent deux vers de rime féminine; ou que deux vers de rime féminine suivent deux vers de rime masculine. Les grands

* Notez que dans le corps du vers, on peut écrire encor de. vant-une consonne.

poëmes et les tragédies sont ordinairement en rimes suivies. Il y a des poésies où les rimes sont croisées, d'autres où elles sont mêlées, ainsi qu'on le remarquera dans ce Recueil. Voici quelques exemples de la manière dont se comptent les syllabes d'un vers français.

Exemples de Vers de douze Syllabes,
Jl est , un heu | reux choix | de mots | barmo | nieux;
Fuyez | des mau / vais sons | le concours o 1 dieux :
Le vers I le mieux | rempli, la plus | noble | pensée,
Ne peut | plaire à l l'esprit | si lo / reille est | blessée.

Exemples de Vers de dix Syllabes.
Tendre a | mitié 1 , dou du / ciel, bean | té pure;
Viens em ! bellir | cette / retraite / obscure :
Puissé- 1 je vivre , et mou | rir daos / tes bras,

Loin du méchant ne | te con ( nait pas. Exemples de Vers de huit, de sept, de six, de cing et de quatre Syllabes.

6 7
Des riches dons de la nature

7
Votre cher fils, en naissant,

6 Recut ample mesure,

1 2
Heureux enfant !
1 2 3 4 5
Esprit et beauté

1 2
Grâce et dignité,

2 3
Ame simple et pure ;

1 2

Il est charmant !
De la Lecture des Vers français.

Il ne s'agit point ici de la déclamation des vers; nous ne parlons que de la manière de les lire en société. Elle dépend un peu du local, et beaucoup de l'espèce de poésie.

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Pour lire ou réciter des poésies du style simple telles que des Maximes, des Fables, des Epîtres, des Satires, on prend ordinairement le même ton que pour

lire une histoire, une lettre ou une conversation intéressante, ayant soin seulement de marquer les pensées fines, les mots saillans, par un changement de voix qui rompe la monotonie, et réveille l'attention. Ces pensées fines, ces mots saillans se rencontrent surtout dans des Fables telles que celles de la Fontaine, de Florian, etc. En s'accoutumant de bonne heure à les réciter clairement, posément, on se dispose à lire avec goût une Idylle, des Epigrammes, des Madrigaux et d'autres poésies légères qui sont aussi du style simple.

Les Poëmes moraux, descriptifs, et didactiques, sont généralement du style tempéré: ils demandent le ton de lecture qui convient à un ouvrage d'instruction dont on veut faire sentir le génie, les beautés et l'importance. Les mots doivent sortir avec clarté, aisance et précision. Si on se permet de les articuler plus fortement que pour le style tempéré en prose, ce n'est que devant une compagnie un peu nombreuse.

Disons donc que ce n'est guères qu'en lisant on récitant une pensée sublime, un poëme héroïque ou sacré, une ode, une élégie, une scène tragique, qu'on s'éloigne sensiblement de la manière de lire ou de prononcer un discours en prose. L'articulation des mots est alors plus forte; les finales en ir ne sont jamais muettes; celle des infinitifs en er se fait souvent entendre devant les voyelles initiales : on observe mieux la liaison des substantifs pluriels avec leurs adjectifs : celle même de plusieurs substantifs au singulier, avec l'adjectif ou le verbe qui suit, devient permise, surtout dans les passages qui demandent de l'énergie, parce qu'ils sont vraiment héroïques ou tragiques.

Nous pourrions étendre ces Notions et les

confirmer par des exemples; mais nous laissons ce soin aux guides de la jeunesse. Des morceaux bien choisis dans chaque espèce de poésie, et lus avec le ton qui leur convient, auront un effet plus sensible que nos remarques par écrit: ils indiqueront mieux les moyens d'adoucirles liaisons, d'observer les inversions, de ne pas faire sentir l'hémistiche ni la rime, de soutenir la voix, et surtout d'éviter, à la fin du vers, ces chutes peu gracieuses dont l'habitude se perd si difficilement. Comme cette mauvaise habitude se contracte particulièrement en lisant de longues tirades de grands vers, on sentira l'avantage d'avoir commencé par des maxiines en quatrains, et de les avoir fait suivre de vers de mesure différente.

N. B.-Si dans le titre de ce Recueil, nous avons annoncé la poésie comme un moyen de cultiver la prononciation, ce n'est pas que nous pensions qu'il faille toujours articuler et lire la prose comme les vers; mais c'est que nous avons observé, en France, que les personnes qui ne savaient pas bien lire la poésie, lisaient mal la prose, et qu'en Angleterre ceux de nos Elèves qui ont reçu quelques notions de la lecture des vers, ont conservé, en lisant et en parlant, une meilleure prononciation.

On trouvera la Table des Matières à la fin du volume que nous aurions pu grossir, en multipliant les extraits, et en puisant dans d'autres auteurs que ceux dont nous avons donné la Notice avant la Table des Matières ; mais un choix destiné à la jeunesse, dans les Ecoles ou dans les Familles, ne doit pas être long; et nous ne proposons celui-ci que comme intermédiaire entre le Parnasse des Enfans, et la partie poétique du Recueil connu sous le nom de Bibliothèque Portative des Ecrivains français, publiée à Londres par MM. Moysant et Lévizac.

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