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Il va draper le sexe féminin ;
A son grand nom vous verrez s'il déroge
Il a paru, cet ouvrage malin*.
· Pis ne vaudrait, quand ce serait éloge.

: VERS

POUR LE PORTRAIT DE MADAME DU TORT.

C'est ici madame du Tort.
Qui la voit et ne l'aime a tort;
Mais qui l'entend et ne l'adore
A mille fois plus tort encore.
Pour celui qui fit ces vers-ci,
Il n'eut aucun tort, Dieu merci.

LE ROSSIGNOL, LA FAUVETTE ET LE MOINEAU.

FABLE.

Le tendre rossignol et le galant moineau,
L'un et l'autre amoureux de la jeune fauvette,

Sur les branches d'un jeune ormeau,

Lui parlaient un jour d'amourette.
Le petit chantre ailé, par des airs doucereux,
S'efforçait d'amollir le coeur de cette belle.
Je serai, lui dit-il, toujours tendre et fidèle,

Si vous voulez me rendre heureux.
De mes douces chansons vous savez l'harmonie :

* La Satire des femmes.

Elles ont mérité le suffrage des dieux. . .

Désormais, je les sacrifie
A chanter vos beautés, votre nom en tous lieux ;
Les échos de ces bois le rediront sans cesse,
Et j'aurai tant de soin de le rendre éclatant,
Que votre cæur enfin sera content-

De voir l'excès de ma tendresse.
Et moi, dit le moineau, je vous baiserai tapt...
A ces mots, le procès sut jugé dans l'instant
En faveur de l'oiseau qui porte gorge noire.

On renvoya l'oiseau chantant.

Voilà la fin de mon histoire;
En voici la morale, et qu'il faut retenir :
Beautés, qui tous les jours voyez dans vos ruelles
Un tas d'amants transis ne vous entretenir
Que de leurs vains soupirs, de leurs peines cruelles

Et d'autres fades bagatelles,
Songez å préférer le solide au brillant.
On se passe fort bien de vers, de chansonnette : *
Le talent du moineau, c'est là le vrai talent.
Je sais mainte Cloris du goût de la fauvette,
A moins qu'il ne se trouve un tiers oiseau donnant.

Alors, il n'est pas étonnant
Que ce dernier gagne sur l'étiquette.

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* On avait joué au jeu de noyer, où de deux personnes proposées à une troisième, celle-ci en noie une. L'auteur avait été noyé douze fois par une jolie personne qu'il aimait. — NOTE DE L'AUTEUR.

Il revenait sur le rivage:
Philis le plongeait de nouveau.

Cruelle, disait-il, vous qui m'avez fait naitre,

Hélas ! pourquoi me noyez-vous?
Est-ce que vous voulez m'empêcher de paraitre?

Prenez-en un moyen plus doux.

Je ne paraitrai point, c'est une affaire faite;
Je ne vous ferais pas pourtant de déshonneur.
Au lieu de me noyer, donnez-moi pour retraite

Un petit coin de votre cour.

Je vous réponds qu'il serait impossible De trouver un endroit plus propre à me cacher. Comme on sait qu'il me fut toujours inaccessible,

On ne viendra pas m'y chercher.

Philis ne l'en voulut pas croire :
Ce n'est pas qu'après tout l'avis ne fût fort bon;

Pour réponse, elle le fit boire,
Mais boire plus que de raison.

Tel qu'un petit barbet qu'à l'eau son maitre envoie,
Et qui de ce péril, dès qu'il est échappé,

Revient à son maitre avec joie,
Tout dégouttant et lout trempé;

Tel l'Amour, s'exposant à des rigueurs nouvelles,

A peine sorti du danger,
Rever.ait vers Philis en secouant ses ailes,
Quoiqu'il süt que Philis allait le replonger.

Les forces cependant à la fin s'épuisérent :

Il était las de faire le plongeon.
Il se rendit, et les bras lui manquérent :

Il fallut qu'il coulât à fond.

Le croira-t-on ? Philis en fut ravie,
Car elle le noyait pour la douzième fois.
Elle hérica de l'arc, des traits et du carquois,

Dont elle s'est fort bien servie.

Pour le petit Amour, je ne puis concevoir
Qu'à la nage onze fois il soit sorti d'affaire.
Sans beaucoup de vigueur, cela ne se peut faire ;

Le pauvre enfant n'en devait guère avoir.

Il fut toujours mal nourri par sa mére. Quoique l'espoir ne soit qu'une viande légère, A peine fut-il né qu'on le sevra d'espoir.

Si Philis, un peu moins injuste,
L'eût traité comme il faut, en lui donnant le jour,

C'eût bien été l'Amour le plus robuste
Que l'on eùt vu de mémoire d'Amour. .

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DIALOGUES

DES MORTS.

DIALOGUE PREMIER.

ALEXANDRE, PHRINÉ.

PARINÉ. Vous pouvez le savoir de tous les Thébains qui ont vécu de mon temps. Ils vous diront que je leur offris de rebâtir à mes dépens les murailles de Thèbes, que vous aviez ruinées, pourvu que l'on y mît cette inscription : Alexandre le Grand avait abattu ces murailles, mais la courtisane Phriné les a relevées. .

Alexandre. Vous aviez donc grand'peur que les siècles à venir n'ignorassent quel métier vous aviez fait ?

Pariné. J'y avais excelle, et toutes les personnes extraordinaires, dans quelque profession que ce puisse être, ont la folie des monuments et des inscriptions.

ALEXANDRE. Il est vrai que Rhodope l'avait déjà eue avant vous. L'usage qu'elle fit de sa beauté la mit en état de bâtir une de ces fameuses pyramides d'Égypte

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