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AVANT-PROPOS.

Il a existé, pendant les deux derniers siècles, un grand nombre de recueils qui étaient consacrés à donner les nouvelles du monde littéraire, à raconter l'événement philosophique du jour, à faire connaître le texte authentique de l'in-promptu qui occupait la cour et la ville, à citer l'épigramme ou la chanson qui ébranlait l'autorité du ministre tout-puissant à Versailles, à critiquer l'ouvre scénique pour laquelle on s'était battu la veille dans le parterre du théâtre, à dire les faits et gestes du comédien en renom ou de la danseuse régnante. Aujourd'hui, les choses purement littéraires intéressent moins exclusivement les esprits. Sans vouloir, en aucune manière, porter atteinte au mérite des lettres, qui seront toujours le premier honneur et la première force de la nation française, on peut faire remarquer que, depuis une certaine période d'années, des besoins nouveaux se sont manifestés parmi nous. Les sciences, que le vulgaire a dû négliger tant qu'il n'a pas compris leur utilité immédiate, ont, depuis le commen-cement de ce siècle, étendu leur empire d'une façon souveraine. Elles n'en sont plus aujourd'hui à solliciter timidement l'attention publique. Elles s'imposent par elles-mêmes; elles s'imposent par les bienfaits qu'elles répandent autour d'elles. Personne n'est le maître, désormais, de rester étranger ou indifférent à la connaissance des éléments généraux des sciences, parce que chacun participe aux avantages qui en résultent, parce que chacun est appelé continuellement à tirer parti de leurs applications. De nos jours, la science intervient partout : on la trouve dans nos voies de transport rapide, dans nos moyens de correspondance instantanée, dans les dispositions des demeures qui nous abritent, dans la lumière artificielle qui nous éclaire, et jusque dans le foyer qui nous réchauffe. En apportant dans toutes les branches de l'industrie ses enseignements féconds, la science a enrichi la génération actuelle. Elle a augmenté, dans une proportion inespérée, son bien-être matériel; en ajoutant à sa puissance physique, elle a étendu la sphère de son activité intellectuelle; elle est devenue enfin l'une des principales forces des États modernes, force qui a manqué au monde ancien.

Un mouvement sensible s'opère en France depuis quelques années, pour vulgariser, par des ouvrages populaires, par des publications diverses ou des recueils périodiques, les notions des sciences positives, et répon-. dre ainsi aux besoins de notre époque. Ce sont là des efforts auxquels on ne saurait trop applaudir.

Mais il ne suffit pas d'initier le public, par des ouvrages didactiques, aux principes généraux des sciences, d'exposer les grands faits, les découvertes capitales connues et déjà passées dans la pratique. La marche des sciences est incessante, et chaque jour signale pour elles

un progrès nouveau, Faire connaître et répandre leurs conquêtes diverses, au fur et à mesure qu'elles sont réalisées, est encore une tâche éminemment utile. Pour le manufacturier, pour le commerçant, pour l'agriculteur, il y a profit ou intérêt à être tenu au courant des résultats nouveaux, des faits récemment observés, des progrès qui viennent de s'accomplir dans les différentes branches de nos connaissances positives.

C'est le tableau de ces acquisitions journalières des sciences appliquées, que j'entreprends de tracer dans ce recueil. Rédacteur du bulletin scientifique hebdomadaire dans un grand journal quotidien, il m'est ainsi plus facile de donner un résumé annuel des progrès des sciences et de l'industrie.

Il serait superflu d'ajouter que l'on ne doit pas s'attendre à trouver dans cet ouvrage un inventaire complet et minutieux de tout ce qui a été fait, pendant le cours de l'année, dans les diverses sciences. Le titre de ce livre indique suffisamment qu'il ne s'agit ici que des travaux les plus importants dans les sciences appliquées, de ceux qui, en France ou à l'etranger, ont particulièrement éveillé l'attention publique. Mais en se renfermant dans un cadre modeste, en s'attachant, de préférence, aux faits d'un intérêt général, on peut composer un recueil qui intéresse la masse du public, qui s'adresse au savant comme au vulgaire, à l'industriel, au manufacturier, à l'agriculteur, aussi bien qu'à l'homme du monde et à l'amateur des sciences; une quvre, en un mot, qui soit à la fois utile et agréable à un nombre considérable de lecteurs.

Tel est le but de l'Année scientifique et industrielle. Cet publication paraitra régulièrement dans les derniers

jours du mois de décembre de chaque année, de manière à présenter le résumé exact des découvertes scientifiques et industrielles qui ont eu le privilége d'attirer l'attention publique pendant le cours de l'année écoulée.

Paris, 31 décembre 1856.

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