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"COMMENTAIRE SUR DESPORTES"

PROCÈS CONTRE AMOUR
AU SIÈGE DE LA RAISON

PAR

PHILIPPE DESPORTES "Que s'il n'eût eu le coeur d'une fère sauvage." Ce mot se trouve assez en Ronsard, mais ni là ni ici il ne vaut rien.

"Puis confus et tremblant, avec la contenance
D'un pauvre criminel prêt d'ouïr sa sentence."

5 Contenance et sentence rime comme un four et un moulin.

"Je le fis convenir ...
Là je me présentai

Parlant à la raison, je me suis plaint ainsi.” "Je me présentai . . . et me suis plaint.” Je me suis plaint 10 ne s'accorde pas avec je le fis convenir, ni avec je me présentai.

“Qui nous ramène au ciel, lieu dont tu es sortie.” Pour d'où. On ne dit point: dont venez-vous ?" ni: "dont sortez-vous ?" mais d'ou.

15 “Masquant de deux beaux yeux sa cruelle entreprise.” Qu'est-ce à dire ?

"Il se montrait à moi sur tout autre aimable.” Quand on dit: il me faisait caresse sur tout autre, il semble qu'on die qu'il me faisait caresse plus que nul autre ne m'en faisait.

"Mais il ne dura guère en cette douce sorte." Je ne donnerais volontiers d'épithète à sorte, hormis bonne: comme: il est savant de bonne sorte, c'est-à-dire médiocrement. J'aimerais mieux dire de mouvaise façon que de mar 25 vaise sorte; toutefois je ne blame point mauvaise sorte.

"Et fit
De mon cæur son fourneau, ses charbons de mes veines,

Mes poumons ses soufflets, de mes yeux ses fontaines.”
Drôlerie.

30

20

.

IO

15

"M'abandonna soudain de frayeur tout surpris.

Qui ne m'ont rien laissé depuis que je fus pris." Simple et composé.

"Je portai bas les yeux, le visage et le front." Nota.20

5 “Je mourus dedans moi, pensant trouver ma vie Au coeur de la beauté qui me l'avait ravie; Mais depuis je n'ai pu, dont j'ai souffert la mort, Et si je semble vif, las! ne t'en émerveille;

Le tyran fait en moi cette étrange merveille." Chimère extravagante: “il mourut dedans lui, pensant trouver sa vie en sa maitresse, mais depuis il ne put, dont il est mort."Depuis est superflu. Conjugata. 11

"Il me fait voir assez d'autres faits admirables.” Mauvaise césure.

"Brûlant mon triste coeur sans qu'il soit consommé.Consumé.

“Et fait que ma couleur en plus pâle se change.” Quel langage : ma couleur se change en plus pâle! "Et ne conclus devant qu'être bien avertie.”

20 Mauvaise césure.

"J'ai purgé son esprit par ma divine flamme,

L'enlevant jusqu'au ciel, et remplissant son âme.” l'ai purgé son esprit, remplissant son âme. Qu'est-ce à dire ?

"J'ai repurgé son coeur d'affections serviles." Il vient de dire qu'il a purgé son esprit; à cette heure il dit qu'il a repurgé son cour. Au lieu de ce repurgé, j'eusse dit ou nettoyé ou dépouillé.

“Cruels bourreaux de ceux qui font la cour aux rois.” Huit monosyllabes de suite, et mauvaise cesure.

30 “Ayant des os, des nerfs, des poumons et du sang." Veines.-On ne dit point qu'un homme ait des poumons; et ne m’allègue pas qu'il y a plusieurs lobes au poumon, car tu serais un sot.

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25

"Car je les ai rendus serfs de leurs prisonnières,

Et leur ai fait aimer de simples chambrières." Ce n'était pas une simple chambrière que Cassandre; c'était une grande princesse, encore même qu'elle fût prisonnière.

“Ou cestuy qui se plaint.

5

Note.

"... Clartés admirables
Que tu as vu là-haut. .

Vues.

IO

“Si c'est une prison, prisonnière est mon âme.” Transposition dure.

"Voilà l'ardent fourneau dont il est consommé." Consumé.

"Mais qui à l'homme ingrat fait quelque bénéfice.Plaisir.

15

"Puis nous tûmes tous deux. .. Nous nous tûmes.

“De Raison, qui vers nous son regard adressa." Ce vers est suspendu en la moitié de l'hémistiche.

ODE. 12

Pour le Roi, allant châtier la Rébellion des Rochelois

20

Donc un nouveau labeur à tes armes s'apprête ;
Prends ta foudre, Louis, et va comme un lion
Donner le dernier coup à la dernière tête

De la rébellion.

25

Fais choir en sacrifice au Démon de la France
Les fronts trop élevés de ces âmes d'enfer ;
Et n'épargne contre eux pour notre délivrance

Ni le feu ni le fer.

Assez de leurs complots l'infidèle malice
A nourri le désordre et la sédition.
Quitte le nom de Juste, ou fais voir ta justice

En leur punition.

5

IO

Marche, va les détruire; éteins-en la semence;
Et suis jusqu'à leur fin ton courroux généreux,
Sans jamais écouter ni pitié ni clémence

Qui te parle pour eux.
Ils ont beau vers le ciel leurs murailles accroitre,
Beau d'un soin assidu travailler à leurs forts,
Et creuser leurs fossés jusqu'à faire paroître 18

Le jour entre les morts.
Laisse-les espérer, laisse-les entreprendre;
Il suffit que ta cause est la cause de Dieu;
Et qu'avecque ton bras elle a pour la défendre

Les soins de Richelieu.

15

Bien semble être la mer une barre assez forte,
Pour nous ôter l'espoir qu'il 14 puisse être battu;
Mais est-il rien de clos dont ne t'ouvre la porte

Ton heur et ta vertu?

20

Neptune importuné de ses voiles infâmes,
Comme tu paraîtras au passage des flots,
Voudra que ses Tritons mettent la main aux rames,

Et soient tes matelots.

25

Là rendront tes guerriers tant de sortes de preuves,
Et d'une telle ardeur pousseront leurs efforts,
Que le sang étranger fera monter nos fleuves

Au-dessus de leurs bords.

Par cet exploit fatal en tous lieux va renaitre
La bonne opinion des courages françois; 25
Et le monde croira, s'il doit avoir un maitre,

Qu'il faut que tu le sois.

30

O que pour avoir part en si belle aventure
Je me souhaiterais la fortune d'Eson,20
Qui, vieil comme je suis, revint contre nature

En sa jeune saison !

5

De quel péril extrême est la guerre suivie,
Où je ne fisse voir que tout l'or du Levant
N'a rien que je compare aux honneurs d'une vie

Perdue en te servant ?

IO

Toutes les autres morts n'ont mérite ni marque;
Celle-ci porte seule un éclat radieux,
Qui fait revivre l'homme, et le met de la barque

A la table des Dieux.

Mais quoi? tous les pensers dont les âmes bien nées
Excitent leur valeur, et flattent leur devoir,
Que sont-ce que regrets quand le nombre d'années

Leur ôte le pouvoir ?

15

Ceux à qui la chaleur ne bout plus dans les veines
En vain dans les combats ont des soins diligents;
Mars est comme l'Amour : ses travaux et ses peines

Veulent des jeunes gens.

20

Je suis vaincu du temps; je cède à ses outrages;
Mon esprit seulement exempt de sa rigueur
A de quoi témoigner en ses derniers ouvrages

Sa première vigueur.

25

Les puissantes faveurs dont Parnasse ? m'honore,
Non loin de mon berceau commencèrent leur cours;
Je les possédai jeune, et les possède encore

A la fin de mes jours.

Ce que j'en ai reçu, je veux te le produire;
Tu verras mon adresse ; et ton front cette fois
Sera ceint de rayons qu'on ne vit jamais luire

Sur la tête des rois.

30

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