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II. “Criticism of verses 11-13 of the Sonnet d'Uranie.

Cette peine et ces efforts viennent du poète ou de la raison. Si c'est le poète qui travaille, l'expression n'est pas nette; si c'est la raison, il n'était point nécessaire qu'elle fit effort pour dire qu'Uranie est seule aimable et belle. On peut dire cela sans beaucoup de peine, mais peut-être ne le peut-on pas dire

5 sans quelque sorte de témérité. Parce qu'en effet cette seule belle offense tout le reste du beau monde; est injurieuse à toutes les cours, à tous les cercles, à toutes les assemblées. C'est une faveur qui désoblige un nombre infini de belles pour en obliger une seule, qui obscurcit toutes les Orantes et toutes 10 les Amarantes, pour donner du lustre à Uranie. La force du mot de seule belle et de seule aimable s'étend jusque-là et la conséquence en est celle-ci, que de cette grande source de beau et de bon, dont Dieu verse des torrents ici-bas pour orner les choses qu'il a créées, il n'en tombe pas une goutte hors de 15 la personne d'Uranie ; qu'au préjudice des autres personnes, elle reçoit tous les privilèges du ciel et tous les avantages de la nature; qu'elle est riche de la pauvreté publique.

L'auteur du sonnet doit entendre cela par sa seule aimable et sa seule belle. Et cet excès pour sa maitresse n'est pas 20 moindre que celui des stoiques pour leur sage.68 C'était le simulacre et le fantôme d'un sage, dont ces messieurs faisaient leur folie et leur marotte. Ils ont dit de lui qu'il était seul beau, qu'il était seul riche, qu'il était seul roi et ce qui s'ensuit. Et comme ces insolentes paroles les ont rendus ridicules à leur 25 siècle, elles ont obligé un honnête homme de celui-ci, d'appeler leur doctrine le roman de la philosophie. Mais le paradoxe du poète amoureux ne doit rien au paradoxe des philosophes stoïques; et je ne doute point que s'il eût été imprimé du vivant de celui qui l'écrivit, il ne l'eût brouillé avec un peuple, dont sur 30 toutes choses il briguait les suffrages et l'approbation; dont il espérait un jour de se faire le tribun. Ce petit mot lui eût suscité de grosses guerres; il lui eût fait autant de querelles qu'il y a de femmes en France qui pensent n'être pas laides.

III. "Criticism of verse 10 of the Sonnet 'Job.'
On écrit de Paris d'étranges choses de ces deux sonnets.69

35 On me mande qu'ils ont partagé la Cour, qu'ils ont divisé la

maison royale, qu'ils ont separé le frère d'avec la soeur. Mais je ne m'étonne point de cette division et de ces partis, moi qui ai lu l'Histoire de l'Empire de Constantinople et qui sais que la couleur d'une livrée et la façon d'un habillement ont été cause de plus grandes et de plus dangereuses factions. Je ne s

5 trouve pas étrange que l'un et l'autre sonnet aient eu des loueurs et des repreneurs: et pour revenir au particulier de celui dont je n'ai parlé qu'en général, je ne trouve pas étrange qu'on ait crié si haut contre des patiences qui vont si loin.

L'usage n'ayant point adouci la rudesse de ce mot et l'auteur 10 du petit sonnet n'ayant pas assez d'autorité pour l'introduire à la cour, il ne se pouvait pas que les oreilles du grand monde n'en fussent choquées la première fois. En quoi parait néanmoins la bizarrerie de l'usage et le caprice de notre langue. Car si elle ne rejette pas les vaillances et les magnificences, les 15 impertinences et les insolences, etc.; si elle reçoit mille impatiences, les impatiences extrêmes, toutes les impatiences du monde; pourquoi ne recevra-t-elle pas les patiences du petit sonnet, en vertu de l'analogie, de laquelle Jules César avait fait un livre? 70

La raison le voudrait mais l'usage s'oppose à la raison... Ni en prose, ni en vers, il ne faut jamais s'opiniâtrer contre l'usage et aller à l'écart du chemin battu. Balzac: Dissertation ou diverses remarques sur divers escrits,

Chaps. I, IV, part of IX. A. M. Conrart, Paris, 1652.

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FRENCH CLASSICISM

A. PROSE

The reform of Malherbe was confined to poetry. A similar reform in prose was undertaken by Balzac. A constant seeker for well-balanced phrases, a laborious builder of well-rounded periods, he gave the language its first course in applied rhetoric.

The foundation of the Académie Française by Richelieu in 1635 was the official recognition of the dignity and importance of letters in France.

Vaugelas was intrusted with the supervision of the dictionary of the Academy, which did not appear until 1694. In his Remarques sur la langue française (1647), he formulated the Academy's principles concerning the language and defined what they conceived to be “le bon usage."

The interests of Descartes lay in philosophy and mathematics. In his Discours de la Méthode (1637), he defined the principles which were to guide him in his investigations. Instead of writing in Latin like most of his predecessors in these fields, he composed most of his work in French. He did much in this way to give the language a more universal scope, and added to it a vital element of every-day interest which it was in a way to lack as long as it remained in the hands of those who were purely men of letters.

Pascal carried on to perfection this appropriation of the language to all the needs of philosophical and metaphysical discussion in his Lettres Provinciales (1656-7), and Pensées (1670). In view of the controversial and apologetic nature of his work, he felt the necessity of "persuading" as well as "demonstrating." He sought therefore to reinforce reason with such literary charms as befitted the subjects treated.

French classic prose reached the acme of its development in the work of Bossuet in the field of oratory (Sur la Providence, 1662, etc.), funeral orations (Henriette d'Angleterre, 1670; Prince de Condé, 1687, etc.), politics and history (Discours sur l'Histoire universelle, 1681, etc.), and religious controversy (Maximes et Alexions sur la comédie, 1694, etc.).

In the letters of Madame de Sévigné, the striking characteristics are her kindliness, her affection for her daughter, her love of nature, her gayety and her humor. She was truly "merveilleusement disposée pour assister au spectacle de la vie, assez sensible pour s'en émouvir, assez gaie pour s'en amuser, assez philosophe

a

pour le comprendre." Her intimate friend, Madame de La Fayette, is the author of the only masterpiece in the novel of which the seventeenth century can boast: La Princesse de Clèves, 1678. By the realism of its subject, the analysis of sentiment, and by its sobriety and good sense, it marks a step far in advance of the "précieux" novel.

La Rochefoucauld, the outstanding representative of the contemporary "honnête homme," deceived in his ambitions and loves, pessimistic, melancholic, inclining rather to meditation than to action, has left a series of maxims from which he has drawn what may be called a philosophic system whose chief principle is: "les vertus se perdent dans l'intérêt comme les fleuves dans la mer.' For him, the two motives for all human conduct were self-interest and "amour-propre."

La Bruyère, who passed most of his life in the home of Condé, proud, reserved, ambitious for literary fame, published in 1688 his Caractères. This work went through nine editions in his lifetime. He was a painter from nature, unafraid of the "mot propre” and the realistic detail. In his work, he often satirizes the nobility, the new aristocracy of money, the courts and judges; and he has left a gallery of contemporary social types whose portraits are interspersed with philosophical observations. In his sympathy for the bourgeois and the people, he is a precursor of the eighteenth century.

BALZAC

(1597-1654) "DESCRIPTION DE SON DÉSERT" Je ne veux pas vous faire le portrait d'une maison dont le dessein n'a pas été conduit selon les règles de l'architecture, et la matière n'est pas si précieuse que le marbre et le porphyre. Je vous dirai seulement qu'à la porte il y a un bois où en plein midi il n'entre de jour que ce qu'il en faut pour n'être pas nuit 5 et pour empêcher que toutes les couleurs ne soient noires. Tellement que, de l'obscurité et de la lumière, il se fait un troisième temps, qui peut être supporté des yeux des malades et cacher les défauts des femmes qui sont fardées. Les arbres y sont verds jusqu'à la racine, tant de leurs propres feuilles que 10 de celles du lierre qui les embrasse, et pour le fruit qui leur manque, leurs branches sont chargées de tourtres et de faisans en toutes les saisons de l'année. De là j'entre en une prairie, où je marche sur les tulipes et les anémones, que j'y ai fait

mêler avec les autres fleurs. . . . Je descends aussi quelque fois dans cette vallée, qui est la plus secrète partie de mon désert, et qui, jusques ici n'avait été connue de personne. C'est un pays à souhaiter et à peindre, que j'ai choisi pour vaquer à mes plus chères occupations, et passer les plus douces heures 5 de ma vie. L'eau et les arbres ne le laissent jamais manquer de frais et de verd. Les cygnes, qui couvraient autrefois toute la rivière, se sont retirés en ce lieu de sûreté, et vivent dans un canal qui fait rêver les plus grands parleurs, aussitot qu'ils s'en approchent, et au bord duquel je suis toujours heureux, soit 10 que je sois joyeux, soit que je sois triste. Pour peu que je m'y arrête, il me semble que je retourne en ma première innocence. Mes désirs, mes craintes et mes espérances cessent tout d'un coup. Tous les mouvements de mon âme se relâchent et je n'ai point de passions, ou si j'en ai, je les gouverne comme des 15 bêtes apprivoisées. . .

-"A M. de La Motte-Aigron,” 4 sept., 1622.

SOCRATE CHRÉTIEN

Rien ne parait ici de l'homme, rien qui porte sa marque et qui soit de sa façon. Je ne vois rien qui ne me semble plus que naturel dans la naissance et dans le progrès de cette doctrine: les ignorants l'ont persuadée aux philosophes; de pauvres 20 pêcheurs ont été érigés en docteurs des rois et des nations, en professeurs de la science du ciel. Ils ont pris dans leurs filets les orateurs et les poètes, les jurisconsultes et les mathématiciens.

Cette république naissante s'est multipliée par la chasteté 25 et par la mort, bien que ce soient deux choses stériles et contraires au dessein de multiplier. Ce peuple choisi s'est accru par les pertes et par les défaites : il a combattu, il a vaincu étant désarmé. Le monde, en apparence, avait ruiné l'Église; mais elle a accablé le monde sous ses ruines. La force des tyrans 30 s'est rendue au courage des condamnés. La patience de nos pères a lassé toutes les mains, toutes les machines, toutes les inventions de la cruauté.

Chose étrange et digne d'une longue considération! reprochons-la plus d'une fois à la lâcheté de notre foi et à la tiédeur 35

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