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la fameuse nation des Gallogrecs. Pillez-moi sans conscience les sacrés tresors de ce temple delphique, ainsi que vous avez fait autrefois. ... Vous souvienne de votre ancienne Marseille, secondes Athenes et de votre Hercule gallique, tirant les peuples après lui par leurs oreilles, avec une chaine attachée à sa langue. 8-Ibid., “Conclusion.”

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“L'IDÉE"

Si nostre vie est moins qu'une journée
En l'eternel, si l'an qui fait le tour
Chasse nos jours sans espoir de retour,
Si perissable est toute chose née,

IO

Que songes-tu, mon ame emprisonnée ?
Pourquoy te plaist l'obscur de nostre jour,
Si pour voler en un plus clair sejour,
Tu as au dos l'aile bien empennée ?

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Là est le bien que tout esprit desire,
Là le repos où tout le monde aspire,
Là est l'amour, là le plaisir encore.

Là, ô mon ame, au plus haut ciel guidée,
Tu y pourras recognoistre l'idée
De la beauté qu'en ce monde j'adore.

-Olive, CXIII, 1549.

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L'AMOUR DU CLOCHER"

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy • là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parens le reste de son age !

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Quand reverray-je, helas! de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison,
Reverray-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une province, et beaucoup davantage?

Plus me plaist le sejour qu'ont basty mes ayeux,
Que des palais romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaist l'ardoise fine;
Plus mon Loyre gaulois que le Tybre latin,
Plus mon petit Lirés que le mont Palatin
Et plus que l'air marin la douceur Angevine.

-Regrets, XXXI, 1559.

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RONSARD

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(1524-1585)

"A CASSANDRE"
Mignonne, allons voir si la rose
Qui, ce matin, avoit desclose
Sa robe de pourpre au soleil,
A point perdu, cette vesprée 6
Les plis de sa robe pourprée
Et son teint au vostre pareil.
Las ! voyez comme, en peu d'espace,
Mignonne, elle a dessus la place,
Las, las, ses beautez laissé cheoir !"
O vrayment marastre nature,
Puisqu'une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir !
Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que votre age fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez vostre jeunesse :
Comme à cette fleur, la vieillesse
Fera ternir vostre beauté.

_"Ode" XVII, 1553.

A HÉLÈNE" Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle, Assise auprès du feu, devidant et filant, Direz, chantant mes vers, et vous esmerveillant: "Ronsard me celebroit du temps que j'estois belle."

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Lors vous n'aurez servante oyant telle nouvelle,
Desja sous le labeur à demy sommeillant,
Qui, au bruit de Ronsard, ne s'aille reveillant,
Benissant votre nom de louange immortelle.

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Je seray sous la terre, et, fantosme sans os,
Par les ombres myrteux je prendray mon repos;
Vous serez au foyer une vieille accroupie,

Regrettant mon amour et vostre fier desdain.
Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain;
Cueillez des aujourd'hui les roses de la vie.

-Sonnets pour Hélène, Book II, XLIII, 1574.

IO

THE REFORM OF MALHERBE

Malherbe's poetic theory and practice may be deduced from his commentary on the poetry of Philippe Desportes. He makes "table rase" of practically all the precepts which the Pléiade had given for the enrichment of vocabulary and the embellishment of verse. He demanded the most painstaking attention to detail, and insisted above all upon clearness, sobriety and good taste in the choice of words along with a rigid observance of syntactical usage. He was called by a contemporary "the tyrant of words and syllables." He was no less severe in regard to improper or facile rimes, misplaced cesura, run-over lines and cacophonic combinations of syllables.

The opposition to Malherbe is best represented by Régnier, nephew of the poet Desportes. His attack against the discipline of Malherbe, against his pedantry, his lack of inspiration, is made in the name of liberty, nature and independence. And Régnier, as Boileau says, is: “le poète français qui ...a le mieux connu, avant Molière, les moeurs et le caractère des hommes.” However, Malherbe's prestige was not shaken and his influence continued to be very great throughout his own and the succeeding century. The verse which he perfected, too formal for lyric purposes, served admirably for dramatic, satiric and didactic poetry in which clarity, precision and eloquence are prime requisites. In the words of a great French critic, "he forged an admirable instrument" for Corneille, Molière, Racine and Boileau.

MALHERBE

(1555-1628)

VIE DE MALHERBE

PAR
RACAN

Encore qu'il (Malherbe) reconnût, comme nous avons déjà dit, que Racan avait de la force en ses vers, il disait qu'il était hérétique en poésie, pour ne se tenir pas assez étroitement dans ses observations, et voici particulièrement de quoi il le blâmait :

Premièrement, de rimer indifféremment aux terminaisons en ant et en ent, comme innocence et puissance, apparent et

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conquérant, grand et prend; et voulait qu'on rimât pour les yeux aussi bien que pour les oreilles. Il le reprenait aussi de rimer le simple et le composé, comme temps et printemps, séjour et jour. Il ne voulait pas aussi qu'il rimât les mots qui avaient quelque convenance, comme montagne et campagne, 5 défense et offense, père et mère, toi et moi. Il ne voulait pas non plus que l'on rimât les mots qui dérivaient les uns des autres, comme admettre, commettre, promettre, et autres, qu'il disait qui dérivaient de mettre. Il ne voulait point encore qu'on rimât les noms propres les uns contre les autres, comme 10 Thessalie et Italie, Castille et Bastille, Alexandre et Lysandre; et sur la fin il était devenu si rigide en ses rimes qu'il avait même peine à souffrir que l'on rimât les verbes de la terminaison en er qui avaient tant soit peu de convenance, comme abandonner, ordonner et pardonner, et disait qu'ils venaient 15 tous trois de donner. La raison qu'il disait pourquoi il fallait plutôt rimer des mots éloignés que ceux qui avaient de la convenance est que l'on trouvait de plus beaux vers en les rapprochant qu'en rimant ceux qui avaient presque une même signification ; et s'étudiait fort à chercher des rimes rares et 20 stériles, sur la créance qu'il avait qu'elles lui faisaient produire quelques nouvelles pensées, outre qu'il disait que cela sentait son grand poète de tenter les rimes difficiles qui n'avaient point encore été rimées. Il ne voulait point qu'on rimât sur malheur ni bonheur, parce qu'il disait que les Parisiens n'en prononçaient 25 que l'u, comme s'il y avait bonhur, malhur, et de le rimer à honneur il le trouvait trop proche. Il ne voulait non plus que l'on rimât à flame, parce qu'il l'écrivait et le prononçait ainsi avec deux m: flamme, et le faisait long en le prononçant; c'est pourquoi il ne le pouvait rimer qu'à l'épigramme. Il reprenait

30 aussi Racan quand il rimait qu'ils ont eu avec vertu et battu, parce qu'il disait que l'on prononçait à Paris ont eu en trois syllabes, en faisant une de l'e et l'autre de l'u du mot eu.

(1672.)

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