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AVERTISSEMENT

Nous devons expliquer le retard apporté à la publication de ce tome IV des OEuvres de Molière.

Une grande partie en était préparée, imprimée même, quand la tâche est tombée des mains, tout à coup glacées, qui l'avaient entreprise.

Dans l'Avertissement du tome 1er, M. Eugène Despois se disait redevable à un collaborateur d'une trèsimportante partie du travail « qui demande autant de tact littéraire que de scrupuleuse patience, » de la constitution du texte. On avait pu constater de quelle exactitude et de quel soin consciencieux ce collaborateur de M. Despois, M. Adolphe Regnier, fils du directeur de la collection des Grands écrivains de la France, avait fait preuve, pour sa part, dans les trois premiers tomes. Il avait depuis préparé le texte et les variantes de deux des pièces de ce IVe volume, le Mariage forcé et les Plaisirs de l'Ile enchantée. Mais, avant qu'elles fussent imprimées, une mort prématurée l'enleva, le 31 mai 1875, à son père, à sa fa

MOLIÈRE. JV

A

mille, cruellement frappés, à ceux qui avaient été, comme nous, les vieux amis de son aimable jeunesse, aux lettres qui de son dévouement studieux avaient à espérer de longs services.

C'était à M. Despois qu'il appartenait d'exprimer ici les regrets inspirés par une perte si douloureuse. Pour le faire, il attendait l'achèvement, qu'il voulait presser, de ce tome IV. Il en avait déjà fait imprimer les deux premières pièces, telles que nous les publions aujourd'hui, et non-seulement leur texte, établi par M. Regnier fils, mais leurs notices et leurs commentaires, part que dans la tâche il s'était lui-même réservée; et voici qu'au même point fatal du travail commun, et comme sur le même sillon, le 23 septembre 1876, il est à son tour frappé. Nous avons donc aujourd'hui à nous acquitter envers sa mémoire du triste office qu'il se proposait de rendre à celle de son collaborateur, et il nous faut réunir deux noms dans un souvenir de deuil.

Lorsque M. Despois s'était chargé d'être l'éditeur des œuvres de Molière, tout le monde avait compris que, pour la collection, son concours était une heureuse fortune. On savait ce qu'il y avait à attendre de son excellent goût, de son esprit fin, agréable et juste, et de son dévouement à tous les devoirs qu'il acceptait. Au sentiment des meilleurs juges, cette attente n'a été trompée par ce qui a été publié de l'édition avant qu'elle ait été funestement interrompue. Il nous sera permis d'emprunter à la Revue des Deux Mondes quelques lignes écrites après la mort de M. Despois, par M. Brunetière, dans un article où les récents

n'a pas

travaux sur Molière sont examinés avec goût et savoir' : « Il ne sera pas facile de remplacer dans sa tâche délicate l'un des hommes de France qui savait le mieux son dix-septième siècle. Il y avait surtout dans l'érudition d'Eugène Despois, en même temps qu'une abondance et une précision de détails singulière, cette discrétion dans le choix, si rare, et cette liberté, si difficile, dans l'emploi des matériaux, qui dénoncent l'écrivain de race. »

Il n'y a rien dans ces paroles qui ne soit vrai; et mieux que personne nous sentons combien il est difficile de prendre la place d'un éditeur si bien préparé à son travail. Cette place cependant ne pouvait rester vide, et cédant aux plus honorables instances, il a fallu nous dévouer, avec la bonne volonté tout au moins de chercher à suivre les traces de celui qui nous a précédé. M. Regnier, qui nous avait déjà fait l'honneur, il y a quelques années, de nous confier la préparation de l'édition de Racine, et qui savait qu'au pôle opposé du théâtre français dans le grand siècle, nous n'avions pas une admiration moins vive pour

le génie de Molière que pour celui de l'auteur d'Andromaque et d'Athalie, nous a demandé d'écrire les notices qui doivent, à commencer par celle du Tartuffe, continuer le travail de M. Despois. M. Desfeuilles, l'auxiliaire habile et laborieux du premier éditeur, comme il était son fidèle ami, est désormais chargé du commentaire. Pour le Tartuffe, il a trouvé dans les papiers de

1. Revue des Deus Mondes du 1'' août 1877, p. 588.

M. Despois l'annotation à peu près complète du let acte, et, pour la suite de la pièce, et même tout le reste du théâtre, çà et là quelques notes et indications dont il a été et sera heureux de profiter. M. Desfeuilles nous prête, en même temps, pour les notices, avec un zèle aussi infatigable qu'éclairé, le plus utile concours, par la recherche des documents, dans laquelle il nous seconde, par la vérification la plus attentive des sources où ils sont puisés, enfin par toute sorte de bons avis. Pour le texte et pour les variantes, M. Henri Regnier remplace son frère regretté; il travaille, à son exemple, sous les yeux de son père, le plus sûr des guides, et non-seulement le sien, mais le nôtre; nous nous défierions bien autrement de nos forces, si notre cher directeur ne les soutenait.

PAUL MESNARD.

LE MARIAGE FORCE

COMÉDIE

REPRÉSENTÉE POUR LA PREMIÈRE FOIS

AU LOUVRE, PAR ORDRE DE SA MAJESTÉ,

LE 29€ DU MOIS DE JANVIER 1664,

ET DONNÉE DEPUIS AU PUBLIC

SUR LE THÉÂTRE DU PALAIS-ROYAL

LE 150 DU MOIS DE PÉVRIER DE LA MÊME ANNÉE 1664'

PAR LA

TROUPE DE MONSIEUR, FRÈRE UNIQUE DU ROI

1. Voyez la Notice, p. 3 et 5, et ci-après, p. 20, note 2. — Ces indications se rapportent à la comédie-ballet primitive. La pièce réduite ne fut jouée qu'en 1668 (pour la première fois le 24 février), année où elle fut aussi imprimée pour la première fois. L'édition de 1682, d'où ce titre est tiré, porte • 15 novembre », au lieu de « 15 février ».

MOLIÈRE. IV

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