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PRÉFACE DE L'ÉDITEUR. «ques, puisqu'elle confesse elle-même qu'en ce « genre elle n'a pas été fort heureuse, mais aux « Eschyle, aux Sophocle, aux Euripide, dont la « fameuse Athènes ne s'honore

pas

des « Thémistocle, des Périclès, des Alcibiade, qui « vivoient en même temps qu'eux'. »

moins que

L. PARRELLE, Répétiteur du cours d'histoire à

l'École royale polytechnique.

24 mars 1825.

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Racine, Discours à l'Académie françoise pour la réception de Th. Corneille. — Voyez, dans le tome xii, le n° I des Pièces relatives à Corneille.

VIE DE CORNEILLE,

PAR FONTENELLE'.

Pierre Corneille naquit à Rouen, en 1606, de Pierre Corneille, maitre des eaux et forêts en la vicomté de Rouen, et de Marthe Le Pesant. Il fit ses études aux Jésuites de Rouen, et il en a toujours conservé une extrême reconnoissance pour toute la société. Il se mit d'abord au barreau, sans goût et sans succès. Mais une petite occasion fit éclater en lui un génie tout différent; et ce fut l'amour qui la fit naître. Un jeune homme de ses amis, amoureux d'une demoiselle de la même ville, le mena chez elle. Le nouveau venu se rendit plus agréable que l'introducteur. Le plaisir de cette aventure excita dans Corneille un talent qu'il ne connoissoit pas; et sur ce léger sujet il fit la comédie de Mélite, qui parut en 1625 2. On y découvrit un caractère original; on conçut que

la comédie alloit se perfectionner; et sur la confiance qu'on eut au nouvel auteur qui paroissoit, il se forma une nouvelle troupe de comédiens.

'Né le 11 février 1657, de François Le Bouvier de Fontenelle, avocat au parlement de Rouen, et de Marthe, seur du grand Corneille; mort à Paris le 9 janvier 1757. Il fut un des hommes les plus savants et les plus spirituels de son siècle.

* Nous datons Mélite de 1629. Voyez, au commencement de la pièce, les motifs de cette rectification.

3 Voltaire, qui paroît avoir lu quelque part, la confiance qu'on

Je ne doute pas que ceci ne surprenne la plupart des gens qui trouvent les six ou sept premières pièces de Corneille si indignes de lui, qu'ils les voudroient retrancher de son recueil, et les faire oublier à jamais. Il est certain que ces pièces ne sont pas belles; mais, outre qu'elles servent à l'histoire du théâtre, elles servent beaucoup aussi' à la gloire de Corneille.

Il y a une grande différence entre la beauté de l'ouvrage et le mérite de l'auteur. Tel ouvrage qui est fort médiocre n'a pu partir que d'un génie sublime; et tel autre ouvrage qui est assez beau a pu partir d'un génie assez médiocre. Chaque siècle a un certain degré de lumières qui lui est propre: les es

eut du nouvel auteur, a suivi cette étrange leçon, et l'a accompagnée de la note suivante : « On a de la confiance dans quelqu'un, dans « le mérite et les talents de quelqu'un, mais non pas du mérite et « des talents. On a de la défiance de, et de la confiance en. Cette « remarque est pour les étrangers; ils pourraient être induits en « erreur par cette inadvertance de M. de Fontenelle, qui écrivait « d'ailleurs avec autant de pureté que de grace et de finessé. »

Les diverses éditions des OEuvres de Fontenelle, que nous avons consultées, portent au nouvel auteur; et d'ailleurs il est peu vraisemblable

que cet écrivain, qui se distinguoit par la pureté de son style, soit tombé dans une faute aussi grossière. · Ce qu'on ne peut lire ne peut guère servir à la gloire de l'au

La gloire est le concert des louanges constantes du public. Deux ou trois littérateurs qui diront d'un ouvrage mauvais en soi : Cet ouvrage était bon pour son temps, ne procureront à l'auteur aucune gloire. Corneille n'est point un grand homme pour avoir fait de mauvaises comédies bien moins mauvaises que celles de son temps, mais pour avoir fait des tragédies infiniment supérieures à celles de son temps, et dans lesquelles il y a des morceaux supérieurs à tous ceux du théâtre d'Athènes. (V.)

teur.

prits médiocres demeurent au-dessous de ce degré; les bons esprits y atteignent; les excellents le passent, si on le peut passer. Un homme né avec des talents est naturellement porté par son siècle au point de perfection où ce siècle est arrivé; l'éducation qu'il a reçue, les exemples qu'il a devant les yeux, tout le conduit jusque-là: mais, s'il va plus loin, il n'a plus rien d'étranger qui le soutienne; il ne s'appuie que sur ses propres forces, il devient supérieur aux secours dont il s'est servi. Ainsi, deux auteurs, dont l'un surpasse extrêmement l'autre

par la beauté de ses ouvrages, sont néanmoins égaux en mérite, s'ils se sont également élevés chacun audessus de son siècle. Il est vrai

que
l'un

a été bien que l'autre; mais ce n'est

pas qu'il ait eu plus de force, c'est seulement qu'il a pris son vol d'un lieu plus élevé. Par la même raison, de deux auteurs dont les ouvrages sont d'une égale beauté, l'un peut être un homme fort médiocre, et l'autre un génie sublime.

Pour juger de la beauté d'un ouvrage, il suffit donc de le considérer en lui-même; mais, pour juger du mérite de l'auteur, il faut le comparer à son siècle. Les premières pièces de Corneille, comme nous avons déja dit, ne sont pas belles; mais tout autre qu'un génie extraordinaire ne les eût pas faites. Mélite est divine si vous la lisez après les pièces de Hardy, qui l'ont immédiatement précédée. Le théâtre y est sans comparaison mieux entendu, le dialogue mieux tourné, les mouvements mieux conduits, les

plus haut

scènes plus agréables; sur-tout, et c'est ce que Hardy n'avoit jamais attrapé, il y règne un air assez noble, et la conversation des honnêtes gens n'y est pas mal représentée. Jusque-là on n'avoit guère connu que le comique le plus bas, ou un tragique assez plat; on fut étonné d'entendre une nouvelle langue. Le jugement que l'on porta de Mélite fut

que

cette pièce étoit trop simple, et avoit trop peu d'événements. Corneille, piqué de cette critique, fit Clitandre, et y sema les incidents et les aventures avec une très vicieuse profusion, plus pour censurer le goût du public que pour s'y accommoder'. Il paroît qu'après cela il lui fut permis de revenir à son naturel. La Galerie du Palais, la Veuve, la Suivante, la Place royale, sont plus raisonnables.

Nous voici dans le temps où le théâtre devint florissant par la faveur du cardinal de Richelieu. Les princes et les ministres n'ont qu'à commander qu'il

· Fontenelle prête ici à Corneille une idée qu'il n'avoit point. Entraîné par le mauvais goût du siècle, Corneille s'y livra sans examen ; et si, dans la suite, la force de son génie lui découvrit son erreur, il est certain qu'alors il ne la connoissoit pas. Il pouvoit ne pas ignorer les règles ; mais il ne se croyoit pas obligé de les suivre. On peut s'en convaincre en lisant la préface et l'examen de Clitandre. La préface de la V cuve, qu'il donna deux ans après, prouve encore mieux qu'il n'étoit point persuadé de cette nécessité, puisqu'il dit qu'il ne veut ni trop s'assujettir à la sévérité des règles, ni user de toute la liberté du théâtre. (Les frères Parfait, Histoire du Théâtre françois, t. I, p. 542.)

Malgré le cardinal de Richelieu, qui, voulant étre poète, vonlut humilier Corneille, et élever les mauvais auteurs. (V.)

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