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temple plus de 500 statues, soit d'hommes , “ soit de dieux, toutes de bronze; et que, pour profaner ou pour abolir à jamais l'oracle , il fit égorger des hommes à l'ouverture de la caverne sacrée, d'où sortait l'esprit divin. .

Que l'oracle, après une telle aventure, ait été muet jusqu'au temps de Domitien, en sorte que Juvénal ait pu dire alors que Delphes ne parlait plus, cela est merveilleux. · Cependant il ne faut pas qu'il ait été tout-à-fait muet depuis Néron jusqu'à Domitien ; car voici comme parle Philostrate, dans la vie d'Apollonius de Tyane , qui a vu Domitien : « Apollonius visita tous les oracles de la » Grèce, et celui de Dodone, et celui de Delphes , et » celui d'Amphiaraüs, etc. » Ailleurs il parle encore ainsi : « Vous pouvez voir Apollon de Delphes, illustre » par les oracles qu'il rend au milieu de la Grèce. Il »' répond à ceux qui le consultent, comme vous le sa» vez vous-même, en peu de paroles, et sans accompa» gner sa réponse de prodiges, quoiqu'il lui fût fort • » aisé de faire trembler le Parnasse, d'arrêter la course » du Céphyse, et de changer les eaux de Castalie en » vin. Il vous dit simplement la vérité, et ne s'amuse » point à faire une montre inutile de son pouvoir. » Il est assez plaisant que Philostrate prétende faire valoir son Apollon, parce qu'il n'était pas grand faiseur de miracles. Il pourrait y avoir en cet endroit-là quelque venin contre les chrétiens.

Nous avons vu comment, du temps de Plutarque, qui vivait sous Trajan, cet oracle était encore sur pied, quoique réduit à une seule prêtresse,, après en avoir eu deux ou trois. Sous Adrien , Dion Chry

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sostôme dit qu'il consulta l'oracle de Delphes, et il en rapporta une réponse qui lui parut assez embarrassée, et qui l'est effectivement..?.

Sous les Antonins, Lucien dit qu'un prêtre de Tyane alla demander à ce faux prophète Alexandre, si les oracles, qui se rendaient alors à Didyme, à Claros et à Delphes, étaient véritablement des réponses d'Apollon, ou des impostures. Alexandre eut des égards pour ces oracles qui étaient de la nature du sien , et répondit aux prêtres qu'il n'était pas permis de savoir cela. Mais quand cet habile prêtre demanda ce qu'il serait après sa mort, on lời répondit hardiment : «Tu » seras chameau, puis cheval, puis philosophe , puis » prophète aussi grand qu'Alexandre. » .

Après les Antonins, trois empereurs se disputèrent l'empire, Severus Septimus, Pescennius Niger, Clodius Albinus. « On consulta Delphes, dit Spartien, » pour savoir lequel des trois la république devait » souhaiter; et l'oracle répondit en un vers : le noir » est le meilleur , l'africain est bon, le blanc est le » pire. » Par le noir, on entendait Pescennius Niger, par l'africain Sévère, qui était d'Afrique, et par le blanc, Clodius Albinus. On demanda ensuite qui demeurerait le maître de l'empire; et il fut répondu : « On versera le sang du blanc et du noir, l'africain » gouvernera le monde. » On demande encore combien de temps il gouvernerait, et il fut répondu : «Il mon» tera sur la mer d'Italie avec vingt vaisseaux, si cepen» dant un vaisseau peut traverser la mer; » par où l'on entendit que Sévère régnerait vingt ans. Il est vrai que l'oracle se réservait une restriction obscure pour se pouvoir sauver en cas de besoin ; mais enfin, dans le

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temps que Delphes était le plus florissant, il ne s'y rendait pas de meilleurs oracles que ceux-là.

On trouve cependant que Clément Alexandrin, dans son exhortation aux gentils, qu'il a composée, ou sous Sévère, ou à peu près en ce temps là, dit nettement que la fontaine de Castalie qui appartenait à l'oracle de Delphes, et celle de Colophon , et toutes les autres fontaines prophétiques , avaient enfin, quoique tard , perdu leurs vertus fabuleuses.

Peut-être en ce temps là ces oracles tombèrent-ils dans un de ces silences auxquels ils étaient devenus sujets par intervalles ; peut-être parce qu'ils n'étaient plus guère en vogue, Clément Alexandrin aimait-il autant dire qu'ils ne subsistaient plus du tout.

Il est toujours certain que sous Constantius, père de Constantin , et pendant la jeunesse de Contantin , Delphes n'était pas encore ruiné, puisque Eusébe fait dire à Constantin, dans sa vie , que le bruit courait alors qu'Apollon avait rendu un oracle , non par la bouche d'une prêtresse, mais du fond de son obscure caverne, par lequel il disait que les hommes justes, qui étaient en terre , étaient cause qu'il ne pouvait plus dire vrai. Voilà un plaisant aveu. De plus, il fallait que l'oracle de Delphes fut alors bien misérable, puisqu'on en avait retranché la dépense d'une prêtresse. .

Il reçut un terrible coup sous Constantin , qui commanda ou qui permit que l'on pillât Delphes. « Alors, » dit Eusèbe , dans la vie de Constantin, on produisit aux » yeux du peuple, dans les places de Constantinople, » ces statues, dont l'erreur des hommes avait fait si » long-temps des objets de vénération et de culte. Ici, » l'Apollon Pythien ; là le Sminthien, les trépieds » dans le cirque, et les muses Héliconides dans le pa» lais, furent exposés aux railleries de lout le monde.»

L'oracle de Delphes se releva pourtant encore une fois. L'empereur Julien l'envoya consulter sur l'expédition qu'il méditait contre les Perses. Si l'oracle de Delphes a été plus loin ; du moins nous ne pouvons pas pousser plus loin son histoire. Il n'en est plus parlé dans les livres; mais en effet il y a bien de l'apparence que c'est là le temps où il cessa, et que ses dernières paroles s'adressèrent à l'empereur Julien, qui était si zélé pour le paganisme. Je ne sais pas trop bien comment de grands hommes ont pu mettre Auguste en la place de Julien, et avancer hardiment que l'oracle de Delphes avait fini par la réponse qu'il avait rendue à Auguste sur l'enfant hébreu.

Quelques auteurs modernes , qui ont trouvé cet oracle digne d'une fin éclatante, lui en ont fait une. Ils ont lu dans Sozomène et dans Théodoret, que sous Julien le feu avait pris au temple d'Apollon, qui était dans un faubourg d'Antioche, appelé Daphné, sans qu'on eût pu découvrir l'auteur ou la cause de cet incendie; que les païens en accusaient les chrétiens, et que les chrétiens l'attribuaient à un foudre lancé de la main de Dieu. A la vérité, Théodoret dit que le tonnerre était tombé sur ce temple; mais Sozomène n'en parle point. Ces modernes se sont avisés de transporter cet événement au temple de Delphes , qui était fort éloigné de là, et de dire que, par une juste vengeance de Dieu , les foudres l'avaient renversé au milieu d'un grand tremblement de terre. Ce tremblement de terre, dont ni Sozomène, ni Théodoret ne parlent dans l'incendie même de Daphné, a été mis là pour

tenir compagnie aux foudres, et pour honorer l’aventure.

Ce serait une chose ennuyeuse de faire l'histoire de la durée de tous les oracles depuis la naissance de Jésus-Christ : il suffira de remarquer en quels temps on trouve que quelques uns des principaux ont parlé pour la dernière fois; et souvenez-vous toujours que ce n'est pas à dire qu'ils aient effectivement parlé pour la dernière fois, dans la dernière occasion où les auteurs nous apprennent qu'ils aient parlé.

Dion, qui ne finit son histoire qu'à la huitième année d'Alexandre Sévère, c'est-à-dire l'an 230 de Jésus-Christ, dit que de son temps , Amphilocus rendait encore des oracles en songes. Il nous apprend aussi qu'il y avait dans la ville d'Apollonie un oracle, où l’avenir se déclarait par la manière dont le feu prenait à l'encens qu'on jetait sur un autel. Il n'était permis de faire à cet oracle des questions ni de mort, ni de mariage. Ces restrictions bizarres étaient quelquefois fondées sur l'histoire particulière du dieu qui avait eu sujet, pendant sa vie, de prendre de certaines choses en aversion. Je crois aussi qu'elles pouvaient venir quelquefois du mauvais succès qu'avaient eu les réponses de l'oracle sur de certaines matières.

Sous Aurélien, vers l'an de Jésus-Christ 272, les Palmiréniens révoltés consultèrent un oracle d'Apollon Sarpédonien en Cilicie. Ils consultèrent encore celui de Vénus Aphacite, dont la forme était assez singulière pour mériter d'être rapportée ici. Aphaca est un lieu entre Héliopolis et Biblos. Auprès du temple de Vénus, est un lac semblable à une citerne. A de certaines assemblées que l'on y fait dans des temps réglés, on voit dans

TOM. II.

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