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Calliope jamais ne daigna leur parler,
Et Pegase pour eux refuse de voler.
Cependant à les voir enflés de tant d'audace,
Te promettre en leur nom les faveurs du Parnasse,
On diroit qu'ils ont feuls l'oreille d'Apollon,
Qu'ils disposent de tout dans le sacré Vallon.
C'est à leurs doctes mains, si l'on veut les en croire,
Que Phebus a commis tout le soin de ta gloire :
Et ton nom du Midi jusqu'à l'Ourse vanté,
Ne devra qu'à leurs vers son immortalité.
Mais plûtost sans ce nom , dont la vive lumiere
Donne un lustre éclatant à leur veine grossiere,
Ils verroient leurs écrits, honte de l'Univers,
Pourir dans la poussiere à la merci des vers.
A l'ombre de ton nom ils trouvent leur afile,
Comme on void dans les champs un arbrisseau debile
Qui sans l'heureux appui qui le tient attaché,
Languiroit tristement sur la terre couché.

Ce n'est pas que ma plume injuste & temeraire,
Veüille blâmer en eux le dessein de te plaire,
Et parmi tant d'Auteurs, je veux bien l'avouer,
Apollon en connoist qui te peuvent loüer.
Oui, je sçai qu'entre ceux qui t'adressent leurs veilles,
Parmi les Pelletiers on conte des Corneilles.
Mais je ne puis souffrir qu'un esprit de travers
Qui pour rimer des mots, pense faire des vers,
Se donne en te loüant une gesne inutile.
Pour chanter un Auguste, il faut estre un Virgile.
Et j'approuve les soins du Monarque guerrier , *
Qui ne pouvoit souffrir qu'un artisan grossier
Entreprist de tracer d'une main criminelle,
Un portrait reservé pour le pinceau d'Apelle.

Moi donc qui connois peu Phebus & fes douceurs :
Qui suis nouveau seyré sur le mont des neuf Seurs :
Attendant que pour toi l'âge ait mûri ma Muse,
Sur de moindres sujets je l'exerce & l'amuse:
Et tandis que ton bras des peuples redouté,
Va, la foudre à la main, rétablir l'Equité,
Alexandre.

Et

Et retient les Méchans par la peur des supplices:
Moi, la plume à la main, je gourmande les vices,
Et gardant pour moi-mesme une juste rigueur,
Je confie au papier les secrets de mon cæur.
Ainsi dés qu'une fois ma verye se réveille,
Comme on voit au printemps la diligente abeille,
Qui du butin des fleurs va composer son miel,
Des fottises du temps je compose mon fiel.
Je vais de toutes parts où me guide ma veine,
Sans tenir en marchant une route certaine,
Et fans gesner ma plume en ce libre métier,
Je la laisse au hazard courir sur le papier.

Le mal eft, qu'en rimant, ma Mufe un peu legere
Nomme tout par son nom, & ne sçauroit rien taire.
C'est là ce qui fait peur aux Esprits de ce temps,
Qui tout blancs au dehors, sont tout noirs au dedans.
Ils tremblent qu'un Censeur que fa verve encourage,
Ne vienne en ses écrits démasquer leur visage,
Et foüillant dans leurs mæurs en toute liberté,
N'aille du fond du puits tirer la verité.
Tous ces gens éperdus au feul nom de satire,
Font d'abord le procez à quiconque ose rire.
Ce sont eux que l'on voit, d'un discours insensé,
Publier dans Paris, que tout est renversé,
Au moindre bruit qui court, qu’un Auteur les menace
De jouer des Bigots la trompeuse grimace:
Pour eux un tel

ouvrage est un monstre odieux; C'est offenser les loix, c'est s'attaquer aux Cieux : Mais bien que d'un faux zele ils masquent leur foiblesses Chacun voit qu'en effet la verité les blesse. En vain d'un lâche orgueil leur esprit reveta Se couvre du manteau d'une auftere vertu: Leur ceur qui se connoift, & qui fuit la lumiere, S'il se mocque de Dieu, craint Tartuffe & Moliere.

Mais pourquoi sur ce point sans raison m'écarter ? GRAND ROI, c'est mon defaut, je ne sçaurois flater, Je ne sçai point au ciel placer un ridicule, D’un nain faire un Atlas, ou d'un lâche un Hercule ;

ED

A 2

Et sans cesse en esclave à la suite des Grands,
A des Dieux sans vertu prodiguer mon encens,
On ne me verra point d'une veine forcée,
Mesme pour te loüer, deguiser ma pensée :
Et quelque grand que soit ton pouvoir souverain,
Si mon coeur en ces vers ne parloit par ma main;
Il n'est espoir de biens, ni raison, ni maxime,
Qui pusten ta faveur m'arracher une rime.

Mais lorsque je te voi, d'une fi noble ardeur,
T'appliquer sans relâche aux soins de ta grandeur,
Faire honte à ces Rois que le travail étonne.
Et qui sont accablez du faix de leur couronne.
Quand je voi ta fageffe, en fesjuftes projets,
D'une heureuse abondance enrichir tes Sujets;
Fouler aux pieds l'orgueil & du Tage & du Tibre;
Nous faire de la mer une campagne libre;
Et tes braves Guerriers, secondant ton grand cour,
Rendre à l'Aigle éperdu sa premiere vigueur:
La France sous tes loix maistriser la Fortune;
Et nos vaisseaux domtant l'un & l'autre Neptune,
Nous aller chercher l'or malgré l'onde & le vent,
Aux lieux où le Soleil le forme en se levant:
Alors, sans consulter si Phebus l'en avouë,
Ma Muse toute en feu me prévient & te louë.

Mais bien-tost la raison arrivant au secours,
Vient d'un si beau projet interrompre le cours :
Et me fait concevoir , quelque ardeur qui m'emporte,
Que je n'ai ni le ton, ni la voix assez forte.
Aufli-tost je m'effraye, & mon esprit troublé
Laisse là le fardeau dont il est accablé:
Et sans passer plus loin, finissant mon ouvrage ,
Comme un Pilote en mer, qu'épouvante l'orage,
Dés que le bord paroist, fans fonger où je suis,
Je me fauve à la page, & j'aborde où je puis.

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SA

S A TIRE I.

D

Amon ce grand Auteur, dont la Muse fertile
Amusa fi long-temps, & la cour & la ville:
Mais qui n'estant vétu que de fimple bureau,

Paffe l'été sans linge, & l'hyver fans manteau :
Et de qui le corps sec, & la mine affamée,
N'en sont pas mieux refaits pour tant de renommée :
Las de perdre en rimant & sa peine & son bien,
D'emprunter en tous lieux, & de ne gagner rien,
Sans habits, fans argent, ne fçachant plus que faire,
Vient de s'enfuir chargé de la seule misere;
Et bien loin des Sergens, des Clercs, & du Palais,
Vachercher un repos qu'il ne trouva jamais :
Sans attendre qu'ici la Justice ennemie
L'enferme en un cachot le reste de sa vie ;
Ou que d'un bonnet vert le falutaire affront
Flétrisse les lauriers qui lui couvrent le front.

Mais le jour qu'il partit, plus défait & plus blême
Que n'est un Penitent sur la fin d'un carême,
La colere dans l'ame, & le feu dans les yeux,
Il didila sa rage en ces tristes adieux.

Puisqu'en ce lieu jadis aux Mufes fi commode,
Le merite & l'esprit ne sont plus à la mode,
Qu'un Poëte, dit-il, s'y voit maudic de Dieu,
Et qu'ici la vertu n'a plus ni feu ni lieu ;
Allons du moins chercher quelque antre ou quelque

roche,
D'où jamais ni l'Huissier, ni le Sergent n'approche;
Et sans laffer le ciel par des voeux impuissans,
Mettons-nous à l'abri des injures du temps.
Tandis que libre encor, malgré les destinées,
Mon corps n'est point courbé sous le faix des années :
Qu'on ne voit point mes pas fous l'âge chanceler,

Et qu'il reste à la Parque encor dequoy filer.
. C'est là dans mon malheur le seul confeil à suivre.
Que George vive ici, puisque George y sçait vivre,

Qu'un

А 4

Qu'un million comptant par les fourbes acquis
De Clerc jadis Laquais a rait Comte & Marquis.
Que Jaquin vive ici, dont l'adresse funeste
A plus causé de maux que la guerre & la peste,
Qui de les revenus écrits par alphabet,
Peut fournir aisément un Calepin complet.
Qu'il regne dans ces lieux, il a droit de s'y plaire.
Mais moi, vivre à Paris: Eh, qu'y voudrois-je faire ?
Je ne sçai ni tromper, ni feindre, ni mentir,
Et quand je le pourrois, je n'y puis contentir,
Je ne sçai point en lâche efluyer les outrages
D'un Faquin orgueilleux qui vous tient à les gages:
De mes tonnets flateurs lafler tout l'univers,
Et vendre au plus offrant mon encens & mes vers.
Pour un ti bas emploi ma Muse est trop altiere.
Je suis rustique & fier, & j'ai l'ame grofiere.
Je ne puis rien nommer, li ce n'est par son nom :
L'appelle un chat un chat, & Rolet un fripon.
De servir un Amant, je n'en ai pas l'adresse:
L'ignore ce grand art qui gagne une maîtresse,
Et je suis à Paris, triste, pauvre & reclus,
Ainsi qu'un corps sans ame, ou devenu perclus.

Mais pourquoi, dira.t-on, cette vertu sauvage,
Qui coure à l'hospital, & n'est plus en usage ?
La richeffe permet une juste fierté;
Mais il faut etre souple avec la pauvreté.
C'est par là qu'un Auteur, que prefie l'indigence,
Peut des altres malins corriger l'influence,
Et que le sort burlesque, en ce siecle de fer,
D'un Pedant, quand il veut, sçait faire un Duc & Pair.
Ainsi de la Vertu la Fortune se joüe.
Tel aujourd'hui triomphe au plus haut de sa roüe,
Qu'on verroit de couleurs bizarrement orné,
Conduire le carose où l'on le voit traîné,
Si dans les droits du Roi la funeste science,
Par deux ou trois avis n'eust ravagé la France
Je fcai qu'un juste effroi l'éloignant de ces lieux ;
L'a fait pour quelques mois disparoistre àņos yeux:

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