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Vous les verrez bien-toft feconds en impoftures,
Amasser contre vous des volumes d'injures,
Traiter en vos écrits chaque vers d'attentat,
Et d'un mot innocent faire un crime d'Etat.
Vous aurez beau vanter le Roi dans vos ouvrages,
Et de ce nom saare sanctifier vos pages.
Qui méprise Cotin, n'eftime point con Roi,
Et n'a, selon Cotin, ni Dieu, ni foi, ni loi.
Mais quoi? répondrez-vous : Cotin nous peut-il quire?
Et par les cris enfin que sçauroit-il produire ?
Interdire à mes vers, dont peut-eltre il fait cas,
L'entrée aux pensions, où je se pretens pas ?
Non, pour louer un Roi, que tout l'Univers louë,
Ma langue n'attend point que l'argent la découë,
Et fans esperer rien de mes foibles écrits,
L'honneur de le louer m'eft un trop digne prix.
On me verra toûjours fage dans mes caprices,
De ce mesme piaceau, dont j'ay noirçi les vices,
Et peint, du nom d'Auteur tant de Sots revêtus,
Lui marquer mon respect & tracer ses vertus..
Je vous croy, mais pourtant , on crie , on vous menace.
Je crains peu, direz-vous, les braves du Parnaffe.
Hé, mon Dieu, craignez tout d'un Auteur en couroux,
Qui peut.... Quoi ? je m'entens. Mais.encor? Taisez-

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vous.

DIALOGUE,

OU

SA TIRE X.

,

A U:

LECT EUR

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Oici enfin la Satire qu'on me demande depuis si long-temps. Si j'ay tańt tar

à la mettre au jour, c'est que j'ay Aleea esté bien aise qu'elle ne paruft qu'avec la nouvelle édition qu'on faifoit de mon Livre, ois je voulois qu'elle fust inferés. - Plusieurs de mes Amis à qui je l’ay Leuë , en ont parlé dans le monde avec de grands éloges, & ont publié que c'estoit la meilleure de mes Satires. Ils ne m'ont pas en cela fait plaisir. Je connois le Public. fe sçay que naran rellement il se revolte contre ces ložanges outrées qu'on donne aux Ouvrages avant qu'ils ayent paru; & que la pluspart des Lecteurs nelisent ce qu'on Leur a élevé si bant, qu'avec un dessein forme de le. rabbauffer.

fe declare donc que je neveux point profiter da ces discours avantageux : * non seulement je laiffe au Public fon jugement libre , mais je donne plein pouvoir a tous ceux qui ont tant critiqué mon Ode fur Namur, d'exercer außi contre ma Satire toute La rigueur de leur critique. t espere qu'ils le feront avec le mesme succés : & je puis les affeurer que tous leurs discours ne m'obligeront point à rompre: Bespece de veu que j'ay fait de ne jamais deffendre mes Ouvrages , quand on n'en attaquera que

less mots & les syllabes. Je sçaura; fori bien jóútenir contre ces Censeurs, Homere, Horace, Virgile, LOKS Bes antres grands Personnages dont j'admire les

écrits:

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Ecrits : mais pour mes écrits que je n'admire point, c'est à ceux qui les approuveront à trouver des raifons pour les deffendre. C'est tout l'avis que j'ay à donner ici an Leeteur.

La bienseance neanmoins vondroit, ce me sem. ble, que je fiffe ici quelque excufe au Beau Sexe, de la liberté que je me suis donnée de peindre fes-vices. Mais au fond, toutes les peintures que je fais dans ma Satire font.fi generales, que bien loin d'apa prehender

que les Femmes s'en offenfent, c'est sur leur approbation & sur leur curiosité que je fonde la plus grande esperance du fuccés de mon Ouvrages Une chose au moins dont je suis certain qu'elles me ložeront, c'est d'avoir trouvé moyen dans une matiere ausi delicate que celle que j'y traite, de ne pas laisser échaper un seul mot qui pujt bleffer le moins: du monde la pudeur. f'espere donc que j'obtiendraj aisément ma grace, o qu'elles ne seront pas plus choquées des predications que je fais conire leurs defauis dans cette Satire, que des Satires Predicateurs font tous les jours en chaire contre des mefmes.defauts.

que les

SA

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