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croyait probables et qu'il donnait comme certaines : c'est là son tort.

Mais, dans cesexplications hypothétiques, il a du moins le très-grand mérite d'écarter toujours les causes occultes et de rattacher les phénomènes aux causes qui lui paraissent les plus prochaines.

Il explique la nature sans sortir de la nature.

Assurément, il reconnaît, il proclame l'existence dans l'univers d'une souveraine Intelligence d'où procèdent les lois qui lui apparaissent, de même qu'il reconnait et qu'il proclame l'existence dans l'homme d'un élément supérieur qui, avec le concours du cervean, donne naissance à la pensée et à la volonté; mais s'agit-il de se rendre compte du système du monde ou des fonctions de la vie, il ne voit plus que les propriétés de la matière et les lois du mouvement.

Personne, avant lui, n’a autant insisté sur les rapports du physique et du moral ; et l'on peut dire sans exagération, le Traité des Passions à la main, qu'il a créé cette branche de la science médicale.

A une époque où Harvey ne rencontrait guère que

des contradicteurs, il s'est fait parmi nous le défenseur de sa doctrine. En propageant la découverte de la circulation du sang,qui changeait toule la physiologie, il a évidemment contribué à ses futurs progrès.

Néanmoins, nous ne pourrions avoir une idée exacte de ce que nous lui devons sans reporter nos regards un peu en arrière, aussi avons-nous cru devoir faire précéder l'examen de ses doctrines d'un exposé historique et critique de l'état des sciences médicales au seizième siècle ; et, afin de nous rapprocher le plus possible de la vérité, nous sommes remontés aux sources, nous avons scrupuleusement consulté les ouvrages originaux des hommes considérables dont nous avions à faire connaitre les tra

vaux.

Pour Descartes, nos recherches ont été plus minutieuses encore.

Sur chaque question, nous invoquons les écrits qu'il a publiés de son vivant, sa correspondance particulière, ses æuvres posthumes; nous contrôlons ses opinions les unes par les autres; et, le plus souvent, nous le laissons parler lui-même.

Si, après avoir montré tout ce qu'il y a d'ingénieux dans ses hypothèses, et la conformité de ses vues et de ses tendances avec celles de notre grande école physiologique, nous disposons les médecins contemporains à méditer les écrits du philosophe, nous croirons avoir bien rempli notre tâche, et nous nous trouverons largement récompensé de nos efforts.

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DESCARTES

CONSIDÉRÉ

COMME PHYSIOLOGISTE ET COMME MÉDECIN

PROLÉGOMÈNES

RÉNOVATION DES SCIENCES MÉDICALES AU XVI° SIÈCLE

JUSQU'A LA DÉCOUVERTE

DE LA CIRCULATION DU SANG INCLUSIVEMENT.

Le seizième siècle, à quelque point de vue qu'on l'envisage, est assurément une des phases mémorables de la vie de l'humanité, moins peut-être par ce qu'il a produit hors du domaine des arts, que par ce qu'il a préparé : c'est une éclosion, un réveil. La terre alors semble Iressaillir sous l'effort de l'homme. Tout s'émeut et fermente ; tout est remis en question, débattu, contesté, repris ou commencé.

Devenu maître du monde par la découverte de l'Amérique et des Indes orientales; ayant en sa puissance deux nouveaux moyens d'action, la boussole qui lui ouvre les mers, et l'imprimerie qui multiplie et perpétue l'expression de sa pensée, l'homme

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